D'ESCULAPE
Il existe, chez les adultes, des variélés de coloration ; certains individus sont d’une teinie très claire, d’autres sont presque noirs.
Charles Bonaparte indique, comme trouvée dans les Apennins, une variété jaunâtre.et, dans la Sicile, une jolie variété avec une ligne rouge noirâtre sur les flancs.
Le Serpent d'Esculape arrive fréquemment à la taille de 1*,60,
Distribution géographique. — La véritable patrie de cette espèce est le sud de l’Europe, depuis la péninsule ibérique jusqu'aux côtes occidentales de la mer Caspienne. On la trouve dans tout le midi de la France et l'espèce remonte dans la forêt de Fontainebleau, cette sorte d’oasis où l’on rencontre tant de formes méridionales. L'Esculape existe dans le Valais, dans le pays de Vaud ; elle habite toute l'Italie, à l'exception des plaines de la Lombardie, la campagne romaine, les Calabres, la Sicile et la Sardaigne ; elle n’est point rare dans le Tyrol méridional où on la rencontre jusqu’à 1,050 mètres au-dessus du niveau de la mer ; l'espèce a été signalée en Carinthie, dans la haute Autriche, dans l'Autriche orientale, en Silésie ; elle est abondante dans le sud de la Hongrie, en Galicie, en Croatie, dans la presqu'île des Balkans et dans plusieurs provinces méridionales de la Russie.
On sait qu’Asclépias, le dieu de la médecine, porte à la main, comme emblème de sa puissance, un bâton autour duquel est enroulé un Serpent. Il est évidemment fort difficile de savoir quelle est exactement l'espèce dont les anciens ont fait le symbole de l’art de guérir, mais il est très probable que c'était l'espèce que nous nommons le Serpent d'Eseulape. Un fait qui semble donner grande raison à cette opinion, c’est la présence de cette espèce auprès des thermes les plus célèbres, alors que le Serpent ne se trouve pas autre part dans la contrée. La Couleuvre d’Esculape a été certainement introduite sous la domination romaine dans divers points de France, de Suisse et d'Allemagne, et gardée sans doute dans les temples élevés à proximité des thermes. C’est ce qui s’est certainement passé, par exemple, aux environs d'Emset de Schlangenhad, de Baden et dans divers points du bas Tessin et du Valais, où la Couleuvre d'Esculape nese rencontre exclusivement que dans les décombres provenant d'anciens thermes, comme si le Serpent n’avait pas voulu abandonner les temples qui lui avaient autrefois été élevés.
Fatio croit que les individus que l'on rencontre çà et là en divers points de Suisse, et toujours à proximité des stations romaines, y ont été introduits par les maîtres du monde.
Nous avons, du reste, la preuve que sous un climat modérément tempéré, la Couleuvre d'Esculape s’acclimate facilement. Le comte Gôrtz, ainsi que le raconte Lenz, fit venir de Schlangenhad, en 1853 et 1854, quarante de ces Serpents et les mit en liberté aux environs de son habitation, nôn loin de Schlitz, dans le grand-duché de Hesse.
Les Couleuvres trouvèrent là tout ce qu'il leur fallait : des endroits bien exposés au soleil, de vieux arbres tout crevassés offrant de faciles retraites, des buissons, des coteaux aux pentes rocheuses et escarpées, de vieilles murailles lézardées et moussues; il n’est, dès lors, pas surprenant que les Couleuvyres prospérèrent à souhait en un endroit si propice.
On remarqua à plusieurs reprises que des Couleuvres émigraient en bande, car on en trouva un certain nombre à plus d’une heure de distance de là, au delà même de la rivière Fulda qu'elles avaient dû traverser à la nage.
Mœæurs, habitudes, régime. — Dans le sud de l’Europe, la Couleuvre d’Esculape se tient de préférence dans les endroits rocheux et couverts de broussailles. À Fontainebleau nous avons plus particulièrement trouvé l’espèce au milieu des buissons poussant dans les terrains les plus pierreux et les plus arides. À Schlangenhad, elle vit volontiers dans les murs en ruine des vieux châteaux. Dans la propriété du comte Gürtz, cetle espèce fréquente les murs lézardés et surtout le toit d'une maison en ruine, toute couverte de lierre et de plantes grimpantes; plusieurs individus habitent en paix, en compagnie de frelons, dans un vieux chêne tout pourri jusqu’au cœur.
