LES CHALCIDIENS
LES CHALCIDIENS — CHALCIDIDÆ Seitenjulller.
Caractères géméraux. — Duméril et Bi- | pières. Les quatre pattes peuvent être dis-
bron désignent sous le nom de Chalcidiens ou de Cyclosauriens, « des animaux qui ont le corps ordinairement cylindrique, très allongé ou serpentiforme, à pattes quelquefois nulles ou généralement peu développées; à tronc presque toujours confondu avec la tête et la queue, portant circulairement des traces d’an-
Fig. 221. — Écaillure du ventre d’un Gerrhosaure.
neaux ou de verticilles, et le plus souvent, sur la longueur, un sillon ou une plicature de la peau entre le ventre et les flancs (fig. 221); la tête est couverte d’écussons ou de plaques polygonales; les dents ne sont pas implantées dans les os maxillaires, mais appliquées contre leur bord interne ; la langue est libre, peu extensible, large, garnie de papilles filiformes ou squamiformes, échancrée à sa pointe ou
Fig. 222. — Langue de Gerrhosaure.
entière, non engainée dans un fourreau (fig. 222). »
Le corps ressemble tantôt à celui des Lézards, tantôt, par sa forme allengée et l’atrophie complète des membres, rappelle celui des Serpents ; c’est ce que l’on voit chez les Ophisaures; les espèces qui ont le corps serpentiforme ont le crâne de vrais Lacertiens ; de plus les deux branches de la mandibule sont fermement unies entre elles et il existe des pau-
tinctes, les antérieures ayant cinq doigts, ainsi qu’on le voit chez les Zonures, le Tribolonote, les Gerrhosaures, les Gerrhonotes, les Ecpléopes ; les Hétérodactyles ont quatre doigts aux pattes de devant, cinq aux pattes de derrière. Bien qu'au nombre de quatre, les membres sont parfois très courts et en forme de stylets (Chamésaure) ou terminés par des doigts peu distincts (Chalcides). Les Pseudopes n'ont pour représenter les membres qu'un petit stylet placé près du sillon cloacal.
Il peut exister des pores fémoraux, ainsi qu'on le voit chez les Zonures, les Gerrhosames.
Le sillon des corps existe généralement ; il manque cependant chez les Tribolonotes, les Pantodactyles, les Ecpléopes. La queue et le dos peuvent être hérissés de fortes épines ou être simplement écailleux.
Le palais est le plus généralement dépourvu de dents(Zonure, Ecpléope, Chalcide, Chamésaure, Saurophide); il porte parfois des dents (Gerrhosaure, Gerrhonote, Pseudope), qui peuvent être disposées suivant plusieurs rangées (Ophisaure).
Les deux poumons sont généralement très développés ; chez le Pseudope cependant un des poumons est trois ou quatre fois plus petit que l’autre.
Distribution géographique. — Les Cyclosauriens habitent deux régions principales, la pointe sud de l'Afrique et de Madagascar, où on trouve les Zonures, les Gerrhosaures, et la partie nord de l'Amérique du Sud, l’Amérique centrale et le sud du Mexique où vivent les Gerrhonotes, les Ophisaures, les Pentadactyles, les Ecpléopes, les Chalcides, les Hétéradactyles ; en dehors de ces deux centres, les Tribolonotes vivent à la Nouvelle-Guinée, les Pseudopes dans le sud-est de l'Europe.
Mœurs, habitudes, régime.— Les animaux qui ont lesmembres bien développés ont les habitudes des Lézards; ceux qui sont totalement privés de membres rappellent plus ou moins les Serpents par leurs mœurs. Le corps est toujours trop lourd, les pattes trop massives pour que les animaux, même les mieux doués
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LES PSEUDOPES.
puissent grimper sur les arbres; ils se tiennent généralement en terrain plat, soit au milieu des herbes, comme les Pseudopes, soit dans les endroits rocheux les plus escarpés et les plus arides, comme les Zonures.
Sumichrast, à qui on doit de si excellentes observations sur les reptiles du Mexique, s’exprime ainsi sur l'habitation de certains de ces animaux.
