‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 132 sur 276 · LE BOA CONSTRICTEUR. — B04 CONSTRICTOR · texte numérisé non relu

LE BOA CONSTRICTEUR. — B04 CONSTRICTOR

Künigschlange.

Caractères. — Le Constricteur est un des plus beaux de tous les Serpents. La couleur fondamentale est soit un fauve clair, soit un rose pourpré, ou un gris violacé du plus agréable effet. Le dos, un peu en arrière de la nuque, est orné d'une quinzaine de grandes taches tanlôt noires, tantôt d’un brun marron, tantôt d’un bleu d’acier, ayant généralement la forme d’un carré ; l’ensemble de ces taches produit une sorte de chaînes à mailles oblongues.

Sur la partie postérieure du corps se voient des taches de forme losangique, de couleur rouge brique plus ou moins vif, que relève un encadrement d’un beau noir d'ébène; la présence de ces taches est tout à fait caractéristique de l’espèce ; des barres de couleur blanche se voient en travers de la région lombaire, barres entre lesquelles se trouve un grand disque rougeâtre, environné de noir et de blanc. Les flancs offrent chacun une suite de fort grandes taches brunes ou noires, en forme de losange et maculées de blanc à leur centre. Toute la partie inférieure du tronc est marquée de mouchetures noires qui augmentent

LE BOA CONSTRICTEUR.

en grandeur et en nombre à mesure qu’elles se rapprochent de la région anale.

La partie supérieure de la tête est divisée en deux par une raie d’un noir foncé. A droite et à gauche du museau se voit une tache noire; l'extrémité du museau est noire, bordée de blanc; une bande brune s'étend sur la tempe.

L'iris a sa moitié inférieure d'un brun sombre et la supérieure grise, veinulée de brunâtre.

Nous ajouterons que les formes sont massives, que la tête est de moitié plus étroite en avant qu’en arrière, que le cercle squameux de l'œil est séparé des labiales par une ou deux séries de scutelles, que le museau est tronqué verticalement et revêtu en dessns de petiles squames semblables à celles qu’elles précèdent et queles écailles du ironc sont au nombre de 89 à 95 (fig. 257).

Dimensions. — La longueur de l’animal adulte peut atteindre 6 mètres et même dépasser celte dimension.

« Ge Serpent, écrit le prince de Wied, atteignait autrefois et atteint même encore aujourd'hui (1825) une longueur de 20 à 30 pieds et même davantage dans les régions incultes et inhabitées : on trouve des individus de la grosseur de la cuisse d’un homme; ils sont capables d’écraser un Chevreuil.

« Dans le Sertong de Bahia et le Riacho de Ressaque, on me raconta que l’on avait tué un animal de cette taille peu de temps avant mon voyage. Dans les endroits incultes, on trouve parfois des animaux de très forte taille lorsque l’on défriche. »

Schomburgk affirme également qu'il existe aux Guyanes des Constricteurs de 6 et même 10 mètres de long, mais ce voyageur, pas plus que de Wied, ne semble avoir vu les animaux géants dont il parle; il ne les mentionne probablement que d'après les récits des indigènes, récits dont il faut toujours se méfier.

Encore au commencement de ce siècle, les naturalistes parlent de Boas vraiment monstrueux.

Lacépède, qui, dans son récit, confond cette espèce avec les Pythons, rapporte que le « Devin est parmi les Serpents comme l'Éléphant ou le Lion parmi les quadrupèdes ; il surpasse les animaux de son ordre par sa grandeur comme le premier, el par sa force comme le second. 11 parvient communément à la longueur de plus de 20 pieds; et, en réunissant les témoignages des voyageurs, il paraît que c'est à celle espèce qu'il faut rapporter les in-

dividus de 40 à 50 pieds de long qui habitent, suivant ces mêmes voyageurs, les déserts brùlants où l’homme ne pénètre qu'avec peine.

Ce Serpent est connu sous le nom de Grande Couleuvre sur les rivages noyés de la Guyane; il y parvient communément à la grandeur de 30 pieds, et même, dans certains endroils, de 40. Il paraît bien constaté qu'il y jouit d’une force assez grande pour qu’un seul coup de sa queue renverse un animal assez gros, et même l’homme le plus vigoureux ; il y attaque le gibier le plus difficile à vaincre; on l'y a vu avaler des chèvres et étouffer des Couguars, ces représentants du Tigre dans le nouveau monde.

« Il paraît que, dans certains pays, particulièrement aux environs de l'Isthme de Panama, en Amérique, des voyageurs, rencontrant le Devin à demi caché sous l'herbe épaisse des forêts qu'ils traversaient, ont plusieurs fois marché sur lui dans le temps où sa digestion le tenait dans une espèce de lorpeur. Ils se sont même reposés, a-t-on écrit, sur son corps gisant à terre, et qu'ils prenaient, à cause des feuillages dont il était couvert, pour un tronc d'arbre renversé, sans faire faire aucun mouvement au Serpent assoupi par les aliments qu’il avait avalés ou peut-être engourdi par la fraicheur de la saison. Ce n’est que lorsque, allumant du feu trop près de l'énorme animal, ils lui ont redonné par cette chaleur assez d’aclivité pour qu'ilrecommencçat à se mouvoir, qu'ils se sont aperçus de la présence du grand replile, qui les a glacés d’effroi, et loin duquel ils se sont précipités. »

Pour raconter ces histoires, Lacépède s’est évidemment appuyé sur un récit du Père Simon qui rapporte que dix-huit Espagnols voyageant dans une forêt du Vénézuéla et se trouvant très fatigués, se reposèrent sur un tronc d'arbre abattu par la tempête ; à leur très grande surprise et à leur extrême frayeur, l’arbre ne tarda pas à bouger et se changea en un énorme Boa. Le récit du Père Simon est presque excusable lorsque l'on voit les exagérations dans lesquelles tombent les voyageurs modernes.

