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LA BORDELAISE

se pose comme la Vipère, enfle son cou et écarte autant qu'il le peut la mächoire pour mordre. » Nous pouvons absolument confirmer les observations de Lenz, car nous avons toujours vu la Lisse être très irritable et se jeter avec beaucoup d’audace lorsqu'on lui présente la main ; il va sans dire que la morsure est tout à fait insignifiante et que la bête est plus méchante que dangereuse. C’est probablement ce caractère hargneux, joint à la ressemblance que l’animal offre de loin avec la Vipère, qui le fait craindre presque partout.

La Couleuvre lisse est ovovivipare et fait annuellement de dix à douze petits, qui, généralement, brisent la coque de l’œuf aussitôt qu'ils sont pondus, mais qui, assez souvent, sortent vivants du corps de leur mère. Wyder est le premier naturaliste qui ait observé ce fait intéressant. Lenz, plus tard, a trouvé qu’au milieu du mois de mai les œufs avaient 15 millimètres de long sur 6 millimètres d'épaisseur ; vers la fin de juin ces œufs avaient 25 millimètres de long et 12 de large; les petits, à cette époque, étaient de couleur blanche; la tête était grosse et les yeux bien apparents. Dès les premiers jours de septembre, les œufs furent pondus ; la coque se rompit aussitôt et les petits, gros comme une plume à écrire et longs de 15 centimètres, se mirent de suite à ramperet à chercher de suite leur nourriture. « Dès leur naissance, écrit Lenz, ces petites Couleuvres sont charmantes. Les taches du dos s'étendent jusque vers l'extrémité de la queue, qui est fine comme une aiguille; le dessus de la tête est fort agréablement coloré ; l'animal est des plus souples et glisse avec grâce à travers les broussailles. »

Usages. — « Pendant un certain temps, raconte Lenz, on a, sur le conseil d’un médecin hongrois, essayé la bile de la Coronelle lisse contre l’épilepsie. Pour satisfaire aux désirs exprimés par le médecin, je tuai quantité de Lisses. Pour cela, j’essayai de les faire

mourir dans l’eau, mais elles s'y débattaient |

pendant des heures entières. J'eus recours au suc de tabac qui les étourdissait et, finalement, les faisait périr. » Il est inutile, croyons-nous, d'ajouter que le fiel de ce Serpent était absolument dénué de tout effet curatif.

LA BORDELAISE. — CORONELLE GIRUNDICA.

Caractères. — Bien que fort voisine de la Couleuvre lisse, la Couleuvre bordelaise, qui,

dès 1804, en a été séparée par Daudin, en diffère par vingt etune au lieu de dix-neuf rangées d’écailles, par huit plaques supéro-labiales au lieu de sept.

D'après F. Lataste, « la tête est d'un gris roux, pâle, tout semé de très petits points très rapprochés, et présente, vue obliquement, des reflets irisés bleuâtres ; le bout du museau est taché de noir. Une ligne assez nette, noire, forme un arc à concavité postérieure, en passant d’un œil à l’autre ; cet arcse continue en arrière de l'œil par un trait oblique; il se poursuit tout le long des flancs par une série de taches brunes, effacées, peu perceptibles. Deux autres traits se voient encore sur les côtés de la nuque et le haut du cou et se continuent sur le haut du corps par deux séries parallèles et juxtaposées de laches quadrilatères, très visibles chez les jeunes, un peu moins chez les adultes ; ces taches, tantôt, arrivant au même niveau, forment des bandes transversales, tantôt alternent entre elles:

quelquefois ces taches alternes figurent la ligne sinueuse du dos de la Vipère. Chaque écaille du dos, sur un fond gris pâle, présente un semis de petits points noirs et de points rouges brillants et comme saillants. Si les points rouges dominent, ce qui arrive fréquemment, la teinte générale est rougeûtre; si les points sont noirs, la teinte générale est grisâtre. Les gastrostèges présentent des taches quadrangulaires noires sur un fond jaune sale. »

Distribution géographique. — La Bordelaise est une espèce plus méridionale que la Lisse. On la trouve en Italie, en Grèce, en Algérie. En France, elle ne remonte guère plus haut que la Charente-Inférieure.

Moœurs habitudes, régime. Gachet rapporte que la Bordelaise est une espèce tout à fait douce et qu’elle ne se décide jamais à mordre. Lataste dit que cette espèce répand, paraît-il, une odeur de poisson très désagréable, surtout lorsqu'on l'irrite, ou qu'elle est exposée aux ardeurs du soleil ; cet observateur rapporte, du reste, que jamais il n’a trouvé une semblable odeur sur les individus qu'on lui portait soit vivants, soit récemment morts. Il ajoute que cette innocente et jolie espèce est impitoyablement massacrée par les gens de la campagne, qui la confondent avec la variété rouge de la vipère.

Bien que de mœurs assez douces, la Bordelaise s'attaque parfois cependant aux animaux de sa propre espèce. C’est ainsi que nous avons

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