«La région alpine du Mexique est caractérisée par la possession d’un groupe de Sauriens qui, sans lui être exclusivement propre, y a son foyer de propagation; je veux parler des Gerrhonotes, seuls représentants au Mexique des Chalcidiens ptychopleures. C’est au milieu des forêts de pins et de chênes de cette région que vivent la plupart des espèces connues, soit sous les écorces de troncs abattus, soit au milieu des épaisses touffes chevelues de la plante parasite connue sous le nom de pasle. Hors de la région montagneuse on ne trouve plus qu’une ou deux espèces de ce groupe, assez rares et aberrantes de type. »
LES ZONURES — ZONURUS
Caractères. — Les Zonures ont une physionomie qui rappelle assez celle des Stellions et de certains Agames. Leur corps, un peu déprimé, est hérissé d’épines plus ou moins développées suivant les espèces. La tête est triangulaire, aplatie, plus large que le cou; les membres sont robustes, garnis d’écailles épineuses ; la queue est forte, généralement de même longueur que le tronc et la tête réunis, entourée de verticilles de grandes écailles rhomboïdales, le plus souvent fort épineuses. Le ventre est défendu par une sorte de plastron formé d’un grand nombre de plaques de forme quadrilatère, plates, disposées suivant des bandes longitudinales et des rangées transversales. La face inférieure des cuisses est percée de grands pores disposés suivant un, deux ou trois rangs, Parfois le dessus du cou et du dos est recouvert d'écailles faiblement imbriquées, disposées par bandes {ransversales, serrées les unes contre les autres; d'autres fois ces écailles sont, sur les flancs, remplacées par des granules; chez d’autres espèces les parties supérieures et latérales du tronc sont garnies de petites écailles relevées en dos d'âne, laissant entre elles des intervalles comblés par de fins granules. Nous ajouterons que les dents qui arment les mächoires sont coni-
ques, mousses, serrées les unes contre les autres, il n’existe pas de dents au palais.
Distribution géographique. — Tous les Zoaures sont de l'Afrique australe; les espèces connues sont au nombre de 6 ou 7.
LE CORDYLE. — ZONURUS CORDYLUS.
Gürtelschweif.
Caractères. — Le Cordyle ou Zonure gris a les écailles du dos grandes, carénées, celles des flancs prolongées en épines, les écailles de la queue sontornées d’une très forte épine, prolongement d’une large carène. La queue entre pour un peu plus de la moitié dans la longueur totale du corps. Les côtés du cou sont hérissés d’épines de moyenne grandeur (fig. 220).
Chez cette espèce, dont la taille varie entre 0%,20 et 02,25, la coloration est sujette à de nombreuses variations. Le plus généralement le dos et la queue sont d’un beau jaune orangé; la tête et les pattes d’un jaune plus clair, le ventre de couleur blanche; chez d’autres individus la face supérieure du corps est d'un brun noir luisant; chez d’autres elle présente des stries sur un fond brunâtre; parfois encore il règne tout le long du dos une raie jaune bordée de chaque côté de petites taches noires.
Mœurs, habitudes, D’après Smith, le Cordyle, qui est très commun dans la colonie du Cap, habite les régions rocailleuses, recherchant de préférence les endroits les plus abruptes et les moins accessibles; il se nourrit d’insecles.
régime. —
LES PSEUDOPES — PSEUDOPUS Scheltopusick.
Caractères. — Le genre Pseudope, qui ne renferme qu'une seule espèce, le Pseudope de Pallas, Scheltopusick ou Pseudopus apus, se reconnait à la forme cylindrique et allongée du corps, qui rappelle d'autant plus ce que l'on voit chez les Serpents que les membres ne sont représentés que par deux pelits appendices écailleux situés de chaque côté de l'anus. La tète, qui se confond avec le corps, est garnie de nombreuses plaques; les paupières sont épaisses et recouvertes d'écailles; les ouvertures externes des narines sont deux petits trous circulaires au fond desquels se trouve tendue la membrane du tympan; /a
LES PSEUDOPES.
Fig. 223, — Le Pseudope de Pallas (1/4 grand. nat.).
langue, en fer de flèche, est libre dans sontiers , méditerranéennes de l’est du continent afri-
antérieur, échancrée en avant; il existe des dents au palais; les dents qui ornent les màchoires sont simples et coniques. Les sillons des flancs sont profonds ; ils commencent à peu de distance du trou de l'oreille et finissent au niveau de la fente du cloaque. Les écailles qui revêtent le corps sont disposées en verticilles et entuilées (fig. 223).
