‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 136 sur 276 · LE PYTHON DE SÉBA. — PYTHON SEBÆ · texte numérisé non relu

LE PYTHON DE SÉBA. — PYTHON SEBÆ

Assala.

Caractères, — Le Python de Séba ou Boa des hiéroglyphes a la tête tronquée et légèrement arrondie au sommet; deux des plaques supérolabiales seules sont creusées d’une fossette et l’œil est entouré d’un anneau d’écail-

les; les narines sont latérales; la plaque sus-

oculaire est divisée, on compte, au milieu de la longueur du tronc, de 81 à 89 écailles.

Le dessus de la tête est, en grande partie, occupé par une tache noire de laquelle part une large bande de même couleur se prolongeant sur le cou. Le dessus du corps, d’une

teinte gris jaunâtre, présente des taches bru-

nâtres de forme très irrégulière et très varia-

| ble suivant les individus; ces taches, par leur

ensemble, forment une sorte de chaîne à grands anneaux généralement liserés de gris blanchâtre ; les taches sont reliées les unes aux autres par une bande qui parcourtchaque côté du tronc el qui est de largeur inégale suivant les points du corps. Les deux bandes brunes et noires, qui courent ainsi, à droite et à gauche, tout le long de la région dorsale, se continuent sur la région caudale, mais sans qu'il y ait entre elles aucune espèce de tache, de telle sorte que, suivant la remarque de Duméril et Bibron, « la couleur du fond apparaît comme un beau ruban jaune à la face supérieure de la queue; les mêmes auteurs notent également qu'une teinte grise glacée de fauve règne sur les côtés du corps, où se montrent à des intervalles inégaux des raies d'un brun noirâtre à bordures blanches,

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raïes qui, au delà du milieu de la longueur du tronc, sont perpendiculaires, plus ou moins courtes, plus ou moins flexueuses et parfois anastomosées entre elles ; au lieu qu’en deçà du même point, ou en se rapprochant de la tête, elles se courbent sur elles-mêmes, et quelquesunes assez fortement pour prendre l'apparence de croissants ou de taches annulaires noires, mélangées de gris et de blanc. » Cette apparence se voit bien sur la figure 261.

De même que les autres grands Serpents, le Serpent de Séba est loin d'atteindre la taille qui lui a été assez souvent assignée; les individus de 6 mètres de long sont des raretés; Schweinfurth parle, comme d'un animal exceptionnel, d'un Python de Séba de 5 mètres de long; Barth mentionne un de ces animaux tué aux environs du lac Tschad et qui avait près de 6 mètres; Adanson dit avoir vu, au Sénégal, un individu de 22 pieds.

Distribution géographique. — L'espèce que nous décrivons est propre à l'Afrique; elle semble plus particulièrement habiler les contrées situées entre l'équateur et le 17° ou le 18° degré de latitude boréale ; elle est surtout abondante dans la partie occidentale du continent; on la connaît également d’Abyssinie.

IL est probable que ce Serpent s’étendait autrefois plus au nord qu'aujourd'hui, ainsi qu’il résulte des récits carthaginoïs et romains.

Mœurs, habitudes, régime. — La position des narines, qui sont latérales et non placées verticalement, indique que le Python de Séba doit être moins aquatique que les deux espèces dont nous venons de parler; cet animal vit, en effet, de préférence dans les forêts, dans les épais taillis. Ce n’est guère que le soir qu'il se mel en chasse.

Lacépède, qui a fait des descriptions si pittoresques, non d’après ce qu'il a vu, mais d'après des récits plus ou moins apocryphes de voyageurs, n’a pas manqué de consacrer quelques pages fort émouvantes au grand Serpent africain. «On frémit, écrit-il, lorsqu’onlit, dans les relations des voyageurs qui ont pénétré dans

l'intérieur du continent africain, la manière |

dont l'énorme Serpent devin s’avance au milieu des herbes hautes et des broussailles, ayant quelquefois plus de 18 pouces de diamètre, et semblable à une longue et grosse poutre qu’on remuerait avec vitesse. On aperçoit de loin, par le mouvement des plantes qui s'inclinent sous son passage, l'espèce de sillon que trales cent diverses ondulations de son corps ; on

voit fuir devant lui les troupeaux de gazelles et d’autres animaux dont il fait sa proie; etle seul parti à prendre dans ces solitudes immenses, pour se garantir de sa dent meurtrière et de sa force funeste, est de mettre le feu aux herbes déjà à demi brûlées par l’ardeur du soleil. Le fer ne suffit pas contre ce dangereux Serpent, lorsqu'il est parvenu à toute sa longueur, et surtout lorsqu'il est irrité par la

