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LES COULEUVRES D'EAU — POTAMOPHILIDÆ

Les Colubridées sont des Couleuvres presque exclusivement terrestres ; les Potamophilidées, par contre, sont essentiellement aqualiques.

La famille comprend des Serpents au corps aplali, à la queue assez distincle et de grandeur médiocre; la tête est bien distincte du

tronc, quiest recouvert d’écailles généralement :

fortement carénées; les écailles sont lisses cependant chez les Hémiodontes, les Leionotes, les Campylodons. Les dents postérieures sont sillonnées chez les Hypsirrhines, les Herpetons, les Homalopsis qui font partie de la famille des Opisthoglypbes de Duméril et Bibron.

Burnm. — V.

Ces derniers genres mis à part, les autres

| rentrent dans quatre des familles admises par

les auteurs que nous venons de citer. Les Tropidonotes, en effet, sont des Syncrantériens, c'est-à-dire que chez eux les dernières dents sont plus longues que les autres, desquelles elles ne sont pas séparées par un intervalle libre; cette dernière particularité les distingue des Diacrantériens, dont font partie les genres Amphiesmes et Hélicops. Les Tétranorhines et les Calopismes sont des /sodonuiens, c'est-àdire que chez eux toutes les dents sont semblables les unes aux autres et également espacées. Sous le nom de ZLeptognathiens, Duméril et Bibron désignent des Serpents chez les- REPTILES — 47

quels les mâchoires, qui sont faibles, sont

élalées en lames minces et étroites.

Malgré les différences dans la dentition que |

nous venons de mentionner, les genres énumérés plus haut ont de tels rapports qu’il faut les réunir dans une famille vraiment naturelle.

BMœurs, habitudes, régime. — Tous ces animaux vivent, en effet, de préférence au voisinage de l'eau; ils chassent aussi bien dans l’eau que sur la terre ferme et se nourrissent surtout de Poissons et de Batraciens, ils n'étranglent et n’entourent pas leur proie avant de l’avaler, mais la déglutissent vivante.

LES TROPIDONOTES — 7ROPIDO- NOTUS

Kiebrudennattern.

Caractères. —Les Tropidonotes ontla queue assez longue, la tête nettement séparée du cou, la bouche large, le corps revêlu d’écailles fortement carénées. Les dents de la mâchoire supérieure forment une série non interrompue.

Distribution géographique. — La véritable patrie de ces Couleuvres est la partie sud des États-Unis et le nord du Mexique, où, sur 35 espèces admises par Jan, nous en comptons 19; 5 espèces sont des Philippines, de Java, des Célèbes, 5 de Chine et du Japon; 4 espèces se trouvent en Europe; une est des Seychelles, une de la Nouvelle-Guinée.

LA COULEUVRE À COLLIER. — TROPIDONOTUS NATRIX.

Ringelnatter.

Caractères. — La Couleuvre à collier est si nettement caractérisée par les deux taches tiangulaires, d’un noir profond, généralement placées derrière un collier de couleur claire sur lanuque, qu’elle a été reconnue par tous les observateurs. Nous devons dire queces taches sont généralement blanches chez les femelles, jaunes chez les mâles, le collier est enlier chez les jeunes, effacé au milieu chez les adultes. Ajoutons que parfois le collier est jaune citron, jaune pâle, orangé, rougeûtre.

Sur le dos et le haut des flaucs, qui sont d’un vert roussâtre, plus ou moins vert, plus ou moins roux suivant les individus, se voient des séries longitudinales de taches brunes à forme irrégulière; les taches d’une série sont toujours en face de l'intervalle vide de la série

LA COULEUVRE À COLLIER

| voisine; il est à noter que les taches des flancs | sont plus grosses que celles du dos.

Le dessous du corps est généralement orné, au moins dans sa partie antérieure, de taches quadrilatères noires alternant avec des taches jaunes ou grisâtres de même forme ; celte disposition en damier est assez constante. La moitié postérieure du ventre et le dessous de la queue sont noirs.

Il existe quelques variétés de coloration.

