LES COULEUVRES
LES RHABDOSOMES — RHABDOSOMA
Caractères. — Les Rhabdosomes diffèrent des Calamaires par le nombre des écailles, qui est de 15 à 17, par la plaque nasale divisée, par la queue beaucoup plus allongée, par 9 paires de plaques sus-céphaliques au lieu de 7.
Distribution géographique. — Les Rhabdosomes représentent les Calamaries dans l'Amérique du Sud et aux Antilles.
L'espèce la plus connue du genre est le Rhabdosome bai (Æhabdosoma badium), qui vit à Cayenne et aux Guyanes.
Chez ce Serpent, le corps est roussâtre, avec de larges bandes noires, jaunâtres ou blanchâtres; les parties inférieures sont d’un blanc sale, avec ou sans un semis de petits points bruns.
LES HOMALOCRANES — HOMALO- CRANIOS
Caractères et distribution géographique.
— Comme exemple de Calamaries opisthoglyphes, nous indiquerons les Homalocranes qui habitent l'Amérique du Nord, le Mexique, l'Amérique centrale. Ce sont des Serpents de faible taille, à la tête plate, au museau arrondi, plus ou moins saillant, aux écailles du corps lisses, aux plaques de la queue en double série.
La coloration est parfois assez brillante; le corps peut être d’un jaune uniforme ou relevé de lignes longitudinales brunes; d’autres fois, le dos est rougeâtre; on voit parfois un large collier jaunätre.
LES COULEUVRES — COLUBRIDÆ
Nattern.
Caractères généraux. — Linné réunissait tous les Ophidiens en trois familles : les Crotalidées, les Pythonidées et les Colubridées.
Beaucoup de zoologistes désignent aujourd'hui sous ce dernier nom l'ensemble des Serpents non venimeux appartenant au sous-ordre des Colubriformes, quise rapprochent des Couleuvres de nos pays; l'absence de bassin et de rudiments de membres les distinguent des Rouleaux et des Ptéropodes ; la présence de dents au palais ne permet pas de les confondre avec les Uropelticiens.
On peut dire, en général, que les Couleuvres se reconnaissent à leur corps svelte, à leur tête nettement distincte du tronc, revêlue de plaques régulièrement disposées. La queue, qui est ordinairement longue, est revêtue, en dessous, de deux rangées de plaques.
Distribution géographique, habitat. — Les Colubridées, dont on connaît aujourd’hui plus de 450 espèces, ont été divisées en un certain nombre de groupes plus ou moins naturels, que certains zoologistes désignent sous le nom
de sous-familles, tandis que d’autres en font |
des familles distinctes.
Les représentants de ce grand groupe sont ré-
pandus sur toute la surface du globe; on en | trouve aussi bien sous le cercle polaire que |
sous l'équateur. Leur habitat, on le comprend facilement, est extrêmement varié; beaucoup d'espèces affectionnent les endroits humides et sont même presque exclusivement aquatiques, tandis que d’autres ne se trouvent que dans les endroits les plus arides. Ce sont principalement des animaux diurnes, ainsi que l'indique la forme de la pupille, qui est presque toujours arrondie; plusieurs d’entre eux sont cependant nocturnes ou sont au moins crépusculaires. Tandis que quelques rares espèces semblent être attachées au sol, le plus grand nombre, au contraire, grimpe aux arbres; un certain nombre d’entre elles est même exclusivement arboricole.
Moœurs, habitudes, régime. — La nourriture consiste souvent en petits vertébrés, tels que batraciens et sauriens de faible taille. Les Couleuvres sont elles-mêmes très souvent la proie de Couleuvres plus fortes ou plus audacieuses; ces animaux s’attaquent fréquemment aussi aux oiseaux et aux petits mammifères, tels que souris, campagnols, mulots, jeunes lapins. Il est à remarquer que les espèces qui se nourrissent de batraciens anoures ou de poissons n’élouffent jamais leur proie ni ne la tuent, mais qu’elles la dévorent vivante, par quelque point du corps qu'elle ait été saisie;
LA COULEUVRE LISSE
les espèces qui, au contraire, s’attaquent aux oiseaux, aux mammifères, aux sauriens, COMmencent toujours par les tuer.