Le Scheltopusick arrive à un mètre de longueur. La coloration la plus habituelle est, chez les adultes, un brun rougeâtre impur, la couleur du dos, en descendant sur les flancs, passant graduellement à une teinte cendrée; la tête est d’un rouge verdâtre ou d’un cendré verdâtre, couleur qui s’étend sur la partie antérieure du cou.
Les individus jeunes ont une coloration tout à fait différente de celle des adultes. Ils sont d’un brun grisâtre en dessus et d’un gris blanchâtre en dessous, avec des taches et des bandes brunâtres; il existe plusieurs bandesbrunes sur les côtés de la tête, bandes qui descendent sous la gorge.
Distribution géographique, — C'est dans les vallées ombrées des steppes de Kuman, près du Volga, que Pallas a découvert le Scheltopusick. On a retrouvé depuis cette espèce dans la Dalmatie, l'Istrie, la Hongrie, la Morée, l'Asie Mineure, la Syrie, la Palestine, la Sibérie méridionale ; elle a été signalée le long des côtes
cain.
Mœurs, habitudes, régime. — C'est dans les vallées rocheuses et ombragées que se tient de préférence le Pseudope; il y trouve facilement des retraites dans lesquelles il se cache à la moindre alerte; c’est, en effet, un animul lourd, qui ne progresse que par des ondulations du corps courtes et raides, et non par des mouvements onduleux et gracieux comme les Serpents; le Scheltopusick est effectivement emprisonné dans une sorte de cotte de mailles.
Les œufs sont pondus sous quelque épais buisson, dans un endroit herbeux et abrité, près du domicile habituel de l’animal ; les jeunes paraissent mettre longtemps avant que d’avoir atteint leur entier développement; d’après Erber, l’animal n’est, en effet, complètement adulte que vers l’âge de quatorze à seize ans, ce qui est un temps relativement considérable pour un reptile de la taille du Pseudope.
La nourriture se compose de limaces, de limacons, de petits vers; d’après Erber, le Scheltopusick fait une guerre acharnée aux Vipères qu'il dévore, après les avoir coupées en deux.
Captivité. — Le Pseudope vit bien en captivité. C’est un animal très doux qui ne cherche jamais à mordre, bien qu'il ait des mâchoires assez puissamment armées; lorsqu'on le saisit
LES TRACHYDERMIENS.
il se tord avec force sur lui-même, de sorle qu'il est presque impossible de le tenir longtemps dans la main; il se tient généralement caché ou sous une souche ou sous la couverture que l’on met dans sa cage, à demi enroulé sur lui-même et ne laissant passer que la tête. La nourriture de cet animal se compose principalement de limacons dont on a enlevé la coquille, de jeunes oiseaux etde petites souris. Le Scheltopusick est généralement vorace, de telle sorte que lorsqu'un d'eux a saisi une souris, il arrive presque toujours qu’un camarade prend la proie par l’autre côté ; aucun ne voulant céder, ils tirent à qui mieux mieux, jusqu'à ce que la proie soit déchirée. La manière de manger de ce reptile est tout à fait celle des Lézards, nullement celle des Serpents; veulentils prendre, par exemple, un limaçon dépouillé de sa coquille, ils inclinent légèrement la tête et prennent alors la nourriture, qu'ils mâchonnent jusqu'à ce qu'elle puisse être avalée.
LES SERPENTS DE VERRE — OPHI- SAURUS
Glasschleiche.
Caractères. — Par son aspect extérieur, l'Ophisaure ventral, la seule espèce du genre Ophisaure, ressemble à un Ophidien; manquant absolument de membres, il a, avec une tête de Lézard, un corps absolument semblable à celui des Serpents; le squelette présente toutefois des vestiges des ceintures scapulaires et pelviennes. La présence des paupières, la soudure des deux branches dela mà-
choire inférieure, la membrane du tympan-
LES TRACHYDERMIENS
Caractères. — Duméril et Bibron avaient placé à côté des Varans un singulier reptile américain au corps couvert de gros tubercules, figurant, pour ainsi dire, une série de clous. Cet animal, l'Héloderme, présente des particularités anatomiques telles que les zoologistes actuels l'ont à juste titre retiré de la famille des Varanidées et en ont formé le type d’un groupe distinct.