C'est ainsi que nous avons vu des individus provenant des environs de Turin et entièrement noirs, à l'exception des deux taches jaunes du cou. D'après Tschudi, il existe en Suisse deux ou trois variétés très distinctes; l’une est tachée de gris-olive, l’autre de gris-rou- | geâtre; la troisième a une coloration inter- | médiaire. Les individus qui viennent des envi- | rons du Volga sont assez généralement d’un noir intense. D'autres sont ornés de deux bandes longitudinales d’un jaune blanchâtre allant parallèlement de la nuque à la queue.

Nous avons vu des exemplaires chez lesquels les bandes étaient plus nombreuses et régulièrement distribuées.

Nous devons ajouter que la tête est distincte du tronc, large en arrière, surtout chez les individus âgés ; lesnarines, percées entre deux plaques, sont grandes et un peu dirigées en haut; les scutelles temporales sont disposées suivant une seule file ; les écailles sus-labiales sont au nombre de 7; on compte 19 rangées longitudinales d'écailles au milieu de la longueur du tronc (fig. 274).

La taille peut arriver à 1,70. Notons que les mâles sont plus petits, plus vivement colorés que les femelles ; chez eux la queue est un peu plus large à sa base.

Distribution géographique. — La zone de distribution de la Couleuvre à collier s'étend, à l'exception des régions septentrionales extrèmes et de l’Irlande, sur l’Europe entière, sur une portion considérable de l’Asie antérieure et sur le nord-ouest de l'Afrique. Toutes les faunes locales la mentionnent. Elle remonte jusque sous le cercle polaire et s'élève dans les Alpes à la hauteur de 1650 mètres. Elle est commune dans toute l’Allemagne, la Hollande, la Belgique, la France, l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie, est très abondante dans les terres basses du Danube et dans la presqu'île des Balkans, où elle est généralement représentée par la variété rayée, s'étend, vers le nord, jusqu'au milieu de la Suède et de la

LA COULEUVRE A COLLIER. 374

Norwège, se trouve en Russie et en Finlande, franchit le Caucase et l'Oural, vit en Syrie, dans le Kurdistan, l'Arménie, n’est point rare dans les steppes des Khirghiz et les déserts transcaucasiens, puis atteint en Perse et dans les contreforts septentrionaux de l'Atlas sa limite méridionale.

Mœurs, habitudes, régime. — La Couleuvre à collier recherche généralement les lieux humides, les rives des étangs, les bords des ruisseaux au cours lent, les forêts ombragées et un peu marécageuses, le rebord des fossés remplis d’eau ou boueux. Certains individus vivent dans les forêts ou dans les bois; d’autres se trouvent loin des eaux, au milieu des pierres exposées au soleil, ou au sommet des montagnes, dans des endroils arides.

Cette Couleuvre se rapproche assez fréquemment des habitations, surtout pendant la mauvaise saison ; elle s'établit alors dans les tas de fumier ou dans les tas de paille et s’y creuse des galeries dans lesquelles elle hiverne.

Struck rapporte que les poulaillers sont la demeure préférée de la Couleuvre à collier et que celte espèce aime avant tout une litière chaude et humide; elle vit en fort bonne intelligence avec les animaux de basse-cour et pond volontiers dans les nids abandonnés; par contre, le même observateur rapporte que l'espèce en question ne niche jamais dans les étables à bœufs ou à moutons.

On rencontre parfois la Couleuvre à collier dans les habitations. Lenz raconte qu’étant enfant, il habitait une maison dont le rez-dechaussée était la demeure de deux grosses Couleuvres et de leurs petits. «Ilétait défendu, ajoute-t-il, de faire du mal aux Couleuvres; nous autres, enfants, nous avions grandplaisir à voir ces animaux quand, avec un bruit de cliquetis, ils rampaient sur des débris de verre jetés dans un coin. Une grande Couleuvre à collier s’élait établie sous le plancher de la chambre d’un de mes proches parents et ce voisinage ne cessait pas que d’être fort désagréable. Lorsqu'on marchait un peu fort sur le plancher, il se dégageait l'odeur insupportable el si caractéristique de la Couleuvre, aussi fult-on forcé de faire déguerpir celle-ci. »

Lorsque l’on saisit une Couleuvre à collier, il est extrêmement rare quelle cherche à mordre ; elle se contente presque toujours de donner un ou deux coups de tête et de sifiler plus ou moins fort. Par contre, l'animal rejette par l'anus un mélange d'urine et d’une liqueur

à odeur repoussante qui s'attache après les doigts; cette odeur est telle, qu'elle est la principale défense du Serpent, car peu d’animaux parviennent à vaincre la répugnance qu'elle leur inspire. Duméril et Bibron disent expressément que ces émanations sont probablement destinées à protéger cette Couleuvre, en dégoûtant les oiseaux de proie et les animaux carnassiers, qui répugnent alors à en faire leur nourriture.