| faim. L’on ne peut éviter le monstre qu’en

couvrant un pays immense de flammes qui se propagent avec vitesse au milieu de végétaux presque entièrement desséchés, en excitant un vaste incendie, et en élevant, pour ainsi dire, un rempart de feu contre la poursuite de cet énorme animal. Il ne peut être, en effet, arrêté, ni par le fleuve qu'il rencontre, ni par le bras de mer dont il fréquente souvent les bords; car il nage avec facilité, même au milieu des ondes agitées ; et c’est en vain, d’un autre côté, qu'on voudrait chercher un abri sur les grands arbres; il se roule avec promptitude jusqu’à l'extrémité des cimes les plus hautes, aussi vit-il souvent dans les forêts. Enveloppant les tiges dans les divers replis de son corps, il se fixe sur les arbres à différentes hauteurs, y demeure souvent longtemps en embuscade, attendant patiemment le passage de sa proie. Lorsque, pour l’atteindre et pour sauter sur un arbre voisin, il y a une trop grande distance à franchir, il entortille sa queue autour d’une branche, et suspendant son corps allongé à cette espèce d'anneau, se balançant, et tout d’un coup s’élançant avec force, il se jette comme un trait sur sa victime, ou contre l'arbre auquel il veut s'attacher. Il se retire aussi quelquefois dans les cavernesdes montagnes et dans d’autres antres profonds où il a moins à craindre les atlaques des ennemis, et où il cherche un asile contre les températures froides, les pluies trop abondantes et les autres accidents de l’atmosphère qui lui sont contraires. »

Nous avons tenu à transcrire ce récit tout au long, car on ne saurait trop s'élever contre les exagérations sur les Serpents. En vérité, il n'y à pas de grand Serpent africain qui se livre à la chasse d'animaux plus grands qu'un jeune bouc d'un an ou un chien de moyenne taille; peu de relalions véritablement dignes de foi mentionnent des animaux de cette taille.

Pendant un séjour de cinq années au voisinage de la montagne des Palmiers, dans

l'ouest de l'Afrique, Savage apprit que des Serpents, d'environ 5 mètres de long, avaient enlacé de jeunes chiens et une fois une anlilope. Une de ces attaques avait eu lieu pendant le jour, les autres, comme c’est l'habitude, pendant la nuit; un grand Reptile s'était introduit dans la case d’une négresse pour s'emparer d’une poule et s'était jelé sur un chien qui l'avait allaqué.

Schweinfurth décrit une semblable aventure d'une façon vraiment pleine d'intérêt. « Dans un pli de terrain, au milieu de l'herbe haute, écrit le voyageur, j'avais blessé un petit boue de buisson. Je le vis se précipiter à travers le gazon et je m'attendais à le voir tomber, mais je l’entendis pousser un cri bref et il disparut à mes yeux. Alors, à travers l'herbe haute, je pénétrai à l'endroit où je l’avais vu en dernier lieu, mais je ne pus rien découvrir. Mes mouvements étaient rendus très difficiles par les armes que je portais, mais, comme je savais que l'animal devait se trouver sur une pente escarpée située entre les deux plis de terrain, je ne craignis pas de me mettre à sa recherche. Je le vis non loin de moi, mais comme cloué au sol par un objet que je ne pus d'abord bien distinguer. Après avoir fait quelques pas, je vis un gros Serpent qui tenait enlacé de trois tours le corps du bouc. »

Le Python de Séba, ou Assalu, n'attaque certainement que tout à fait exceptionnellement des animaux aussi grands; il se contente généralement de gibier beaucoup plus petit, tel que lièvre, écureuil et autres rongeurs; plusieurs oiseaux, au vol pesant, sont également exposés à ses attaques. Dans l'estomac de ces animaux ou trouve assez fréquemment des Poules de Nubie; cela concorde avec la relation de Drayson. Ce dernier voyageur raconte qu'à Natal il a vu plusieurs fois voler des Outardes, poursuivies qu'elles étaient par un Python de Séba.

