LE VARAN DU DÉSERT
Fig. 210. — Le Varan à gorge blanche (1/1 grand. nat.).
désertes de l'Afrique septentrionale, de l’Arabie Pétrée etde la Palestine. Loin de fréquenter les cours d’eau, il vit dans les endroits secs et -arides, habitudes qui se trouvent être en rapport avec la conformation de sa queue, dont la forme n'est pas disposée pour la natation.
La nourriture se compose d'insectes, de pelits mammifères et surtout de reptiles de fai- ‘ble taille.
Usages. — D’après Brehm, on voit assez souvent sur les marchés du Caire des Varans du désert entre les mains d’un « Hani » ou charmeur de Serpents, qui présente aux habitants de la ville sainte, avec une grande abondance
de paroles et de gestes, cet animal inconnu des citadins et leur débite à son propos les contes les plus invraisemblables ; il va de soi que le prudent jongleur a pris soin auparavant de rouer de coups le pauvre animal, car le «Hani» ne se donne pas la peine de dompter le reptile. La cage ou plutôt le récipient dans lequel on le tient consisté simplement en un sac en cuir ou en une caisse remplie de son d’où on l’extrait lorsque commence la parade. Les « animaux de travail » ne reçoivent ni à manger, ni à boire, car le « Hani » considère comme plus pratique et plus profitable de captiver de nouveaux Varans que de les apprivoiser.
LES LAGERTIENS.
LES LACERTIENS — ZACERTIDÆ
Caractères généraux. — La famille des Lacertiens, dont le type est le Lézard de nos pays, comprend des reptiles aux formes sveltes et élancées, au corps allongé, aux membres
Fig. 212. — Plaques du ventre chez le Lézard ocellé,
toujours bien développés, aux doigts armés
d'ongles crochus, à la queue généralement
conique et verticillée, au ventre protégé en
dessous par de grandes écailles (fig. 212), au- BREuM — V.
dessus de la tête revêtue de plaques cornées, nettement distinctes des écailles du corps. Nous devons ajouter que la langue est libre, charnue, mince, plate, plus ou moins extensible et plus ou moins échancrée à son extrémité; les dents sont implantées dans un sillon commun creusé dans la portion saillante des os maxillaires; les dents peuvent exister ou manquer au palais; elles sont pleines ou creuses.
— Les membres sont toujours au nombre de quatre chez les Lacertiens et munis de cinq doigts à chaque patte; dans le genre Acrante seulement, de l'Amérique du sud, on ne voit que quatre doigts aux pattes de derrière.
Le revêtement de la peau peut se composer
Organes des sens.
sur le dos et sur les flancs d'écailles semblables entre elles; il peut être, au contraire, hétérogène. Il existe assez souvent, ainsi qu'on le remarque chez les Lézards proprement dits, un collier composé de grandes écailles. C’est le long du bord interne des cuisses qu’on voit les iubercules percés d’un pore dits pores fémoraux; ces tubercules existent dans tous les genres, à part chez les Aporomères et les Dragonnes ; il ne s’en trouve que quelques-uns à la base de la cuisse chez les Tachydromes, ils sont bien développés dans tous les autres genres. Les écailles de la queue forment généra- Jement des plaques disposées par anneaux ou par verlicilles, écailles le plus souvent carénées.
La couleur de la peau varie beaucoup; elle est souvent extrêmement brillante; le fond général est assez généralement d'un vert plus ou moins foncé; le bleu, le jaune, le blanc, le rouge, le noir, le gris forment des taches, des ocelles, des lignes, des sinuosités qui tranchent fort agréablement sur le ton général.
Les narines sont peu développées et s’ouyrent en dehors par deux petits trous dont l'ouverture est protégée par une sorte de soupape membraneuse.
La membrane du tympan est visible chez tous *
les Lacertiens; elle est parfois assez profondément enfoncée.
Les yeux sont bien développés; les paupières sont au nombre de trois, une étant membraneuse et clignotante; chez des reptiles de l'Asie Mineure, les Ophiops, les paupières font cependant défaut. Il existe un canal lacrymal.
Les Sauvegardes, de l'Amérique du sud, et Jes Ameiva de l'Amérique centrale et de VAmérique méridionale, ont la langue engainante, comme les Varans; elle ne rentre pas dans son fourreau chez les autres Lacertiens.
Mœurs, habitudes, régime. — Les Lacertiens peuvent, à juste litre, passer pour les plus vifs et les plus agiles parmi les Sauriens. La progression a surtout lieu par une série d’élans, par une série de sauts; le tronc est cependant, en général, trop lourd pour être complètement supporté par les pattes qui, du reste, s’attachent sur le tronc à angle droit et qui sont fort écartées l’une de l’autre; aussi, pendant le repos, le ventre repose-t-il constamment sur le sol; la queue, qui est toujours très longue, joue un grand rôle dans la progression.
