‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 124 sur 276 · partie supérieure · texte numérisé non relu

partie supérieure

Les appendices qui tiennent lieu demembres ressemblent à deux petites nageoires oblongues, arrondies à leur bord libre, revêlues,

LES AMPHISBÉNIENS

Ringelechsen

Caractères généraux. — On à pendant longtemps classé avec les Serpents des Reptiles au corps allongé, généralement dépourvus de membres, qui paraissent être divisés en anneaux iransverses el réguliers, mais dont la

en dessus de grandes, en dessous de petites écailles rhomboïdales, lisses et imbriquées | (fig. 232).

La face supérieure du corps est d'un brun cuivreux tournant au grisâtre ; la plupart des individus portent, depuis la tête jusqu’à l’extrémité de la queue, trois séries de taches noires oblongues, lisérées de blanc; certains exemplaires sont d’une teinte plombée uniforme. Le dessous du corps a une teinte grise nuancée de noirâtre; la gorge et la face inférieure de la queue sont blanchâtres.

Distribution géographique. — Cette espèce habite la Nouvelle-Hollande.

Mœurs, habitudes, régime, — Tout ce que nous savons de ses mœurs, c’est qu'elle vit dans la vase.

AMPHISBÆNIDÆ

oder Waihlen.

| peau est dépourvue d'écailles proprement di-

tes. Ces animaux sont aujourd’hui, et à juste titre, placés parmi les Sauriens; on ne saurait | nier, du reste, qu'ils font passage aux Ophi- | diens.

LES AMPHISBÉNIENS.

Les Amphisbénidés sont des Sauriens fouisseurs, au corps cylindrique et allongé, tout d’une venue; la queue est généralement très

courte. La peau est coriace, plus ou moins |

transparente chez les animaux vivants ; elle est revêtue d'une série de verticilles circulaires à peu près égaux entre eùx, et chacun de ces anneaux est subdivisé en petits compartiments quadrilatères, un peu saillants comme des tubercules réguliers, généralement symétriques, semblables aux petites pièces qui composent une mosaïque; en un mot, la peau semble être guillochée, d'où le nom de Glyptodermes qui a été donné à ces animaux (fig. 233).

= Les vertèbres, qui sont nombreuses, ont leur face articulaire antérieure concaye, la postérieure étant convexe ; toutes les vertèbres

Fig. 233. — Écailles du ventre d’Amphisbène.

précaudales, à l'exception de deux ou de trois, sont pourvues de côtes; il n'existe pas de sacrum. On ne trouve de sternum que chez les Chérotes, mais ce sternum n’est pas réuni aux côtes. :

Les os de la face sont intimement réunis entre eux et avec les pièces du crâne, de telle sorte qu'il n'existe pas de columelle ; les préfrontaux font défaut et le squamosal, ainsi que l'os carré, sont fort réduits ; les deux branches de la mandibule sont solidement soudées entre elles; la cloison interorbitaire est osseuse.

Le crâne est, dans son ensemble, fortement bombé en avant; il rappelle le crâne de certains Mammifères carnivores et présente le

long de la ligne médiane une forte saillie osseuse et sur l’occiput une crête large et tranchante. La mâchoire inférieure est massive, très relevée en arrière (fig. 234, 235).

Les membres font toujours défaut, à part chez les Chirotes, qui ont des pattes antérieures réduites.

Les yeux, dépourvus de paupières, sont très peu développés ; ils apparaissent comme de petits points noirs presque entièrement cachés sous la peau.

La membrane du tympan n’est pas visible.

La langue est plate, échancrée en arrière, couverte de grandes papilles.

Dans un seul genre, les Trogonophides, les dents sont solidement fixées sur le bord des mâchoires ; dans tous les autres genres, elles sont appliquées contre le bord interne des mächoires.

Mœurs, habitudes, régime. — Nous ne savons encore que très peu de choses sur les mœurs des Amphisbéniens.

Il est probable que toutes les espèces, au moins celles qui sont absolument privées de membres, vivent sous terre et se creusent des galeries dans lesquelles elles se tiennent, n’apparaissant que rarement à la surface du sol.

Les espèces apodes peuvent progresser aussi bien à reculons qu’en avant, et c’est de cette particularité qu'est venu le nom d’Amphisbène (1);

« C'est là une propriété, écrit Wagler, que possèdent aussi dans une certaine mesure les Taupes, dont les Amphisbénidées tiennent la place parmi les Reptiles ; on peut, en outre, les comparer aux Vers qui vivent sous terre et fouissent le sol, qui ont un corps allongé et cylindrique, et dont le tégument est également quadrillé par des lignes transversales et longitudinales. »

« C’est un fait bien remarquable dans l’économie domestique des Fourmis migratrices, écrit Tschudi, que de voir ces animaux supporter sans aucun trouble un Reptile de la taille de l'Amphisbène au milieu de leurs habitations souterraines. Ce fait est d'autant plus surprenant qu’en général ces Fourmis témoignent de l’hostilité la plus acharnée à l'égard de tous les êtres vivants, qu’elles se jettent avec fureur sur tous les animaux qui s’approchent imprudemment de leurs colonies, et,

| qu’en raison de leur nombre, de leur force et

(1) Auvicéavæ, double marcheur, progression dans leg. deux sens.

LES AMPHISBÈNES.

= AUGNEUMANN EE

Fig. 236. — L'Amphisbène blanche (2/5 grand. nat.).

de leur courage, elles parviennent à tuer des Serpents de plus d’un mètre de long et des Mammifères de la taille de l’Écureuil. Le mo- {if sur lequel est basée la vie en commun de l’Amphisbène et des Fourmis n’est pas encore connu; certainement l'hôte et les maîtres de la demeure retirent de leur vie en commun un avantage d’une égale valeur, sans quoi on n’observerait pas cette association paisible. D'ailleurs toute fourmilière ne contient pas nécessairement une Amphisbène, tout comme cet animal ne vit pas forcément dans un nid de Fourmis. J'ai retiré à plusieurs reprises des Amphisbènes de trous peu profonds, qu'ils semblaient avoir creusés eux-mêmes. Lorsqu'on enfume une colonie de Fourmis, ainsi qu'on a coutume de le faire pour défendre les cultures contre ces redoutablesennemis (1),les Amphisbènes se hâtent de fuir. »

Les mouvements des Amphisbènes sont as- |

sez particuliers et l’on s'imagine, dans toute l'Amérique du Sud, qu'ils peuvent ramper à reculons, aussi bien qu’en avant. « Ceux que j'ai trouvés, écrit le Prince de Wied, se remuaient à peine tant qu'on ne les touchait pas; ils se mouvaient alors à la manière des

Vers de terre. Autant ils montrent de lenteur | lorsqu'ils rampent, autant ils sont adroits |

lorsqu'ils fouissent. »

LES AMPHISBÈNES — AMPHISBÆNA

Doppelschleichen.

Caractères. — On désigne actuellement

sous le nom d'Amphisbènes des reptiles fouis- | | temps et se dispersent en tous sens.

1) Voyez Brebm, les Insectes, édition française par J, Kunckel d'Herculais, tome I, p. 108,

seurs, qui se reconnaissent aux caractères suivants :

Leur corps est vermiforme, leur tête pelite, leur queue courte, épaisse et cylindrique ; les

| membres font absolument défaut. Les dents

sont coniques, un peu courbées, appliquées contre le bord interne des mâchoires, c’est-àdire pleurodontes. La partie antérieure de la tête jusqu’au vertex est formée de grandes plaques ; celles-ci forment au-dessus du museau

| un écusson plus grand que les autres. Sur les

côtés latéraux du corps s'étend, depuis le cou jusqu'à l’anus, un sillon plus ou moins marqué suivant les espèces. On voit des pores au-devant du cloaque. Le museau est tantôt large, tantôt étroit, il peut être aigu ou obtus.

Distribution géographique, —Les Amphisbènes vivent dans l'Amérique du Sud.

Mœurs, habitudes, régime. — Les Amphisbènes vivent sous la terre et ne viennent probablement qu'’exceptionnellement à la surface du sol ; elles se tiennent principalement dans les tertres des Termites et dans les fourmilières. Dans le Surinam, on leur a donné le nom de « rois des Fourmis » ; dans la région de l’Amazone on les appelle « mères des Fourmis » ; dans plusieurs régions on les nomme « serpents à double tête ». Les habitants des rives de l’'Amazone, pensent, ainsi que les colons d’autres parties de l'Amérique du Sud, que les Amphisbènes sont soignées et nourries par les Fourmis et traitées par elles avec les plus grands égards. D’après les dires des indigènes, lorsqu'une Amphisbène quitte une fourmilière, les Fourmis émigrent en même

Légendes. — Aux yeux des Américains du

LE BLANUS CENDRÉ.

Sud, les Amphishbènes, qui sont des animaux tout à fait inoffensifs, passent pour extrêmement venimeux et doués de propriétés thérapeutiques tout à fait extraordinaires.

« On a cru, écrit Lacépède, que ces animaux avaient deux têles non placées à côté l’une de l’autre, comme dans certains Serpents monstrueux, mais la première à une extrémité du corps et la seconde à l’autre.

On ne s’est pas même contenté d'admettre cette conformation extraordinaire; on a imaginé des fables absurdes que nous n'avons pas besoin de répéter.

« On a cru et écrit très sérieusement que lorsqu'on coupe une Amphisbène en deux par le milieu du corps, les deux têtes se cherchent mutuellement; que lorsqu'elles se sont rencontrées, elles se rejoignent par les extrémités qui ont été coupées, le sang servant de glu pour les réunir ; que si on les coupe en trois morceaux, chaque tête cherche le côté qui lui appartient, et que lorsqu'elle s’y est attachée, le Serpent se trouve dans le même état qu'’avant d’avoir été divisé; que le moyen de tuer une Amphisbène est de couper les deux têtes avec une petite partie du corps, et de les suspendre à un arbre avec un cordeau; que même cette manière n’est pas très sûre; que lorsque les oiseaux de proie ne les mangent pas, et que le cordeau se pourrit, l'Amphisbène, desséchée par le soleil, tombe à terre, qu’à la première pluie qui survient, elle renaît par le secours de l'humidité qui la pénètre ; que, par une suite de cette propriété, ce Serpent réduit en poudre est le meilleur spécifique pour réunir et souder les os cassés, etc.

Combien d'idées ridicules, le défaut de lumières et le besoin du merveilleux n’ont-ils pas fait adopter ! »

L'AMPHISBÈNE BLANCHE. — AMPHISBÆNA ALBA.

Ibizara.

Caractères. — Une des espèces les plus

connues du genre est l’Amphisbène blanche.

La tête est déprimée, le museau court, large et

arrondi ; les yeux sont bien distincts ; la ré- |

gion postérieure du crâne et les tempes sont revêtues de petits compartiments carrés ; il existe trois plaques labiales supérieures, la première touchant à l'écusson qui termine le

museau. On compte 222 anneaux pour le tronc, et 14 pour la queue. Les parties supérieures du corps sont d’une teinte jaunâtre luisante, les parties latérales d'un jaune clair, le ventre d'un blanc bleuâtre ; la tête a une coloration plus claire que le dos. La taille arrive à 0",50 (fig. 236).

Distribution géographique. — L'Amphisbène blanche habite les parties méridionales de l’Amérique, telles que le Brésil et les Guyanes.

LES CHIROTES — CAHIROTE

Handwuhle

Caractères. — Les Chirotes se séparent des autres Amphisbénidés par la présence de membres antérieurs terminés par ciaq doigts, dont un sans ongle; il existe un sternum et des pores pré-anaux. Les dents sont coniques, un peu courbées, simples, pointues, inégales, appliquées contre le bord interne des mâchoires.

LE CHIROTE CANALICULÉ OU BIMANE ANNELE.

* Caractères. — La seule espèce qui rentre dans le genre, le Chirote canaliculé ou Bimane cannelé (fig. 237). C’est un animal d'environ 0®,95 de long, au corps cylindrique, légèrement aplati à la face inférieure, présentant la même longueur dans toute son étendue ; les parties supérieures du corps sont tachetées de marron sur un fond fauve, les parties inférieures étant bianchâtres. La tête est courte, légèrement déprimée ; c’est à peine si on distingue l'œil à travers la plaque qui le recouvre. La queue fait environ la septième partie de la longueur du corps. Les membres antérieurs sont situés à une très petite distance en arrière de la

| tête; ils sont courts, assez forts, aplatis. Le

long du corps on remarque, dechaquecôté,une sorte de raphé qui s'étend depuis l'épaule jusqu’à l’origine de la queue. Le nombre des petits verticilles qui forment les petits compartiments de la queue est de 6 sur la tête, de 4 autour du cou, de 250 au tronc et de 37 autour de la queue; tous ces compartiments sont petits, à peu près égaux entre eux et quadrilatères.