Ponte. — Ce que nous savons dela ponte du Python de Séba concorde absolument avec ce qui a été observé chez son congénère d'Asie, le Python molure. Au mois de juin 1861, deux Pythons de Séba étaient au jardin de la Société zoologique de Londres. L'un de ces animaux, d’environ 2,50 de long, bien que n'ayant pas mangé depuis plusieurs semaines, se mit à grossir en un point de sa longueur. Le 43 janvier suivant, et pendant la nuit, la femelle pondit près d’une centaine d'œufs qui furent

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réunis en une masse conique, autourde laquelle la mère s’enroula. La femelle n’abandonna sa place que rarement et à de courts intervalles, jusqu’au 4 avril ; le 4 mars elle mua; la mue, qui chez un animal en bonne santé demande au plus de trois à quatre heures, dura dix heures et eut lieu par lambeaux, ce qui, chez un Serpent, est toujours un signe de souffrance. Connaissant les observations faites par Valenciennes à la ménagerie des Reptiles du Muséum de Paris, on mesura, à l’aide d'appareils très sensibles, la température développée entre les replis de la mère. Le résultat de l’observalion fut que le corps de la femelle ayait une température plus élevée que celui du mâle et que cette température était plus haute entre les anneaux qu’à la surface extérieure. Le thermomètre placé à l'extérieur accusant 58°,6 Fahrenheit, la température observée à la surface du mâle fut de 70°,2, à la surface de la femelle de 78°,73; entre les replis formés par le corps du mâle on observa 74°,8, entre ceux de la femelle 81°,6 ; le 2 mars, la température ambiante étant de 60 degrés Fahrenheit, le thermomètre marquait 71°,6 et 76 pour le mâle, 84 et 96 pour la femelle, ce qui fait une différence de 12°,4 et même de 20 degrés Fahrenheit, soit 11°,1 centigrades à l’avantage de la femelle. Le 4 avril, la plupart des œufs étaient manifestement putréfiés; comme, d'autre part, la femelle n’avait pris aucune nourriture pendant près de trente-trois semaines, on enleva les œufs. En examinant attentivement ceux-ci, on en trouva six dont l’embryon était en partie développé; l'un des jeunes Serpents avait même près de 0,30 de longueur ; il était à ce point formé que le moment de l’éclosion était certainement très proche. Un mois plus tard, le Serpent, qui manifestait la plus vive inquiétude depuis l'enlèvement de ses œufs, mua, puis mangea et depuis fut en bonne santé.

Chasse, usages. — Pourla chasse del’Assala, les nègres du Soudan, qui savent parfailement que cet animal n’est nullement dangereux, se servent d’un simple gourdin, car un seulcoup frappé sur la tête du Reptile suffit pour le tuer. On vient aussi facilement à bout de l'animal avec du plomb de moyenne grosseur ; lorsque le Reptile est blessé, il arrive très fréquemment qu'il se défend. Schweinfurth, dont nous avons plus haut raconté l'aventure, rapporte qu'après avoir vu le bouc aux prises ayec le Python, il fit feu sur le Serpent et qu'il vit, au

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Fig. 262. — Le Python de Natal (1/8° grand. nat.).

mêmeinstant, celui-ci se redresser à plus d'un mètre de hauteur. « L’animal sauta alors, raconte notre voyageur, et s'élança sur moi avec une rapidilé extrême. Fort heureusement la moitié antérieure de son corps paraissait être mobile ; l’autre était paralysée et trainait sur le sol, car la colonne vertébrale était brisée. Je saisis de nouveau ma carabine; je fis feu plusieurs fois, jusqu'à ce que le monstre fût absolument immobile; je tirai du reste un peu au hasard, car je ne pouvais suivre les mouvements de l'animal. »

Dans l’est du Soudan, la chair de l’Assala est mangée avec plaisir; on la fait bouillir avec du sel et du poivre rouge. « Comme on m'avait dit grand bien de ce mets, raconte Brehm, je fis un soir préparer pour moi un morceau de Python suivant la recette ordinaire des nègres. Le mets avait la plus belle

apparence ; la viande était blanche et rappelait la chair de poulet; elle était toutefois si dure et si coriace, que nous pouvions à peine la mâcher. » Suivant Heuglin, les nègres de Dor sur le fleuve Blanc mangent la chair de Python, tandis que les nègres de Dinka, qui habitent près du même fleuve, regardent, d’après Schweinfurth, l'animal comme sacré. Les nègres de l'Afrique occidentale estiment la chair du Python comme un mets excellent et en font, suivant Savage, une soupe fort estimée. Livingstone nous apprend que le Python de Séba est volontiers mangé par les Hotlentots et les Bakalaharis ; Smith prétend, au contraire, que les indigènes de l'Afrique du sud s’aventurentrarement à poursuivre ce Reptile, car ils le redoutent à l'égal d’un sorcier, et sont persuadés qu'un jour ou l’autreilspayeront leur témérité.

Les nègres du Soudan, les populations qui

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vivent sur les bords du fleuve Bleu emploient la peau du Python de Séba, peau dont l'aspect est réellement fort agréable, pour en former des manches de poignard, des fourreaux d'’épée, des amulettes. La graisse de l’Assala a la réputation d’avoir des vertus vraiment merveilleuses, aussi s'en sert-on, avec pleine confiance, dans une foule de maladies, tantexternes qu'internes.