Chez les Trachydermiens le corps est couvert de tubercules coniques plus ou moins saillants, disposés par séries transversales,
nettement visible, sont encore des caractères qui ne permeltent pas de méconnaître un Saurien dans l'Ophisaure.
Chez cet animal la queue fait les deux tiers de la longueur totale du corps; elle est cylindrique ; la tête, revêtue de plaques nombreuses, se confond avec le cou, qui, lui-même, est tout d’une venue avec le tronc; les sillons latéraux sont bien marqués. Les dents de la voûte palatine sont disposées suivant plusieurs rangées ; les mâchoires sont armées de dents cylindro-coniques recourbées en arrière.
Le mode de coloration de l'Ophisaure est très variable ; certains individus ont le dessus du corps orné de bandes longitudinales brunes alternant avec des lignes jaunâtres et le ventre est blanchâtre; chez d’autres, le cou et les flancs sont noirs, le dos et la queue sont bruns, les écailles étant marquées d’une petite tache jaune ; certains individus ont le corps gris fauve relevé par des bandes noires alternant avec des lignes blanches ; d'autres encore sont colorés en marron, avec des taches blanches entourées d’un liseré noir, les écailles des flancs étant tachetées de roussâtre et le ventre étant d’une teinte orangé-pâle. La longueur de l’animal adulte est d'environ un mètre.
Mœurs, habitat, distribution que. — L'Ophisaure habite les parties sud des États-Unis; il est, paraît-il, assez commun dans les Carolines. Ce reptile se tient de préférence dans les endroits secs ; il se nourrit d'insectes, de petits repliles, de jeunes rongeurs. Il est très difficile de s'emparer de cet animal dont l'extrême fragilité justifie bien le nom de Serpent de verre qui lui a été donné par les plus anciens observateurs.
géographi-
— TRACHYDERMIDÆ
presque toujours séparées les unes des autres par des seutelles granuleuses ; le revêtement dermique de la tête et celui des parties supérieures du corps contiennent des corpuscules caractéristiques du tissu osseux. Le ventre est protégé par des plaques un peu plus grandes que les tubercules des flancs. Les membres sont assez courts, massifs et n’ont pas cette longueur que l’on voitchez les Varans. La langue est assez large, non échancrée, non protraclile. Les dents, qui sont coniques, sont appliquées sur le bord interne des màchoires.
L'HÉLODERME.
Cette famille des Trachydermiens doit être | pliquent, du reste, le peu de longueur et l’é-
divisée en deux sections ; la première, qui ne comprend que le genre Héloderme, est caractérisée par des dents creusé>s d’une rainure longitudinale assez profonde; dans les genres Xénosaure, Lépidophyme, Cricosaure, rentrent dans la seconde division, les dents ne sont pas sillonnées.
Mœurs et distribution géographique.
Tous les Trachydermiens sont des animaux essentiellement nocturnes, habitant l’'Améri-
que centrale et la partie méridionale du |
Mexique.
L’HÉLODERME. — HELODERMA HORRIDUM.
Brustenechse.
Caractères. — La forme générale de l’Héloderme le rapproche un peu des Varans ; il est cependant beaucoup plus lourd, plus massif.
La tête, large et tronquée en avant, est recouverte-de tubercules plus grands que ceux qui protègent les autres parties du corps ; le museau est épais ; les dents présentent au bord interne de leur face antérieure un sillon très net, semblable à ce que l’on voit chez certains
Serpents venimeux. Les parties supérieures de |
l'animal sont teintées d'un brun marron relevé de petites taches d’un beau jaune ; des
anneaux d’un jaune d’or se voient sur les |
membres et sur la queue; la face inférieure présente des taches jaunâtres se détachantsur le fond qui est d’un brun de corne (fig. 224). Mœurs, habitudes, distribution géographique. — D'après Sumichrast, qui a eu l’occasion d'observer vivant le singulier reptile dont nous nous occupons, « Ce Saurien, dont la taille dépasse un mètre chez quelques individus, habite exclusivement la zone chaude qui s’étend du revers occidental de la Cordillère jusqu'aux rivages de l’océan Pacifique ; il n’a jamais été rencontré sur la côte du golfe mexicain. Ses conditions d’existence le confinent dans les localités sèches et chaudes, telles que les contours de Jamiltepec, Juchitan, Tehuantepec, etc. Il est d'autant plus difficile d’observer les mœurs de l'Héloderme que cet animal, grâce à la vie sédentaire que lui imposentses habitudes semi-nocturnes, échappe à une investigation suivie. Ajoutons que la frayeur extrême qu'il inspire aux indigènes n’a pas peu contribué à laisser son histoire dans l'obscurité. La démarche de ce reptile est excessivement lente et embarrassée, ce qu’ex-
qui.
paisseur relative des membres, aussi bien que le manque de flexibilité des articulations.
