‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 131 sur 276 · LE BOA EMPEREUR · texte numérisé non relu

LE BOA EMPEREUR

lig. 257. — Le Boa constricteur (1/82 grand. nät.).

mifères, lièvres, rats et écureuils. On la nomme Mazacoutl en langue azlèque, ou Gubisegopé en langue zapolèque. »

Dans une lettre que le même naturaliste a adressée à F. Bocourt se trouvent les détails suivants : « Le Zoa imperalor est commun dans toutes les régions chaudes des deux versants de la Cordillère et se trouve même dans les localités les plus tempérées du plateau; aux environs d'Orizaba, il se montre jusqu'à une

hauteur de 4,300 mètres. Il recherche surtout |

les endroits chauds et abrités. Les adulles sont d'un caractère très doux, tandis que les jeunes m'ont paru au contraire fort irrilables, C'est un animal essentiellement nocturne, que l’on voit rarement lé jour près de son gîte, mais que l’on rencontre souvent la nuit dans les endroits où la solitude le met à l'abri des persécutions de l'homme, son seul ennemi. Ce Boa BREuuM — V.

arrive à une grande taille; à Tuxpango, près d'Orizaba, j'en ai mesuré un que les Indiens venaient de tuer ; il n'avait pas moins de 3 mètres de longueur et son corps, au milieu, avait la grosseur de la cuisse d’un enfant de quinze ans ; le ventre était considérablement distendu par le cadavre d’une Mouffette (Wephilis mesolena) dont les émanations puantes infectèrent pendant plus de trois semaines l'endroit où ce

| Serpent avait été tué. Je n'ai jamais eu l’occa-

sion de voir le Boa empereur se suspendre aux branches des arbres pour guelter une proie; la faculté préhensile de sa queue est probablement employée à d’autres usages.

« Les Boas, comme les Spilotes, sont des animaux utiles pour chasser les rats des maisons et des champs; j'en ai conservé plusieurs vivants et tout à fait en liberté dans la cour de mon habitalion; ils ne se mellaient guère

R£prLes. — 4

LE BOA CONSTRICTEUR.

en mouvement que la nuit et ne sortaient de

jour que pour se soleiller sur la toiture, au |

grand émoi des Janates (Quiscabus macrourus), qui, pendant toute la durée de la sieste de leur ennemi naturel, l’assaillaient de leurs piailleries, sans qu'il parût s’en inquiéter beaucoup. Ces Boas étaient si bien faits à notre société, que mes petites filles, âgées l’une de sept ans et l’autre de neuf ans à peine, jouaient avec eux, les tiraillaient, sans que jamais ils cherchassent à châlier d’un coup de dent ces libertés d'un âge sans pitié. »

Lacépède parle du culle qui était rendu à ce |

Serpent :

« Ce Boa était probablement vénéré chez les anciens Mexicains, car on retrouve son image, bien reconnaissable à la forme toute particulière de la tête, sur un grand nombre de statues et de vases en terre cuile ou en pierre. »

« Sa grande puissance, écrit-il, sa force redoutable, sa longueur gigantesque, l'éclat de ses écailles, la beauté de ses couleurs, ont inspiré une sorte d’admiration mêlée d’effroi à plusieurs peuples encore peu éloignés de l'état sauvage ; et, comme tout ce qui produit la terreur et l'admiration, tout ce qui paraît avoir une grande supériorité sur les autres êtres est bien près de faire naître dans des têtes peu éclairées l’idée d'un agent surnaturel, ce n’est qu'avec une crainte religieuse que les anciens habitants du Mexique ont vu le Serpent devin. Soit qu'ils aient pensé qu’une masse aussi considérable, exécutant des mouvements aussi rapides, ne pouvait être mue que par un souffle divin, et qu'ils n’aient regardé ce Serpent que comme un ministre de la toute-puissance céleste, ilest devenu l’objet de leur culte. Ils l'ont surnommé empereur, pour désigner la prééminence de ses qualités. Objet de leur adoration, il a dû être celui de leur attention particulière; aucun de ses mouvements ne leur a, pour ainsi dire, échappé; aucune de ses actions ne pouvait leur être indifférente ; ils n’ont écouté qu'avec un frémissement religieux les sifflements longs et aigus qu'il fait entendre ; ils ont cru que ces sifflements, que ces signes des diverses affections d'un être qu'ils ne voyaient que comme merveilleux et divin, devaient être liés avec leur destinée. Le hasard a fait que ces sifflements ont été souvent plus forts ou plus fréquents dans les temps qui ont précédé les grandes tempêtes, les maladies pestilentielles, les guerres cruelles ou les autres calamilés publiques. D'ailleurs les grands

maux physiques sont souvent précédés par une chaleur violente, une sécheresse extrême, un état particulier de l’atmosphère, une électricité abondante de l'air, qui doivent agiter les Serpents etleur faire pousser des sifflements plus forts qu’à l'ordinaire; aussi les Mexicains n'ont regardé ceux du Devin que comme l’annonce des plus grands malheurs, et ce n’est qu'avec consternation qu'ils les ont entendus.

«Mais ce n’est pas seulement un culte doux et pacifique qu'il a obtenu chez les plus anciens habitants du nouveau monde; son image y a été vénérée, non seulement au milieu des nuages d'encens, mais même de flots de sang humain, versé pour honorer le dieu auquel ils l'avaient consacré et qu'ils avaient fait cruel. Nous ne rappellerons qu’en frémissant le nombre immense de victimes humaines que la hache sanglante d’un fanatisme aveugle et barbare a immolées sur les autels de la divinité qu'il avait inventée; nous ne pensons qu'avec horreur aux monceaux de tètes et de tristes ossements trouvés par les Européens autour des temples où le Serpent semblait partager les horreurs de la crainte. »

Page 1