Nous rappellerons que, depuis quelques anpées, il se fait un commerce relativement assez considérable de peaux de Pythons, venant principalement du Sénégal. Cette peau sert de revêtement à des porte-cigares, à des étuis à cigarettes, à de petits meubles de fantaisie dont l’aspect est réellement très joli.

Superstitions. — Lorsque, plus haut, nous avons parlé du culte rendu au Serpent, nous aurions pu mentionner la vénération dont le Python de Séba est l’objet chez certaines peuplades africaines ; suivant un ancien auteur,

, Bosmann, le Python serait adoré par certaines peuplades de la côte de Guinée.

D'après Marchais, un jour que l’armée du roi de Wida était prête à livrer bataille, un grand Serpent sortit des rangs ennemis et se dirigea vers les troupes du roi; le grand prêtre le prit alors dans les mains, puis, l’élevantau-dessus de la foule, donna l'ordre de combattre. L’ennemi fut promptement mis en déroute, ce qu’on ne manqua pas d'attribuer au Serpent-dieu qui venait de manifester hautement sa toute-puissance. Jusqu'à ce jour, on avait rendu hommage au nombre trois et adoré le fétiche de la pêche, le dieu de la santé, l’idole de sage conseil. Le culte du Serpent fut bientôt plus prospère que tous les autres; on fit du Reptile le dieu de l’agriculture et de la guerre; on lui érigea un vaste temple et on institua un corps de prêtreset de prêtresses pour leservir. Chaque année, quelques-unes des plus belles jeunes filles du pays étaient consacrées au nouveau dieu. Tout d'abord, il se présenta des prêtresses de bonne volonté ; on fut plus tard obligé de recourir à la violence pour recruter le collège sacré. Les prêtresses parcouraient le pays et, de gré ou de force, emmenaient vers le temple les filles choisies par elles. On apprenait à celles-ci à chanter des hymnes et à exécuter des danses sacrées; on leur coupait ensuite les cheveux et on leur imprimait sur le corps des signes sacrés. Après avoir été ainsi dignement préparées, les néophytes élaient conduites, au son de la musique, dans une galerie

souterraine, sombre et mystérieuse, où devaient se célébrer leurs noces avec le dieu. Les jeunes filles, au sortir de la demeure sainte, recevaient le titre d'épouses du Serpent; elles pouvaient cependant se marier et l'heureux mortel choisi par elles devait leur témoigner le plus profond respect et leur obéir en tous points. Les mystères du culte devaient être gardés dans le secret le plus absolu, sous peine de mort violente, car les prêtres ne manquaient jamais d’assassiner les malheureuses qu'ils soupçonnaient capables de pouvoirtrahir le secret.

Légendes. — Tite Live, le grand historien romain, nous a laissé le récit d’un épouvantable combat que Régulus eut à livrer à un Serpent de taille gigantesque qui ne peut être que le Python de Séba. La narration de Tite Live, bien qu’elle soit connue de beaucoup de nos lecteurs, est si palpitante, que nous ne pouvons mieux faire que de la transcrire en son enlier, d'après la traduction de Victor Verger :

« Néanmoins M. Régulus, dit Tite Live, à force de conquérir du pays de proche en proche, était parvenu jusqu'aux lieux qu’arrose le fleuve Bagrada. Tandis que les Romains étaient campés sur ses bords, un fléau auquelils étaient loin de s'attendre leur fit beaucoup de mal, et leur causa encore plus de frayeur. Les soldats qui allaient à l’eau furent assaillis par un Serpent d’une grandeur prodigieuse, dont l'aspect les remplit d’épouvante. Le monstre, malgré tous leurs efforts, en engloutit plusieurs dans l’abîime de son énorme gosier, étouffa les autres dans les nombreux replis de son vaste corps, ou les écrasa par les coups de sa queue, ou bien les fil périr par le souffle de sa gueule empestée. Enfin il donna tant d'embarras à M. Régulus, que ce général se trouva dans la nécessité d'employer toutes ses forces pour lui disputer la possession du fleuve.

«Mais, comme il perdaitbeaucoup de soldats, sans pouvoir vaincre ou blesser le dragon, dont l’impénétrable cuirasse, formée par des écailles, repoussait aisément tous les traits qu'on lui lançaïit, il eut recours aux machines de guerre, et, ayant fait approcher ses balistes et ses catapultes, il le fit attaquer comme une forteresse. Déjà plusieurs projectiles avaient été lancés en vain contre cet ennemi, lorsqu'un énorme rocher lui rompit l'épine du dos, et ôta au monstre formidable toute sa force et toute sa vigueur. Après qu il eut été

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