Chez les individus très vieux ou chez les femelles avant la ponte, le ventre acquiert un grand développement et traîne sur le sol, difformité qui ne laisse pas d'ajouter encore à l'aspect repoussant de cet être bizarre.
« L'Héloderme est un animal terrestre dans toute l'acception du mot, et son organisation est en rapport avec son genre de vie. Sa queue ronde et pesante ne pourrait en aucune manière lui servir d’instrument de natation, et ses doigts trop courts et épais ne sauraient lui permettre de grimper aux arbres. Aussi n’es!tce point dansle voisinage immédiat des rivières ou dans l'épaisseur des forêts qu’il faut chercher ce reptile, mais plutôt dans les endroits secs, à la lisière des bois ou dans les anciens défrichements, dont le sol est couvert de débris végétaux, de troncs pourris et de graminées. Pendant la saison sèche, de novembre à mai, on rencontre très rarement ce replile, qui ne se laisse voir avec quelque fréquence que dans les temps de pluies.
« Le corps de l’Héloderme exhale une odeur forte et nauséabonde. Quand l’animal est irrité, il s'échappe de sa gueule une bave gluante et blanchâtre, sécrélée par des glandes salivaires très développées. Si on le frappe dans ce moment de colère, il finit par se renverser sur le dos, ce qui fait dire aux Indiens, comme un précepte à suivre en pareille circonstance : qu'il fauttoujours attaquerle Æscorpionen face,
| parce qu'il pique en arrière. Cette manœuvre
singulière, que l'Héloderme répète chaque fois qu'ilest menacé, est accompagnée de sifflements profonds, aspirés avec force du gosier, et qui donnent une sécrétion abondante de la salive gluante dont nous avons parlé. »
L’Héloderme est un animal nocturne ; pendant la journée il se cache dans quelque trou qu'il s’est de préférence creusé au pied d’un arbre et y demeure immobile, enroulé sur lui-même. Il ne sort que le soir pour se mettre en chasse ; sa nourriture se compose d’insectes, de lombrics, de myriopodes, de petits batraciens ; il ne dédaigne pas les matières à demi corrompues.
Nocivité. — D’après Bocourt, Hernandez «est le premier qui, en 1561, ait donné une description de l’Héloderme, dont voici les particularités les plus intéressantes : il est connu au Mexique sousle nom d’Acastelopon ;
L'HÉLODERME.
salongueurtotaleest de deuxempans;les pattes sont courtes ; la langue est rouge et bifide ; le dessus de la tête est recouvert de granulations dures et de couleur jaune. La femelle a les membres postérieurs et le bout de la queue annelés de brun ; le corps présente des bandes transversales de la même couleur. Ce Saurien, appelé Æscorpion par les créoles espagnols, habite les terres de Quanhnahuac (Cuernavaca ?); est craint des indigènes autant que les gens d'origine européenne et, quoique très redouté, on ne peut cependant affirmer que sa morsure donne la mort. »
Dans une intéressante communication faite à l’Académie des sciences de Paris en 1875, Sumichrast note que « les indigènes considèrent la morsure de l'Héloderme comme excessivement dangereuse et la redoutent à légal de celle des serpents les plus venimeux. On m'a cité, ajoute Sumichrast, à l'appui de cette prétendue propriété malfaisante, un grand nombre d'accidents survenus à la suite de morsures. Sans donner, du reste, le moindre crédit aux récits que j'ai recueillis des indigènes, je ne suis pas absolument éloigné de croire que la bave visqueuse qui s’écoule de la gueule de l’animal dans les moments d’excitation ne soit douée d’une âcreté telle qu'elle ait pu, introduite dans l’économie, y occasionner des désordres dont la gravité aura été sans doute fort exagérée. »
Bürsch pendant son séjour au Mexique a pu se procurer un Héloderme vivant. Pour savoir si, selon l'opinion généralement répandue, la morsure de cet animal est dangereuse, il chercha à l’irriter en lui présentant un Lézard vivant, L'Héloderme mordit au doigt Bôrosh et l’undes expérimentateurs ; la blessure, qui saigna, fut très douloureuse, mais guérit avec assez de rapidité.