La Couleuvre à collier est une des espèces européennes dont l’hibernation dure le moins longtemps. Au mois de novembre, lorsque le temps n’est pas par trop inclément, on la voit encore se chauffer aux pâles rayons du soleil : dès les premiers jours de mars, plus tôt ou plus tard, suivant les lieux et les années, cette espèce renaît à la vie.

Les œufs, au nombre de 9 à 45, d'après Duméril et Bibron, de 20 à 30, suivant Fatio, sont le plus souvent pondus dans les tas de fumier, près des maisons, ou dans les étables. Les petits ont, en naïssant, près de 20 centimètres de long. La ponte a généralement lieu vers le mois de septembre. On trouve, du reste, les œufs fraîchement pondus à des époques assez différentes, les premiers, dès les premiers jours de juillet, les derniers au commencement d'octobre. Chez des individus tenus en captivité les pontes peuvent être retardées à ce point que l’on voit les nelits :e mettre à ramper aussitôt la ponte.

Par leur forme et leur grossesse, les œufs ressemblent assez à des œufs de pigeon, mais s’en distinguent facilement, comme tous les œufs des Ophidiens, du reste, par leur coque molle et comme parcheminée; l’intérieur contient une faible quantité d’albumine qui forme une couche mince autour du jaune. Ces œufs se dessèchent et se ratalinent rapidement à l'air; ils ne se développent pas lorsqu'ils se trouvent dans un endroit par trop humide.

La femelle, au moment de la ponte, choisit la place la plus favorable les amas de feuilles, la terre meuble, le bois pourri, la mousse humide, tous les endroits, en un mot, exposés à la chaleur et cependant suffisamment humides.

Le serpent cherche une excavation dans laquelle il pose l'anus, puis relève la queue et laisse alors tomber ses œufs. Un œuf succède immédiatement à un autre, et se lrouve relié à celui-ci par une malière gélalineuse, de

LA COULEUVRE A COLLIER

telle sorte que toute la ponte est atlachée comme les grains d’un collier. Dans les condilions normales, trois semaines après la ponte, les œufs sont arrivés à maturité; le pelit s'échappe alors par une fente qui se fait dans la coque et commence de suite à mener la vie de ses parents, si un froid prématuré ne le force pas à chercher un abri contre l'intempérie de la saison. Si la température l'empêche de chasser, la provision de maüère grasse qu'il a en lui suffit pour le faire altendre jusqu’au printemps.

La Couleuvre à collier fréquente volontiers le bord des eaux dans laquelle elle plonge facilement lorsqu'elle est poursuivie ou qu’elle veut poursuivre une proie. Ellese tient cependant autant que possible émergée, la tête hors de l’eau, les poumons gonflés d’air; elle avance par des mouvements latéraux. Effrayée, elle se laisse parfois prendre plutôt que de plonger; d’autres fois elle coule à pic et rampe alors sur le fond; lorsqu'elle se croit suffisamment en sûreté, elle revient à la surface. D'après les observations de Lenz, celte espèce peut rester des heures entières sous l’eau. « Je possédais, dit ce naturaliste, seize Couleuvres à collier dans un grand baquet à demi rempli d’eau ; vers le fond se trouvait une planchesur laquelle elles pouvaient se reposer; cette planche était soutenue par un pieu. J’ai souvent vu

que mes animaux demeuraient une demi- |

heure sous l’eau, et se tenaient, soit sur les planches, soit enroulées autour du pieu. »

Lorsque la Couleuvre à collier veut traverser à la nage un bras de rivière un peu large, elle remplit d’air ses vastes poumons et, ainsi allégie, flotte facilement, elle n'avance, du reste, pas rapidement, mais nage pendant longtemps. Lorsqu'il veut plonger, l’animal laisse échapper quelques bulles d’air; il peut, du reste, rester longtemps avant que de s’enfoncer sous l’eau. C’est ainsi que Struck a vu une Couleuvre nager le long des bords d’une rivière et ne plonger que lorsqu'il avait fait dix-huit cents pas.