Distribution géographique. — Le Chirote annelé vit au Mexique.

LE TROGONOPHIDE DE WIEGMANN.

/Fis. 2317. — Le Chirote canaliculé (grand. nat.).

LE BLANUS CENDRÉ. — BLANUS CINEREUS.

Netzwühle.

Caractères. — C’est un animal vermiforme, de 0°,25 à 0",30 de long, d’une couleur brungrisâtre ou rougeâtre ; il est essentiellement caractérisé par la disposition des écussons de la tête et la longueur relativement grande de la queue, qui est pointue. Le devant de la tête est recouvert par une grande plaque; plusieurs écussons de forme quadrilatère se trouvent sur l’occiput. Les yeux sont très pelils. L’os intermaxillaire porte 7 dents; le maxillaire supérieur est armé de 16 dents, la mandibule de 14 dents. Sur chaque côté du corps s'étend un sillon assez marqué. On compte 125 anneaux sur le corps, de 18 à 23 sur la queue.

Distribution géographique. — Le Blanus cendré est la seule espèce d'Amphisbénidés qui vive en Europe que l’on trouve dans la partie sud de la périnsule ibérique, et dans les iles de la Grèce.

Moœurs, habitudes, régime, — De même que pour les autres espèces appartenant au même groupe, on ne sait que peu de chose

sur le Blanus cendré. C’est un animal vivant | sous les pierres ou dans des galeries souter- |

raines, surtout dans des fourmilières. Au premier abord, on le prendrait pour un ver de terre. si ce n'était son mode de progression; il se meut, en effet, à l’aide de tortillements latéraux. Sa nourriture se compose de pelits insectes.

LES TROGONOPHIDES — TROGO- - NOPHIS

Caractères. — Kaup a établi le genre Trogonophides pour des Amphisbènes qui présentent cette particularité importante d’êlre acrodontes, c’est-à-dire que leurs dents, au lieu d'être appliquées contre le bord interne

|! des mâchoires, comme chez toutes les autres

espèces, sont fixées sur le bord des maxillaires si intimement qu'elles semblent faire corps avec eux.

Un autre caractère distinctif est que les narines viennent s'ouvrir sur les côtés du museau au lieu d’être situées sous l'extrémité antérieure de la tête.

LE TROGONOPHIDE DE WIEGMANN. — 7R0G0- NOPHIS WIEGUANNI.

Caractères. — Cette espèce a le corps de couleur d'un vert clair, üirant sur le rougedtre,

LE TROGONOPHIDE DE WIEGMANN.

plus pâle en dessous qu'en dessus, semé de petites taches à peu près toutes de même grandeur, les unes noires, les autres brunes ou roussâtres, les autres grisâtres ou jaunâtres formant, par leur ensemble, une sorte de damier ou d’échiquier ; la tête est roussâtre avec une bande oblique jaunâtre en travers de la

tempe.- La longueur est de 02,25 à 0,30. La tête est courte, conique, le museau très oblus; la plaque naso-rostrale emboîte l'extrémité de la tête. Les yeux sont distincts. La queue est extrêmement courte.

Distribution géographique.— Cette espèce habite l'Algérie, le Maroc et la Tunisie.

LES SERPENTS

OPHIDIA

Die Schlangen.

Caractères généraux. — Jusque dans les premières années de ce siècle, « les naturalistes avaient considéré les Serpents comme les seuls et véritables Reptiles ; ils en formaient même une classe tout à fait séparée de celle qu'ils désignaient sous la dénomination de Quadrupèdes ovipares. Alors tous les animaux vertébrés ovipares à: poumons, de forme allongée, arrondie et sans pattes, qui rampent sur le ventre, étaient regardés comme des Serpents. Cette classification, si naturelle en

apparence, était cependant arbitraire, elle

rapprochait et faisait confondre sous un même nom des animaux analogues, ikest vrai, par la conformation apparente, mais dont les habitudes, les mœurs, et surtout l’organisation, sont tout à fait distinctes. Il devenait pour lors impossible de faire connaître la structure des Ophidiens d’une manière générale ; d'indiquer les vrais rapports qu'ils ont réellement et constamment entre eux, et d'établir en quoi ils diffèrent de tous les êtres animés (1). »

On classait, en effet, parmi les Serpents, des animaux qui, comme les Cécilies, sont des Batraciens dégradés, et d’autres, tels que l’Orvet, qui doivent prendre place parmi les Sauriens. C'est qu’en effet les passages sont nombreux entre les Sauriens et les Ophidiens ; ces derniers ne se séparent des premiers que par l'absence de ceinture scapulaire et de vessie urinaire.

On peut dire, d'une manière générale, des Serpents que ce sont des Reptiles au corps très allongé, arrondi, étroit, dépourvu de membres proprement dits, n'ayant ni paupières ni tympan distincts ; toutes les régions de la face sont ordinairement mobiles les unes sur les

(1) Dumérii et Bibron, £rpélologie générale, t. VAL, p. 1. Breum — V.

autres ; les branches de la mâchoire inférieure ne sont pas réunies par une symphyse médiane, de telle sorte que la bouche peut se dilater énormément.

Tels sont les principaux caractères extérieurs; les particularités tirées de l'anatomie ne sont pas moins importantes.

Squelette. — Le Serpent est le type reptilien par excellence, de telle sorte que son corps consiste en un tronc allongé, sans distinction notable de régions, ayant pour support une nombreuse série de vertèbres protégeant la moelle et donnant attache à de nombreux faisceaux musculaires devant déterminer la progression de l’animal. Chez le Serpent, le squelette, réduit à sa partie centrale, se compose du crâne, de la colonne vertébrale, des côtes (fig. 238); ce n’est que dans quelques cas très rares que l’on voit des rudiments de membres appendiculaires.

Le crâne s'articule avec le rachis par un seul condyle, comme chez tous les Reptiles du reste.

Chez les Serpents le crâne est toujours très allongé, les parties latérales antérieures et moyennes étant formées par le prolongement des frontaux et des pariétaux. La conformation des maxillaires el des palatins offre des particularités sur lesquelles nous devons appeler l'attention, les os de la face étant tous mobiles les uns sur les autres, et sur le crâne. « L’os intermaxillaire, dit Carl Vogt, est étroitement attaché à l’os nasal; par contre le maxillaire supérieur, le ptérygoïdien et les palatins sont complètement mobiles et peuvent être poussés aussi bien sur les parties latérales qu'en avant et-qu'en arrière. La mème mobilité existe dans les os qui composent le maxillaire inférieur. L’os mastoïdien,

290 LES SERPENTS

à VU LE)

eee) RE NN) D LEP.

(Red en, EPP = £ a

l'ig. 238. — Squelette de Couleuvre.

long et en forme d’écaille, est attaché au crâne rons plus loin, les Serpents venimeux propre-

seulement par des muscles et des ligaments; | ment dits ont les os maxillaires très réduits.

il porte à son extrémité libre l’os carré, éga- La colonne vertébrale qui fait suite au

lement long, en forme de baguette, le plus | crâne est toujours composée d’un grand nom-

souvent fortement dirigé en arrière et s’arti- | bre de vertèbres. Ce nombre peut ne pas

culant avec la mandibule (fig. 239). Celle-ci se | dépasser 140 chez les Typhlopiens; il peut

Fe Pre . | s'élever jusqu'à 435 chez le Python Molure,

l chez lequel nous comptons 68 vertèbres tho-

raciques, 296 pelviennes, 8 sacrées et 61 coccygiennes.

Bien qu’en apparence très semblables les à unes aux autres, ces vertèbres diffèrent cex pendant entre elles, non seulement d'un groupe à un autre, mais encore dans une même espèce elles présentent des différences assez grandes pour qu'il soit possible de les diviser en régions distinctes, ainsi que l’a montré de Rochebrune.

Toutes ces vertèbres présentent en arrière une tête convexe, régulièrement arrondie, supportée par une sorte depetit étranglement, tête qui est reçue dans une cavité creusée à la face antérieure de la vertèbre qui suit. Le | moyen d'union entre les vertèbres est encore Fig. 239. — Vue inférieure.de la moitié gauche du crâne assuré per la présence de, deux sortes dete”

et des os de la face d'un Python. , nons, dits zygosphènes, entrant dans deux espè-

ces de cavités ou de mortaises qui portent le

compose de deux parties allongées, complète- | nom de zygantrum (fig. 240, 241). La colonne

ment séparées, quine sont reliées sur la partie | vertébrale est, en un mot, composée d’une sé-

médiane que par des faisceaux ligamenteux rie de chaînons ou de maillons tous solidement

très lâches ; leur séparation s’accuse à l’exté- | réunis entre eux ; cette distribution est en rap-

rieur par la présence d’un sillon dit menton- | port avec le mode de locomotion si particulier

nier.» Ces deux branches de la mandibule des Serpents, qui sont des animaux privés de

peuvent, dans certains cas, présenter un écar- | membres et cependant doués de rapides moutement considérable. Ainsi que nous le ver- | vements.

LES SERPENTS. , 291

Bien que toutes ces vertèbres se ressemblent beaucoup entre elles, il est possible cependant d'établir plusieurs divisions dans la colonne vertébrale, certaines vertèbres présentant des particularités tout à fait caractéris-

- tiques.

Nous rappellerons que chez un Serpent, le

Rachiodon, la partie inférieure des vertèbres

Fig. 240, 241. — Vue antérieure et postérieure d'une vertèbre d'un Python (*).

de la région cervicale porte de pelits prolongements qui font saillie dans l’œsophage et qui servent vraisemblablement à l'animal pour briser les œufs dont il fait principalement sa nourriture.

Toutes les vertèbres sont pourvues de cô- |

tes. Ces côtes, n'étant pas réunies entre elles par un sternum, peuvent s’écarter en travers. L’extrémité qui s’attache à la colonne vertébrale est fourchue ; l’extrémité libre reçoit un prolongement cartilagineux qui en est la continuation et, se trouvant enveloppée par les fibres aponévrotiques qui adhèrent à la peau, est, par cela même, en rapport avec les grandes plaques écailleuses qui protègent le ventre ; nous verrons plus tard le rôle considérable que cette disposition joue dans la reptation.

Chez quelques Serpents, tels que les Najas ou Serpents à coiffe, les premières côtes se prolongent latéralement pour soutenir les téguments du cou qui peuvent se distendre à la volonté de l’animal.

Plusieurs Serpents présentent des rudiments de membres postérieurs ; ces Serpents sont désignés sous le nom de Ptéropodes. On trouve chez eux, à la base de la queue, un osselet de forme allongée, sur lequel s’articulent deux pièces divergentes ; entre celles-ci se voit

(*) zs,zygosphène; za, zygantrum ; pz, pré-zygapophyses;: Pl 2, post-zygopophyscs; /,p, apophyse transverse (d'après Huxley),

un os recourbé qui porte une griffe ou onglet faisant saillie à l'extérieur (fig. 242); chez les Z'yphlops, toutefois, cette pièce externe fait défaut.

Mouvements. — Bien que totalement privés de membres, car les appendices qui se voient chez certaines espèces ne sont d'aucun secours dans la locomotion, les Serpents n’en jouissent pas moins cependant de mouvements très variés ; ils peuvent non seulement ramper sur le sol, mais encore nager et grimper sur les arbres.

Le ramper est le mode de locomotion le plus général chez les Ophidiens. Les nombreuses côtes qui ne sont articulées qu'avec les vertèbres, et qui sont libres à leur extrémité, jouent un grand rôle dans cet acte de ramper. Chaque côte, en effet, fait l'office d'un pied, d’un appui et d’un levier qui ne porte

?. — Membre postérieur de Python de Séba.

pas seulement le corps, mais le fait encore progresser en avant. Le mouvement de déplacement de l'animal a lieu, non pas par une série de flexions faites dans un plan verticai, mais par des ondulations latérales. Lorsque le Serpent veut se mouvoir en avant, il contracte certains muscles intercoslaux de manière à décrire une courbe plus ou moins prononcée, tire en avant les côtes et dès lors les plaques du ventre auxquelles elles sont intimement liées, de manière à leur faire prendre une direction presque verticale ; l'animal semble courir sur la pointe de ses côtes fixées à des plaques cutanées ; lorsqu'on laisse filer un Serpent entre les mains, on sent parfaitement le redressement successif des écaiiles du ventre. Une grande partie des côtes travaille énergiquement, tandis que les autres agissent

LES SERPENTS

au même moment où les autres se reposent.

La colonne vertébrale est susceptible de mouvements latéraux très étendus, tandis que les mouvements en haut et en bas sont presque impossibles.