Sumichrast a fait également des expériences qui démontrent péremptoirement que la morsure de l'Héloderme n’est pas aussi inoffensive qu'on le croit généralement et nous ne pouvons mieux faire que de citer ici, d’après F. Bocourt, une note concernant ces expériences:
« Je suis maintenant porté à croire, écrivait le regretté Sumichrast, que la croyance populaire qui attribue à l'Héloderme des propriétés vénéneuses n'est pointsans fondement. Je fis mordre une poule sous l'aile par un individu encore jeune et qui, depuis longtemps, n'avait pris aucune nourriture. Au bout de quelques minutes, les parties voisines de la
blessure avaient pris une teinte violette; les plumes de l'oiseau étaient hérissées ; tout son corps éprouvait un tremblement convulsif ; il ne tarda pas à s’affaisser sur lui-même; au bout d’une demi-heure environ, ii était étendu comme mort, et de son bec entr'ouvert s'échappait une baye sanguinolente. Aucun mouvement ne semblait indiquer l'existence, si ce n’est une légère secousse qui agitait de temps en temps l'arrière de son corps. Au bout de deux heures, la vie sembla renaître peu à peu, l'oiseau se releva sur le ventre, sans toutefois se tenir debout et ayant toujours les yeux fermés. Il demeura ainsi près de douze heures, au bout desquelles il finit par s’affaisser de nouveau sur lui-même et expira.
«Un gros chat, que je fis mordre à l’une des pattes de derrière, ne mourut point; mais, immédiatement après avoir élé mordu, la patte enfla considérablement, et pendant plusieurs heures le chat ne cessa de pousser des miaulements qui indiquaient une vive douleur ; il ne pouvait se tenir debout et resta pendant toute une journée étendu à la même place sans pouvoir se relever et complètement hébété.
« Quoique ces expériences soient insuffisantes pour prouver que la morsure de l'Héloderme est véritablement venimeuse, elles me paraissent assez concluantes pour faire admettre qu’elle ne laisse pas de causer de très rapides et profonds désordres dans l’économie des animaux qui en sont l’objet. La cannelure que l’on observe aux dents de ce reptile n'offre-t-elle pas une analogie réelle avec le système dentaire des Ophidiens venimeux, dont l'Héloderme se rapproche encore par la mollesse de mouvement qui caractérise les Serpents, organisés pour saisir leur proie à l’affût el non à la course ?
«Je ne doute pas que des expériences, faites avec des individus adultes et nouvellement pris, ne produisent des effets beaucoup plus terribles que ceux qu’a pu occasionner la morsure d'un individu jeune et affaibli par une captivité de près de trois semaines, »
Des expériences récentes faites au jardin de la Société zoologique de Londres ont pleinement confirmé les observations de Sumichrast ; l'Héloderme est jusqu'à présent le seul reptile connu qui soit venimeux, en dehors des Serpents.
2 AL, GL CLIS <
LES SCINCOIDIENS.
CLS ——
Fig. 224. — L'Héloderme (1/1 grand. nat.).
LES SCINCOIDIENS — SC/INCOIDÆ
Οhlechsen.
Caractères généraux. — Les Scincoïdiens ou Lépidosaures semblent établir une sorte de transition entre les Sauriens normaux et les Ophidiens ; c’est chez eux que la dégradation des membres est le plus manifeste; on trouve toutes les combinaisons possibles dans le nombre et dans la disposition des doigts.
