LE PYTHON
tent le corps sont plus petites, et, dès lors, plus nombreuses.
La coloration du Python réticulé est très caractéristique. La couleur fondamentale varie du brun jaunâtre au brun noisette ou olivâtre. Il règne sur la tête trois lignes noires qui se détachent neltement sur la teinte claire du fond; une ligne élroile, de couleur noire, s'étend de la plaque frontale à la nuque; une seconde ligne noire, du bord postérieur de l’œil, descend obliquement au-dessus de la lèvre supérieure et se continue jusqu’au milieu du cou. Il règne d’un bout à l’autre du dos une sorte de chaîne noire à losanges plus ou moins réguliers ; de chaque côté de ces losanges partent des taches réticulées plus petites, irrégulières, blanchâtres ou bleuâtres, bordées de noir ou de brunâtre. Une teinte d’un blanc jaunâtre est répandue sur le dessous du tronc et de la queue, les côtés du ventre étant mouchetés de noir.
Le Python réticulé, qui a le corps relativement moins fort que le Python molure, ce qui
fait qu'il est plus svelte, plus élancé que ce |
dernier, peut arriver à la taille de 7 mètres.
Distribution géographique. — Cette espèce babite le continent de l'Inde et les îles de l’archipel Malais; elle est particulièrement abondante à Java, à Sumatra; elle porte à Amboine le nom de Oular petola, ce qui veut dire Serpent peint ; on la trouve dans quelques îles faisant partie de l'empire chinois.
Mœæurs, habitudes, régime. — Le Python
réticulé a été souvent confondu par les voyageurs avec le Python molure, de telle sorte que l’on ne sait pas toujours, dans leurs descriptions, ce qui doit se rapporter à l’une ou à l’autre de ces deux espèces; cette confusion, pour l’objet qui nous occupe, n’a pas grand inconvénient, les deux animaux ayant mêmes mœurs et même régime.
Le Python réticulé se tient de préférence dans les endroits marécageux, dans les rizières submergées et, en général, au voisinage de l’eau; on le trouve plus rarement dans les localités arides. Il se livre à la chasse des petits Mammifères et des Oiseaux; les individus de forte taille se risquent parfois à attaquer le Munjae, le Sanglier des Indes, de petites | Chèvres musquées.
De même que pour les grands Serpents de
l'Amérique du Sud, il existe une série de rela- | tions, toutes plus ou moins authentiques, sur | les dangers que le Python réticulé fait courir à
RÉTICULÉ. 335
l'homme, qu'il attaquerait trop souvent. On trouve même dans les récits des voyageurs des représentations plus ou moins pathétiques représentant d’après nature, dit presque toujours le texte, le terrible combat de l’homme et du Serpent. Tout cela fait évidemment très bon effet au point de vue du pittoresque, mais il faut heureusement bien en rabattre de toutes ces exagérations et n’accepter, la plupart du temps, ces récits et ces représentations que pour ce qu’elles valent réellement.
Lorsque l’on parle de grands Serpents, on est, involontairement sans doute, tellement tenté d’exagérer que nous trouvons dans un ouvrage, du reste remarquable à tous les points de vue, le Voyage de la Novara, la relation de ce fait que des colons autrichiens ont vu à Manille un Serpent de 48 pieds, c'est-à-dire de plus de 15 mètres de long et de 18 centimètres de diamètre, et que ce serpent était un Boa constrictor. On peut tout d’abord se dire que, outre quel’espèce citéen'’est pas asiatique, il est probable que la relation du récit dont nous parlons n’a pas été soumise à l'examen des naturalistes si consciencieux et si érudits de l’expédilion de la Vovara et que sonintercalation dans le texte a été faite par erreur.
Schlegel qui, par sa position, était plus à même que quiconque d’avoir des renseignements sur les animaux de l'Inde néerlandaise, dit formellement que les Pythons de plus de 6 mètres de long sont une grande rareté; Boje, qui à passé plusieurs années à étudier les Reptiles dans lesîles de la Sonde, n’a jamais pu se procurer un Serpent ayant la taille que nous venons d'indiquer. Les indigènes eux-mêmes, lorsqu'ils parlent sérieusement, assurent, du reste, que jamais les Pythons n'attaquent l'homme et qu'ils ne se jettent même pas sur les enfants, du moins tant qu’on ne cherche pas à s’en emparer.
