HIBERNATION
soit morte ou vivante, et altendent patiemment le temps voulu pour qu’elle ait cessé de vivre; les grands Varans qui se nourrissent de petits mammifères ou d'oiseaux vivants les tuent en les traînant contre le sol, orils répètent absolument la même manœuvre lorsqu'on leur donne un animal fraîchement tué. Le besoin de manger, en cela se résume toute l'existence du Reptile ; il n’épargne même pas au besoin ses frères, lorsque ceux-ci sont les plus faibles. Les animaux supérieurs modifient leur manière d’être suivant les besoins, suivant les circonstances, les Reptiles jamais; l'Oiseau ou l’Insecte lui-même pourront changer la forme de leur nid et mettre leur progéniture à l’abri des attaques; la Tortue de mer reviendra pondre exactement au même endroit où la veille on a détruit ses œufs. L'on dit qu'au moment du danger, certains Serpents reçoivent leurs petits dans leur bouche ou que ces petits s’enroulent autour du corps de la mère, et le fait a été rapporté par des voyageurs dignes de foi pour le Trigonocéphale de la Martinique; cet attachement pour la progéniture parait être tout à fait exceptionnel.
Certains Serpents passent pour éprouver du plaisir aux sons musicaux, 2t ies charmeurs égyptiens font danser les Najas au son nasillard d’une flûte grossière.
L'un de nos savants les plus éminents, M. de Quatrefages, raconte qu'il a tenu longtemps en captivilé, nous devrions dire en quasi-domeslicité, un de nos plus jolis Lézards de France, le Lézard vert. L’ouïe, nousdit-il, est fort développée chez tous les Lacertiens; ils entendront à plusieurs pieds de distance le bruit d’une feuille agitée par le vent, le bourdonnement d’une mouche. Bien plus, leur oreille, bien que dépourvue d'appareil propre à renforcer les sons, paraît susceptible de les distinguer. Les Iguanes, qui se rapprochent si fort des Lézards, y sont à ce point sensibles, que le chasseur n’a quà siffler un air gai et mélodieux pour pouvoir les approcher, sans crainte de les mettre en fuite. « Le fait que je connaissais me fit faire quelques expériences assez curieuses. Lorsque, ayant mon Lézard vert, j'entrais dans une salle où l’on jouait de quelque instrument, il s’agitait sur-lechamp, et venait montrer sa jolie tête au-dessus de
ma cravale. Si jele posais par terre, ilse dirigeait |
vers le point d’où venaient les sons. Parmi les divers instruments, la flûte etle flageolet paraissaient surtout lui plaire. Le bruissement des cymbales, le tintement du bonnet chinois, le faisaient tressaillir, tandis qu’il demeurait insensible au bruit de la grosse Caisse. On voit que, si quelques voyageurs ont exagéré le dileltantissime des Reptiles, ils n'ont du moins pas tout inventé, »
Tout replile enfin se laisse apprivoiser dans une certaine mesure, c’est-à-dire qu'il s'habitue plus ou moins à l'homme qui le soigne et lui présente sa nourriture ; à cela se borne le degré d’apprivoise-
ment qu'il est susceptible d'atteindre. Cependant des Reptiles soi-disant apprivoisés et qui sont susceptibles de nuire, demeurent toujours dangereux : car loin de pouvoir compter sur quelque attachement de leur part, on ne peut attendre d’eux que méchanceté et perfidie. Les Reptiles n'engagent de relations amicales ni avec les autres membres de leur classe ni surtout avec d'autres animaux ; c'est tout au plus si on peut les amener à ne plus avoir peur ou à demeurer indifférents; jamais on n’observe chez eux une réelle sociabilité; tant que la passion sensorielle n’est pas réveillée, chacun d’eux ne songe qu’à lui-même, n’agit que pour lui exclusivemenf, et ne s'inquiète nullement de l’animal voisin; jamais collectivité ne vient en aide à l'individu.
Hibernation. — Vers l'hiver dans les régions tempérées, ou au début de la période de sécheresse, sous les climats arides des pays équaloriaux, les Reptiles s’enfouissent dans le sol, ou du moins se cachent dans des excavations plus ou moins profondes et tombent dans une léthargie qui ressemble à la mort et correspond au sommeil hivernal de certains mammifères. Dans tous les pays froids, les Reptiles se mettent à l’abri de l'influence nocive de la mauvaise saison ; dans la partie méridionale de la zone tempérée et sous les tropiques ce fait ne s'observe que pour les espèces qui ne peuvent se soustraire au changement de saison. Dans les régions humides du Brésil, les Tortues conservent leur activité vitale pendant toute l’année ; au contraire, d’après les observations de Humboldt, les Tortues de l’Orénoque se cachent sous les pierres ou bien dans des trous qu’elles creusent, pour s’abriter contre la trop grande ardeur du soleil et contre la sécheresse; elles ne sortent de leur retraite que lorsqu'elles sentent la terre s’humecter autour d’elles. Les Crocodiles, qui habitent de larges cours d’eau, comme le Nil, l'Amazone, le Mississipi, ne sont pas soumis au sommeil d'hiver; dans les régions où les marécages qu'ils habitent se dessèchent pendant une partie de l’année, les mêmes animaux traversent toute la période de sécheresse en s'enfonçant dans la vase.