. Distribution géographique. — L'aire de distribution du Boa constricteur est moins étendue qu’on ne le croit généralement; il n'habile pas, en effet, toute l'Amérique intertropicale, ainsi qu'on l’a pensé à Lorl. D'après Duméril et Bibron, sa patrie semble être, au contraire, limitée aux contrées septentrionales

et orientales de l'Amérique du Sud, dans les régions occidentales de laquelle il est remplacé par le Boa chevalier, comme il l'est par le Boa empereur dans la partie australe de l'Amérique du Nord, et par le Boa diviniloque dans les Antilles. Il se trouve abondamment aux Guyanes, au Brésil; on le rencontre aussi dans les provinces de Rio de la Plata et de Buenos- Ayres. i

Mœurs, habitudes, régime. — D’après le prince de Wied, le Boa constricteur, dont le nom vulgaire est Giboya, se tient de préférence dans les localités les plus sèches des forêts, au milieu des broussailles ; il habite le dessous des vieux arbres, les cavités du sol, les anfractuosités des rochers; il ne se rend jamais à l’eau, comme le font plusieurs espèces apparentées; on trouve souvent plusieurs individus réunis dans une même demeure.

Tous les voyageurs qui ont parcouru les immenses forêts qui couyrent une grande partie du Brésil s'accordent à dire que le Boa constricteur reste paresseusement étendu sur le sol et qu'il ne prend la fuite que lorsqu'il est attaqué; le plus souvent il ne se dérange même pas lorsque l’on passe à côté de lui.

Schomburgk rapporte qu'il rencontra dans une de ses excursions un gros Boa devin, qui ne prit pas la fuite et resta à la mème place.

« Si l’objet m'était tombé plus Lôt sous les yeux, écrit le voyageur, je l’aurais certainement pris pour l'extrémité d’une branche proéminente. Malgré les observations qui me furent faites par mon compagnon, malgré la crainte que manifestait le chien qui m'accompagnail, je pris la résolution d'essayer de tuer l'animal. Un solide bâton comme arme défensive fut bientôt trouvé. Le Serpent étendait à ce moment la tête au-dessus d’une haie; je m'approchai de lui ayec précaution pour l’atteindre avec mon arme et pour pouvoir lui en asséner sur la tête un coup capable de l’étourdir; le Serpent disparut tout à coup sous le feuillage, et les mouvements précipités de sa queue me démontrèrent qu'i avait pris la fuite. La haie, fort épaisse, m'empêchait de m'’approcher du reptile, mais je pouvais en suivre facilement la trace. Il se rapprocha bientôt de la lisière du bois, le long de laquelle je me tenais tout prêt à l'attaque. Soudain le mouvement de reptation qui agilait le feuillage s’arrêta et la tête du Serpent percça la ramée; un heureux coup porté à ce moment étourdit l’animal et je lui en portai successivement plu-

LE BOA CONSTRICTEUR.

sieurs autres avant qu'il ait pu reprendre ses sens. M'approchant alors, je serrai fortement le Serpent au cou à l’aide de mes deux mains. L'Indien qui m'accompagnait, voyant qu'il n’y avait plus de danger, accourut à mon appel et, détachant une de mes bretelles, en fit un lacs qu'il passa autour du cou du reptile. La haie, très épaisse, empêchait les mouvements con-

| vulsifs de l’animal, de telle sorte que nous

pûmes facilement nous rendre maîtres de lui. »

Le prince de Wied rapporte qu’au Brésil on tue le Giboya avec un gourdin et qu’un coup de feu suffit pour en avoir raison. Les chasseurs rient lorsqu'on leur parle des dangers que fait courir la chasse au Boa, qui n’altaque jamais l'homme et ne songe même pas à se défendre.

Le Devin se nourrit de petits mammifères de moyenne taille, tels que rats, agoutis, pacas, capybarrasoucabias, qu'ilguetteordinairement suspendu à une branche par l'extrémité de son corps ; lesindividus très adultes s’attaquent parfois à des animaux de la taille d’un chien ou d’un chevreuil. De Wied rapporte qu'un chasseur brésilien lui raconta qu'il entendit un jour un chien crier dans la forêt et que quand il accourut il trouva la pauvre bête mordue à la cuisse par un énorme Boa qui commençait à enlacer sa victime. Des récits racontant que les Boas constricleurs dévorent des hommes et des chevaux, appartiennent au domaine de la fable et ont certainement été inventés par des voyageurs désireux de mettre quelque pittoresque dans leurs descriptions.

Les Serpents en liberté ne mangent certainement jamais que les animaux tués par eux; il n'en est pas de même des Serpents tenus en captivité; on les amène peu à peu à accepter des proies récemment tuées, telles que des rats.