La Couleuvre d'Esculape ne va pas volontiers à l’eau et, lorsqu'on la met de force dans une mare, elle s’empresse de regagner la rive. Surun sol plat, les mouvements ne sont pas très rapides et, sous ce rapport, la Couleuvre d'Esculape est inférieure à beaucoup de Couleuvres d'Europe ; il n’en est pas de même lorsqu'il s’agit de grimper aux arbres ou sur les buissons. « Lorsque je posais verticalement sur ma poitrine, dit Lenz, une Couleuvre d’Esculape apprivoisée, après avoir bien boutonné mon vêtement, elle savait se maintenir en s'appuyant à l'endroit où se trouvait un bouton, de telle sorte que son corps faisait une
LE SERPENT D'ESCULAPE,
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Fig. 268. — La Couleuvre d'Esculape (1/3 grand, nat.).
arête qu'elle pressait si fermement sous le bouton qu'elle restait ainsi suspendue, bien qu’elle fût très pesante. Lorsqu'elle voulait grimper plus haut, elle s’appuyait contre le bouton suivant, et ainsi de suite. La Couleuvre d'Esculape peut, en opérant de la même manière, monter sur les grosses branches de pin. »
Habituellement, le Serpent d'Esculape recherche les troncs d'arbres et les branches autour desquelles il peut s’enrouler et s’entorlil-
ler. Dans une épaisse forêt, il passe facilement | autres Couleuvres. C’est le seul Serpent allemand, avec la Coronelle lisse, dont les œufs
d’un arbre sur un autre et parcourt souvent ainsi de grandes distances, en cheminant de branche en branche. Le long d’un mur, ce Serpent grimpe avec une agilité vraiment sur-
prenante, car il sait profiter de la moindre |
saillie, de la plus légère aspérité avec une adresse remarquable,
La nourriture se compose principalement de petits rongeurs, bien qu’à l’occasion la Couleuvre d'Esculape ne dédaigne pas les oiseaux et qu'il lui arrive trop fréquemment de piller les nids.
« De toutes les Couleuvres d'Allemagne.
écrit Linck, la Couleuvre d'Esculape est celle qui a la plus faible postérité. Cetle espèce est extrêmement sensible au froid, de telle sorte qu’elle quitte rarement ses quartiers d'hiver avant la fin de mai ou le commencement de juin, c’est-à-dire près de deux mois après les
aient à subir une maturation de trois semaines avant que le petit soit prêt à éclore. Habituellement, la ponte n’est que de cinq œufs ;
ceux-ci sont déposés au milieu de gravois ou
| dans la mousse sèche et épaisse ; les œufs soul
LE SERPENT D'ESCULAPE
allongés, moins fortement bombés que les œufs de pigeon, et ressemblent un peu aux nymphes de fourmis. »
Captivité. — Il n’y a pas, en Allemagne, de Serpents que l’on ait aussi souvent capturé que les Couleuvres d'Esculape. À Schlangenhad leur chasse constitue un revenu pour les gens pauvres. On les recherche à leur réveil du sommeil hivernal, on les apprivoise et on les montre ou on les vend aux baigneurs. Les Serpents sont généralement remis en liberté à la fin de la saison, car ils passent très mal l'hiver en cage, ne mangent pas et périssent rapidement. « Je n’ai jamais pu, dit Lenz, faire manger une Couleuvre d'Esculape tenue en captivité et cependant je l’ai gardée près d'une année en vie. » Link assure également que les prisonnières ne prennent pas de nourriture.
Erber à, de son côté, remarqué que certaines Couleuvres d'Esculape mangent parfaitement en captivité ; deux de ces animaux dévorèrent dans le courant d’un été deux Lézards et cent huit souris.