Dans la relation de son voyage avec Bompland aux régions équinoxiales du nouveau continent, Alexandre de Humboldt rapporte que dans la province de Caracas, à Calabozo, son hôte fut témoin de la scène la plus extraordinaire. « Couché avec un de ses amis sur un banc couvert de cuir, don Miguel Consin est éveillé de grand malin par de violentes secousses et par un bruit épouvantable. Des mottes de lerre sont lancées au milieu de la cabane. Bientôt un jeune Crocodile de 2 à 3 pieds de long sort au-dessous du lit, se jelte sur un chien qui couchait sur le seuil de la porte, le manque dans l’impéluosité de son élan, et se sauve vers la plage pour y gagner la rivière. En examinaut l'endroit où
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la barbacoa, ou couchette, était placée, on reconnut facilement les causes d’une aventure si bizarre. On trouva la terre remuée à une grande profondeur. C'était de la boue desséchée, qui avait couvert le Crocodile dans cet état de léthargie ou de sommeil d'été qu'éprouvent, au milieu des Llanos, plusieurs individus de cette espèce pendant l’absence des pluies. Le bruit des hommes et des chevaux, peutêtre même l’odeur du chien, l'avaient réveillé. La cabane étant placée au milieu d’une mare, et inondée pendant une partie de l’année, le Crocodile était entré sans doute, lors de l'inondation des savanes, par la même ouverture par laquelle on le vit sortir. Souvent les Indiens trouvent d'énormes Boas, qu’ils appellent Uji, ou Serpents d’eau, dans le même état d'engourdissement. Il faut, dit-on, les irriter ou les mouiller d’eau pour les ranimer.
« Nous venons de voir que, dans les Llanos, la sécheresse et la chaleur agissent sur les animaux comme le froid. Hors des tropiques, les arbres perdent leurs feuilles dans un air très sec.
« Les Reptiles, surtout les Crocodiles et les Boas, ayant des habitudes extrêmement paresseuses, quittent avec peine les bassins dans lesquels ils ont trouvé de l’eau à l’époque des grandes inondations. À mesure que les mares se dessèchent, ces animaux s’enfoncent dans la boue pour y chercher le degré d'humidité qui donne de la flexibililé à leur peau et à leurs téguments. C’est dans cet état de repos que l’engourdissement les prend; ils conservent peut-être une communication avec l'air extérieur ; et, quelque petite que soit cette communication, elle peut suffire pour entretenir la respiration d'un Saurien qui, muni d'énormes sacs pulmonaires, ne fait pas de mouvements musculaires, et dans lequel presque toutes les fonctions vitales sont suspendues. Il est probable que la température moyenne de la vase desséchée et exposée aux rayons du soleil est de plus de 40 degrés. Lorsque le nord de l'Égypte, où le mois le moins chaud ne baisse pas au-dessous de 13°,4,
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Fig. 53. — Gecko (Platydactylus vittatus, Cuv.)
nourrissait encore des Crocodiles, ils s’y trouvaient souvent engourdis par le froid. Ils étaient sujets à un sommeil d'hiver, comme nos grenouilles, nos salamandres, nos hirondelles de rivage, et nos marmottes. Si l’engourdissement hivernal s’observe à la fois chez des animaux à sang chaud et à sang froid, on sera moins étonné d'apprendre que ces deux classes offrent également des exemples d'un sommeil d'été. De même que les Crocodiles de l'Amérique méridionale, les Tenrecs, ou Hérissons de Madagascar, passent, au milieu de la zone torride, trois mois en léthargie (1). »
Il semble que tous les Reptiles ne tombent pas dans une léthargie complète : certains d’entre eux sont à demi réveillés, car ils gardent une certaine mobilité ou se réveillent très rapidement; d’autres, en revanche, sont pendant leur sommeil absolument raides et immobiles, durs au toucher et paraissent être morts. Des Crotales, des Vipères trouvés dans cet état et emportés dans un sac s’éveillent très rapidement lorsqu'on les approche d'un foyer un peu vif, mais retombent presque de suite en léthargie lorsqu'on les expose de nouveau au froid. Ainsi que l'indique Schinz, il semble qu’une condition essentielle du sommeil hivernal est que l'animal ait fait auparavant une provision alimentaire suffisante. « On comprend très bien, dit-il, que des animaux qui, à l’état de veille, peuvent jeûner, sans en souffrir, pendant des mois entiers, soient en état de supporter un hiver sans nourriture ; mais on observe chez eux la même loi que chez les Mammifères qui subissent le sommeii d'hiver, c’est-à-dire que les sucs nutritifs sont encore utilisés, en proportion si minime que ce soit; les Reptiles meurent, en effet, assez rapidement lorsqu'ils ont manqué d'aliments en automne avant de s’endormir. Dans quelle mesure les fonctions physiologiques se reposent-elles pendant le sommeil hivernal, et quelles sont celles qui entrent
(1) Humboldt et Bompland, Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau continent, t, IV.