Certains de ces animaux, tels que les Trachysaures, les Gongyles, les Scinques, les Cy-
clodes, les Abléphares, ont quatre membres et |
Jig. 225, — Écailles ventrales de Scincoidien.
cinq doigts à chaque membre. Chez d’autres, les membres sont encore au nombre de quatre, mais il peut exister quatre doigts aux paltes de devant et cinq à celles de derrière (Hétérope, Gymnophthalme), quatre doigts aux
pattes de derrière et cinq aux membres de devant (Campsodactyle), quatre doigts à chaque patte (Tétradactyle), trois doigts en arrière, deux en avant (Lériste); les Seps et les Hémiergis ont trois doigts à chaque patte, les Hétéromèles trois doigts derrière, deux devant. Chez les Chélomèles il existe déux doigts à chaque membre, chez les Brachymèles un seul doigt derrière, chez les Brachystopes un devant et deux derrière, chez les Évésies un seul au membre postérieur.
Lorsque les membres viennent à manquer, ce sont toujours les antérieurs qui disparaissent. Dans ce cas, chez les Scélotes, les membres postérieurs sont divisés en deux doigts; les membres ne sont pas divisés chez les Prépédites, les Ophiodes, les Hystéropes, les Lialis. Les membres font totalement défaut chez les Orvets, les Acontias, les Ophiomores, les Typblines.
Même lorsque les membres existent, ils sont généralement peu développés, de telle sorteque les Scincoïdiens sont des animaux lourds, mal organisés pour la course ; chez eux, lecorps est
LES SGINCOIDIENS. 273
‘ Fig. 226. — Le Macroscinque de Cocteau (1/4 grand. nat.).
ordinairement arrondi et tout d’une venue, de telle sorte que le cou nese distingue du tronc que par la position des membres; la queue continue directement le tronc. Le corps est recouvert d'écailles entuilées, à plusieurs pans, disposées en quinconce (fig. 226); le dos est arrondi et ne porte ni crêtes, ni épines. Les yeux peuvent manquer, ainsi que cela existe chez les Dibames et les Typhlines; le plus souvent il existe deux paupières, la paupière inférieure pouvant être transparente ou recouverte d'étête est recouverte en dessus de plaques cornées, disposées d’une manière régulière. La langue est libre, plate, non engainante, légèrement échancrée en avant, le plus souvent recouverte de papilles écailleuses; chez ceux que l’on désigne sous le nom d'Ophiophthalmes, la paupière est unique; d'autres ont les paupières si courtes que l'œil est presque complètement à découvert, et tels sont les Gymnophthalmes et les Abléphares. Les trous auditifs se trouvent presque toujours sous forme d’une fente, plus ou moins recouverte par les écailles. Les na-
rines s'ouvrent extérieurement au milieu d’une
plaque, de deux, de trois plaques, l'ouverture interne se faisant presque directement en deyant du palais.
BrEum. — V,
On comprend que les organes doivent se mouler suivant la forme du corps et qu'ils s’étirent chez les espèces qui ont le corps serpentiforme : chez les Dibames et les Typhlines, qui manquent de membres ou dont les membres sont rudimentaires et qui ont les yeux cachés sous la peau, un des poumons est beaucoup plus développé que l’autre.
D'après Duméril et Bibron, « la couleur des écailles est le plus souvent d'un gris terreux, analogue à la teinte des sables sur lesquels habitent les Scincoïdiens ; leur partie inférieure est généralement plus pâle. Quelquefois il y a des bandes transversales ou longitudinales qui sont dues à la couleur particulière des écailles ; celles-ci sont noires, jaunes, rouges ou aurore. Il est rare que le fond de la couleur soit vert ; les teintes sont ternes et par cela même elles protègent ces faibles animaux en les soustrayant à la vue et à la rapacité des oiseaux de proie qui ne les distinguent pas du sol sur lequel ils rampent habituellement. »
Ainsi que le faitremarquer F. Bocourt, ceux de ces animaux quihabitent les sables « offrent ordinairement des teintes ternes, mais ceux que l'on rencontre au milieu d’une végétation tropicale sont parés des couleurs les plus brillantes ; ainsi le bleu, le jaune, le vert et le
RePruzes. — 3ù
LES MACROSCINQUES.
rouge orangé colorent l'une ou l'autre de leurs parties. Les flancs sont généralement teintés de brun et souvent des bandes longitudipales ou transversales de même couleur orneut le dessus du cou, du lronc et de la queue; parfois celtteornementalion manqueetse trouve remplacée par des teintes métalliques dont l'intensité varie suivant la manière dont ces parties sont éclairées. »
Distribution géographique. — Les Scincoïdiens sont répandus sur toute la surface du globe, car on en rencontre depuis les pays les plus chauds jusque dans les contrées les plus froides, l'Orvet se trouvant jusqu'au niveau du cercle polaire; de même que les autres reptiles, ils sont, du reste, plus particulièrement abondants dans les pays dont la température est élevée.