On peut, par ce que nous venons de dire, voir ce qu'il y a de vrai dans le récit de Cleyer : « Dans le royaume d’Anacom, rapporte l’écrivain hollandais, on vit un Serpent d’une grosseur monstrueuse se jeter sur un buffle qui allait boire à une rivière. Le combat fut terrible; à la portée d’un coup de canon, on en:
tenduit craquer les os du buffle, écrasé par la force de son redoutable ennemi. J'achetai un gros Serpent à un chasseur du pays et je trouvai un cerf tout entier dans son estomac; il
| avait encore tous ses poils; dans l'estomac
d'un autre Serpent était un bouc sauvage,
LE PYTHON RÉTICULÉ.
es é —
Fig. 260. — Le Molure (1/102 grand. nat,).
enfin dans l'estomac d'un troisième un porcépic avec tous ses piquants. Dans l’île d'Amboine on raconta qu'une femme fut dévorée par un de ces Reptiles. »
Hâtons-nous d'ajouter que le Python réticulé, que nous avons été plusieurs fois à même d'observer à la ménagerie des Reptiles du Muséum de Paris, nous a toujours paru d'humeur peu facile et que, lorsqu'on ouvrait sa cage sans précautions, il se jetait facilement sur vous, et cherchait à mordre, puis à s’enrouler. Une atiaque de ce genre, qui aurait pu se terminer tragiquement, a même eu lieu il y a plusieurs années à la ménagerie du Jardin zoologique de Londres. Le gardien en chef présentait à un Python réticulé une poule vivante, ainsi qu'il avait l'habitude de le faire;
le Serpent, qui allait muer et dont les yeux |
étaient dès lors voilés, manqua ja poule qui lui était offerte, mais saisit le pouce gauche du gardien et s’enroula immédiatement autour de son bras et de son cou. Cop} c’étaitlenom du gardien, était seul ; il ne perdit pas sa présence d'esprit et chercha avec sa main droite à saisir le cou du Reptile pour se débarrasser de lui; malheureusement, le Serpent s'était enroulé de telle sorte que le gardien ne put le saisir et qu'il fut obligé de se coucher sur le sol, dans l’espérance de pouvoir lutter avec plus d'avantage contre son ennemi qui cherchait à l’étouffer. Par bonheur, on vint au secours de Cop; il fut délivré à temps, car il est grandement probable que, nouveau Laocoon, il aurait été étranglé.
D'après Martens, les habitants du sud de la Chine considèrent comme un présage heureux
LE PYTHON RÉTICULÉ.
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Fig. 261. — Le Python de Séba(1/5° grand. nat.).
la présence d’un Python réliculé ou d'un Python molure dans leurs jonques. Dans les habitations, comme à bord des bâtiments, ces Serpents se livrent avec ardeur à la chasse des rongeurs ; c'est pourquoi, en reconnaissance des services qu'ils rendent, les laisse-t-on errer librement dans les maisons et dans leurs dépendances.
