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LE LÉZARD DES MURAILLES

Paris, J.-B, Baillièee et Fils, édit. Corbeil, Crété, imp.

LES TROPIDOSAURES.

des îles volcaniques de la Méditerranée, là où la végétation est pour ainsi dire absente.

Peu frileux, le Lézard gris ne se terre que fort tard en automne; dès la fin de février, aux premiers rayons du soleil, il se hasarde timidement à l’entrée de son trou. Dans le midi de l’Europe le sommeil hivernal n’a pas lieu.

| Les œufs sont pondus en juin, les petits naïs- : sent vers la fin de juillet ; leurs couleurs sont assez vives, les mâles revêtant déjà la livrée | quiles caractérise.

LE LÉZARD OCELLÉ. — LACERTA OCELLATA.

Perleidechse.

Caractères. — Le Lézard ocellé est le géant de nos Lézards d'Europe ; il peut atteindre plus d’un demi-mètre de long, et arriver à la taille de 0,80. Les couleurs sont de toute beauté ; sur le fond, d’un brun verdâtre, sont comme brodées des lignes d’un jaune citron; des ocelles, d’un bleu cendré et entourées de brunäâtre, ornent les flancs; la tête est verdâtre, le dessous du corps d’un blanc jaunâtre; toutes ces teintes s’entremêlent, et en plein soleil l'animal paraît tout chatoyant de vert, de bleu, de brun, s’harmonisant el se fondant de la plus agréable façon.

La couleur varie, du reste, non-seulement avec l’âge, mais encore suivant les localités. C'est ainsi que les Lézards ocellés venant d’Algérie sont le plus souvent d’un beau vert et n’ont pas les ocelles qui, chez les animaux typiques, ornent les flancs. Dugès, qui a étudié avec tant de soin nos Lézards de France, a reconnu que la robe du grand Lézard, d'abord tachetée, puis ocellée, et enfin réticulée, varie beaucoup avec l’âge.

Le Lézard ocellé se reconnaît non-seulement à sa coloration, mais encore à son écaillure. Les écailles qui revêtent le dos sont petites, granuleuses, juxtaposées, très serrées, disposées en dos d'âne ; les plaques du ventre sont en dix séries longitudinales; la partie postérieure de la tête est recouverte d’une large plaque triangulaire ; les tempes sont revyêtues d'un pavé de petites squames de forme polygonale, presque toutes égales; deux plaques superposées se voient entre l'œil et la narine ; il existe des dents au palais (fig. 216).

Distribution géographique, — Le Lézard ocellé habite le midi de la France, l'Italie, l'Espagne et l'Algérie ; il est très commun aux environs de Nice et de Montpellier; il s'é-

tend vers le nord aussi loin que l'olivier.

Mœurs, habitudes, régime. — D'après Dugès, lorsque le Lézard ocellé est jeune, il se creuse un terrier le long des fossés, dans une terre labourable, le plus souvent sablonneuse. Les adultes s’établissent de préférence dans un sable dur, sur une pente rapide et abrupte, exposée au midi ou au sud-est; ils aiment aussi les racines des vieilles souches. Le dernier de nos Lézards à sortir au printemps, l'Ocellé devient paresseux au moindre abaïissement de température ; même en plein été, sa journée est courte et il se hâte de regagner son gite dès que le soleil baisse à l'horizon.

A l’approche de l’homme, ce Lézard s’enfuit avec une grande rapidité vers le trou qu'il habite d'habitude ; lorsqu'on lui coupe la retraite, il grimpe à l’aide de ses griffes acérées sur l'arbre le plus proche et demeure aux aguets ; lorsqu'on veut le saisir, il se défend avec beaucoup de courage et mord souvent assez cruellement.

Sa nourriture se compose de vers et d'insectes; grâce à sa force et à sa taille, l'Ocellé s'attaque souvent aux petits mammifères, aux jeunes oiseaux, et fait volontiers sa proie d’autres Lézards plus petits. « Lorsqu'il observe une proie, écrit Schinz, il l’épie avec des yeux brillants fixement dirigés sur elle, puis se jette dessus avec une extrême rapidité; il la saisit entre ses mâchoires, puis l’avale après l'avoir plusieurs fois secouée. »

La femelle pond de 7 à 9 œufs oblongs et de couleur blanchâtre.

LES TROPIDOSAURES SAURA

— TROPIDO-

Caractères et distribution géographique. — Très voisins des Lézards proprement dits, dont ils ne diffèrent que par l'absence de collier, les Tropidosaures sont représentés en Europe par une espèce qui habite le pourtour de la Méditerranée, et qui, assez commune en Espagne et en Algérie, a été trouvée dans les Pyrénées françaises ; les deux autres espèces que comprend le genre vivent au Cap et dans l’île de Java.