Il paraît que le Boa constricteur est ovovivipare. Le prince Waldemar de Prusse tua un jour une femelle de Boa et trouva dans le corps du Reptile des petits qui avaient atteint de 30 à 50 centimètres de long; Westermann vit une femelle mettre au monde plusieurs petits vivants en même temps que plusieurs œufs.

Utilité. Le Boa constricteur rend au Brésil de réels services en purgeant les habilalions et les magasins des rongeurs qui pullulent : aussi, loin d’être redouté, est-il généralement supporté, au point que l’on ne crainé point de coucher dans les chambres où ii se trouve

LE DIVINILOQUE.

Captivité. — Le Serpent dont nous nous occupons en ce moment supporte très bien la captivité ; aussi est-il fréquemment apporté en Europe pour le compte des bateleurs; il n’est pour ainsi dire aucun bateleur qui ne possède un ou plusieurs de ces animaux.

Le Boaest habituellement capturé au moyen de lacs que l'on place devant son repaire; il est facile, du reste, de reconnaître l'endroit où se tient l'animal. L'animal capturé lutte et fait de grands efforts pour se débarrasser, mais il est rare qu’il s'étrangle.

Le Boa que Schomburgk avait capturé et dont, plus haut, nous avons raconté la prise, fut solidement attaché à un poteau, bien que laissé pour mort, et la suite apprit que cette précaution était loin d’être superflue. « De grands éclats de rire et des sifflements reten-

poussés par la faim, avaler la couverture que l'on met généralement dans leur cage, dans le but de leur procurer un abri et de la chaleur. Un Boa constricteur, conservé à Berlin, garda pendant cinq semaines une couverture de laine qu'il avait avalée; une nuit, entre onze

| heures et deux heures, il commença à vomir

tissants, écrit le voyageur, me réveillèrent une |

nuit. Je sautai précipitamment de mon hamac et vis que le Serpent, s'étant rétabli des coups qui lui avaient été portés, cherchait à se débarrasser des liens qui l’entouraient. Il s'était formé autour de lui un cercle d’Indiens qui, parleurs agaceries, excitaient sa colère et sa fureur. La gueule ouverte, dardant continuellement la langue, les yeux brillants et comme sortis de leurs orbites, le reptile poussait des sifflements aigus et exhalait une forle odeur de musc. De crainte que l’animal ne s’échappät, je le tuai d’un coup à la têle. »

La faculté qu'ont les grands Serpents de supporter un jeûne même assez prolongé rend leur transport très facile. On se contente de les placer dans une caisse appropriée à leur laille, caisse percée de quelques trous. A l'arrivée, et après qu'il a été progressivement réchauffé, le reptile se montre assez généralement hargneux, agressif, et refuse pendant quelque temps toute espèce de nourriture.

L'animal s’apprivoise très rapidement et devient, en général, fort doux, de telle sorte qu’on peut aisément le manier.

Si l'on veut que le Boa vive bien en caplivité, il est indispensable de lui donner une cage spacieuse, bien aérée et bien chauffée, contenant un bassin pour qu'il puisse se bai-

gner et un arbre sur lequel il aime à s’en- |

rouler. Il se lient généralement pelotonuné sur lui-même à la bifurcation d'une grosse branche el y reste longtemps immobile; d’autres fois il demeure des semaines entières caché sous sa couverture.

On a vu plusieurs fois des Boas, peut-être

cette masse indigeste et, avec l’aide du gardien, s’en débarrassa heureusement. Le même fait s’est passé au jardin de la Société zoologique de Londres, et plus iard à la ménagerie des reptiles du Muséum d'histoire naturelle de Paris. La couverture qu’un Boa de près de 3 mètres avala avait environ 2 mètres de long et 1%, 60 de large; elle resta dans l’estomac du reptile depuis le 22 août jusqu'au 20 septembre; ce jour, le Serpent ouvrit la gueule et l'extrémité dela couverture apparut ; le gardien saisit cette extrémité ; le Boa enroula sa queue autour d’un arbre qui se trouvait dans la cage, comme pour prendre un point d'appui et vomit peu à peu la couver-

| ture; celle-ci avait pris la forme d’un rouleau

de près de 0®, 12 de diamètre. Le Serpent resta comme mort pendant une dizaine de jours, puis se rétablit complètement, de telle sorte qu'il vécut longtemps encore après ce tragique événement.

LE DIVINHOQUE. — 204 DIVINILOQUA.

Caractères. — Bien que voisin du Boa constricteur, le Diviniloque s’en distingue par ses formes plus sveltes, plus grêles, la tête plus effilée, la queue plus allongée. Les écailles du

| tronc sont plus grandes et par conséquent | moins nombreuses, au nombre de 65 à 75

dans une rangée. Le museau est tronqué obliquement ; les internasales sont un peu plus grandes que les autres écailles qui revêtent le dessus de la tête.

La coloralion rappelle beaucoup celle du Constricteur ; de même que chez cette dernière espèce, la tête, dont le dessus et les côtés sont rosés, présente une bande noirâtre, en forme de clou, allant de l'œil à l'angle de la bouche et une bande sur le front. De grandes taches foncées se voient sur le tronc; ces taches sont d'un noir bleuâtre, ornées d’une bordure jaunätre et séparées les unes des autres par une teinte brunâire semée de jaunâtre. Le ventre, le long duquel, à droite et à gauche, se voient des laches noires, présente, sur un fond blanchâtlre, des piquelures noires dans sa partie

LES EUNECTES.

antérieure, et de larges mouchetures de même couleur dans sa partie postérieure. Le dessous de la queue est jaune avec quelques grandes taches ovales d’un noir bleu.