Altiré sans nul doute par la présence des rats qui pullulent à bord de tous les navires, le Python réliculé s’'introduit fréquemment dans ceux-ci, ainsi que dans les maisons. Le naturaliste Wallace raconte qu'un beau soir il fut très effrayé par un grand Python réliculé qui, à Amboine, avait pénétré dans son habitation. « Un soir, écrit le savant anglais, j'étais, comme d'habitude, assis sous ma vérandah, prêt à faire la chasse aux insectes qu'atlirait la lumière ; vers neuf heures, j'entendis tout à
Bneum, — V,
coup un bruit étrange au-dessus de moi, comme si un animal assez lourd rampaitsur la toiture. Comme le bruit cessa au bout de peu detemps, je n'y pris pas garde davantage et me couchai. Le lendemain après midi, peu de temps avant mon repas, j'étais élendu sur mon lit et je lisais; je vis Lout à coup au-dessus de moi une masse jaune et noire que je pris lout d’abord pour la carapace d’une grande Tortue que l'on avait suspendue au plafond. L'objet en question se mit à remuer et je ne tardai pas à voir briller deux yeux au milieu des replis; j'avais affaire à un grand Serpent. Je m'expliquai alors le bruit que j'avais entendu la veille. Un Python s'était enroulé autour d'un des piliers de la vérandah, avait gagné la Loiture el était venu se poster juste au-dessus de ma tôle. J'appelai mes deux garçons qui préparaient mes animaux et je leur dis qu'il y
avait un Serpent au-dessus de mon lit. Avec la plus grande bravoure, ils se précipitèrent alors hors de la maison et me supplièrent de faire comme eux. Voyant qu'il n'y avait rien à tirer de ces gens, je fis appel à quelques hommes de la colonie et j'eus bientôt réuni une douzaine de personnes. Une d'elles, native de Bourou, pays où les Serpents pullulent, nous dit qu'il se chargeait volontiers de s’emparer de limportun. Avec du rotang, il confectionna sur-le-champ un lacet, le saisit d’une main, pendant que de l’autre, à l’aide d’une longue perche, il frappa sur le Serpent jusqu’à ce que celui-ci commencât à se dérouler. L’indigène de Bourou amena alorsle lacs au-dessus de la tête du Reptile, saisit le cou et tira fortement à lui. Le Serpent s’enroula alors autour d'un des piliers de la chambre, dans le but d'opposer une plus grande résistance à son ennemi. L'homme finit par saisir le Serpent par la queue et courut de toutes ses forces, sans abandonner toutefois lelacs qui entourait le cou. Le Serpent se dégagea, mais il fut ressaisi et tué à coups de hache. L'animal avait près de 4 mètres de long et était proportionnellement très fort et de taille à avaler un chien ou un enfant. »
Nous ne savons pourquoi Wallace accuse un
Serpent d’une taille relativement peu élevée | d'un méfait aussi grave, d'autant plus que, |
dans tout le cours de son remarquable ouvrage, il ne cite pas un seul fait qui puisse l’autoriser à formuler un pareil jugement. Ce passage montre bien jusqu'à quel point les grands Serpents sont redoutés ; ce fait ressort plus nettement encore du récit de la capture d’un Serpent réticulé, fait par Dobson.
Un Python appartenant à celte espèce s'était introduit dans un jardin d’un des faubourgs de Calcutta, dans le voisinage immédiat de la ville. On chercha à le faire déguerpir et un homme monta sur l'arbre sur lequel il s'était enroulé. Le Serpent lâcha prise alors et tomba dans un petit étang situé au pied de l'arbre ; l'homme, qui craignait d'être enroulé, sauta prestement sur le sol et faillit se rompre le cou. Le Reptile disparut dans l'eau etonnele vit plus de tout un mois; il se posta alors sur un arbresilué près du même bassin ets’enroulasur une branche fourchue, à une hauteur considérable. Le soir étant venu, Dobson, par la promesse d'une bonne récompense, détermina un jardinier indigène à rester au pied de l’arbre pour tenir l'animal en observalion. Dobson
LE PYTHON DE SÉBA
ayantessayé en vain de décider des gens desenvirons à s'emparer du Serpent, on alla chercher un charmeur et quelques coolies qui arrivèrent avec des filets. Le charmeur grimpa sur l'arbre et chercha à persuader au Serpent qu'il fallait quitter la place; mais le Reptile ne l’entendit pas ainsi; il se jeta sur l’homme, le mordit cruellement à la main et chercha à l’enrouler. Il prit heureusement mal ses dispositions et tomba lourdement sur le sol. Les coolies s'emparèrent alors du reptile et, l’entortillant dans leurs filets, le portèrent en triomphe jusqu’à l'habitation du naturaliste anglais. Celui-ci dut garder l'animal pendant plus d’un mois, car il ne trouvait aucun capitaine assez hardi pour transporter en Angleterre le Reptile emballé dans une caisse solidement clouée.