Lorsqu'un Serpent rampe à travers un trou qui empêche les mouvements latéraux du corps, il s’avance exclusivement à l’aide de ces sortes d’échasses que lui offrent les côtes et grâce à l'appui que lui donnent les écailles. Quand il grimpe, il ne fait rien autre chose que ramper sur une surface verticale. Un tronc d'arbre qui est assez gros pour que le Serpent puisse s'entortiller autour de lui n’est pas un obstacle à la reptation, si l'écorce n’est pas trop lisse; le Serpent glisse sur lui par un continuel mouvement de reptation, en décrivant des spirales semblables à celles d’une vis; le bord postérieur des écailles abdominales garantit l’animal contre les glissades en arrière.

Certains Serpents peuvent relever une partie plus ou moins considérable de leur

corps; ils se redressent en portant tout l'effort musculaire sur le point demeuré fixe.

«Le saut actif est produit, comme on le sait, par un élancement total de la masse de l'être vivant qui abandonne tout à coup complètement et volontairement les surfaces sur lesquelles il était en repos, pour franchir librement dans l’espace une distance plus ou moins considérable. Les Serpents, quoique privés de membres articulés, jouissent cependant de cette faculté, mais par des procédés assez particuliers qu'on peut facilement concevoir. Ainsi, tantôt le Reptile, ayant le corps roulé en cercle sur lui-même, le maintient tendu comme un ressort élastique qui resterait contourné en spirale par la force contractile des muscles de la région latérale interne, concave ou concentrique de l’échine; mais tout à coup il se débande par le raccourcissement instantané du bord convexe ou externe de la circonférence qui, venant à s’allonger ou à s'étendre subitement, se déploie avec une force et une rapidité extrêmes. Tantôt, pour opérer la course ou un transport plus rapide, tantôt pour fuir ou avancer avec plus de célérité, le Serpent exécute ainsi une série de bonds successifs ou de soubresauts partiels qui se produisent dans le sens de la longueur au moyen d'ondulations sur les flancs, en avant ou de haut en bas, et réciproquement,

avec de légères sinuosités qui se corrigent alternativement (1). »

Le nager est un mode de progression semblable à celui qui s'exécute sur terre; c’est surtout en se servant de la partie postérieure de son corps, qui frappe l’eau, que le Serpent: avance. Les espèces exclusivement aquatiques ont la queue comprimée, de telle sorte qu’elle fait l'office de rame.

Centres nerveux et organes des sens. — Le cerveau est extrêmement petit, la moelle, au contraire, logée dans toute la longueur de la colonne vertébrale, est relativement considérable.

L'œil, dont la pupille peut être verticale ou circulaire, a une fixité tout à fait particulière; il n'existe pas, en effet, de paupières ; l’œil est simplement recouvert par la peau qui s’amincit au-devant de lui, au point de devenir transparente; cette membrane est insérée absolument comme un verre de montre dans une rainure et forme une capsule qui communique avec la cavité nasale au moyen d'un large canal lacrymal. Cette membrane transparente tombe au moment de la mue, aussi les Serpents sur le point de muer ont-ils l'œil complètement opaque et blanchâtre. L'iris brille souvent de vives couleurs dorées, argentées, verdâtres. >

Les Serpents ont l'organe de l’odorat très imparfait; les narines sont placées tout à fait

| à l'extrémité ou sur le bord externe du mu-

seau; elles sont courtes, enduites d’une membrane vasculaire sur laquelle viennent s’épanouir de maigres filets nerveux.

L'organe de l’audition n’est pas apparent au dehors; on ne trouve ni conduit auditif externe, ni Caisse, ni membrane du tympan; le limacon existe et ressemble, dans ses parties essentielles, à celui des Oiseaux.

La langue est très longue, mince, fendue en avant en deux parties effilées et recouvertes d’une substance cornée; cettelangue fait fonction d’organe du tact, jamais du goût, aussi voit-on à chaque instant le Serpent la darder pour explorer les corps environnants; elle est enveloppée d’un fourreau d’où elle peut être projetée au loin, lorsque la bouche est fermée, à travers une échancrure qui se trouve à l’extrémité du museau.

La peau est fort extensile et élastique; elle est recouverte d’écailles petites sur le dos,

(1) Duméril et Bibron, Erpétologie générale, t. VI, p. 94.

LES SERPENTS

généralement grandes et en forme de lames iransversales sous la partie inférieure du corps; les écailles du ventre portent le nom de gastrostèges, celles du dessous de la queue celui d'urostèges.

La tête est protégée par des plaques semblables à celles des Sauriens et dans la nomen-

clature desquelles nous devons entrer; la |

forme et la disposition de ces plaques fournissant de bons caractères pour la détermination des espèces.

L’extrémité du museau est recouverte par une plaque dite rostrale (fig. 245, r); en arrière

sont généralement deux plaques qui touchent |

aux écailles dans lesquelles se trouve percée la narine, plaque que l’on désigne à cause de cela sous le nom d’internasale, f; puis se voient les plaques préfrontales, f, \a plaque frontale, v, et tout à fait en arrière les pariétales o.

Si nous regardons la tête latéralement (üig. 244), nous verrons d’abord que les mâchoires sont bordées de plaques dites sous-labiales, et sus-labiales u ; le plus ordinairement une ou plusieurs de celles-ci sont en contact avec l'œil. En arrière de la plaque rostrale se trouve la ou les plaques nasales, nn!; une ou plusieurs plaques se trouvent en avant, a, et en arrière de l'œil, p; ce sont les pr'éoculaires, a, et les postoculaires, p; le plus souvent une plaque va de la plaque nasale à la plaque préoculaire, plaque qui est désignée sous le nom de /rénale, !. Des plaques temporales, plus ou moins nombreuses, existent entre les

(*) r, rostrale ; n'n', nasales; /, frénale ; 4, préoculaire ; s, susoculaire; p, postoculaire; 4, temporale ; w, labiales supérieures ; * labialcs iaférieures ; #, internasale; /, préfrontales ; v, frontale; o, pariétales; "», mentonnière; €, inter-sous-maxillaires.

. — Tête de Couleuvre vue en dessus, en dessous ei latéralement (*).

labiales supérieures et les écailles du dessus de la tête; elles sont dites femporales, t. Le dessus de l'œil est protégé par une plaque susoculaire s.

En dessous de la tête, à la gorge, on voit les plaques labiales inférieures; la pointe de la mandibule est garnie par une plaque tout à fait particulière aux Ophidiens, la mentonniere, m, suivie des inter-sous-maxillaires, ce; c'est derrière celles-ci que se voient le plus souvent des plaques gulaires ; viennent ensuite les gastrostèges (fig. 243).

Coloration. — Ainsi que le font justement remarquer Duméril et Bibron, « la nature semble avoir fait varier les teintes et les couleurs générales des Serpents, suivantlesmæurs et les habitudes de ces Reptiles. En général, elles sont grisâtres ou ternes chez les espèces qui restent habituellement sur les sables, ou qui s’enfouissent dans les terrains mobiles, comme chez celles qui se mettent en embuscade sur les troncs ou les grosses branches des arbres ; tandis que ces couleurs sont d’un beau vert, analogue à la teinte des feuilles et des jeunes pousses des herbes, chez les Serpents qui grimpent dans les buissons ou qui se balancent à l’extrémité des rameaux. Il serait difficile d'exprimer toutes les modifications que fournit l'étude générale des couleurs de leur peau. Qu'on suppose tous les effets de la décomposition de la lumière en commençant par le blanc et le noir le plus pur, puis par le bleu, le jaune et le rouge en les associant, les mélangeant, les dégradant pour trouver toutes les nuances comme celles du vert, du violet avec des teintes ternes ou brillantes plus ou moins foncées, des reflets irisés ou métalliques modifiés par des taches, des raies, des

lignes droites, obliques, ondulées, transverses. Voilà ce que nous offre la peau des Serpents. »

On peut dire qu’en général la coloration est appropriée au milieu dans lequel vit l'animal. Il convient cependant de faire remarquer que cerlains Serpents fouisseurs, qui devraient avoir une teinte terne, possèdent une coloralion vive ou, tout au moins, un éclat comparable à celui de l’acier poli. Bien que la coloration soit presque toujours la même chez une espèce donnée, certains animaux présentent cependant des variations de coloration assez considérables pour qu’on leur ait donné des noms spécifiques différents. Les cas de mélanisme et surtout ceux d’albinisme sont rares,

Mue. — Chez les Ophidiens, la mue est totale, c’est-à-dire que, chez les animaux en bonne santé, l’'épiderme se détache en bloc et d’une seule pièce ; le Serpent quitte sa peau comme on se dépouillerait d’un vêtement.

La mue commence par les lèvres ;il se forme alors deux déchirures, l’une à la partie supérieure de la tête, l’autre à la mâchoire inférieure. En liberté, les animaux utilisent la mousse, les herbes rugueuses, les pierres pour se frotter et se débarrasser de leur vêtement inutile; en captivité, il estrare que la dépouille ne soit pas plus ou moins déchirée.

D’après les observations de Lenz, chez les Serpents de nos pays, la première mue a lieu à la fin d'avril ou au commencement de mai, la deuxième à la fin de mai ou dans les premiers jours de juin, la troisième dans la première semaine de juillet; une quatrième mue s'effectue au commencement d'août; beaucoup d'animaux muent encore vers septembre.

En captivité la mue est accompagnée d'un véritable état de souffrance pendant lequel l’animal ne mange pas.

Appareil digestif. — Les Serpents sont des animaux carnassiers ; chez eux, les dents sont toujours rétentives et ont pour but unique de saisir et de maintenir la victime.

Les petits Serpents non venimeux qui font, pour ainsi dire, passage aux Sauriens, les Scolécophiles, n’ont de dents qu’à l’une ou à l’autre des mâchoires ; ces dents sont, en outre, en petit nombre, 5 à 10 au plus de chaque côté, mais ces denis sont fortes, coniques et pointues. Les Uropeltis et les genres voisins manquent de dents à la voûte palatine. Tous les autres Serpents ont des dents, non seulement aux mâchoires, mais encore aux palatins et aux ptérygoïdiens (fig. 246, 247). Jamais

LES SERPENTS

les dents ne sont enchâssées à leur base dans l'épaisseur des os ; elles sont soudées à leur surface et percent les gencives.

Les Serpents non venimeux ont les dents nombreuses. C'est ainsi que, chez le Python,

, nous comptons 34 dents à la mandibule, 4

dents à l’intermaxillaire, 34 dents aux maxillaires supérieurs, 12 sur les palatins et 16 sur les ptérygoïdiens, soit 100 dents en tout.

Chez les Serpents venimeux proprement dits tels que les Vipères, les Lachésis, les Crotales, les dents de la mâchoire supérieure sont disposées non pour saisir la proie, mais pourla

Fig. 246, 2417. — Mächoires supérieure et inférieure de Python.

frapper mortellement, en inoculant un poison subtil dans les chaiïrs de la victime. Chez ces Serpents, l’intermaxillaire est très réduit et ne porte pas de dents. Les maxillaires supérieurs se présentent sous la forme d’un os court et massif dont la destination est de supporter la dent venimeuse en action et les dents de remplacement placées derrière celle-ci. Le maxillaire s'articule avec le lacrymal sur lequel il peut librement se mouvoir, de telle sorte que l'os et par suite la dent supportée peut basculer très facilement. Les palatins et les ptérygoïdiens portent beaucoup moins de dents que chez les Serpents non venimeux; c’est ainsi que, chezle Lachésis muet, nousne voyons que 4 dents aux deux palatins et 18 aux ptérygoïdiens, soit 22 en tout; certaines espèces ont toutefois un nombre de dents un peu plus considérable, un Crotalien d'espèce indéterminée

LES SERPENTS

que nous avons sous les yeux ayant 8 dents aux palatins et 30 dents sur les ptérygoïdiens, soit 38 dents à l'appareil ptérygo-palatin (fig. 248).

Ces Serpents venimeux ont la dent percée de part en part par un canal qui sert à conduire le poison; ces Serpents sont connus sous le nom de Solénoglyphes. 11 en est d’autres, d’autant plus dangereux qu'ils ressemblent souvent extérieurement à d'inoffensives couleuvres et que l’on connaît sous le nom de Protéroglyphes ; chez eux, la dent venimeuse est simplement sillonnée à sa face antérieure et c’est dans cette rainure que glisse le poison.

Les Protéroglyphes présentent une disposition intermédiaire entre ce que nous voyons

Fig. 248, — Crâne de Crotale (*).

chez les Solénoglyphes et les Aglyphodontes ou -Serpents non venimeux. Bien que plus court que chez les derniers, le maxillaire supérieur est encore assez allongé. Chez les Bungares, par exemple, il porte’en avant la dent venimeuse, puis, après un espace vide, 4 ou 5 dents simples ; l’appareil ptérygo-palatin est formé de chaque côté de 17 à 18 dents. Nous voyons la même disposition chez les Serpents de mer.