Effeldt, après avoir fait jeûner pendant des mois entiers des Couleuvres d'Esculape, leur donna des lézards, des orvets, des crapauds, des grenouilles, des insectes ; les Couleuvres ne s’attaquèrent pas à ces proies, mais s’emparèrent d'oiseaux et de souris que plus tard on plaça dans leur cage. « Aussitôt que l’on met un oiseau ou une souris dans la cage des Couleuvres d'Esculape, écrit cet habile observateur, tout aussitôt, aussi bien le jour que la nuit, on voit la tête du Serpent sortir du trou dans lequel le Reptile était caché, puis l'animal se mettre rapidement en chasse; la proie, saisie par une partie quelconque du corps, est de suite enroulée de tours si rapprochés que la victime n'est plus visible. Si la proie ne meurt pas rapidement, le Serpent se roule furieusement avec elle sur le plancher de la cage jusqu’à ce qu'elle ait cessé de vivre. La Couleuvre ne lâche pas pour cela sa victime : elle relâche un peu ses replis, cherche la tête de sa proie, la saisit avec les dents et commence à l’avaler. Il arrive fréquemment que deux Couleuvres saisissent la même proie au même moment et s’enroulent l’une autour de l’autre avec une extrême rapidité. »
Effeldt est arrivé à faire manger à des Serpents d’Esculape de petits mammifères et des oiseaux morts, même de la viande de cheval coupée en morceaux.
Dans les premiers temps qui suivent sa cap-
ture, le Serpent d'Esculape est fort hargneux et se jette avec rage sur la main qui cherche à s’en emparer. « Lorsque l’animal est en colère, dit Lenz, sa tête s’élargit considérablement, de telle sorte qu’elle prend une forme triangulaire; le cou s’allonge, et l'animal se précipite avec une extrême rapidité pour mordre. Même lorsque ses yeux sont obscurcis par la mue, elle manque rarement sa proie. Lorsque plusieurs de ces animaux sont nouvellement capturés, il arrive qu'ils se mordent entre eux; généralement, cependant, en captivité, ils s’accordent très bien avec leurs compagnons de prison. Le caractère méchant persiste assez longtemps; on arrive cependant, à force de soins, à dompter le Serpent à ce point qu'il ne mord plus, même quand on l’agace, qu'il se laisse manier, et qu'il ne cherche plus à fuir lorsque la porte de sa cage est laissée ouverte.»
Une observation, due à Erber, montre avec quelle rapidilé la Couleuvre d’Esculape peut s'attacher à l’homme. « Une Couleuvre, dit-il, que je pris dans les environs d’une carrière, était si apprivoisée, que je présumai qu'elle avait déjà dû être tenue en captivité. Les carriers m’affirmèrent cependant qu'ils connaissaient cet animal depuis longtemps, et qu'ils ne l'avaient pas tué parce qu'ils avaient remarqué quil mangeait beaucoup de petits rongeurs. Le Serpent était tellement habitué aux carriers, qu'il ne craignait nullement le voisinage de l'homme. » Plus tard, Erber donna la liberté à l'animal capturé, qui ne mangeait pas en captivité. « Ma bête, dit cet observateur, parut médiocrement se réjouir de la liberté conquise, car elle s’enroula et resta tranquillement couchée dans mon voisinage en plein soleil. Je m'éloignai et ne revins que longtemps après; mon Serpent était toujours à la même place, et je le caressaï, il s’enroula alors autour de mon bras et vint reposer sur mon épaule. Je l’inquiétai de toutes les manières: il ne songeait pas à fuir, mais cherchait à se cacher sous mes vêlements. Je renonçai à donner la liberté à l’animal, et le remportai chez moi. »
Une Couleuvre d’Esculape, que Lenz avait eue en sa possession, était tellement appri:
voisée qu’elle ne le mordait jamais que « lorsque, amenée dans un pelit bois de cerisiers voisin de sa demeure, elle se sentait en liberté et grimpait de branche en branche jusqu’à la cime des arbres; elle se sentait alors en liberté