Mœurs, distribution géographique. — Le Diviniloque, désigné aussi sous le nom de Boa de Sainte-Lucie, habite les Antilles ; l'espèce + est connue sous les désignations de Crocs de chien, Tête de chien. D'après les voyageurs, ce Serpent y attaque fréquemment les poules, aussi est-il très redouté des colons, à cause des dommages qu'il occasionne dans les basses-Cours.

LES EUNECTES — EUNECTES

Wasserschlinger.

Caractères. — Le nom d'Eunecte a été donné par Wagler à un Boa aquatique chez lequel les narines, qui s'ouvrent à l'extrémité du museau, peuventse clore hermétiquement; le dessus de la tête est revêtu de plaques dans sa moitié antérieure et d'écailles dans sa partie postérieure; il n'existe pas de fossettes aux lèvres; les écailles du corps sont lisses; le dessous de la queue porte une seule rangée de scutelles.

La seule espèce du genre estl’Eunecte murin (Eunectes murinus), désigné sous le nom de Rativore, de Mangeur de rats, d'Anaconda. Cette espèce que nous figurons (PI. XII) a la têle très petite relativement à la longueur du corps, à peine distincte du tronc, conique, aplatie à la face inférieure, tronquée et arrondie en avant. Le tronc, qui est relativement grêle, est très faiblement comprimé, plus gros cependant au milieu; la queue, assez eflilée, est peu préhensile.

La coloration est très caractéristique. La partie supérieure du corps est d’un vert noirâtre chez les adultes, d’un brun olivâtre plus ou moins clair chez les individus jeunes; le dos etla queue sont ornés de grandes taches ovalaires de couleur noire, disposées en deux séries de telle sorte que celles d’un côté alternent avec celles du côté opposé; il existe de chaque coté du corps une ou deux rangées d’anneaux noirs qui se détachent nettement sur le fond général. La partie latérale de la tête est gris olivâtre, le bord de la mâchoire jaunâtre. De l'œil court vers l’occiput une large bande d’un gris rouge sale bordée en haut de noir sombre ; au-dessous de celle-ci se voit une bande d’un

brun noirâtre, d’une coloration plus vive en avant.

De tous les Serpents du nouveau monde, l'Anaconda est le plus grand; c’est ainsi qu'on parle d'individus de 10 mètres de long, ce qui est tout au moins douteux. Bates eut l’occasion d'examiner un individu appartenant à cette espèce qui avait plus de 6 mètres de long et 0", 60 de circonférence au milieu du corps. Schomburgk et de Neuwied rapportent qu'ils ont tué plusieurs Eunectes de 5 mètres.

Distribution géographique. — Les Guyanes et le Brésil sont la patrie de l'Eunecte; il ne paraît pas se trouver en dehors de ces régions.

Mœurs, habitudes, régime. — Fermin, dans son /istoire naturelle de Surinam, paraît être le premier qui ait donné quelques détails sur le Serpent dont nous nous occupons, « Un Serpent de 23 pieds de long, dit ce voyageur, appartenant à l'espèce de ceux nommés Boiquacu, kourou, ou Aboma, avait dans son estomac, au moment où j'en fis l'ouverture, un grand Paresseux, un Légouane long de 3 pieds et trois quarts et un mangeur de foumis de 2 pieds 8 pouces, tous trois dans le même état que s'ils venaient d'être tués à coups de fusils. »

Le prince de Neuwied, qui a fréquemment observé l’Anaconda, nous donne les renseignements suivants : « Au Brésil, l'Eunecte murin est appelé Cucuriubu ou Cucurui; les Botocudos le nomment Xetameniop. Les eaux sont la demeure habituelle de ce Serpent; il s'y repose couché sur un haut fond, la tête seule émergée; plongeur habile, il peut sy enfoncer pour ne reparaître à leur surface qu'assez longtemps après ; tantôt c'est avec rapidité qu'il les parcourt en tous sens en nageant à la manière des poissons anguilliformes, tantôt au contraire il abandonne son corps, raide et immobile, au courant plus ou moins rapide d’un fleuve ou d’une rivière.

Parfois il se tient étendu près du rivage sur le sable et sur les rochers, ou bien sur un tronc d'arbre renversé, attendant patiemment que quelque Mammifère amené par le besoin de se désaltérer, passe assez près de lui pour pouvoir être saisi. Ceux de ces animaux dont il fait le plus ordinairement sa proie sont des Agoulis, des Pacas et des Cabybaras ou Cabriais; on dit aussi qu'il mange des poissons.

« C’est en été, depuis novembre jusqu’en février, que s’accouple l'Eunecte murin, époque à laquelle on le rencontre plus souvent

Bnexx, Reptiles. T. V, p. 326, PI. XII.

LE Te PR TATESX

f'aris, J.-B. Baillière et Fils, édit. Corbeil, Grété, imp.

L'EUNECTE.

pr

LES EUNECTES.

qu’à toute autre et où, assure-t-on, il fait entendre un rugissement sourd. Au Brésil, il ne s’engourdit pas en hiver. L'arc et le fusil sont les armes dont les indigènes se servent pour le tuer, à moins qu'ils ne le rencontrent

à terre, où il ne se meut que fort lentement; |

dans ce cas ils l’assomment à coups de bâtons. On fait avec sa peau des chaussures et des sacs de voyage; sa graisse est aussi employée à différents usages, et les Bolocudos en mangent la chair.