Il est certains Ophidiens qui ont à la partie

() Mr, maxillaire inférieur; Mz, maxillaire supérieur; Pmp, prémaxillaire; Na, nasal; La, lacrymal ; L/, fossette lacrymale; B, sus-orbitaire ; PSph, présphénoïde ; BS, basisphénoïde ; Bo, basioccipital ; £O, exoccipital ; Sg, squamosal; Fo, fenêtre ovale; ZI, ouverture pour le passage du nerf optique ; V, ouverture pour le passage du nerf de la cinquième paire; PL, palatin; P4, ptérygoïdien; Bt, portion du ptérygoïdien qui est antérieure à l’articution pale cet 08 avec le transverse et qui porte des dents; Qu, 05 carré.

postérieure de la bouche, derrière les dents simples, une ou plusieurs dents venimeuses.

Ces Ophidiens sont dits Opisthoglyphes (fig. 244).

Les glandes salivaires sont bien développées

Fig. 249, — Mâchoire supérieure de la Couleuvre de Montpellier.

chez les Serpents. Meckel a trouvé, en effet, chez eux cinq paires de glandes, savoir les | glandes linguales, les glandes lacrymales, les glandes sous-maxillaires et sus-maxillaires, enfin, chez quelques-uns, les glandes à venin. | Les autres glandes, dont la sécrétion est abon- | dante, servent à engluer la proie d'un mucus | très épais qui favorise singulièrement la déelutition.

Le pharynx ou arrière-gorge des Serpents est à peine distinct de la bouche, de telle sorte que l’æsophage est la continuation de la bouche ; les parois de ce conduit, susceptible de se dilater énormément au moment de la déglutition, sont, dans l’état de vacuité, fortement plissées, surtout dans le sens de la longueur. Cet æsophage se confond lui-même avec l'estomac, sorte de prolongement en forme de sac; par suite de la forme du corps, tous les organes s’6tirent chez le Serpent et semblent avoir été passés à la filière. L'intestin est court, comme chez tous les animaux qui se nourrissent de proies vivantes; il n’existe pas de cœcum, de telle sorte que la distinction n’est pas facile à établir entre l'intestin grêle et le gros intestin. L'intestin, élargi à son extrémité, s'ouvre dans le cloaque dans lequel viennent également déboucher les conduits excréteurs des organes urinaires et des appareils destinés à assurer la perpétuité de l'espèce. Nous rappellerons que la fente du cloaque est transversale, comme chez les Sauriens.

Le pancréas se présente sous forme d’une glande allongée de couleur jaune rougeûtre, liée à la rate et placée au point où l'esto-

LES SERPENTS

mac présente une sorte de rétrécissement.

Le foie est allongé, le plus souvent formé d'un seul lobe ; il longe l'œsophage et s'étend depuis le cœur jusqu’au pylore. La vésicule du fiel est séparée du foie et son canal est généralement long.

Glaudes à venin. — La glande à venin se trouve placée sous l'œil, au-dessus du maxillaire supérieur, si réduit, nous l'avons vu, chez les Solénoglyphes (voir fig. 248). Cette glande est grosse, de forme allongée ; elle a une texture feuilletée et une cavité interne bien apparente ; tous les petits lobules dont elle est formée versent le produit de leur sécrétion dans des canalicules qui se déversent à leur tour dans un conduit excréteur commun qui longe la face externe du maxillaire supérieur et va s'ouvrir en avant et au-dessus de la dent à venin, dans la gaine membraneuse qui enveloppe celle-ci, de manière à ce que le produit de la sécrétion s’écoule dans le canal de cette dent. Un muscle puissant entoure là glande et concourt avec le masséter à la comprimer. Chez queiques Serpents venimeux, la glande est si développée qu'elle se prolonge Jusque sur les premières côtes. Chez les Protéroglyphes, dont la dent est simplement sillonnée, la glande est plus molle, à tissu plus lâche ; elle n’est pas entourée d'une épaisse couche musculaire servant à la comprimer.

Les espèces qui ont la dent venimeuse placée à la partie postérieure de la bouche ont une glande peu développée.

Le venin est fluide, généralement transparent et analogue à de la salive, d’autres fois visqueux comme du mucus et d’une teinte légèrement jaunâtre ou verdâtre ; il se dessèche rapidement et dans cet état peut conserver pendant fort longtemps ses propriétés pernicieuses. Sa composition chimique et histologique le fait beaucoup ressembler à la salive ; on y à cependant trouvé une matière albuminoïde particulière à laquelle a été donné le nom de vipérine et d’échidnine; Mitchell, qui a beaucoup éludié le venin du Serpent à sonnettes, a isolé une matière non coagulable à la température de 212 degrés Fahrenheit qu’il a nommée crotaline.

Lorsque le venin est introduit dans le sang, son action est des plus rapides et, lorsque l’on voit un animal mordu par un Serpent tel que le Crotale, le Fer de lance, la Vipère du Gabon, on est réellement épouvanté de la promptitude avec laquelle agit ce venin; pour cer-

tains animaux, cette action est vraiment foudroyante.

On a fait beaucoup d'expériences sur l’action du venin des Serpents; nous pouvons citer les expériences restées classiques de Charras, de Rédi, de Fontana. Fontana a reconnu qu'un milligramme de venin de Vipère commune, introduit sous la peau d’un moineau, suffit à le tuer, mais qu'il fallait six fois davantage pour faire périr un pigeon ; d'après son calcul, 45 centigrammes de venin seraient nécessaires pour tuer un homme, Parmi les recherches faites plus récemment, il convient de citer celles de Weir Mitchell sur le Serpent à sonnettes.

D’après Duméril et Bibron, Pihorel a eu l’occasion d'observer les effets de la morsure du Crotale en Europe. « Un Anglais arrive à Rouen le 8 février 1827 ; il rapportait de Londres une ménagerie d'animaux vivants parmi lesquels se trouvaient trois Serpents à sonnettes ; il faisait très froid. Ces Reptiles étaient engourdis ; il reconnut que l’un était mort; mais en voulant réchauffer les autres, il fut piqué à la main par l’un d’eux. Les accidents se développèrent avec une excessive rapidité. Une douleur vive et déchirante se fit sentir dans le lieu même de la blessure qui devint le siège d’un gonflement inflammatoire si intense, qu’on y reconnut la tendance à la gangrène, puisqu'il s’y éleva des phlyctènes et des taches livides. Le blessé éprouva des nausées, de la faiblesse, des vertiges, des syncopes répétées, la plus grande gêne de la respiration, des éblouissements, des troubles intellectuels, puis survinrent des vomissements jaunes, bilieux, des convulsions, des crampes, puis là mort. » j

Préhension des aliments. — Les Serpents s'emparent de leur proie d’une manière très différente, suivant qu'ils sont ou non yvenimeux.

Les Solénoglyphes, dès qu'ils aperçoivent une proie ou un ennemi, redressent la tête, ouvrent la gueule de manière à abaisser la mâchoire inférieure ; la mâchoire supérieure se relève alors, de telle sorte que les crochets sont merveilleusement disposés pour frapper.

Avec la promptitude d’un ressort qui se détend, le reptile se lance en avant et frappe sa victime. La blessure faite, le Serpent se retire en arrière, replie sa tête etreste tout prêt à frapper de nouveau. L'animal blessé tombe sur le sol, tellement rapide est l’action du venin, et

LES SERPENTS. 21

Si} é)

Fig. 250. — Cœur er gros troncs vasculaires du Python {*).

meurt après un temps généralement très court; il est, en tout cas, immédiatement frappé de paralysie, de telle sorte qu'il ne peut fuir ; la proie morte, le Serpent s’en empare et la déglutit. Certaines espèces venimeuses, après avoir frappé leur victime, ne la lâchent pas, mais la conservent, au contraire, entre leurs dents jusqu'à ce qu'elle soit morte ; ils l'avalent seulement alors.

Beaucoup de Serpents non venimeux, tels que la Couleuvre à collier, par exemple, avalent leur proie absolument vivante; par

(*) 1, oreillette gauche ; 2, oreillette droite; 3, 3, 8, aorte gauche se continuant en arrière jusqu'à son point de réunion avec l'aorte droite ; 4, 4, 4, et formant avec elle un tronc commun ; 5, 6, veine pulmonaire s'ouvrant dans l'oreille gauche ; 7, veine jugulaire gauche s'ouvrant dans l'oreille droite, et logée dans une gouttière de l'oreillette gauche; 8, veine jugulaire droite ; 9, veine cave postérieure ; 10, face supérieure du ventricule ; 11, artère pulmonaire ; 12, artère carotide commune droite ; 13, idem

gauche ; 14, portion de l'oreillette droite (d'après Jacquart, |

Annules des Sciences naturelles, 4° série, t, IV, 1855). BREnM. — V,

quelque partie, qu’à l’aide de leurs dents recourbées, ils aient saisi une Grenouille ou un Crapaud, le Batracien est dégluti. D’autres, tels que le Boa, le Python, étouffent préalablement leur victime entre les puissants anneaux que leur corps peut former et n’avalent l’animal que lorsqu'il est mort. Les Opisthoglyphes saisissent toujours la proie vivante à l’aide des crochets qui arment la partie antérieure de leur mâchoire, mais la proie arrivée au niveau des crochets postérieurs est empoisonnée, ou tout au moins assez engourdie pour cesser de faire des mouvements ; à ce moment de la déglutition on peut la considérer comme une proie morte.

Presque toujours les Serpents saisissent une proie au premier abord tout à fait hors de proportion avec le volume de leur corps; grâce à l’extensibilité énorme de leur bouche et de leur œæsophage, ils peuvent engloutir des animaux dont la grosseur excède de plusieurs fois leur propre diamètre.

LES SERPENTS

Aussitôt que l'animal a été saisi, une des branches de la mâchoire inférieure, la gauche par exemple, avance en avant et prend prise sur la proie ; le reptile avance alors la branche droite de cette même mâchoire, puis alternativement les deux branches de sa mâchoire supérieure, de telle sorte que ce n’est réellement pas la proie qui entre dans la gueule du Serpent, mais le reptile qui marche sur sa proie. Ce premier temps de la déglutition estle plus long et le plus pénible ; il est accompagné d’une abondante sécrétion de salive; les dents, toutes dirigées en arrière, permettent à la proie d'aller vers l'estomac, mais s'opposent absolument à ce qu'elle se dirige en avant.

Lorsque la tête de la victime, s’il s’agit d'un mammifère, commence à s'engager dans l’œsophage, alors arrive le second temps de la déglutition. Les fibres circulaires et longitudinales si puissantes que contient cet œsophage entrent en action et, prenant un point d'appui sur la proie, la font entrer de plus en plus, absolument comme un ruban de fil que l’on fronce et que l’on défronce au moyen d’une coulisse. La proie chemine alors rapidement et arrive dans l'estomac.

Pendant la déglutition d’une grosse proie, la tête paraît distordue d’une façon informe et les os des mâchoires semblent être disloqués ; sitôt cependant que l'animal est avalé, les os reprennent rapidement leur position première.

Les Serpents venimeux ne font pas usage, pendant la déglutition, de leurs dents venimeuses ; ils les couchent en arrière, au contraire, aussi loin que possible.

La déglutition est lente et pénible ; il faut de trente à quarante minutes à un Python pour déglutir un Lapin de moyenne grosseur.

L'action des sucs gastriques et intestinaux est si active que tout est digéré et que le reptile ne rend comme excréments qu'un feutrage composé des plumes, du bec, des poils, des ongles, des dents et de quelques fragments d'os durs, tels que le rocher. Peu de temps après son repas, le Serpent tombe généralement dans un état de torpeur, dans une sorte de prostration.

Beaucoup de naturalistes ont affirmé que les Serpents ne boivent jamais; cette assertion est tout à fait inexacte. Tous les Serpents que l’on peut observer dans les ménageries plongent la tête dans l’eau et boivent par de véritables mouvements de déglulition.

Nourriture. — Tous les Serpents sontessentiellement carnassiers etse nourrissent exclusivement d'animaux ; ce sont des mammifères, des oiseaux, d’autres reptiles, des batraciens, des poissons qu'ils saisissent vivants ou qu'ils tuent immédiatement en les étouffant entre les replis de leur corps, ou parfois en les empoisonnant à l’aide de leurs dents venimeuses.

Certaines espèces se contentent probablement de vers de terre et peut-être d'insectes.