Les Couleuvres de grande taille sont d’habiles et de hardis chasseurs. Une espèce qui vit dans le nord de l’Amérique, la Couleuvre des monts Alleghanis (Zlaphis alleghaniensis), se nourrit, d'après Matthes, de souris, de rats, de jeunes écureuils, de jeunes lièvres, d'oiseaux, de sauriens, de grenouilles et même d'Ophidiens de faible taille. Pour atteindre les nids et les écureuils, elle grimpe sur les arbres les plus élevés. Cette espèce passe pour avoir une prédilection toute particulière pour les œufs et s’introduit, pour se les procurer, au milieu des poulaillers qu’elle ravage; sans se soucier des coups de bec que lui donnent les poules, elle s'empare des œufs, qu’elle avale, puis, cela fait, se roule tranquillement dans le nid. Matthes rapporte avoir vu une de ces Couleuvres qui, sans se préoccuper le moins du monde de sa présence, ayala dans la cui-
sine une telle quantité d'œufs qu’elle resta |
LES CORONELLIENS
Caractères. — Sous le nom de Coronelliens, nous décrivons, à l'exemple de Jan, les Couleuvres à la queue courte, se continuant directement avec le tronc. La tête est couverte en dessus de plaques régulières ; le museau est court, arrondi ; le corps est revêtu d'’écailles lisses; les écailles qui protègent le dessous de la queue sont en général doubles ; elles sont simples cependant chez les Rhinocéphales, en partie doubles, en partie simples chez les Homalocéphales. Quelques espèces, appartenant aux genres Z'omodon, Mesotes, Psammophylax, Erythrolampe, ont les dents postérieures sillonnées ; toutes les autres ont les dents lisses.
Distribution géographique. — La véritable patrie des Coronelliens est l'Amérique du Sud et l'Amérique centrale. Sur 130 espèces environ, la moitié, soit 65, est de cette région ; une trentaine d'espèces se trouvent dans l'Amérique du Nord. Les autres espèces habitent le sud de l’Asie et les îles de la Sonde, les parties chaudes de l'Afrique, la zone circumméditerranéenne, aussi bien en Afrique qu’en Europe et en Asie; on trouve plusieurs espèces en Chine, au Japon, à Madagascar.
tranquillement à la même place sans chercher à fuir. « Je coupai, dit Matthes, la tête du Serpent, je lui ouvris le ventre et trouvai dans son estomac tous les œufs brisés; ces œufs avaient été avalés en entier, puis brisés par la pression du corps contre les dalles du plancher.»Lorsqueles poules conduisent leurs poussins, il arrive trop fréquemment que cette Couleuvre s'attaque aux petits, sans se jeter sur les parents.
Hibernation. — Dans nos contrées du nord, les Couleuvres retournent, vers la fin de l’automne, dans leurs quartiers d'hiver et s’engourdissent. Elles sortent plus oumoins tardivement suivant les espèces, puis après la mue a lieu la ponte. Les œufs, en nombre très variable suivant les animaux, sont généralement dépo-
| sés dans un endroit chaud et humide, puis
absolument abandonnés à eux-mêmes; c’estla chaleur solaire qui les fait éclore; chez certaines espèces, les petits arrivent au monde vivants, les œufs éclosant dans l’intérieur du corps de la femelle,
— CORONELLIDÆ
LES CORONELLES — CORONELLA
Fachschiangen.