« Dans la rivière de Belmont, mes chasseurs avaient vu paraître les quatre pattes d’un Mammifère qu'ils prirent pour un porc mort; lorsqu'ils s’approchèrent, ils découvrirent un énorme Serpent qui avait enlacé et tué un Tapir. Ils déchargèrent à l'instant deux coups de fusil sur le monstre, et le Botocudo qui nous accompagnait lui lança une flèche, L’Anaconda Jâcha alors sa proie et, malgré ses blessures, se sauva rapidement, comme s’il ne lui était rien arrivé. Je voulais m'emparer du Reptile et dépêchai mes hommes à sa recherche; tous nos efforts pour le tuer restèrent infructueux; les grains de plomb perdirent toute force dans l’eau et le Serpent s'était débarrassé de la flèche qui lui avait été décochée. »

L'Eunecte cause de grands ravages dans les propriétés situées près des cours d’eau, car il lui arrive trop souvent de braconner dans les basses-cours ; Schomburgk affirme que ce Serpent s'attaque même à des animaux de la taille du cochon.

« Pendant que nous étions à l’ancre dans le port d’Antonios Malagucita, rapporte Bates, nous reçûmes une visite très inopporlune. Un coup violent contre notre embarcation, suivi du bruit d’un corps pesant tombant à l’eau, m'éveilla au milieu de la nuit. Je me levai en

toute hâte pour voir ce qui se passait; cepen- | dant tout était redevenu tranquille; seules les |

poules qui se trouvaient dans un panier atla-

ché à l’un des flancs de la barque, à 2 pieds | environ au-dessus de l’eau, étaient inquiètes |

et caquetaient à qui mieux mieux. Mes gens étaient sur le rivage ; je rentrai dans ma cabine et ne tardai pas à me rendormir. A

mon réveil, je trouvai loutes les poules errant |,

dans l’embarcation et ne tardai pas à conslater qu'une large entaille avait été faite au panier à poules; deux de ces volaliles manquaient.

‘« Senhor Antonio, mon compagnon, soup-

connaimmédiatement de celarcin un Anaconda qui s’élait livré à la chasse, disait-il, quelques mois auparavant dans cette partie de la rivière, et qui avait volé quantité de poules et de canards. Je doutai tout d'abord dela réalité de ce fait et accusai quelque Alligator de ce larcin, bien qu'aucun Crocodile ne se fût montré

| jusqu'alors. Quelques jours plus tard je fus

pleinement convaincu de la véracilé du récit d’Antonio. Les jeunes gens des localités voisines se réunirent pour donner la chasse à l'animal pillard et se mirent à explorer les petites îles siluées dans la rivière ; ils finirent par découvrir le Reptile à l'embouchure d'un petit cours d’eau vaseux. Après que l’animal eut été tué d'un coup de javelot, je constalai qu'il avait 6 mèlres de longueur et seulement 0,40 de circonférence. »

On rapporte que l’Anaconda s'attaque à l'homme et voici, à ce propos, ce que dit expressément Schomburgk : « Dans Morokko, une des missions de la Guyane hollandaise, tout le monde était consterné à cause de l'attaque d’un grand Serpent sur deux habitants de la mission. Quelques jours auparavant un Indien et sa femme avaient remonté la rivière dans le but de se livrer à la chasse. Un coup de feu avait abattu un oiseau qui était tombé sur la rive. Lorsque le chasseur accourut pour s'emparer du produit de sa chasse, il fut soudain attaqué par un Uomati ou Anaconda.

L'Indienne, armée d’un couteau, accourut au secours de son mari, mais à peine fut-elle à côté du monstre, que celui-ci, abandonnant l’Indien, saisit et étouffa la malheureuse. Frappé de plusieurs coups de couteau, l’Anaconda prit la fuite. Je ne connais que ce cas d’une personne attaquée par l’Anaconda, ajoute le naturaliste voyageur. »

Il est, du reste, possible que le Serpent voulait s'emparer du canard et que, dans son aveugle voracilé, c'est l’homme qui a été attaqué.

11 peut cependant arriver des cas qui dénotent le contraire. « À Ega, raconte Bates, un gros Anaconda aurait presque dévoré un garcon de dix ans, le fils d’un de mes voisins. Le père et le fils voulant ramasser des fruits sauvages abordèrent sur un rivage sablonneux. Le garcon resta en arrière pour garder la barque; l'homme pénétra dans la forêt, Tandis que le premier jouait dans l'eau à l'ombre des arbres, il fut enlacé par un grand Anaconda qui s'élait tellement approché en

restant inaperçu qu'il fut impossible au garçon de prendre la fuite. Par bonheur le père accourut à ses cris, saisit l'Anaconda à la tête, lui ouvrit les mâchoires et délivra ainsi son garçon. » De même Humboldt mentionne expressément que les grands Serpents aquatiques sont dangereux pour les Indiens qui se baïgnent. Malgré cela, ces exceptions ne

peuvent pas détruire la règle générale établie |

par le prince de Neuwied que l’'Anaconda n'est pas dangereux pour l'homme même, que personne ne le craint et qu’on le tue aussi très facilement.