L'on peut affirmer que chaque espèce de Serpents s'attaque de préférence à une espèce déterminée d'animal. « Toutes les couleuvres aquatiques, écrit Effeldt, d’après le résumé de ses longues observaticns, que ce soient la Couleuvre à collier, la Couleuvre d’eau, la Couleuvre vipérine et américaine, ne mangent que des poissons et des grenouilles, et parmi les grenouilles exclusivement la Grenouille rousse; mais elles reculent d’effroi quand on leur donne la Grenouille d’eau verte et bien qu’elles y portent la dent, elles la laissent aussitôt échapper même quand elles sont très affamées. La Couleuvre lisse ne mange que des lézards gris; la Couleuvre jaune et verte ainsi que la Lacertine ne mangent que des lézards verts; la Couleuvre d’Esculape, la Couleuvre à quatre raies, la Couleuvre à fer à cheval, les Couleuvres rayées et algériennes ne prennent que des animaux à sang chaud, comme les souris et les oiseaux; la Couleuvre-léopard ne dévore que des souris. Celles-ci sont poursuivies par tous les Serpents venimeux que j'ai observés, comme les Vipères peliade, ammodyte, ceraste, les serpents aspis, la Vipère aquatique, qui fait des poissons sa nourriture habituelle, fait exception, elle mange aussi des grenouilles et même des Serpents, sans en excepter les venimeux, et ne dédaigne pas les animaux à sang chaud, comme les souris et les oiseaux. » Il est extrêèmement probable qu'on arriverait aux mêmes résultats si l’on étudiait les Ophidiens exotiques avec autant de soin qu'on a pu le faire pour les Ophidiens européens. Pline savait déjà que quelques Serpents mangent des œufs d'oiseaux et nous le raconte en ces termes :

« Les Serpents se gorgent d'œufs, et en cela on doit réellement admirer leur adresse; ils les dévorent soit en les avalant tout entiers et les brisant une fois dans le ventre par les inflexions de leur corps, soit en enlaçant de leur corps l’œuf s’il n’est pas trop jeune ni trop petit et en le comprimant peu à peu avec tant

LES SERPENTS

de force qu'ils le coupent comme avec un couteau et, tandis qu'ils tiennent ce qu'ilen reste, ils en boivent tout le contenu. Dans le premier cas, ils vomissent les coquilles tout comme ils régurgitent avec effort les plumes des oiseaux qu'ils avalent en entier. »

Abstraction faite de la section des œufs et du rejet des coquilles, toutes les données du naturaliste ont été confirmées par les observations modernes. Ces dernières établissent d’une manière indubitable que les Serpents dérobent réellement des œufs, qu'ils les emportent, les avalent, les écrasent dans l’intérieur du corps et les digèrent.

Fascination. — La croyance au merveilleux et au surnaturel a été le point de départ d’une opinion étrange qui est encore généralement acceptée aujourd’hui. Tous les voyageurs ont parlé, en effet, de la fascination que les Serpents exercent sur leurs malheureuses victimes qui viendraient se jeter d’elles-mêmes dans la gueule du reptile. « On voit constamment, écrivent Duméril et Bibron, la plupart des animaux de toutes les classes, parmi les vertébrés, être saisis tout à coup de crainte, de tremblement, de spasmes, de convulsions, de syncopes oude faiblesses à la seule vue d’un serpent et surtout par celle d’une espèce venimeuse. La plupart, s'ils ne peuvent s'enfuir rapidement, éprouvent subitement une terreur panique qui paralyse leurs organes et qui semble suspendre et annuler même chez eux toutes les facultés de la vie de relation.

« Tantôt ils restent immobiles et tellement troublés, impassibles et impotents qu'ils se laissent saisir, envelopper et briser sans opposer la moindre résistance. On a vu des écureuilsetdes oiseauxtrès vifs etgénéralement fort alertes dans leurs mouvements, après s'être vivement agités et avoir jeté quelques cris de désespoir, perdre leur équilibre, se laisser choir de branche en branche et venir tomber au pied des arbres, près du Serpent qui les attendait immobile. Celui-ci les tient aussitôt, pour ainsi dire, en arrêt ; il les saisit comme s'ils s'étaient présentés d'eux-mêmes au-devant de la bouche béante qui, en se fermant, les accroche entre ses dents aiguës pour commencer de suite à les avaler. Les rats, les musaraignes, les grenouilles, arrêtés brusquement sur leur passage par la rencontre fortuite du reptile, sont à l'instant même agités de mouvements involontaires; ils sautillent, ils se troublent, ils n’ont plus l’escient de rétro-

grader, de s’esquiver par la fuite; ils restent stupéfiés, comme anéantis dans toutes leurs facultés intellectuelles et physiques, et presque au même instant, ils sont engloutis (4). »

Nous ne savons si la fascination existe chez les Serpents en liberté; ce que nous pouvons assurer, c’est que nous ne l’avons jamais vue chez les nombreux Serpents que nous avons été à même d'observer à la ménagerie des reptiles du Muséum de Paris. Un lapin que l’on met dans la cage d’un Boa ou d’un Python n’éprouve aucune frayeur et ne semble nullement se douter du triste sort qui l’attend; il y a mieux, si le Serpent n’a pas faim il évite généralement la proie qui lui est offerte et va se rouler dans quelque coin; on voit très souvent alors le lapin grimper sur le reptile et de

| ce poste élevé explorer tous les environs et

faire sa toilette. Nous avons vu une fois un cheyreau mis en présence d'un Python molure de très forte taille; chaque fois que le Reptile s’approchait par trop du chevreauet le flairait à l’aide de sa langue, celui-ci donnait un coup de tête, et le Serpent s’empressait de se retirer, pour revenir bientôt après ; au bout d’un certain temps de ce manège, le Python alla se réfugier sous sa couverture, de telle sorte que la victoire resta en réalité au chevreau à qui il fut fait grâce de la vie, à cause de sa courageuse conduite.

Lorsque l'on donne comme nourriture à des Vipères des mulots ou des campagnols en bonne santé, il arrive trop fréquemment que ces rongeurs, loin d’être fascinés, tuent les Serpents. Le fait est si connu dans les ménageries qu'on évite de donner aux Serpents des rats qui ne seraient pas étourdis, car ils pourraient infliger de cuisantes blessures à leur ennemi.

Pour ce qui est des oiseaux dont les couvées sont souvent attaquées par des Serpents d'arbres, ils ne sont pas le moins du monde fascinés. Les oiseaux de faible taille ont généralement recours à la ruse pour détourner l'attention des Reptiles; ils poussent des cris plaintifs, s’approchent du Serpent comme s'ils voulaient se faire prendre, voltigent et sautillent sur le sol comme si leurs pattes et leurs ailes étaient paralysées, se laissent tomber de la branche sur laquelle ils reposaient, puis à un moment donné, lorsque le Serpent n’est plus à craindre pour la couvée, donnent

(1) Duméril et Bibron, Érpétologie générale, t. VI.

LES SERPENTS

un vigoureux coup d'aile et se sauvent; le courageux oiseau n’est que trop souvent victime de son dévouement, car, si l'oiseau est ingénieux et téméraire, le reptile est habile.

La rapidité extrême avec laquelle le Serpent se précipite sur sa proie est telle que celle-ci semble venir se précipiter d'elle-même audevant de sa perte.

Circulation et respiration. — Le cœur, chez les Serpents, est bien reptilien; il est placé très en avant et enfermé dans un péricarde résistant et fibreux. L’'oreillette droite est la plus développée; le ventricule à une forme conique (fig. 250).

L'absence de membres entraîne des modificalions dans la disposition des vaisseaux qui partent du cœur. On voit deux grosses artères qui sortent du ventricule presque par un seul tronc et qui, après avoir embrassé la trachée artère dans un anneau, fournissent les deux

arotides ; le tronc de l’aorte descend le long de l’échine jusqu’à l'extrémité de la queue.

Il n'existe pas de véritable pharynx chez les Serpents, la glotte se trouvant située un peu en dessus ‘et en arrière du fourreau dans lequel se retire la langue. Au moment de la déglutition des aliments, et pour permettre à la respiration de continuer, malgré la compression énorme que subissent les organes, la glotte se

porte en avant, et vient faire saillie en dehors. |

La trachée, souvent très longue, est entourée d’anneaux cartilagineux résistants.

Le poumon gauche est, en général, tout à fait rudimentaire, ou peut même disparaître

presque complètement, tandis que le poumon |

droit, d'autant plus développé, s'étend dans presque toute l'étendue de la cavité abdominale; sa forme est lrès allongée, comme tous les autres organes, du reste. Chez certains Ophidiens, les deux poumons ont sensiblement le même développement.

Le poumon est un sac membraneux, à parois fibreuses, dont l’intérieur est divisé en cellules formant des compartiments saillants dans l'intérieur desquels rampent les vaisseaux artériels et veineux, qui y cons-

tituent un assez riche réseau cellulaire. Par- |

fois, comme chez les Serpents de mer principalement, la partie antérieure du poumon, seule, est respiratoire; la partie postérieure ne sert plus que de sac devant conserver une provision d'air.

Les Serpents n’ont pas de voix; ils peuvent

tels que les Pythons, les Boas, |

| tous faire entendre des sifflements plus ou

moins prolongés et plus ou moins forts. D'après une relation de Livingstone, un Serpent qui vit en Afrique interrompt si souvent son sifflement, que ce dernier ressemble au chevrotement d’une chèvre. On entend souvent un bruit comparable à celui qui résulterait du passage rapide et continu de l'air dans un

| tuyau sec et étroit; ce soufflement est dû à

l'air sortant avec plus ou moins de rapidité de

| l'intérieur du poumon et frottant contre les

parois de la trachée et de la glotte.

Ponte. — La plupart des Serpents pondent des œufs; quelques-uns, tels que la Vipère, sont ovoyivipares, c’est-à-dire que les petits éclosent dans l’intérieur de la mère. Les œufs, comme ceux des Lézards, sont revêtus d'une coque parcheminée et n’ont jamais la consistance des œufs de Tortues et de Crocodiles.

On a observé, à la ménagerie des reptiles du Muséum de Paris, que le Python molure, es-

| pèce qui peut arriver à une forte taille, couve

ses œufs et qu'à ce moment sa température s’élève de beaucoup au-dessus de celle du milieu ambiant. L'animal dispose ses œufs en une sorte de masse conique autour de laquelle il s’enroule, la tête occupant le centre. « Ges œufs et leur mère, disent Duméril et Bibron, d’aprèslesobservationsde Valenciennes, étaient entretenus à une température assez élevée, variable entre 25 à 30° centigrades, à laquelle ils restèrent exposés à peu près l’espace de 60 jours, pendant lesquels la mère ne prit aucune nourriture, quoiqu'on lui en eût offert. Sur 14 de ces œufs, :qui étaient presque tous égaux en poids et en grosseur, 8 seulement donnèrent issue, le 3 juillet (la ponte avait eu lieu le 5 mai), à de petits Serpents dont la longueur totale était pour chacun d’un demimètre environ, mais 16 jours après, quelquesuns, sans avoir pris de nourriture, avaient atteint la taille de 0%,80. On examina le contenu des 7 autres œufs, et l’on trouva dans leur coque des embryons bien formés, et dont le développement, plus ou moins avancé, démontrait qu'ils avaient dû périr à des époques diverses. »

En 1862, un Python de Séba a pondu au jardin de la Société zoologique de Londres; la durée de l'incubation a été de 82 jours; la femelle avait 12 degrés Fahrenheit de plus que le mâle à la surface du corps, et 20 degrés entre les replis. Forbes a observé le même fait, en 1881, sur un Python molure.

LES SERPENTS

Monstruosités. — Les œufs de Serpents renferment parfois deux germes sous une même coque; les embryons, dans la suite du développement, venantà sesouder, présentent alors des anomalies, et l’on a des animaux à deux têtes; les animaux à deux queues sont plus rares. Des monstruosités semblables ont été observées de tout temps; Pline et Aristote en rapportent plusieurs cas.

Habitat. — L'habitat des Serpents est des plus variés. Les uns, tels que les Eryx, les Cérastes, s’enfoncent dans les sables les plus

brûlants des déserts; d’autres, tels que les |

Boas, les Pythons, s’enroulent autour des grands arbres à proximité de quelque source; les Serpents d'arbres ne quittent jamais les branches desquelles ils se laissent pendre comme une liane flexible; c’est au pied des broussailles, au milieu des touffes d'herbes desséchées que se tapissent les grandes Vipères, les Trigonocéphales aux brillantes couleurs; c’est parmi les grandes herbes que se tiennent la plupart des Couleuvres; c'est dans l’eau que vivent l'Achrocorde et certaines Couleuvres.

