‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 114 sur 276 · LE LÉZARD VERT. — ZACERTA VIRIDIS · texte numérisé non relu

LE LÉZARD VERT. — ZACERTA VIRIDIS

Smaragdeidechse.

Caractères. — Le Lézard vert, un des plus sveltes et des plus élégants du genre, peut atteindre 0,35 de long. La tête, grosse chez le mâle, est plus effilée chez la femelle. La queue est près de deux fois aussi longue que le corps. Les écailles du dos sont plus ou moins oblongues, étroites, en dos d'âne, non imbriquées ; les plaques du ventre sont disposées suivant huit rangées; les tempes sont recouvertes de plaques polygonales, parmi lesquelles se trouve une plaque centrale plus grande; la plaque qui revêt l’occiput est petite. Ajoutons qu'il existe deux plaques naso-frénales superposées et que l’on trouve des dents au palais (fig. 213).

La coloration varie, et avec l’âge et avec le sexe. Chez les jeunes, la couleur est, en dessus, d’un vert foncé ou d’un vert brunâtre; quatre ou cinq raies longitudinales blanchâtres, presque toujours liserées de noir, ornent le dos. Le mâle, qui se distingue de la femelle par son corps plus élevé, par sa plus grande taille, par sa queue plus large à la base, par ses pattes postérieures plus longues, offre une coloration d'un vert vif et souvent chatoyant, à reflets d'un beau vert-bleuâtre, ou vert émeraude, vert céladon, qui, à la face inférieure, passe

au jaune-verdâtre. Des points moirs et des taches grises, parfois plus grandes au niveau de la tête, ornent la partie inférieure du corps. La femelle a généralement une livrée plus terne. La coloration varie, du reste, suivant les localités, les animaux provenant des pays chauds étant toujours plus richement parés.

C’est ainsi qu’on trouve en Sicile et dans le sud de l'Italie une variété chez laquelle les côtés et le dessous de la tête sont d’un beau bleu, tandis que le corps est d’un vert uniforme ou semé de points noirâtres. Dugès a signalé une variété spéciale au midi de la France et dans laquelle toute l'étendue du dos est couverte d’un semis irrégulier et bigarré de points et de lignes vermiculées, les unes jaunes, les autres noirâtres; quelquefois même cette bigarrure de teintes vives et tranchées s'étend jusque sur les flancs; d’autres fois le dos seul est tapissé de cette manière, et deux lignes longitudinales encadrent, en quelque sorte, cette chamarrure, dont le coup d'œil est assez agréable.

Distribution géographique. — Les régions qui bordent la Méditerranée peuvent être regardées comme la véritable patrie du Lézard vert. Très répandue dans l'Europe méridionale, cette espèce se trouve sur les côtes méditerranéennes de l'Asie et de l'Afrique; elle ne

s'avance guère dans le nord. D'après Tschudi et Fatio, l'espèce n’habite que la partie sud de la Suisse, le Tessin, le Valais, le pays de Vaud; dans la vallée du Danube on l’observe depuis Vienne jusqu’à Passa ; on la trouve aussi dans le Palatinat; dans la vallée de l’Elster, elle a été recueillie auprès de Zeitz et d'Oderbergen. En France, elle remonte vers le nord jusque dans la forêt de Fontainebleau, sorte d’oasis où vivent plusieurs représentants de la faune et de la flore méridionales. :

Moœurs, habitudes, régime. — L'espèce qui nous occupe a été observée depuis le voisinage de la mer jusqu'à l'altitude de près de 1,000 mètres. D'après Gredler, on la trouve, dansle Tyrol, sur les rochers, dans les endroits pierreux exposés au soleil, le long des routes, dans les buissons poussant dans les endroits écartés, plus rarement au milieu des vignes.

En Italie, suivant Bedriega, le Lézard vert habite principalement au milieu des broussailles poussant dans les terrains calcaires. Dans la forêt de Fontainebleau, nous avons maintes fois observé cette charmante espèce le long des chemins herbeux, à proximité des taillis, dans lesquels l'animal. se sauve à la moindre alerte.

Le Lézard vert est aussi rapide que souple, aussi gracieux qu’'agile dans ses mouvements. Dante, en parlant de ce reptile, dit que ces Lézards se croisent sur les routes comme les éclairs dans le ciel. Au moindre bruit, le Vert se sauve à travers les herbes touffues et va se cacher sous quelque branchage ou dans quelque trou. Cette espèce est éminemment sociable, aussi voit-on toujours plusieurs animaux vivant ensemble.

La nourriture se compose d'insectes, de larves, de petits vers. La voracité de cet animal doit être grande si on s’en rapporte à Erber; est observateur a noté, en effet, qu’un Lézard vert dévora, de février à fin novembre, plus de 3,000 insectes dont 2,000 vers de farine.

A. de Quatrefages nous a donné d'’intéressants détails sur les mœurs d’un Lézard vert qu'il a tenu longtemps en captivité. « Mon Lézard, écrit l’'éminent naturaliste, mangeait presque tout ce qu’on lui offrait, à moins que ce ne fût un mets salé; il aimait particulièrement le miel, les confitures et le lait qu'il lapait avec beaucoup de rapidité. Les fruits bien mûrs étaient pour lui une véritable friandise. Lorsqu'on lui donnait une grosse cerise ou une prune, il commençait par l’examiner dans

Page 1