Après un repas plantureux, l’Anaconda, de même que tous les autres Serpents, devient paresseux. Schomburgk a fait remarquer que le Reptile dégage, à ce moment, une odeur pestilentielle et que cette odeur est telle qu’elle peut sûrement guider vers le repaire qu’occupe l'animal.

Hibernation. Humboldt est le premier naturaliste qui ait dit que l'Eunecte s’enfouit dans la vase et y demeure immobile et engourdi lorsque les eaux dans lesquelles il vit d'habitude viennent à tarir. « Souvent, dit le savant naturaliste, les Indiens trouvent d'énormes Serpents dans cet état de mort apparente; on peut les réveiller en les arrosant d’eau largement. »

L'hibernation n'a lieu du reste que dans certaines parties du Brésil, là où le froid se fait sentir ou, au contraire, dans les endroits qui dessèchent par une chaleur torride. Dans les vallées boisées et arrosées de grands cours d’eau, l’Anaconda vit, non dans les marais, mais dans les lacs, les rivières qui n’assèchent jamais ; dans les grandes forêts, à la luxuriante végétation, l'Eunecte n’hiberne pas. Toutefois, d’après le dire des habitants, le Serpent est plus actif pendant les mois de décembre, janvier et février, qu'à toute autre époque de l’année.

Ponte. — Cuvier a constaté que l'Eunecte est ovovivipare, c’est-à-dire que les œufs éclosent dans l’intérieur de la femelle. Schomburgk rapporte qu'il a compté près de cent œufs dans le corps d’un seul animal et que les petits peuvent arriver au monde vivants.

Schlegel a trouvé dans le corps Anaconda qui lui avait été envoyé de Surinam, non pas cent œufs, mais seulement une vingtaine ; ces œufs renfermaient chacun un petit presque entièrement développé, ayant d’un pied à 18 pouces de longueur. Il semble cepen-

LES LUNECTES.

d'un |

| dant que, dans certaines circonstances tout au moins, les petits puissent venir au monde avant terme, car un Anaconda de la ménagerie de Dinterpondit le 26 mai 36 œufs, qui furent placés dans un endroit dont la température constante était de 26 degrés centigrades ; le 18 juin un des œufs laissa s'échapper un pelit gros comme le doigt.

En liberté, les petits, à peine éclos, semblent se rendre de suite à l’eau, mais ils restent assez longtemps en société et s’établissent sur les arbustes voisins du rivage. « Les Eunectes, écrit Schomburgk, font leurs petits . près du rivage; on voit souvent une grande quantité de ces animaux établis sur les arbres qui dominent les rivières. Quand la hache frappait le tronc de quelques-uns de ces arbres et l’ébranlait, plusieurs jeunes serpents tombaient dans l’embarcation. »

chasse. — Lorsqu'on lit les récits des anciens voyageurs, on ne s'élonne pas que de nos jours on ajoute foi à des histoires terribles de combats entre l’homme et l’Anaconda. Le père Mantoya raconte qu'il a yu de quelle manière l’Anaconda se livrait à la pêche. Ce Serpent rejette, dit-il, une écume blanche et abondante qui attire les Poissons; il plonge alors dans l’eau et lorsque l’'écumea fait venir les Poissons, il les dévore facilement. Le père rapporte aussi qu'il a été le témoin de la mort d’un Indien surpris par un Eunecte, dévoré et rendu intact un jour après.

Stedmann ne raconte pas avec moins de complaisance des faits analogues. Le voyageur avait la fièvre et était couché dans son hamac lorsque l’homme de garde l’avertit qu'on avait vu quelque chose de noir se mouvoir dans les broussailles et que cela paraissait être un homme. On jetal’ancre et avec un canot on se dirigea vers l'endroit désigné. Un esclave reconnut que ce quelque chose était un Serpent de grande taille, et Stedmann ordonna de rebrousser chemin, mais l’esclave ayant déclaré qu'il irait à la bête, le voyageur, quoique malade, se mit en campagne armé d’un fusil, tandis qu'un soldat apprêtait d'autres armes. | À peine avail-on fait cinquante pas en avant, à | travers les broussailles, que l’esclave cria qu'il avait vu le Reptile; le monstrueux animal n'était pas à plus de cinq mètres, caché à moitié sous les feuilles; il dardait continuellement sa langue et ses yeux étincelaient. Stedmann appuya son fusil sur une branche, visa, tira, mais frappa non la tête mais le corps. "Le

Légendes,

LES EUNECTES.

Serpent se retourna avec fureur contre ses ennemis, avec une force telle que les buissons en furent courbés, plongea sa queue dans l’eau et fit jaillir la vase avec une telle furie que les voyageurs ne songèrent qu’à fuir. Lorsqu'ils furent revenus à eux, l’esclave proposa

une nouvelle attaque. Stedmann blessa le Ser- |

pent une seconde fois, mais légèrement et fut

de nouveau, lui et ses compagnons, écla-

bo ssé de boue. Tout le monde se sauva de nouveau, mais l’esclave tint bon et tira sur le Serpent, ainsi que Stedmann. La bête fut atteinte à la tête. Le nègre ne se possédait pas de joie; il prit une forte corde, la lança au cou du Reptile qu’il amarra à la barque et le traîna ainsi. Le Serpent vivait encore et nageait à la manière d’une anguille; il mesurait 5 mètres el sa grosseur élait telle qu'il remplissail la veste d’un nègre de douze ans.»