Le Tropidosaure algire est un petit lacertien de 0%,25 à 0,30 de long, aux membres postérieurs allongés ; les squames ventrales forment des séries au nombre de six. La coloration est des plus éclatantes ; le dos, d’un jaune fauve ou d'un jaune de cuivre, est glacé d’or et de

LE PSAMMODROME HISPANIQUE.

Fig. 217. — Le Psimmodrome hispanique (grand. nat.).

vert métallique ; quatre raies d’un jaune doré de teinte pâle s'étendent depuis la tête jusqu’à la queue, dont la base porte un semis de petites gouttelettes bleues entourées de noir; les tempes sont ornées d’un jaune d’or, le ventre est blanchâtre à reflets dorés, irisés de vert.

Cette charmante espèce se tient de préférence le long des haies herbeuses.

LES PSAMMODROMES —

DROMUS

PSAMMO-

Caractères et distribution géographique. — Les Psammodromes se distinguent facilement des Lézards proprement dits par leurs doigts faiblement comprimés, carénés en dessous, sans dentelures latérales et par l'absence d'un véritable repli de la peau en travers du dessous du cou; ils ont des paupières; la plaque dans laquelle est percée la narine n’est pas renflée.

La seule espèce du genre, le Psammodrome

d'Edwardsou Psammodromehispanique,habite |

la Péninsule ibérique et le midi de la France.

LE PSAMMODROME HISPANIQUE. — PSAMMODRO- MUS HISPANICUS.

Caractères. — Ce reptile, merveilleusement conformé pour une course rapide, a le corps grêle et élancé, le museau effilé, les membres allongés, la queue longue et sensiblement

| aplatie ; la gorge présente de petites plaques

lisses et élargies ; le ventre est protégé par six séries d’écailles ; il existe une douzaine de pores fémoraux; les tempes sont garnies de plaques égales, non imbriquées ; on ne voit qu’une seule plaque entre l'œil et la narine; il n'existe pas de dents au palais (fig. 217) D'après Dugès « tout le dessous du corps est d’un blanc luisant avec des reflets irisés ; le dessus est d'un gris bleuâtre ou roussâtre, la tête saupoudrée de brun ; un point brun occupe la paupière supérieure. Le dos porte, de chaque côté, trois raies longitudinales et parallèles, de couleur jaunâtre ; de distance en distance, une petite tache blanche interrompt ces lignes ; chaque tache est flanquée de deux gros points de même forme et d'un brun noir.

Pour l'ordinaire, ces groupes alternent d’une raie à l’autre, d’autres fois ils se touchent et se confondent. La queue est grise, le dessus

L'ACANTHODACTYLE VULGAIRE.

Fig. 218. — L'Ameiva vulgaire.

des membres porte des aréoles rondes, blanchâtres, rayées de brun. Sur des sujets vivement colorés, on trouve sur chaque tempe une lache blanche, et près de l'épaule une tache d’un beau bleu verdâtre ; une tache verdâtre règne aussi le long des flancs, au voisinage de la partie inférieure du corps. Les jeunes sont en général colorés d’un fond bleuâtre ; les vieux sont roussâtres. On pourrait distinguer deux variétés suivant que les lignes pâles et les taches qui les interrompent prédominent ; il est, en effet, des individus tout à fait rayés, et d’autres comme marquetés. »

Mœurs, habitudes, régime. — Le Psammodrome habile de préférence les dunes au bord de la mer ; il se creuse au pied de quelque touffe de jonc un trou peu profond dans lequel, au moindre danger, il s’élance avec la rapidité d’une flèche, volant, pour ainsi dire, à la surface du sable étincelant; comme tous les animaux du même groupe, il se nourrit d'insectes.

LES ACANTHODACTYLES — ACAN- THODACTYLUS

Caractères et distribution géographique.

— Les Acanthodactyles sont des Lézards chez

lesquels les pattes sont terminées par cinq doigts faiblement comprimés, carénés en dessous et dentelés latéralement; un collier d’écailles s'étend au travers du cou; il existe des pores fémoraux; le palais ne porte pas de dents; la langueest en fer de flèche, échancrée à l'extrémité, couverte de grandes papilles imbriquées; les narines s'ouvrent entre trois plaques.

Toutes les espèces du genre habitent la zone circumméditerranéenne ; elles sont plus particulièrement abondantes dans le nord de l'Afrique.

L'ACANTHODACTYLE VULGAIRE. — ACANTIODAC- TYLUS VULGARIS.