Caractères. — Les Coronelles sont des Serpents au tronc allongé, à la queue de longueur médiocre, au museau arrondi et à peine ak longé, aux plaques caudales doubles, aux écailles au nombre de 19 à 29, disposées non obliquement; l'œil est toujours en contact avec les plaques labiales; il n’existe qu'une seule plaque préoculaire; les dents sus-maxillaires sont plus longues que les autres et non séparées de celles-ci par un intervalle,
LA COULEUVRE LISSE. — CORONELLA AUSTRIACA.
Schlingnatter.
Caractères. — La Lisse a le dessus du corps coloré généralement en roux légèrement olivâtre, à surface très brillante, avec des marbrures noirâtres formant deux séries longitudinales et parallèles ; une ligne de couleur foncée part de la narine, passe au-dessous de l’œil et ya rejoindre les points noirs qui se trouvent le
| long des flancs. Le dessus de la tête est orné
LA COULEUVRE LISSE
Fig. 265. — La Couleuvre lisse (grand. nat.).
de points noirs, très rapprochés les uns des autres; deux larges taches brunes se voient sur les pariétales. Le ventre est jaune, lavé de gris avec des taches et des points bruns plus ou moins apparents et toujours mal définis; le ventre est parfois presque noir.
La coloration est assez différente suivant les individus. On trouve, en effet, dans nos pays, des animaux qui varient depuis le gris jusqu’au rouge brun, avec tous les intermédiaires.
Erhard signale dans les Cyclades une variété ornée de deux lignes d’un rouge corail vif s’étendant depuis la tête jusqu’à l’orifice de la queue.
Nous ajouterons que la taille peut arriver à 07,80, ce qui est tout à fait exceptionnel. La têle est peu distincte du tronc, relativement longue; les joues sont étroites; le museau,
téroit, est arrondi à son exlrémilé. Les yeux
sont pelits, enfoncés ; l'iris est jaune dans sa partie supérieure, brunâtre dans sa moitié inférieure. La queue, qui est assez courte, est arrondie, conique, très forte à sa base (fig. 265).
Distribution géographique, habitat.
Cette espèce habite l'Europe centrale et méridionale; elle parait être rare en Suède et en Norvège. En Angleterre, d’après Wood, on la trouve surtout sur les montagnes calcaires où abondent les Lézards ; en Allemagne, elle est abondante dans les forêts du Harz et de la Thuringe ; on la rencontre en Autriche, principalement dans les régions alpestres, dans la Styrie, le Tyrol, la Carinthie, la Carniole, la Dalmalie ; l'espèce se trouve fréquemment en France, en Ilalie, en Grèce, dans la péninsule Ibérique ; en Russie, elle habite presque toutes les provinces du centre et du sud, depuis la
LA COULEUVRE LISSE
Courlande, la Livonie, la Pologne, jusqu’à la mer Caspienne; elle a été trouvée enfin dans le nord de l'Afrique. Dans les Alpes, la Couleuvre lisse monte jusqu’à l’altitude de 1,200 mètres; on la trouve encore dans le Caucase à 2,000 mètres.
Mœurs, habitudes, régime. — La Couleuvre lisse choisit ordinairement les terrains secs et arides, les broussailles ; on la rencontre accidentellement dans les bas-fonds humides et ombreux; elle ne va pas volontiers à l’eau, bien qu'elle nage parfaitement. D’après Fatio, on la trouve souvent dans la poussière du chemin, où elle se livre à la chasse des Lézards et des Orvets qui sont sa principale nourriture ; elle fait parfois une chasse active aux jeunes Serpents et ne dédaigne point les gros insectes.
Lorsque, rapporte Darsy, on jette plusieurs Lézards vivants dans une cage dans laquelle se trouvent des Coronelles, c’est à qui cherchera à se sauver, aussi bien Lézards que Couleuvres. « Après ce préambule tumultueux, rapporte notre observateur, la lutte va s’engager. Dardant leur langue de tous côtés, les Serpents méditent un plan d’altaque; pendant ce temps les malheureux Lézards, comme paralysés par la frayeur, cherchent à se défendre énergiquement et s'apprêtent à mordre.