BrEuM. — V,

TSk Jah

Lg. 258. — Le Xiphosome cammn (1/62 grand. nat.).

Après un tel récit, il n’y a pas lieu de s’étonner que Schomburgk ait hésité à attaquer un Anaconda découvert par ses Indiens. « Le

| monstre, raconte ce voyageur, reposait sur

une grosse branche surplombant la rivière ; il était enroulé comme un càble et se chauffait au soleil. J'avais plusieurs fois vu de grands Anacondas, mais je n’avaisjamais rencontré un pareil géant. Pendant assez longtemps je restai indécis; je ne savais si je devais combattre le monstre ou me sauver. Tous les récits plus terrifiants les uns que les autres, tout ce que l’on m'avait raconté de la force vraiment prodigieuse de ces animaux, tout cela me revenait en foule à la mémoire, de telle sorte que vraiment j'avais peur; que l’on ajoute que mon serviteur Stækle me suppliait au nom de mes parents et des siens de ne pas tenter l'aventure, et l'on comprendra aisé- REPTILES, — 42

LES PÉLOPHILES.

ment que le sentiment de terreur l’emporta d'abord. Mais à peine avions-nous tourné le dos, que j’eus honte de mon hésitation et que je forçai les hommes qui montaient notre frêle embarcation à revenir en arrière. Je chargeaï les deux canons de mon fusil de gros plomb et de chevrotines; l'individu le plus courageux de mon escorte en fit autant. Nous revinmes lentement vers l'arbre; le Serpent était à la même place. Au signal donné, nous tirâmes tous deux; atteint au bon endroit, le reptile tomba et, après quelques convulsions, fut emporté par le courant. Ce fut au milieu des cris de joie de tout l'équipage, que nous nous dirigeâmes vers le Reptile, qui fut tiré dans la barque. Bien que la bête parût être bien morte, Stækle et Lorenz, mes deux serviteurs allemands, n'étaient rien moins que rassurés de son voisinage; les deux héros se tenaient au fond de la barque, se lamentaient et pleurnichaient chaque fois que quelque convulsion agitait le Serpent long de 5 mètres. Une de nos chevrolines avait fracassé la colonne vertébrale, l’autre brisé le crâne; c’est ce qui explique comment nous fûmes si facilement maîtres du monstre. Une blessure à la tête rend de suite les plus grands Serpents immobiles, comme depuis j'ai eu maintes fois l’occasion de le voir. Un de mes compagnons de voyage, qui montait un autre canot, King, nous raconta qu'il avait vu un Anaconda de 5 mètres de long n'être tué qu'après avoir reçu cinq balles. »

Le prince de Neuwied, dont les récits sont tous dignes de foi, rapporte « qu'habituellement

l'Anaconda peut être tué avec un fusil chargé

à plomb; les Botocudos en ont souvent raison avec une seule flèche tirée dans la tête; une flèche dans le corps ne tue pas l’animal, quise sauve et se guérit de sa blessure. Les habitants de Belmonte avaient tué ainsi un Anaconda; la vie chez cet animal est si tenace qu'il remuait encore bien que tous les viscères aient été enlevés et que la tête ait été totalement détachée du corps.

« On tue l’Anaconda, sans grâce ni pilié, chaque fois qu’on le rencontre. Sa peau, si épaisse, sert, après qu’elle a été convenablement préparée, à recouvrir des valises, à faire des bottes. Les Botocudos mangent la Chair de ce Reptile et font usage de la graisse, si abondante à certains moments de l’année. »

En dehors de l’homme, c’est à peine si l’'Anaconda a des ennemis, car il faut tenir

pour absolument fabuleux les soi-disant combats entre ce Serpent et les Alligators. Par contre, lorsqu'ils sont jeunes, les Anacondas sont attaqués par tous les animaux qui font la chasse aux Serpents sans défense.

LES PÉLOPHILES — PELOPHILUS

Caractères. — Le genre Pélophile, qui ne comprend qu'une seule espèce, le Pélophile de Madagascar, est intermédiaire entre les Boas et les Eunectes; il diffère des premiers en ce que le dessus de la tête estrecouvert mipartie de plaques, mi-partie d'écailles; il se distingue des seconds en ce que les narines s’ouvrent latéralement entre deux plaques; il n'existe pas de fossettes aux lèvres; les écailles du dessous de la queue sont simples.

Le Pélophile de Madagascar est un grand et beau Serpent, qui arrive généralement à 3 mètres de long, et qui a beaucoup de la physionomie des vrais Boas; il est cependant plus comprimé. La coloration est des plus brillantes. La couleur du fond, qui varie suivant les individus, est fauve, roussâtre, d'un gris blanc tirant: sur le jaunâtre. Suivant Duméril et Bibron, «un noir profond s'étend en une belle bande oblique depuis l'œil jusqu’à l’angle de la bouche, et il forme un carré long sur la lèvre supérieure au-dessous de l'orbite; cette même couleur est disposée par grandes taches subarrondies, tantôt bien séparées, tantôt très rapprochées les unes des autres, sur les bords du sillon gulaire, à l'extrémité du museau et autour de la mâchoireinférieure. Les jeunes sujets offrent sur le sommet du dos une série de losanges bruns, à bords bruns et, de chaque côté, une suite de taches oblongues, anguleuses, entièrement noires et environnées de fauve et de blanchâtre; au-dessous de ces taches, c’est-à-dire le long des flancs, est une rangée de grands disques noirâtres, irrégulièrement dentelés ou comme déchiquetés à leur pourtour, et à travers lesquels la teinte claire du fond apparaît sous la figure de plusieurs taches subcirculaires. Avec l’âge, les losanges noirs de la région médiodorsale s’effacent etcelle-ci reste uniformément d’un brun fauve ou roussâtre; les taches oblongues des parties latérales du dos s’allongent, se soudent ensemble, de manière à ne plus constituer qu’un seulet même ruban noir, inégalement élargi de distance en distance ; enfin les disques noirâtres des côtés du tronc