La Couleuvre à collier va facilement à l’eau. Schinz a vu, par un temps calme, un individu appartenant à cette espèce, nager rapidement au milieu du lac de Zurich; Irminger trouva une de ces Couleuvres à plus de 22 kilomètres de l’île de Rügen. A Mecklembourg, Struck a vérifié plusieurs fois celte croyance populaire que des Couleuvres à collier vont pêcher dans le lac et se font parfois transporter sur des

canards qui acceptent assez volontiers ces étranges cavaliers. Ce fait, qui, paraît-il, est exact, à donné lieu à cette légende que l’union du Canard et de la Couleuvre est féconde.

La nourriture de notre Couleuvre se compose de Poissons et surtout de Batraciens, tels que Grenouilles et Crapauds; elle semble préférer à tout le Crapaud commun et la Grenouille rousse; elle s'empare aussi volontiers des Tritons.

Comme tous ses congénères, la Couleuvre à collier ne tue ni n’enlace sa proie; elle la dévore vivante. Par quelque point qu'une Grenouille ait été saisie à l'aide des dents aiguës de la Couleuvre,que ce soit par une des pattes de devant ou de derrière, la Grenouille est un animal perdu. Le} pauvre Batracien se débat, mais en vain; il fait parfois des effor(s tuls que la Couleuvre est entraînée ; il faut que la proie soit bien grosse pour ne pas Cire déglutie, et c'est réellement un spectacle pénible que de voir la Grenouille, bien vivante, avancer lentement, mais sûrement, dans la gueule de son inexorable ennemi. Lorsqu'elle est effrayée, la Couleuvre vomit sa proie, et nous avons plusieurs fois vu un Crapaud ou une Grenouille tout récemment déglutis sortir pleins de vie et se mettre à courir où à sauter comme S'il ne leur était rien arrivé de fâcheux.

Linck à bien observé la chasse que la Couleuvre à collier fait aux Grenouilles. « La Gre-

| nouille rousse, dit-il, ne tarde pas à s’aperce- | voir

des manœuvres de la Couleuvre qui s'approche d’elle et dans laquelle le plus souvent le souvenir d’un danger passé fait reconnaître le plusimplacable ennemi ; la vue seule du serpent lui donne aussitôt des jambes; aussi, semblable à tout gibier chassé, hâtet-elle la marche d'autant plus que la distance qui la sépare de son ennemi diminue davantage ; elle précipile ses sauts et ses culbutes. On n’entend pas alors le cri déchirant et plein de désespoir que les Grenouilles poussent parfois et qui entre dans l'oreille comme un gémissement plaintif. » Rarement la poursuite dure longtemps, car la malheureuse Grenouille est presque fatalement condamnée; il s’est à peine passé une minute depuis le moment où la chasse a commencé, que la bêle est déjà saisie.

Linck pense qu'il pourrait y avoir quelque chose de vrai sur le pouvoir fascinateur exercé par la Couleuvre; une personne digne de foi lui a raconté, dit:il, qu'une Couleuvre à

LA

COULEUVRE A COLLIER

Fig: 274. -

collier ayant saisi une grosse Grenouille, était entourée d’une demi-douzaine de ces animaux qui croassaient à qui mieux mieux, mais ne cherchaient nullement à se soustraire par la fuite au triste sort qui les attendait, si bien qu'une deuxième et une troisième d’entre elles furent saisies et avalées. Lorsqu'on observe

avec soin la chasse que la Couleuvre à collier

donne aux Grenouilles, on ne voit jamais s'exercer le soi-disant pouvoir fascinateur, de telle sorte que nous persistons dans l'opinion que nous ayons émise plus haut. Lorsqu'on met une Grenouille et une Couleuvre ensemble dans une même cage, la Grenouille cherche à se sauver le plus rapidement possible ; c’est seulement lorsqu'elle voit que la chose est tout à fait impossible qu’elle se résigne sans résistance à son triste sort.

Ce n'est que tout à fait exceplionnellement |

que la Couleuvre à collier donne la chasse aux oiseaux et aux petits mammifères ; elle lèche

cependant avec plaisir le contenu des œufs, |

lorsque ceux-ci viennent à être cassés. Les individus jeunes mangent parfois des cloportes, des insectes, différents Mollusques.