Tout à coup une des Couleuvres fond sur sa proie, s'empare du Lézard et l’enroule de suite, malgré les efforts désespérés de celui-ci. Le Lézard doit être avalé la tête en avant, ce qui ne laisse point d’être difficile et fort pénible ; aussi le Serpent ne se presse-t-il pas. Lorsque le Lézard est hors d'état de résister, le Serpent déroule peu à peu ses nœuds, cherche la tête du Lézard; celle-ci disparaît lentement, le corps suit à son tour et bientôt on
ne voit plus que la queue qui frétille. Les |
choses ne se passent pas toujours aussi simplement, car le Lézard, même serré au cou, a la vie dure et cherche à se défendre. Si la Couleuvre ne l’a pas bien saisi, il saisit la mâchoire de son ennemi à l’aide de ses dents aiguës et ne lâche plus prise, quoi que fasse le Serpent; c'est en vain que celui-ci cherche à se délivrer. Lorsqu'il a ainsi épuisé les forces de son ennemi, le Lézard se dégage brusquement et se sauve au plus vite, laissant le Serpent tout ensanglanté. »
Nous pouvons ajouter à cette description que généralement la Couleuvre lisse pose trois anneaux autour du corps de sa vic-
time qu’elle enlace si étroitement que, sans léser la peau, elle sectionne les parties jusqu'aux os et rend ainsi toute fuite impossible. Pour les Orvets, la proie que la Lisse affectionne plus particulièrement après les Lézards, la Couleuvre place ses anneaux loin les uns des autres, en laissant la tête de la victime dirigée vers le haut.
Une Couleuvre lisse, tenue en captivité par Günther,ne voulait manger que des Lézards et ne touchait ni aux Souris ni aux Grenouilles, bien qu'elle les mordît avec rage iorsqu'elles passaient à sa portée. On donna un jour à cet animal un Lézard des haies exceptionnellement gros et fort; la Lisse se jeta de suite sur lui; le Lézard se défendit énergiquement et mordit cruellement la Couleuvre quil’enlaçait ; la victoire resta au Saurien, qui eut cependant la queue brisée.
Schlegel a trouvé plusieurs fois des Souris dans le corps de Couleuvres lisses et Erber a vu cette Couleuvre se nourrir de ces petits rongeurs. Ce fait doit être regardé comme exceptionnel, aussi doit-on donner complètement raison à Lenz qui déclare que la Lisse est un animal nuisible; elle détruit en effet beaucoup de Lézards et d'Orvets, Reptiles essentiellement utiles, car ils se nourrissent presque exclusivement d'insectes.
Link affirme que la Couleuvre lisse a l’eau tout à fait en horreur, et que lorsqu'on la jette dans une mare, elle s’empresse de regagner les bords; cette aversion serait telle, que le Serpent ne boirait jamais. D'autres observateurs sont d’un avis absolument contraire, et Dursy dit que cette espèce, lorsqu'elle est maintenue en captivité, plonge souvent la tête entière dans l'eau et boit avec avidité.
D’après les observations de Lenz, la Lisse se cache souvent sous les pierres, ne laissant passer que la tête ; elle est très agile.
Les différents zoclogistes ne sont pas absolument d'accord sur le caractère de la Couleuvre lisse. Cette espèce, fort douce, d’après Millet, mordrait avec rage, suivant Fatio. « La Lisse, dit Lenz, est un Serpent irritable et méchant, qui mord avec fureur à tort et à travers, non seulement quand il vient d'être capturé, mais encore lorsqu'il se trouve en captivité depuis un certain temps. Lorsqu'on présente à cet animal un gant ou le pan de son vêtement, il s'attache avec les dents. Ce Serpent entre si facilement en fureur, qu’il se mord lui-même ; lorsqu'il est bien en colère, il