Les Serpents recherchent, en général, les endroits situés loin des habitations, bien qu'ils ne redoutent nullement le voisinage de l’homme. Il arrive trop souvent que, dans les pays chauds, ils s’introduisent dans les maisons, ainsi que le rapportent tous les voyageurs qui ont habité les pays équatoriaux. « Ce qui inquiète le plus l'étranger à Dinka, écrit Schweinfurth, c’est le bruit de chaîne que font entendre les Serpents qui se promènent sur le chaume des habitations. » Aux Indes, les Serpents venimeux s'introduisent si fréquemment dans les cases des Indiens, qu’il ne meurt pas moins de vingt mille personnes chaque année par le fait des Serpents. De nos jours, les choses ne se passent pas autrement qu'il y a des siècles, et les paroles de Néarque, conservées par Strabon, sont exactes aujourd’hui encore; il arrive trop fréquemment que des Serpents gagnent des îles à la nage, ets’introduisant dans les huttes, forcent les habitants à s'enfuir.

La plupart des Couleuvres sont diurnes ; par

contre, presque tous les Serpents venimeux |

sont essentiellement nocturnes. Les premiers, à la tombée de la nuit, se retirent dans leurs retraites et ne se montrent qu'assez longtemps après le coucher du soleil; les autres n'ont réellement toute leur activité qu’au crépuscule. Tous ceux qui ont été dans le désert savent

: combien la lueur des feux attire les Cérastes et

les autres Vipères, et quelles précautions il faut prendre contre ces dangereux reptiles.

Les grands Serpents, tels que les Boas, les Pythons, semblent être plutôt des animaux crépusculaires que nocturnes ; dans les ménageries, ils sont toujours cachés sous leur couverture pendant le jour, tandis qu'ils s’agitent dans leur cage à la tombée de la nuit.

Hivernation. — Dans les pays où pendant une partie de l’année la température s’abaisse, les Serpents sont obligés de se garantir contre les influences fâcheuses du froid et d’hiverner; toutes les espèces qui habitent la partie septentrionale de la zone tempérée se retirent, au commencement de la mauvaise saison, dans de profondes retraites et y restent dans un état de complet engourdissement. Quelques Serpents se réunissent pour passer l'hi-

| ver; c’est ce que l’on a observé pour les Ser-

pents à sonnette qu’on trouve enroulés par paquets ; quelque chose d’analogue a lieu pour les Vipères de nos pays.

Utilité, nocivité. — Le rôle des Serpents est si faible, qu'on peut affirmer que, s'ils disparaissaient, « l'équilibre de la nature » ne serait nullement troublé. Quelques espèces, telles que certaines Couleuvres, les Vipères de nos pays, rendent des services en détruisant les rongeurs malfaisants, {els que mulots et campagnols. Le terrible Fer-de-lance de la Martinique détruit en quantité les rats qui, sans lui, dévoreraient les plantations des cannes à sucre, de telle sorte qu’un auteur du siècle dernier les appelait plaisamment la maréchaussée de ses domaines. Au Brésil, on souffre volontiers des Serpents dans les habitations ; ils font une chasse active aux rongeurs qui sont le fléau de ce pays.

Les usages des Serpents sont à peu près nuls. Certaines peuplades mangent avec plaisir la chair de ces animaux, et le Serpent à sonnette, entre autres, passe pour très savoureux. Dans ces dernières années, on a revêlu avec

| de la peau de grands Serpents des coffrets, | des étuis à cigarettes, des porte-cartes et

d’autres menus objets ; on obtient ainsi de petits meubles d’un aspect agréable.

Ce sont les Romains qui nous ont légué la thériaque qui a été si largement employée dans la pharmacopée du moyen âge. Antonius Murax, le médecin de l'empereur Auguste, employait déjà la chair des Vipères

| comme médicament. Le médecin ordinaire

de l’empereur Néron, Andromaque, découvrit la thériaque en Crète. Pendant longtemps des milliers de Vipères furent employées pour la préparation de ce remède qui devait surtout sa vertu à l’opium quil renfermait.

Rome et Venise furent renommées pour la préparation du célèbre médicament. La thériaque était employée pour purifier le sang, pour guérir la gale, les dartres, la lèpre, le goitre, les scrofules et comme antidote dans les empoisonnements. Outre la thériaque, on prescrivait la chair de l'animal bouillie ou rôtie, des gelées, des sirops, de la poudre du cœur et du foie, des parties de l’animal macérées dans l’eau-de-vie, contre les fièvres, les pustules, l’épilepsie, l'apoplexie, la paralysie, la carie des dents. La graisse passait pour souveraine contre les foulures et les contusions; les vieilles coquettes s’en frottaient le visage pour « effacer des ans l’irréparable outrage ». De nos jours il est très rare de trouver des préparations de Vipère même dans quelque coin obscur d’une pharmacie; ce remède est allé rejoindre dans un juste oubli les préparations dans lesquelles entraient des cloportes, des vers de terre pilés, de la mousse recueillie sur le crâne d'un pendu et tant d’autres médicaments aussi inactifs que dégoütants.

Si quelques Serpents ne sont pas nuisibles, il en est d’autres, au contraire, qui sont extrêmement dangereux. Il meurt chaque année aux Indes anglaises plus de personnes par la morsure des Serpents venimeux que par la dent du Tigre ; aussi est-ce avec raison que l’on a mis à prix la tête de ces animaux.

Ennemis des Serpents. — Pour la consolation de tous ceux qui redoutent les Serpents, les ennemis de ces reptiles sont nom- Dreux. Dans nos pays, les Serpents sont poursuivis par les Chats, les Renards, les Martres, les Putois, les Belettes, les Hérissons, les Porcs. Dans les contrées méridionales, les Civettes, les Aigles, les Hases, les Corbeaux, les Pies, les Cigognes et beaucoup d’oiseaux de marais leur livrent une chasse acharnée; le Secrétaire, l’Autour noble, l’Autour chanteur, le Gerfaut, le Moine (Sarcorhanphus papa), beaucoup d’Échassiers détruisent également les Serpents; la plupart de ces oiseaux doivent être protégés avec d'autant plus de soin qu'ils remplissent en partie le rôle des Serpents, en faisant la chasse aux petits rongeurs.

Captivité. — Dès la plus haute antiquité, on

LES SERPENTS

a gardé des Serpents en captivité. Nous savons par Ælien que les jongleurs égyptiens se ser: vaient de Najas comme le font les jongleurs de nos jours. Les femmes de Rome, nous apprend Martial, avaient l'habitude de placer des couleuvres autour de leurs bras ou sur leur poitrine pour se procurer des sensations de froid. L'empereur Tibère, écrit Suétone, possédait un Serpent qu'il avait habitué à venir prendre sa nourriture dans la main. L’empereur Héliogabale, d'après Ælius Lampridius, fit plusieurs fois réunir de grandes quantités de Serpents et les fit jeter au milieu de la foule assemblée pour les jeux du cirque, de manière à se repaître du cruel spectacle d'individus terrifiés par la peur. Si nous en croyons les anciens, les princes de l’Inde possédaient des Serpents à peu près complètement apprivoisés.

La plupart des Serpents s’habituent facilement à la captivité et peuvent vivre en cage pendant des années, à la condition de leur donner une chaleur convenable ; un Serpent surpris par le froid en pleine mue ou en pleine digestion est, en effet, en captivité, presque toujours un serpent mort. Il est généralement plus difficile de conserver pendant un certain temps les animaux de nos pays que les espèces exotiques; cela se comprend parfaitement, nos espèces indigènes ayant l'habitude d'hiverner, au moment même où l’on chauffe le plus pour donner de la chaleur aux animaux des pays tropicaux. Les Najas, les Sepedons, ne vivent généralement pas en captivité; ces Serpents, très irritables, se jettent continuellement contre les parois de leur cage, aussitôt qu'ils aperçoivent quelqu'un et finissent par se blesser mortellement ; ils sont, du reste, le plus souvent envoyés privés de leurs crochets venimeux, Ce qui est pour eux une cause de mort plus ou moins prochaine.

On peut, en général, mettre ensemble un certain nombre d'animaux de même espèce ou d'espèces voisines ; tous ces animaux font alors bon ménage et vivent en parfaite intelligence. Si se sont des Boas ou des Pythons, ils s’enroulent ensemble sur une même branche d'arbre ou se réfugient frileusement sous une même couverture; les Couleuvres se mettent en masse et s’entortillent en un paquet inextricable; certains Serpents venimeux, tels que les Crotales, font de même. Certaines espèces, au contraire, vivent en état d'hostilité perpétuelle ; il faut aussi s'abstenir de mettre ensemble des Serpents venimeux et d’inoffen-

LES SERPENTS

sives couleuvres, de même que des espèces de taille très différente, car le plus faible est presque fatalement avalé. En général, lorsqu'un Serpent est seul depuis longtemps dans une cage, il supporte mal l'introduction d’un nouveau venu. Les Serpents venimeux mordent fréquemment les Serpents d'espèce diffé-

rente qu'on place avec eux et les tuent presque |!

toujours.

Des Serpentscaptifs en arrivent parfois et peu à peu à être assez familiers pour pouvoir être pris et maniés sans chercher à mordre; ils viennent chercher leur nourriture à la main ou à l'extrémité d’une pince. D’autres animaux, au contraire, ne s’apprivoisent jamais ou du moins très rarement. Tels sont surtout le Python molure et le Python réticulé; on a remarqué que, dans certaines espèces, tel est le Boa constrictor, les individus qui ont une certaine livrée sont toujours plus doux que d’autres; quant aux venimeux, ils restent constamment farouches et, lorsque l’homme s'approche de leur cage, se mettent toujours sur l’offensive.

Préjugés, superstitions. — De tout temps et chez tous les peuples, les Serpents ont joué un rôle important dans la légende et dans les croyances religieuses. Dès l’antiquité la plus reculée, ces animaux ont été adorés; pour les uns, ils étaient le symbole de la prudence et de la sagesse, pour les autres, de la perfidie et de la séduction. D’après les remarquables recherches de James Fergusson, le culte de l’arbre et du Serpent est la plus ancienne forme de religion connue et on le retrouve chez les peuples les plus barbares.

« Le plus ancien vestige écrit du culte de l'arbre et du Serpent se trouve aux chapitres 11 et u1 de la Genèse. Les lumières que nous possédons actuellement nous permettent de supposer que la malédiction prononcée par Dieu contre le Serpent ne s'adresse pas seulement au reptile, mais qu’elle exprime l’horreur d’une race sémitique pour une superstition dégradante. Il était nécessaire de l’anathématiser et de la détruire pour faire place au culte plus pur et plus élevé de Jéhovah que les législateurs du Pentateuque voulaientintroduire. Ils semblent avoir réussi en ce qui concerne les Juifs; ce culte fut aboli chez eux; cependant, quand ils se retrouvaient en contact avec les Chananéens, l'ancienne superstition reparaît. Ainsi, quand le Seigneur apparut à Moïse au milieu d’un buisson en

flammes, il est dit que la baguette du prophète fut changée en Serpent. Un exemple plus remarquable encore est celui de ce Serpent d'’airain élevé par Moïse dans le désert pour guérir les Israélites des morsures dont ils souffraient. Bien que nous le perdions de vue pour un temps, il semble encore certain que les Juifs brûülèrent l’encens et firent des offrandes au Serpent jusqu’à l’époque d'Ezéchias, et qu'il fut, pendant cet espace de temps, conservé dans le temple avec les autres symboles du culte. Il réapparut, après le Christ, dans la secte des Ophites, et, autant que nous pouvons nous en rapporter aux monnaies, il prévalut

| dans la plupart des villes de l’Asie Mineure.

« En Grèce, nous trouvons une histoire et une mythologie absolument analogues à celles de l’Inde. Une ancienne race touranienne de Pélasges, vouée au culte héréditaire de l’arbre et du Serpent, s’efface devant l'invasion d’une race aryenne, symbolisée par le retour des Héraclides. Tous les mythes concordent à établir la prédominance du culte de l'arbre et du Serpent, ainsi que les efforts de la race aryenne pour le détruire. Cependant, quand les Hellènes eurent obtenu la suprématie politique, ils se montrèrent plus tolérants.

« L’oracle de la pythonisse, à Delphes, fut considéré, avec l’oracle druidique de Dodone, comme le principal sanctuaire du pays. Le vieux temple de l’Acropole d'Athènes fut construit pour abriter l’arbre de Minerve confié à la garde du Serpent Érechthonios. Mais un fait remarquable encore fut le culte d'Esculape sous la forme d’un Serpent dans les bosquets d'Epidaure, culte qui prévalut jusqu'après l'ère chrétienne. Le Serpent est aussi souvent associé aux héros et aux demi-dieux qu'aux grandes divinités, comme on le voit par les légendes de Cécrops, de Jason, de Thésée, d'Hercule, d'Agamemnon et les récits homériques (1). »

Le culte du Serpent existait également en Italie, à Lanuvium; il passa ensuite à Rome.