Captivité. — Grâce à ses mœurs exlrèmement douces, la Couleuvre à collier est fréquemment maintenue en captivité. Elle s’apprivoise, en effet, très rapidement et se laisse manier sans jamais chercher à se défendre.

La Couleuvre à cellier (1/5° :rand. nat).

Lacépède raconte, d’après François Getti, qu’en Sardaigne «les jeunes femmes élèvent des Couleuvres à collier avec beaucoup d’empressement, leur donnent à manger elles-mêmes, prennent le soin de leur mettre dans la gueulela nourriture qu’ellesleuront préparée; et les habitants de la campagne, les regardant comme des animaux du meilleur augure, les laissent entrer librement dans leurs maisons; ils croiraient avoir chassé la fortune ellemême, s'ils avaient fait fuir ces innocenles petites bètes.»

Légendes, préjugés. — Nous avons dit plus haut que la Couleuvre à collier pond assez fréquemment ses œufs dans le fumier des basses-cours des fermes ; celte habitude a donné lieu à une curieuse croyance.

D’après l’intéressant mémoire de M. Viaud- Grand-Marais sur les Serpents de la Vendée, « cette fable se rattache à celle du Basihe ou Regulus, et est un reflet des croyances de l'Orient répandues dans toute l'Europe par les zingaris ou bohémiens errants, passés maîtres en sciences occultes. Les singuliers corps appelés cocatris sont regardés par les paysans comme le produit de l’accouplement d'un Serpentet d'une poule, ou d’un vieux coq et d’une couleuvre. Ils renferment, dit le peuple, un pélit serpent fascinateur dont le regard seul cause la mort et qui est Lué par son propre

charme, quand on peut le forcer à regarder dans une glace polie. Le cultivateur du Bocage qui trouve un cocatris dans sa basse-cour se signe et l'écrase du pied, de peur qu'il ne soit couvé par un chat, condition indispensable pour qu’un Busilic vienne au monde. Quand une poule a pondu un de ces œufs hardés, son instinct semble lui dire qu’elle n’a pas donné le jour à un être capable de vivre. Son chant, et ceci n’est plus de la légende, mais de l’histoire, prend un caractère tout particulier et se rapproche de celui du coq. On dit qu’elle est jalée et qu'elle chante le jau (le mot jau, en patois poitevin, est synonyme de coq). Gelte poule mandite est sacrifiée.… Toute la fable repose sur deux faits : 1° la présence assez fréquente d'œufs véritables de Couleuvre dans les poulaillers et leur ressemblance avec les œufs avortés de poules ; 2° la forme grossière d'un petit Serpent que présente le ligament dû à l'union des chalazes, ou membranes qui maintiennent le jaune suspendu dans les œufs de poules sans germes. »

Il arrive parfois aussi que les vieux coqs ont le gloussement de la poule et rendent des amas mous, comme membräreux, formés de glaire coagulée et ayant grossièrement l'apparence d'œufs, d’où l’on a cru, en voyant sortir du fumier de petits serpenteaux, que les coqs Lardés pondaient des œufs qu’ils ne couvent pas et d'où naissent toujours des Serpents.

Un autre préjugé, assez répandu dans les campagnes, existait déjà du temps des Ro-

mains. La Couleuvre à collier, comme toutes | les autres Couleuvres du reste, aimerait beau- : boup le lait et s’introduirait dans les laiteries ; | | de d’un brun jaunâtre parcourt obliquement

bien plus, on l’aurait souvent trouvée repliée autour des jambes des vaches et des chèvres,

pour les traire, les épuisant au point de faire |

couler le sang ; chez les animaux traits ainsi

le lait se tarirait et prendrait une teinte bleue |

tant que la bête qui le fournit servirait de nourrice au serpent.

Il n’est point nécessaire de faire remarquer l’absurdilé de cette fable qui a couru lemonde;

la conformation de la bouche des Serpents | « On a ;

s'oppose absolument à la succion :

prétendu aussi, dit Lacépède, que le Serpent à collier entrait quelquefois par la bouche dans le corps de ceux qui dormaiert étendus sur l'herbe fraîche, et qu'on les faisait sorlir en profitant de ce même goûtpour lelait, et en l’atlirant par la vapeur du lait bouilli que l'on approchait de la bouche de celui dans le corps

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