Les animaux dont nous parlons sont essentiellement terrestres. Le Crocodilure lézard, qui se trouve au Brésil et aux Guyanes, esl
LES LÉZARDS PROPREMENT DITS
aquatique, ainsi que le fait voir la forme de sa queue qui est comprimée en rame; il en est de même chez le Thoricte dragonne, chez le Neusticure à deux bandes de l'Amérique méridionale. Ces trois espèces passent la plus grande partie de leur existence dans les savanes noyées. Les Lacertiens dont les doigts ne sont ni dentelés, ni carénés sur le bord, fréquentent de préférence les-bois, les taillis, les sentiers herbeux ; les espèces à doigts carénés ou dentelés se tiennent surtout dans les lieux arides, déserts ou sablonneux.
Distribution géographique. — On peut noter comme un fait curieux de distribution que tous les Lacertiens à dents pleines ou Pléodontes sont particuliers au Nouveau-Monde, tandis que les espèces à dents creuses, ou Cœlodontes, appartiennent à l’Ancien-Monde.
Les Pléodontes abondent dans les parties les plus chaudes de l'Amérique; c’est surtout en Afrique et dans les îles qui géographiquement en dépendent que se trouvent les Cœlodontes.
Nous ayons d'assez nombreux Lacertiens, appartenant à divers genres, dans le sud de l’Europe; ces espèces se retrouvent presque toutes, du reste, dans l'étendue de la zone circumméditerranéenne.
LES LÉZARDS PROPREMENT DITS — LACERTA
Eidechsen,
Caractères. — Les Lézards proprement dits se distinguent facilement des autres Lacertiens chez lesquels les dents sont creuses, par leurs doigts ni carénés, ni dentelés aux bords, par la présence de pores fémoraux et par l’existence au-dessous du cou d’un collier composé de grandes écailles. Ajoutons que la langue ne peut rentrer dans un fourreau, qu'elle est médiocrement longue, échancrée à sa pointe, couverte de papilles squamiformes.
Les écailles du dos peuvent être grandes, imbriquées et carénées, ainsi qu'on le voit, entre autres, chez le Lézard maréotique et chez le Lézard de Fitzenger; elles ne sont pas, en général, imbriquées, mais granuleuses et juxtaposées. Les tempes sont parfois revêtues de squames de forme irrégulière ou d’écailles petites; le mode d’arrangement de ces squames fournit de bons caractères pour la distinction des espèces.
La paupière inférieure est opaque; elle est
LES LÉZARDS PROPREMENT DITS
cependant transparente chez le Lézard à lunettes d'Algérie.
Distribution géographique. — Les Lézards sont presque exclusivement propres à la partie méridionale de l'Europe; on en retrouve quelques espèces en Asie Mineure et dans la parlie circumméditerranéenne d'Afrique; trois espèces sont connues du Cap de Bonne-Espérance; des représentan(s du genre vivent également dans l’archipel du Cap-Vert, à Ténériffe, aux Canaries, à Madère. Le genre se trouve dans toute l'Europe tempérée; le Lézard des souches et le Lézard vivipare remontent assez haut vers le nord, surtout cette dernière espèce qui, avec la Vipère bérus, se trouve jusque près du cercle polaire.
Moœurs, habitudes, régime. — Les Lézards choisissent pour résidence les tertres ensoleillés, les murs bien exposés au soleil, les tas de pierre, les racines des grands arbres, les haies, les buissons, les broussailles, les chemins herbeux situés à la lisière des bois. Ils se creusent un petit terrier ou utilisent quelque excavation ; ils ne s’éloignent, du reste, jamais beaucoup de l'endroit qu'ils ont choisi pour leur résidence; il est certain qu'ils restent à peu près là où ils sont nés et qu'ils n'émigrent qu'en cas de nécessité absolue.
C’est en plein soleil que les Lézards ont toute leur activité ; c’est alors seulement qu'ils chassent avec ardeur les mouches et autres insectes dont ils font surtout leur nourriture ; ils se tiennent cachés dans leur trou pendant les journées froides et pluvieuses, c’est pourquoi les espèces de nos pays hivernent avant même que l'hiver ne fasse ressentir ses rigueurs. Certaines espèces sont, du reste, plus frileuses les unes que les autres. On a remarqué que, pour une même espèce, les mâles âgés se terrent plus tôt que les femelles et que les jeunes sont les derniers à hiverner; ces derniers apparaissent, du reste, dès les premiers jours du printemps. Dans leurs résidences d’hiver, qu'ils habitent généralement en commun, les Lézards demeurent immobiles, les yeux fermés, la bouche ouverte, dans un état de mort apparente; si on vient à les réchauffer artificiellement ils reviennent à la vie, respirent, ouvrent les yeux, s’agitent et deviennent de plus en plus gais.