Caractères et distribution géographique. — L'Acanthodactyle vulgaire, qui habite le midi de la France, l'Espagne et l'Italie, peut atteindre 0,20. Il est généralement d’un brun plus ou moins foncé ; des goutteleltes blanches sont disséminées sur les pattes; quatre lignes blanchâtres se voient de chaque côté de la tête et du cou ; toutes les parties inférieures sont

| blanches ; la queue est colorée en rose tirant

sur le rouge; parfois les raies blanches des flancs sont interrompues de telle sorte que des

L'AMEIVA VULGAIRE.

séries de taches semblent les avoir remplacées, l'intervalle qui sépare ces taches étant orné de petites taches noires alternant avec des taches blanchâtres. -

Nous ajouterons que les écailles du dos sont lisses, égales entre elles, que le bord antérieur de l'oreille est granuleux, que la paupière inférieure est écailleuse, que le ventre est revêtu de dix séries de lamelles et quele palais est dépourvu de dents.

Mœurs, habitudes, régime. — Cette espèce vit de préférence dans les endroits pierreux exposés en plein soleil ; l'animal, très agile et fuyant au moindre bruit, va se cacher dans quelque crevasse du sol, sous une pierre, entre les racines des cistes ou des chènes verts. Sa nourriture se compose de petits insectes; grâce à leur agilité, à leur adresse, ces Lézards s'emparent facilement des moucherons qui se posent à leur portée; ils les attrapent pour ainsi dire au vol.

LES AMÉIVAS — AMEIVA

Caractères, mœurs, distribution géographique. — Les Lacertiens connus sous le nom d’Aveiva et de Cnémidophores représentent en Amérique les Lézards de nos pays. « Très ré.

pandus sur les deux versants de la Cordillière, ils vivent dans les endroits chauds, secs et sablonneux, sur la lisière des forêts ou dans le voisinage des plantations. Lorsqu'ils sont effrayés, ils fuient avec une vitesse extrême ; aussi est-il très difficile de s'en procurer vivants, même par le moyen que l’on emploie pour d'autres Sauriens non moins agiles, tels que les Anolis, qu’on attrape, avec un peu d'adresse, à l’aide d’un nœud coulant adapté à l'extrémité d’une baguette.

« La coloration de ces animaux offre des nuances les plus brillantes et les plus pures; les uns sont en dessus d’un »eau vert olivâtre, souvent relevé dans le premier âge par des lignes longitudinales d’un jaune doré; les autres, d’une teinte bronzée, ont les côtés du tronc parcourus par des bandes d’un noir velouté; ou bien ces mêmes parties sont ornées de marbrures foncées, entremêlées de taches verticales d’un vert tendre; quelquesuns ont les flancs semés de goutteleites blanches et noires, souvent parcourues longitudinalement par un ou deux traits de couleur claire. Les régions inférieures sont jaunes ou légèrement teintées de noir bleuâtre. Les

mâles, chez certaines espèces, sont remarquables dans leur livrée d'amour par la gorge et la poitrine, colorées en rouge de saturne vermillonnée.

« Ces Sauriens ont des formes élégantes ; la têle est légèrement arquée, forte vers l’articulation des mâchoires, fine à l'extrémité et protégée en dessus et sur les côtés du museau par de grandes plaques cornées. Le tronc est recouvert supérieurement de grains squameux et inférieurement d’écussons quadrilatéraux, lisses. La queue est longue, verticillée et terminée en pointe fine. Les membres sont bien proportionnés et en grande partie garnis de grandes lames écailleuses, lisses et polygonales. Ils offrent entre eux, par l’ensemble de toutes leurs parties et par les détails tirés de l'écaillure, une si grande ressemblance, qu'il est difficile de dire à priori si une espèce appartient à l’un ou à l’autre de ces genres, sans avoir recours à la forme de la langue, qui est étroite et rétractile chez les Ameivas, tandis que chez les Cnémidophores elle est relativement plus large en arrière et non engainante (1). »

Cope qui a observé le Cnémidophore à six bandes rapporte que «ce Lacertien, irès comœmun aux environs de Fort-Philippe, Nouveau- Mexique, est silencieux et excessivement timide, quoique se plaisant près des habitations ; il s’élance au moindre bruit hors de la vue; lorsqu'il court sur un terrain où l'œil peut le suivre facilement, il ne laisse à celui qui l’observe que l'impression d’un long trait noir et jaune. »

On connaît actuellement 35 espèces d’Ameivas de l'Amérique centrale, des Antilles, du Mexique, de la partie nord de l'Amérique du sud.

L'AMEIVA VULGAIRE. — AMEIV A UNDULATA

Ameive.

Caractères. — Cette espèce atteint environ 0,45 de long; elle a la tête forte, les narines percées entre deux plaques, huit séries de lames ventrales (fig. 218).