«Les dieux, dit Valérius Maximus, ont souvent donné à la ville de Rome des preuves éclatantes de leur faveur toute spéciale. Une épidémie désolait la ville depuis trois ans, lorsque

| les prêtres interrogèrent les livres sacrés des

sibylles et virent que l'épidémie ne cesserait que si l’on amenait d'Epidaure le Serpent con- (1) J. Fergusson, Le culle de l'arbre el des serpents

(Revue des cours lilléraires ; 28 août 1869 ; traduction H. Le Foyer).

sacré à Esculape. Les Épidauriens reçurent l'ambassade romaine avec de grands égards et la conduisirent dans le temple d’Esculape. Le dieu lui-même révéla par des signes sensibles sa faveur divine. On avait parfois vu dans Épidaure un Serpent de grande taille dont l'apparition était l’annonce d’une grâce toute particulière. Pendant le séjour des Romains à Épidaure, le Serpent sacré se montra de nouveau; il parcourut la ville pendant trois jours, puis se dirigea vers la galère romaine, entra dans la chambre de l'ambassadeur Ogulnius et s'y enroula. Les envoyés comprirent qu'ils étaient en possession du dieu; ils rendirent grâce à Esculape etfirent voilesur l'Italie. Après une traversée heureuse, le navire arriva à Antium. Alors le serpent qui, pendant tout le voyage, était resté dans la chambre de l’ambassadeur, sortit du vaisseau et se rendit sur le portique du temple d’Esculape où se trouvait un palmier élevé, autour duquel il s’enroula. Il y resta trois jours pendant lesquels on lui donna sa nourriture accoutumée. Les ambassadeurs craignaïent que le Serpent ne voulût plus retourner avec le vaisseau; mais il quitta l’arbre et l’on put aborder à l’embouchure du Tibre. À ce moment, le Serpent se dirigea vers une île sur laquelle on construisit un temple. Rome fut alors délivrée du fléau qui la dévastait. »

Le Serpent est figuré sur les monuments égyptiens les plus anciens ; on le voit souvent associé au Scarabée sacré et aux fleurs delotus, symboles de l’immortalité (fig. 251).

Les sculptures des monuments bouddhiques prouvent que le culte du Naja aux sept têtes ou du dieu Serpent était, dans l’Inde et dans Findo-Chine, tout aussi florissant que celui de Bouddha lui-même; le culte de l'arbre était également très répandu. Les recherches de Fergusson nous ont appris qu'avant les prédications de Gautama-Bouddah, ou Sakya- Muni, qui mourut en l’an 543 avant notre ère, le culte de l'arbre et du Serpent était le culte dominant des tribus aborigènes de l'Inde ; que le premier de ces cultes fut toléré, le second aboli par Bouddha, mais que, plus tard, les deux cultes redevinrent prospères.

Chez les peuples du nord de l’Europe, les Finlandais et les autres tribus touraniennes conservèrent pendant très longtemps le culte de l’arbre et du Serpent. Il est certain que ce culte a également été en honneur chez les tribus primitives qui, lors de leurs émigrations

LES SERPENTS

dans le nord de l'Afrique, ont élevé des dolmens; ceux-ci affectent fréquemment la forme de Serpents gigantesques; il en est de même pour les tertres qui ont été trouvés dans le nouveau monde.

Le mystérieux continent africain est aujourd'hui le centre du culte du Serpent. Ce culte est surtout florissant dans le royaume de Dahomey, où il s'accompagne de sacrifices humains.

D'après Kraff, les Gallas considèrent le Serpent comme l'ancêtre du genre humain et l’ont en haute vénération. Heuglin abattit un jour un grand Serpent au voisinage d'une ferme appartenant aux nègres de Dinka ; ceuxci furent indignés et se plaignirent de ce que la mort de l'animal qui, depuis si longtemps, vivait en paix avec eux, leur porterait malheur. Les Serpents, ainsi que l’a constaté Schweinfurth, sont les seuls animaux auxquels les nègres de Dinka et de Schilluk, sur le fleuve Blanc, rendentune sorte d'hommage divin. Dans les régions du lac Nianza, d’après Livingstone, on regarde comme un crime de tuer un Serpent, même si celui-ci commet des ravages; les marchands arabes qui traversent ces contrées racontèrent à Livingstone que, dans les îles du Grand Lac, se trouvaient des SOLE ayant le don de la parole.

Sans aller aussi loin que le centre de l'afri ique, on trouve dans certaines parties de l'Europe mainte croyance superstitieuse se rapportant aux Serpents. «En Sardaigne, raconte Cetti, on rapporte des choses merveilleuses sur les Serpents, qui passaient autrefois pour devins et qui pouvaient prédire l’avenir.

Je veux bien croire que les personnes instruites rapportent de telles fables uniquement par plaisanterie, mais beaucoup de paysans voient dans le Serpent un objet de vénération et de respect. Lorsqu'il entre un Serpent dans la cabane d’un pasteur, ce fait est généralement considéré comme un présage de bonheur, aussi se garde-t-on bien de faire mal au reptile. Dans ce pays, toutes les femmes qui ont découvert la retraite d’un Serpent dans le voisinage de leur habitation vont lui porter leur nourriture. Je connais une femme, ajoute Cetti, qui s’est acquittée de ce Soin pendant près de deux ans. » Les paysans de la Russie, de la Thuringe et du sud de l'Allemagne, ne pensent pas autrement que les Sardes; tout Serpent qui entre dans une demeure est un présage de bonheur et de prospérité.

LES SERPENTS

©2 © Qc

Fig. 251. — Peinture du temple 4e Denderah représentant des Serpents, le Scarabée sacré, des fleurs de Lotus (d’après Mariette).

Serpents fossiles. — On croyait, il y a encore quelques années, qu’il n'existait pas de Serpents plus anciens que les terrains tertiaires ; E. Sauvage a montré que le groupe des Ophidiens vivait dans la partie moyenne des temps crétacés par un genre Simoliophis qui, tout en présentant des caractères qui lui sont particuliers, se rapprochait cependant des Typhlopiens. Fischer, Owen, et surtout T. de Rochebrune, ont beaucoup augmenté nos conunaissances relatives aux Serpents fossiles; ce dernier naturaliste a prouvé qu'il existait en France, pendant l’époque tertiaire, des Ophidiens appartenant à des groupes très divers; à cette époque vivaient des Typhlopiens, des Pythons, des Rouleaux, des Couleuvres, des Najas, des Vipères.

Distribution géographique. — On trouve des Serpents dans toutes les parties du monde; mais ces animaux sont soumis à la loi générale de distribution des Reptiles, de telle sorte qu'ils diminuent rapidement en nombre et en espèces à mesure que la latitude devient plus élevée; à latitude égale, du reste, les diverses parties du monde ne possèdent pas un nombre égal d'Ophidiens.

Si nous divisons nos continents, d’après les données zoologiques récentes, en régions septentrionales de l’ancien monde, en régions éthiopienne, indienne, australienne, septen-

BREuM. — V,

trionale et méridionale du nouveau monde, nous verrons, d'après le Dr A. Gunther, que les Ophidiens se distribuent à peu près de la manière suivante :

Dans la région septentrionale de l’ancien monde, qui comprend l'Europe, le nord de l'Afrique jusqu'à l'Atlas, l'Asie Mineure, la Perse, l’Asie septentrionale et centrale jusqu’à l'Himalaya, la Chine jusqu'au Yant-tze- Kiang, la plus grande partie du Japon, les îles Aléoutiennes, on ne trouve qu'un petitnombre relatif de Serpents. Les Couleuvres l’emportent de beaucoup etsont quatre fois plus nombreuses que les Vipères, vingt fois plus abondantes que lesgrands Serpents, les Pléropodes, par exemple. On ne trouve plus d'Ophidiens au-

delà du 67° degré de latitude nord.

Dans la région éthiopienne, qui renferme l'Afrique au sud de l'Atlas, Madagascar, la Réunion, Maurice, et probablement le sud de l'Arabie jusqu’au golfe Persique, l'influence des terres équatoriales devient considérable, On y rencontre des espèces de taille gigantesque, des animaux brillamment colorés, et d’autres ternes ét de couleur de sable; les espèces arboricoles sont mélangées aux espèces essentiellement attachées au sol. Madagascar possède tant d'animaux qui lui sont propres, qu'on pourrait regarder cette grande île comme une sous-région indépendante. Les Couleuvres

REVTILES. — 39

LES SERPENTS

l'emportent encore; les Pythons prédominent, et en nombre et en espèces; les Vipères atteignent le maximum de leur développement, ainsi que les Serpents d'arbres venimeux. Les Ophidiens propres à la région sont les Échis et les Psammophidées.

La région indienne, qui comprend, outre l'Asie orientale, le sud de la Ghine, les îles de la Sonde, les Philippines, ainsi que les petites îles voisines, est des plus riches en Ophidiens. « Le nombre des Serpents qui habitent l'Inde est infini, » écrivait Ælien. On rencontre dans cette région vingt fois plus de Serpents que dans les régions nord de l'Asie, on trouve six Serpents non venimeux sur un Serpent dangereux. La famille des Achrocordiens est caractéristique. L'ile de Ceylan est à l'Asie orientale ce que Madagascar est à l'Afrique proprement dite; dans cette île se trouvent, en effet, plus d’Ophidiens spéciaux que dans toute autre île de l'Asie orientale.

A la région australienne se rattachent, outre le continent de la Nouvelle-Hollande et la Tasmanie, la Nouvelle-Guinée et les îles environnantes, les Fidji, la Nouvelle-Calédonie et les innombrables îles qui parsèment le vaste océan Pacifique. Cette région est la véritable patrie des Serpents de mer; en Australie abondent les Élapidées, qui sont des Protéroglyphes; les Vipères sont représentées par l’Acanthophis, les Pythoniéns par deux genres spéciaux aux îles qui avoisinent la Nouvelle-Guinée, le Chondropython et l'Érebophis.

La région nord de l'Amérique se caractérise

par l'abondance des Crotalidés, Serpents veni- |

meux qui remplacent les Vipéridées absentes; on trouve également beaucoup de Couleuvres et de Galamariens.

Ainsi qu'on devait s’y attendre, eu égard aux conditions toutes particulières de chaleur et d'humidité qui s’y rencontrent, la région sud du nouveau monde, qui comprend le sud du Mexique, l'Amérique centrale et méridionale, les Galapagos, les Indes occidentales, est fort riche en Ophidiens de toutes sortes. Les Élaps et les Bothrops remplacent, au moins dans la partie la plus chaude de la région, les Crotaliens qui prédominaient dans la partie tempérée de la région nord du nouveau continent; les Scytaliens, quelques Typhlopiens et quelques grands Serpents, tels que les Boas, sont en nombre.

Nous pouvons ajouter que sur 635 espèces de Serpents que comptait Günther en 1858, il

y en à 40 vivant dans la région septentrionale de l’ancien monde, 80 dans la région éthiopienne, 240 dans la région indienne, 50 dans la région australienne, 75 dans la région septentrionale de l’ancien monde, et 150 dans la partie méridionale du même continent.

D’après les travaux publiés par Jan (4), en 1863, le nombre des espèces d'Ophidiens serait de près de 800 espèces, sur lesquelles 648 non venimeuses; les espèces venimeuses seraient de 152, parmi lesquelles 39 Serpents de mer, 64 Élapiens et Najas, 2 Dendraspidiens, 47 Vipériens, 34 Crotaliens. On peut porter le nombre des Ophidiens connus actuellement à près de 1000.

Classification. — En présence d’un nombre aussi considérable d'espèces, on conçoit que les zoologistes aient tenté de grouper les Ophidiens en un certain nombre de familles distinctes. Eu égard à l’uniformité de formes que présentent ces Reptiles, une classification rationnelle est des plus difficiles.

Cuvier divisait les Ophidiens en faux Serpents, tels que l’Orvet, le Pseudope, l’Ophisaure, qui, nous l'avons vu, sont des Sauriens dégradés, et en vrais Serpents. Ceux-ci sont subdivisés en doubles marcheurs, tels que les Typhlops et les Rouleaux, en Boas, en Couleuvres, en Serpents venimeux, tels que le Crotale, les Vipères, les Elaps, les Najas, les Serpents de mer; les Cécilies qui, nous le dirons plus loin, sont des Batraciens anormaux, sont placés avec les Ophidiens sous le nom de Ser-

| pents nus.

La classification de Duméril et Bibron, classification des plus remarquables, malgré quelques imperfections, est basée presque exclusivement sur la connaissance dela dentition. Les illustres auteurs de l’Zrpétologie générale, ouvrage de longue haleine publié de 1834 à 1854, divisent les Serpents en quatre grandes sections. Les Scolécophides (2) ou Serpents vermiformes non venimeux n'ont de dents qu'à l'une ou à l’autre mâchoire et jamais ces dents

| ne sont ni sillonnées, ni canaliculées. Chez

| les Azémiophides (3) où Serpents non veni- | meux sécuriformes (4), les dents existent aux

(1) Jan et Sordelli, Iconographie des Ophidiens. Paris, 1860-1883, in-fol. avec 300 pl. — Elenco sistematico degli Ofidi descritti e designati per l’Iconografa generale. Milano, 1863.