Moœurs, habitudes, régime. — Tous les Scincoïdiens sont des animaux lourds qui ne grimpent qu'exceptionnellement aux arbres; ils restent généralement fixés sur le sol; leur peau étant presque toujours lisse et polie, beaucoup de ces reptiles peuvent se glisser et s’insinuer dans leur cachette par les plus petites ouvertures; ceux qui sont privés de membres, ou dont les membres sont peu développés, rampent en imprimant latéralement des sinuosités à leur tronc ; beaucoup d’entre eux sont des animaux fouisseurs et s’enterrent
rapidement dans le sable, en cas de danger. |
La plupartd'entre euxse nourrissent d'insectes; pour ceux, tels que les Trachysaures, les Cyclodes, qui arrivent à une assez grande taille, la nourriture peut également se composer de jeunes oiseaux et de petits mammifères; plusieurs Scincoïdiens sont exclusivement herbivores et frugivores.
La plupart des Scincoïdiens sont oyovivipares.
Tous ces animaux sont doux, absolument inoffensifs et ne cherchent que rarement à mordre.
LES MACROSCINQUES — YACROS- CINCUS Caractères. — Sous le nom d'£uprepes de
Cocteau, Duméril et Bibron décrivent un Scincoïdien de grande taille, représenté au Muséum de Paris par un seul exemplaire en peau et dont la provenance était inconnue.
Barboza du Bocage ayant, en 1873, eu à sa disposition plusieurs exemplaires de ce Scin-
coïdien, reconnut qu'il ne pouvait être mairtenu dans le genre Euprepes et en fit le type du genre Macroscinque. Il n'y a pas, en effet, de dents au palais ; de plus, particularité unique jusqu’à présent chez les Scincoïdiens, les dents qui arment les mâchoires ont la couronne très comprimée, légèrement arrondie et très distinctement dentelée sur les bords; cette disposition rappelle ce que l’on voit chez les Iguanes.
Le Macroscinque de Cocteau est un animal dont la taille peut arriver à O»,70 ; il est lourd, trapu, comme tous les Scincoïdiens. La tête, qui est courte, se renfle en arrière des mâchoires ; le tronc est large, fort déprimé dans sa moitié postérieure; les membres, courts et forts, se terminent par des ongles légèrement comprimés ; la queue, conique et pointue à son extrémité, aune longueur très variable à cause de sa grande fragilité (fig. 226).
Le dessus de la tête est couvert de plaques rugueuses chez les animaux adultes. Le tronc est revêtu d’écailles hexagonales, petites et bicarénées sur les flancs, plus grandes et lisses sur les régions inférieures. Une série de six à huit squames assez grandes couvre le bord du cloaque. La paupière inférieure est transparente dans sa partie centrale.
La partie supérieure du corps est d’un gris olivâtre, largement marbré de rose et relevé de taches brunâtres irrégulières etirrégulièrement distribuées; ces taches sont principalement confluentes sur la face supérieure de la tête, sur le milieu du dos et de la queue; certains individus présentent des marbrures d’un rouge sale et d'un gris de perle assez brillant. Lorsque l’animal est irrité, il apparaît de petits traits noirs de chaque côté de la gorge. Les pattes sont marbrées de noir; une belle tache orangée entoure l'ouverture de l'oreille. Le dessous du corps est d’un blanc jaunâtre, avec de petites taches arrondies d’un brun foncé.
géographique. — Pendant longtemps la patrie de cette espèce a été inconnue. Ce n’est que depuis quelques années que l’on sait qu’elle est cantonnée sur l’Ilheo Branco, petite île de l'archipel du Cap-Vert, située près de l'île Santa-Luzia.
Ainsi que le fait à juste titre remarquer Barboza du Bocage, « à une époque antérieure, le Macroscinque a dû avoir un habitat beaucoup plus étendu, il a dù successivement disparaître, comme tant d’autres espèces, partout où l'homme s’est établi à demeure ; maintenant,
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