LA VERTE ET JAUNE
d'œil elle a regagné son fourré. Mais j'en ai pris bien d’autres, moins éveillées et moins sur leurs gardes, en allant les chercher le matin, avant la disparition de la rosée, dans les lieux où je les avais aperçues plusieurs fois de suite. Elles sont alors étendues de tout leur long, encore à moitié engourdies et cherchant à se ranimer aux premiers rayons du soleil.
Rien n’est plus aisé que de s’en emparer dans cet élat, sans les blesser et sans se faire mordre, en procédant comme pour la Vipère.
« Le Zaménis est assurément la plus grande, la plus belle et la plus vigoureuse de nos Couleuvres. À moins qu'il ne soit très jeune, je ne m'en empare jamais qu'après lui avoir désarticulé les reins à l’aide d'un coup de badine, car il se défend énergiquement el mord avec rage; sa morsure, il est vrai, n’est pas dangereuse. Il conserve en captivité son naturel farouche. J'en ai gardé un vivant pendant plusieurs mois, et, au dernier jour, il était aussi sauvage qu’au début. Je ne le touchais qu'avec des gants dont la peau élait assez épaisse pour que ses crochets trop courts ne pussent les traverser. Je ne conçois pas comment Mauduit a pu dire que cet animal a des mœurs douces. « Quelques personnes ont « réussi à apprivoiser le Zaménis, dit Fatio;
«toutefois un individu de cette espèce, que |
« j'ai conservé plusieurs mois vivant, n’a ja- « mais pu me pardonner la perte de sa li- «berté. Retenu dans un grand vase en verre, «il saluait toujours mon entrée dans la « chambre par des sifflements stridents, et se « projetait inutilement en avant chaque fois « que j'approchais. Sa haine était même si «incurable que plusieurs fois, quand je lui «-rendais un instant de liberté dans la cam- « pagne, il se dirigeait directement sur moi «pour me menacer et chercher à me mor- «dre. »
.« Falio dit que le jeune va beaucoup à l’eau, et lui a même paru s’y établir durant le premier mois de son existence; pour moi, je ne l'y ai jamais trouvé, tandis que j'y ai abondamment rencontré nos Tropidonotes, jeunes et vieux; mais je l'ai prise souvent dans les prairies, au bord des chemins, et même auprès des maisons, sous des souches ou des tas de pierre.
« La ponte a lieu, d’après Fatio, à la fin de juin ou en Juillet, ct se compose de huit à quinze œufs, cachés dans un trou chaud et bien abrilé.
« Get auteur croit avoir remarqué que cette espèce disparaît avant les autres, en automne.
« Sa grande taille, sa vigueur et son naturel irascible font beaucoup redouter ce Serpent des habitants de la campagne, qui prétendent souvent l'avoir vu s’élancer et bondir sur eux. Je dois dire cependant que ceux que j'ai rencontrés n’ont jamais fait mine de résistance quand ils pouyaient fuir devant moi; et ils échappaient avec une telle rapidité que, sur un terrain accidenté, il me fallait courir fort vite pour les atteindre (1).
D'après Erber, la nourriture de la Verte et Jaune se compose principalement de Lézards, de Souris et de divers Ophidiens. Metaxa a mis ensemble des Couleuvres vertes et jaunes, et a conslaté qu’une d’entre elles’ avait dévoré ses deux compagnes de captivité. Erber a constaté que cette espèce n’a pas peur des espèces venimeuses et s'attaque courageusement à la Vipère ammodyte.
De tous les Serpents non venimeux d’Europe, la Verte et Jaune et la Couleuvre à rubans sont à coup sûr les plus hardis et les plus forts; aussi sont-elles, en certains pays, extrêmement redoutées, à cause de leur propension à se jeter sur l’homme et à mordre furieusemeut.
Légendes. — Dans les Cyclades, comme dans les îles loniennes et la Sicile, on raconte d’épouvantables histoires sur des Couleuvres d'une grosseur extraordinaire. Cest ainsi qu'on raconte à Céphalonie, une île que l'on peut appeler avec Ehrardt un vrai nid de Serpents, que deux personnes avaient dû tuer à coups de hache une Couleuvre qui habitait depuis longtemps le sommet d’une montagne, que l’on ne pouvait approcher à cause de la présence de l’animal qui attaquait hommes et bêtes; en récompense de cet exploit, la famille des deux braves reçut sur la montagne une propriété dégrevée de toute charge et de tout impôt. : JE
On raconte également que dans la contrée de Gallipoh, sur le Bosphore, un Serpent, qui est probablement la Couleuvre verte et jaune, était s1 puissant qu'il déracinait les ceps de vigne et que, tuée d’un coup de fusii à Ja tête, trois hommes: eurent de la peine à en-
| lever son cadavre. Nous citons ces faits pour
(1) FE. Lataste, Essai d'une faune herpélologique de la Gironde, 1816. rie