LE MYSTÉRIEUX B00MARAN6 D'AUSTRALIE
Description de cet instrument. — Les indigènes seuls savent s'en servir. — Maladresse des Européens. — Différentes manières de le lancer. — Ses propriétés singulières.
Les peuples de l’Afrique et de l’Océanie se servent encore aujourd’hui du javelot, en même temps que de l’arc ; mais de tous les projectiles employés par les sauvages, il n’en est pas de plus curieux que le boomarang.
Le boomarang (prononcez boumarang) est un bâton courbé presque à angle droit, uni d’un côté, de l’autre légèrement bombé. 11 faut qu’il soit d’un seul morceau, alin de ne pas se déformer; car, en perdant sa forme, il perd tous ses avantages.
Au premier abord, en n’y regardant pas de bien prés, on dirait une épée de bois, rudement et grossièrement taillée. — Les premiers navigateurs s’y trompèrent. Leur erreur était excusable; le boomarang est, en effet, une arme de guerre; mais il sert également pour la chasse.
Ce qui fait l’inlérêt et l’originalité de cet instrument, c’est que, sous la main des indigènes, il décrit les courbes les plus bizarres, il exécute les évolutions les plus extraordinaires. Je dis : « dans la main des naturels, » car, soit ignorance, soit maladresse, les Européens n’ont jamais su s’en servir ; ce projectile lancé par eux n’a produit aucun des résultats que d’ordinaire, et tout naturellement, on en
FORCE ET ADRESSE
obtient en Australie. Autant vaudrait lancer un bâton ordinaire; le résultat serait le même.
Quand on veut se servir du boomarang, on le prend dans la main droite par une espèce de poignée, ménagée
Australien lançant le boomarang de guerre. — D'après le commodore
Wilkes.
à l’extrémité d’une des deux branches, et on le lance soit en l’air, à quelque distance du sol, comme on lancerait, par exemple, une faucille, soit à terre, comme un compas qu’un écolier jetterait par dépit à quelques pas de lui, les deux branches ouvertes.
Lorsque le coup a été dirigé contre terre, le projectile va frapper le sol à peu de distance de celui qui l’a lancé; puis, grâce à son inflexion et à l’élasticité que lui donne cette forme, il rebondit immédiatement, et ainsi plusieurs fois de suite, formant une succession de ricochets trèsnuisibles aux corps organiques ou inorganiques que le boomarang rencontre sur son passage. C’est, je suppose, de cette manière que l’emploient les indigènes quand ils chassentaux oiseaux de marais. On dit, en effet, que, lancé dans une troupe de canards sauvages, il y produit un désordre