On a remarqué que dans une même espèce les couleurs sont d'autant plus brillantes, que l'animal est d'autant plus richement paré qu'il est plus méridional, ce qui fait qu'il
le
existe souvent des variétés de coloration assez considérables suivant les régions dans lesquelles l'animal a été capturé. Chez un même individu, la coloration peut devenir beaucoup plus vive qu'auparavant, sous l'influence de certaines émotions et dans quelques circonstances encore mal déterminées ; la structure intime de la peau ressemble en beaucoup de points, en effet, à celle du Caméléon.
Les Lézards sont des animaux essentiellement carnassiers ; ils font une guerre acharnée aux insectes, et surtout aux mouches; ils se nourrissent également de vers de terre, d’araignées, de mollusques; ceux qui ont une grande taille s’attaquent à de petits mammifères, à de jeunes oïseaux, à des Lézards plus faibles qu'eux. La proie doit toujours être vivante et jamais un Lézard ne touche à un animal mort; en captivité cependant on peut lui faire prendre cette nourriture, en agitant l'animal devant lui et en le trompant ainsi. Les Lézards saisissent leur proie subitement, en s’élançant sur elle, la broient entre les mâchoires et l’avalené lentement; ils secouent dans leur gueule les grands insectes, de manière à les étourdir, les relàchent alors, et après les avoir examinés les saisissent de nouveau pour les manger. Pendant les chaudes journées, ils boivent en plongeant leur langue dans le liquide. Les sucs des fruits savoureux leur plaisent beaucoup et il est probable que beaucoup d’espèces ne ei gnent point ces fruits.
Un mois environ après le réveil srintanier, la femelle effectue sa ponte, généralement pendant la nuit. Les œufs sont un peu allongés, d’une teinte blanc-sale; ils sont déposés, au nombre de six à neuf, dans des endroits variables suivant les circonstances; on en trouve dans le sable, entre les piérres, dans la mousse; il faut qu'ils soient dans un endroit humide, car ils se dessèchent rapidement. Les petits éclosent en août ou en septembre et se mettent de suite en quête de leur nourriture, qui se compose d’insectes appropriés à leur taille; ils muent au commencement de la mauvaise saison, avant que de se terrer.
Les animaux adultes muent plusieurs fois dans le cours de l'été, et cela à des époques indéterminées. La vieille peau se délache d’abord partiellement, puis elle est complètement dépouillée par le frottement contre des pierres, des racines, des branchages.
Captivité. — À condition d’avoir du soleil et une nourriture suffisante, les Lézards sunpar-
Fig. 213. — Le Lézar
tent bien la captivité; on les perd cependant généralement à l'entrée de l'hiver. Au bout de peu de temps leur humeur farouche s’adoucit et ils deviennent familiers à ce point qu'ils viennent prendre leurnourriture dans la main, et qu'on peut les saisir, sans qu'ils cherchent nullement à fuir; le Lézard vert est tout particulièrement sociable.
Tant que les Lézards en captivité demeurent vifs et animés, il est certain qu'ils se portent bien, mais lorsqu'ils restent immobiles, les paupières closes, dans quelque coin de leur cage, on peut être assuré qu'ils souffrent.
Usages. — On se contente aujourd'hui de reconnaître les services que nous rendent les Lézards en détruisant beaucoup d'insectes; on leur attribuait autrefois toutes sortes de propriétés plus merveilleuses les unes que les autres.
« En enduisant un tronc d'arbre avec le fiel du Lézard vert, écrit Gessner, on préserve ses fruits de la pourriture et on en éloigne les vers. Les Africains mangent la chair des grands Lézards; cette nourriture convient surtout aux gens atteints de douleurs de hanche. Lorsqu'on ajoute de la chair rôtie de ces ani-
LES LÉZARDS PROPREMENT DITS
= << NEno T SC
vert (2/3 grand.nat.).
maux à la nourriture que l'on donne aux Faucons et aux Autours, on voit se modifier le plumage de ces oiseaux, au bout de peu de temps. En faisant bouillir dans du vin des Lézards auxquels on a coupé la tête et les pattes, on obtient un breuvage dont on fait prendre une pleine coupe chaque matin aux malades; cette boisson ranime les agonisants et sauve parfois les phthisiques. Le sang desséché, la cendre obtenue par incinération de la chair guérit de certaines maladies des yeux. Pour se préserver de certaines maladies, on porte sur soi des anneaux faits en fils d’or ou d'argent qui ont été déposés dans des vases en verre renfermant des Lézards, qu’on a eu soin de relâcher le neuvième jour. On obtient un médicament excellent pourles plaies en jetant sept Lézards de nosipays dans une livre d'huile que l’on a soin d'exposer au soleil pendant trois jours pleins. En faisant bouillir ces animaux dans de l'huile, on a un liquide qui empêche la chute des cheveux; le fiel du Lézard mélangé avec du vin blanc et concentré par la chaleur solaire jusqu’à consistance dg bouillie épaisse jouit de la même propriété. »