Chez les mâles le dos est d’un brun marron, avec des traits noirâtres à l’orifice de la queue; sur les membres se voient des taches de même couleur entremèêlées de marbrures plus claires.

(1) F. Bocourt, Recherches zoologiques pour servir à

l'histoire de la faune de l'Amérique centrale et du Meixique. Eludes sur les Reptiles, p. 242.

LE SAUVEGARDE DE MÉRIAN

Les flancs sont ornés de bandes verticales, les unes vertes, les autres noirâtres. D’après Bocourt, la face inférieure de la tête et du cou est d’un rouge de Saturne vermillonné; le ventre, lesmembres etla queue sont légèrement teintés de cendre bleue; la poitrine, le dessous des pattes et la partie postérieure des cuisses offrent des tons jaunâtres. Chez les femelles la partie supérieure des flancs porte deux bandes jaunes. Les jeunes individus ressemblent beaucoup aux femelles ; l’espace compris entre les bandes est teinté de brun; le dos est piqueté de noir.

Il existe quelques variétés de coloration.

Parfois les mâles ont le dessus du corps olivâtre, les flancs étant d'un brun carminé, parcouru par des bandes d’un vert clair, le dessous du cou étant orangé. Chez d'autres individus le dos est d’une teinte terreuse légèrement carmnée; une série de petites taches brunes orne les côtés de la queue jusqu’à son extrémité; en dessous, la tête et le cou, au printemps, se colorent en rouge; les autres régions sont d’un vert tendre.

Mœæurs et distribution géographique. — L’Ameiva vulgaire est très commun dans la Guyane et dansle nord du Brésil; on le trouve abondamment au Guatémala, dans la république de Salvador, dans le Honduras, sur le versant oriental du Mexique.

Cette espèce établit sa demeure sous les buissons, au milieu des feuilles sèches, parmi les pierres, dans les crevasses des rochers, de préférence sur un terrain sablonneux ou argileux très sec; elle recherche les endroits bien exposés au soleil. La femelle dépose ses œufs sur le sol, au milieu des herbes, en juin et août, saison la plus chaude et la plus humide.

LES SAUVEGARDES — SALVATOR Teju.

Caractères. — Le nom de Sauvegardes a été donné par Cuvier à des Lacertiens chez lesquels la langue est engainante, fort longue, très exlensible, divisée à son extrémité en deux minces languettes. La queue est arrondie; il existe des pores fémoraux; la peau de la région inférieure du cou forme deux ou trois plis transversaux, le dos est revêtu de petites écailles anguleuses, lisses, non imbriquées, disposées par bandes transversales. Les dents de l'intermaxillaire sont légèrement aplaties et échancrées à leur sommet ; les pre-

mières dents qui ornent le maxillaire sont en forme de crocs; les suivantes sont droites, comprimées, à trois pointes chez les individus jeunes, tuberculeuses chez les animaux âgés.

Mœurs, régime, distribution géographique. — « Les Sauvegardes appartiennent aux contrées chaudes du Nouveau-Monde ; ce sont ceux des Lacertiens qui atteignent la plus grande taille, c'est-à-dire de 4 à 5 pieds de longueur. Les lieux qu'ils habitent ordinairement sont les champs et la lisière des bois, quoique pourtant ils ne grimpent jamais sur les arbres; mais ils fréquentent aussi, à ce qu'il paraît, les endroits sablonneux et par conséquent arides, où ces Lacertiens, dit-on, se creusent des terriers dans lesquels ils se retirent pendant l'hiver. Suivant d'Agara, observateur habile et véridique, les Sauvegardes, quand ils sont poursuivis, et qu'ils rencontrent soit un étang ou une rivière, S'y jettent pour échapper au danger qui les menace, et n’en sortent que lorsque tout motif de crainte leur semble avoir disparu. Les espèces n’ont cependant pas, il est vrai, les pattes palmées ; mais leur longue queue, un tant soit peu comprimée, devient sans doute, dans celte circonstance, une sorte de rame dont elles se servent avec avantage. Le même savant voyageur, que nous venons de citer, rapporte que ces Lacertiens se nourrissent de fruits et d'insectes, qu'ils mangent aussi des serpents, des crapauds, des poussins et des œufs. Il prétend même qu'ils recherchent le miel, et que pour s’en procurer, sans avoir rien à redouter de la part des abeilles, ils exécutent un certain manège, qui consiste à venir à plusieurs reprises, en s’enfuyant chaque fois, donner un coup de queue contre la ruche, jusqu'à ce qu’ils soient parvenus à chasser les laborieuses habitantes de ce petit domaine (1). »

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