(2) De oxwnE, ver, lombric, et üytc, serpent.

(3) De ätnwdc, innocent, qui ne fait pas de mal.

(4) De securis, hache.

LES OPOTÉRODONTES

deux mâchoires, aucune de ces dents n'étant | venimeuse. Les Aphobérophides (1) ou Fidenti- | formes, désignés encore sous le nom d'Opistho- | glyphes, ontles mâchoires supérieures garnies, en avant, de crochets lisses ou sans sillons, mais ont, en arrière, une ou plusieurs rangées | de dents plus longues et cannelées. Viennent ensuite les Serpents venimeux, et d’abord les Apistophides (2) ou Fallaciformes, qui, quoique par l'aspect extérieur ressemblant à d’inoffensives Couleuvres, n’en sont pas moins dangereux; chez eux les crochets antérieurs sont cannelés et non perforés dans leur base. Les Thanatophides (3) ou Solénoglyphes ne portent que des dents venimeuses aux os sus-maxillaires, et ces dents sont sillonnées et perforées par un canal dans la longueur de leur base.

Si l’on supprime le groupe des Opisthoglyphes et qu’on en place les espèces à côté des Serpents non venimeux desquels ils ne peuvent réellement pas être séparés, la classification de Duméril et Bibron doit encore être suivie, au moins dans ses traits généraux.

En 1827, Schlegel faisait paraître son Æssai sur la physionomie des Serpents (4). Ainsi que l’indique le titre même de l'ouvrage, ces Reptiles sont essentiellement classés d’après leur aspect extérieur. C’est ainsi que le naturaliste hollandais divise les Serpents en ÆXouleaux, en Serpents lombrics, en Calamariens, en Serpents

OU SCOLÉCOPHIDES. 307

terrestres (Goronelles, Couleuvres, Psammophis, etc.), en Serpents d'arbres (Dipsas, Dendrophis), en Serpents d’eau douce(Tropidonote, Stomalopsis, etc.), en Boas (Boas proprement dits, Pythons, Acrochordes). Les Serpents venimeux sont subdivisés en Colubriformes (Elaps, Najas, Bungares), en Serpents de mer (Hydrophis), en Venimeux proprement dits (Trigonocéphale, Crotale, Vipère).

La classification proposée par Jan est une fusion des classifications de Duméril et Bibron et de celle de Schlegel; elle tient compte à la fois des caractères anatomiques et de l'aspect extérieur de l’animal, de son facies. La classification proposée par Cope est exclusivement basée sur les considérations tirées des os du crâne et de la face.

Sans discuter ici toutes les classifications proposées dans ces derniers temps, ce qui

| nous entraînerait beaucoup trop en dehors de

notre sujet, nous dirons qu'à l'exemple de Clauss, nous admettrons quatre sous-ordres dans les Ophidiens. Les Opotérodontes, les Protéroglyphes, les Solénoglyphes, répondent exactement aux groupes portant le même nom tels qu'ils ont été établis par Duméril et Bibron; les Colubriformes comprennent à la fois les Azémiophides et les Aphobérophides ou Opisthoglyphes de ces auteurs; ces Colubriformes comprenpent un certain nombre de familles.

LES OPOTÉRODONTES OU SCOLÉCOPHIDES — OPOTERODONTA

Caractères généraux. — Les Scolécophides, qui relient les Sauriens aux Ophidiens, sont des Serpents toujours de faible taille, à la bouche étroite, non dilatable; ils manquent de | sillon gulaire et n’ont de dents qu’à l’une ou à | l’autre des mâchoires; le palais est dépourvu de dents. Les os inter-maxillaires, les nasaux, les vomers et les frontaux antérieurs sont solidement unis entre eux; les os palatins sont | étendus en travers, au lieu d’être longitudinalement placés, ainsi qu’on le voit chez les autres Serpents; les ptérygoïdiens externes font dé- |

(1) De aso6spô;, qui ne doit pas être craint, dont on ne doit pas se méfier.

(2) De &ntovo;, fatal, suspect. |

(3) De Oévaros, perfide, mortei.

(4) Schlegel, Essai sur la physionomie des serpents.

Amsterdam, 1837, 3 vol. in-8, avec 1 atlas de 5 tableaux et 21 pl. in-fol.

faut. Les yeux sont très petits, le plus souvent cachés sous des lamelles cornées, d’où le nom de Typhlops qui avait été donné par Schneider à ces animaux (1).

Le corps est protégé par de petites écailles

Fig. 252. — Tète de Typhlops.

| lisses, unies; la tête est revèlue d'écailles im-

briquées ayant une forme et une disposition différentes, suivant les espèces (fig. 252). La

| queue est toujours très courte.

Murs et distribution géographique. — Les

(1) De rupwy, aveugle.

Scolécophides se trouvent surtout dans les parties les plus chaudes du globe et sont plus particulièrement abondants en Australie et aux Indes orientales ; ils manquent complètement dans l'Amérique du Nord et ne sont représentés que par une seule espèce dans le sud de l’Europe.

Les Opotérodontes vivent dans des galeries qu'ils se creusent, ou sous les pierres; ils se nourrissent d'insectes et ne sortent qu’accidentellement pendant le jour; leurs mouvements sont assez vifs; lorsqu'on cherche à les saisir, ils se défendent en appuyant la pointe cornée dont leur queue est revêtue contre la main qui les tient.

Classification. — On a divisé les Opotérodontes en deux familles. Chez les Catodontes ou Catodontiens, la mâchoire inférieure seule est pourvue de dents; les palatins et les ptérygoïdiens sont soudés; les deux genres Catodonte et Sténostome rentrent dans cette famille dont les représentants se trouvent principalement dans l'Amérique du Sud.

Les Typhlopiens ou Epanodontiens n’ont de dents qu'à la mâchoire supérieure, qui est courte ; le préfrontal manque ; la tête peut être revêtue d’écailles semblables à celles du corps ou de plaques distinctes ; les narines sont tantôt latérales, tantôt inférieures; l'extrémité du museau peut être arrondie ou tranchante.

LES TYPHLOPS — TYPHLOPS

Caractères. — Les Typhlops sereconnaissent à leur têle déprimée, garnie de plaques, à leur museau arrondi, à la position des narines, qui sont latérales; les yeux sont généralement bien distincts. D’après la forme et la disposition des plaques de la tête, le genre Typhlops a été récemment divisé en un certain nombre de groupes distincts.

LE TYPHLOPS VERMICULAIRE. — TYPIILOPS VERMICULARIS.

Caractères. — Celte espèce, souvent désignée par les auteurs anciens sous le nom de Lombric, se reconnaît à sa queue conique, obtuse, très courte, plus large que la tête, armée d'un petit aiguillon légèrement recourbé en dessous. La portion antérieure du museau est fortement convexe; la portion supérieure de la plaque rostrale est ovalaire ; les yeux sont bien distincts au travers des écailles qui les recou-

LE TYPHLOPS VERMICULAIRE.

vrent; le nombre des écailles du tronc varie entre vingt et une et vingt-trois; les écailles de la queue forment une douzaine de séries transversales. La coloration est d’un jaune brun plus ou moins vif, sombre vers la partie supérieure du corps, claire vers Le ventre. Gette espèce, une des plus grêles parmi les Typhlopiens, peut arriver à la taille de 0",30.

Distribution géographique. —- Le Typhlops vermiculaire a d’abord été découvert dans l'île de Chypre; on l’a retrouvé depuis en Grèce et dans plusieurs îles de l’Archipel, en Syrie, dans l’Arabie Pétrée, en Géorgie et sur les bords de la Caspienne.

Sous le nom d’'Amphisbène les anciens désignaient non le Saurien que nous connaissons aujourd'hui sous ce nom, mais le Serpent vermiforme, quiest certainementle Typhlops vermiculaire.

« Ce Serpent, écrit Gessner, est inconnu dans le pays d'Allemagne, mais a été trouvé en Grèce, principalement dans l’île de Lemnos, ce qui fait que, chez les autres nations, il a conservé le nom grec qu'il tire de son genre de locomotion.

« La plupart des anciens écrivains avaient attribué deux têtes à cet animal : l’une à l’avant, l’autre à l’arrière, à la place de la queue, de telle sorte que le reptile pourrait glisser tantôt en ayant, tantôt en arrière ; mais l’érudit Mathiole contredit et combat cette assertion, qu'il regarde comme tout à fait erronée. Les anciens auteurs ont cependant accepté cette manière de voir, car l’'Amphisbène a partout même grosseur, comme le ver de terre. Hésichius et OEtiusrapportent que ce Serpent parait également épais tout le long du corps, de telle sorte qu'il rampe dans les deux sens; il est petit et ne dépasse guère la taille d’un ver de terre; ses deux yeux sont très brillants; sa coloration est noirâtre, parsemée de taches et de points nombreux, mais cette couleur tire plutôt sur le noir que sur le brun.

« L’Amphisbène reste exposé au froid plus que tous les autres Serpents; aussi peut-on admettre qu'il est, de sa nature, plus chaud que les autres. Comme une erreur donne toujours naissance à une autre erreur qui en découle, on a admis que les petits viennent au monde par la bouche.

« Par son contact, l'Amphisbène fait périr la vigne. La peau de ce Serpent, d’après les anciens, enroulée sur une petite baguette d’olivier sauvage, peut ramener la chaleur dans les par-

LES UROPELTIS.

ties gelées et ranime la circulation; l’'Amphis- |

bène mort a les mêmes propriétés que sa peau. Dioscoride et quelques autres auteurs pensent que cet auimal est venimeux et qu'il faut employer contre sa morsure une médication spéciale. »

OŒEtiusrapporte que «la morsure de l'Amphisbène ne peut être comparée qu’à la piqûre des

Moustiques et qu’elle ne peut occasionner la

| mort du blessé, mais seulement de l’engour-

dissement et de l’inflammation du membre. »

Il n’est point nécessaire de faire remarquer que la bouche des Typhlops est si petite qu’ilest absolument impossible ces animaux de mordre.

LES COLUBRIFORMES

Caractères généraux. — Sous le nom de Colubriformes, nous comprendrons non seulement les Azémiophides ou Serpents non venimeuz sécuriformes, de Duméril et Bibron, mais encore les Aphobérophides ou Serpents fidenti-

formes des mêmes auteurs. Les Serpents opis- |

thoglyphes sont, en effet, si voisins des Agly-

phodontes, dépourvus de dents à venin, qu'ilest |

absolument impossible de les en séparer et que

certains genres doivent être placés dans une seule et même famille; tel est le cas, par exemple, pour les Calamaires et les Homalocranes.

Les Colubriformes n’ont jamais les dents antérieures sillonnées; ce sont les Serpents non venimeux pour l’homme. Ils ont été divisés en un assez grand nombre de familles dont nous allons indiquer tout au moins les principales.

LES UROPELTISSIENS — VROPELTIDÆ

Schildschwänze.

Caractères généraux. — Duméril et Biberon ont désigné sous ce nom des Serpents qui manquent de dents au palais; cette particularité les sépare nettement des Rouleaux qui, nous le verrons, ont à peu près la même forme. Le corps est court, arrondi, cylindrique, tout d’une venue, un peu plus épais cependant vers la queue; la tête est confondue en arrière avec le tronc; le museau dépasse la mâchoire inférieure; la queue est très courte, un peu renflée, le plus souvent tronquée et protégée à son extrémité par une sorte de bouclier recouvert soit d’épines, ainsi qu'on le voit chez les Uropeltis et les Rhinophis, soit couverte de grandes écailles bi ou tricarénées, comme chez les Colobures et les Plectrures. Les membres postérieurs font

absolument défaut. Les plaques qui recouvrent |

le ventre sont à peine distinctes des autres |

écailles du tronc.

Meœurs et distribution géographique. — Les espèces que comprend cette famille habitent l'Inde, Ceylan et les Philippines; elles vivent essentiellement sous terre,

LES UROPELTIS — UROPELTIS

Rauhschweïisschlange.

Caractères. — La seule espèce qui rentre dans le genre Uropeltis, l’'Uropeltis des Philippines, est un Serpent de 0",30 de long, au dos

Fig. 253. — Queuo d'Uropeltis.

de couleur roussâtre avec des parties blanchitres, au ventre blanchâtre orné de roussâtre. Le dessus de la tète est aplati, le corps est revêtu de19 séries d’écailles. La queue, comme tronquée, plate, est lerminée par une écaille toute hérissée d’épines (fig. 253).

Mœurs, habitudes, légendes, — L'Uropellis

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