LES HOMALOCHILES.

se divisent en taches et en raies qui, s’anastomosant diversement entre elles, produisent une sorte de dessin réticulaire ou géographique ; quant aux parties inférieures du corps, elles sont à toutes les époques de la vie d’un blanc jaunâtre, plus ou moins maculé de brun sombre. »

Moœurs, habitudes, régime, —[ePélophile, que nous avons pu plusieurs fois observer à la ménagerie des reptiles du Muséum de Paris, est un animal qui ne va que rarement sur les arbres; il est presque toujours ou dans l’eau, ou enroulé sous sa couverture. Il se nourrit de rats ou de lapins et ne refuse pas une proie morte; il n’attaque pas l'homme et ne cherche que rarement à mordre.

LES XIPHOSOMES — X/PHOSOMA Windeschlange.

Caractères. — Les Xiphosomes ont le corps très comprimé, recouvert d'écailles lisses et plates; la tête est déprimée, large en arrière, revêtue de plaques sur le bout du museau et d'écailles sur le reste de sa surface; les narines s’ouyrent latéralement entre deux plaques; la pupille est verticale, les lèvres sont garnies de fosseltes assez profondes ; la queue est relativement longue, revêtue de plaques en une seule rangée.

Distribution géographique. — On connaît cinq espèces de Xiphosomes; deux espèces habitent l'Amérique centrale, Panama, Costa- Rica ; deux espècesse trouvent dans lenord de l'Amérique du sud, aux Guyanes, au Brésil; le Xiphosoma de Madagascar est, ainsi que l’indique son nom, particulier à la grande île africaine.

LE XIPHOSOME CANIN. — XIPIHOSOMA CANINUM.

Hundstopsschlange

Caractères, — Le Serpent cynocéphale, Bojobi ou Hypnale, atteint une longueur de 3 à 4 mètres, bien qu'il arrive rarement à celte taille. Cest un animal dont la têle est très fortement déprimée, dont les plaques qui bordent la bouche sont marquées de profondes fosseltes, et chez lequel l’œil est entouré d’un cercle complet d’écailles; la queue, qui est fort effilée, est très préhensile. Le ventre, le dessous de la tête et celui de la queue, sont d'un jaune verdâtre uniforme; la partie su-

périeure du corps est d’un beau vert feuillage; en travers du dos se voient des taches d'un blanc pur, irrégulièrement espacées (fig. 258).

Distribution géographique. — Cette espèce se trouve aux Guyanes et dans une grande partie du Brésil; on la retrouve, en effet, depuis Cayenne jusqu’à Rio de Janeiro; elle semble être plus particulièrement abondante dans le bassin de l’Amazone.

Mœurs, habitudes, régime. — D'après Duméril et Bibron, les Xiphosomes, « qui sont très favorablement conformés soit pour nager, soit pour s’enrouler autour des branches, par suite du grand aplatissement latéral de leur corps, ne peuvent, pour la même raison, exéculer qu'une reptation pénible sur le sol, si surtout celui-ci n’est pas accidenté. Aussi se tiennentils rarement à terre, mais presque toujours au milieu des eaux ou sur les arbres et les arbustes qui croissent sur leurs bords. »

Le Canin est, à ce qu’il paraît, un très habile nageur, non seulement en eau douce, mais encore dans la mer. Spix, étant sur le Rio Negro, prit un de ces Serpents qui traversait ce fleuve; de Fréminville assure avoir vu un individu de celte espèce passer le long d’une barque à bord de laquelle ilse trouvait, au milieu de la rade de Rio de Janeiro.

Ainsi que nous l’apprend Schomburgk, le Canin est ordinairement enroulé en peloton sur les branches basses, près de l’eau: c'est là son séjour de prédilection; il se nourrit principalement d'Oiseaux et de petits Mammifères; aussi, à cause des dommages qu'il occasionne, est-il redouté des nègres, dans les habitations desquelles il s’introduit pour s'emparer de la volaille. Il n’est pas dangereux pour l’homme, bien qu’il morde fortement, ses dents étant longues et très acérées.

LES HOMALOCHILES — ZOMALO- CHILUS

Schlantboa.

Caractères. — Le Boa svelte ou Jomalochilus slriatus, connu depuis peu d’annéesseulement, est un animal de 3 mètres de long, aux formes remarquablement élancées, à la tête très distincte du tronc, à la queue longue et fortement préhensile. Nous ajouterons que le museau est tronqué, que la narine est percée latéralement entre trois plaques, qu'il n'existe deplaquesrégulièresque sur la partie antérieure

Page 1