‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 166 sur 276 · CA · texte numérisé non relu

CA

LE SERPENT A LUNETTES

LES ÉLAPS.

Fig, 296. — L'Élaps corallin (2/3 grand. nat.).

LES ÉLATIDÉES — £LAPIDÆ

Caractères généraux. — Les Élapidées renferment les Serpents protéroglyphes terrestres ; ils ont les caractères généraux du groupe, tels que nous les avons indiqués plus haut. La plupartde ces animaux sont parés de brillantes couleurs et ressemblent, à s’y méprendre, à des Couleuvres, ce qui les rend d’autant plus redoutables.

Les écailles qui revêtent le corps sont tantôt toutes égales entre elles (Élaps, Furine, etc.), tantôt inégales (Bungares); les urostèges peuvent être disposées suivant deux séries ou suivant une seule série sur toute la queue ou sur une partie de la queue seulement, ainsi qu'on le voit chez les Triméresures. Les écailles sont lisses ou carénées.

Distribution géographique.— Les Élapidées se trouvent dans toutes les parties chaudes du globe et manquent complètement en Europe.

Sur 70 espèces que mentionne le catalogue de Jan, 13 sont du continent africain, 42 du sud

Brenm. — V,

de l’Asie, 17 des parties les plus chaudes du Nouveau-Monde; toutes les autres espèces vivent en Australie.

Dix genres composent la famille des Élapidées : les genres Atrastaspis, Polemon, Microsome, Aspidelaps, avec 9 espèces, sont cantonnés dans le continentafricain ;legenre Bungare, avec 3 espèces, est spécial au sud de l'Asie; les Pseudelaps, Alecto, avec 25 espèces, sont cantonnés en Australie ; sur 26 espèces d'Élaps, on en compte 4 au Cap, 4 en Australie, 7 dans le sud de l'Asie, 47 dans les parties tropicales de l'Amérique ; les Îajas vivent dans le sud de l'Asie et en Afrique, les Zrènéresw'es dans l'Inde et en Australie.

LES ÉLAPS — ELAPS Bruntottern.

Caractères. — Les Élaps ont le corps cylindrique, allongé, à peu près de même grosseur REPTILES. — 53

jusqu’à la queue. La tête est petile, arrondie, convexe en dessus (fig. 297); la bouche est petite, peu fendue ; la mâchoire supérieure ne porte que la dent venimeuse, comme chez les Serpents Solénoglyphes. Les os ptérygo-palatins sont, par contre, fournis de nombreux

Fig. 297. — Crâne d'Élaps, vu en dessus.

crochets; le cou n’est pas dilatable. Les écailles du dos et desflances sontlisses, entaillées, rhomboïdales, toutes égales ; le nombre des écailles varie de 13 à 15 ; les plaques de la queue sont disposées suivant une double rangée.

Les Élaps peuvent prendre place parmi les Ophidiens le plus brillamment colorés ; le corps est le plus souvent d’un beau rouge corail ou écarlate, parfois jaune ou vert, orné d’anneaux noirs différemment disposés suivant les espèces. Certains d’entre eux ont le corps annelé en travers, d’autres sont striés en long; le museau peut être noir, rouge, blanchâtre, jaunâtre ; parfois le ventre est d’un rouge uniforme ; il est d’autres fois annelé de noir, les bandes étant continues ou interrompues sur les flancs par de gros points noirs; on voit parfois des taches jaunes et des taches noires sur le dessous du corps ; les bandes peuvent être isolées, rapprochées par deux, par trois, de couleur uniforme, lisérées de jaune; on constate, en un mot, de nombreuses variétés dans la coloration.

L'ÉLAPS CORALLIN. — ELAPS CORALLINUS.

Corallenotter.

Caractères. — Un des plus beaux représentants du genre est l’Élaps corallin, dont le corps est d’un rouge cinabre très éclatant, un peu terne sous le ventre. Sur cette couleur se détachent de 25 à 27 anneaux noirs bordés d’une étroite ligne d'un blanc bleuâtre. La partie antérieure de la tête est d’un noir bleuâtre; à l’occiput commence une bande d’un beau bleu verdâtre qui descend en arrière de

LES CALLOPHIS.

l'œil, couvre la mâchoire inférieure. Le plus souvent la queue est noirâtre, ornée de huit anneaux d’un blanc jaunâtre ; la pointe de la queue est blanchâtre. La coloration paraît être très constante (fig. 296).

Distribution géographique. — Le Serpent corail se trouve dans le nord du Brésil et Le sud du Mexique ; on le connaît également en Colombie.

Méœæurs, habitudes, régime. — D'après de Neuwied, cette espèce habite les grandes forêts et les buissons; elle est rare dans les endroits découverts et se trouve de préférence dans les endroits au sol sablonneux, là où les feuilles tombées lui donnent une facile retraite : « Le chasseur, rapporte le voyageur que nous venons de citer, le chasseur qui s’aventure dans les grandes forêts brésiliennes au sol couvert de plantes touffues est surpris d’étonnement en voyant briller à travers la verdure les anneaux noirs et rouges du beau Serpent corail; l'incertitude dans laquelle il se trouve pour savoir si l’animal est dangereux l'empêche seule de s’en saisir. Ainsi que nous nous en sommes assurés, il n’y a cependant aucun danger à manier l'animal, qui ne cherche pas à mordre. J'ai très souvent trouvé le Corail dans mes excursions de chasse, plus fréquemment cependant dans la saison chaude que dans la saison froide. Le Corail n’est pas des plus lestes et il n’est pas bien difficile de s’en emparer. Les formes du Serpent sont trop lourdes pour qu'il puisse grimper sur les arbres ou se réfugier dans les buissons. Sa nourriture consiste en petits animaux. » -

LES CALLOPHIS — CALLOPHIS

Schmudottern.

Caractères. — Le nom de Callophis, qui signifie beaux serpents, a été plus particulièrement donné aux Élaps du sud de l'Asie. Le corps est allongé, cylindrique; la tête est à peine distincte du cou; la queue est courte ; l’orifice nasal est percé entre deux plaques; l'œil est petit ; les plaques temporales sont disposées suivant une seule rangée.

D'après Meyer, la position des glandes venimeuses ne s'écarte généralement pas de ce que l’on voit chez les autres genres qui composent la famille des Élapidées, tandis que chez d’autres Callophis, ressemblant beaucoup extérieurement aux autres, ces glandes débordent à ce point dans la cavité abdominale,

LES BUNGARES.

qu’elles remplissent parfois plus du tiers de la cavité viscérale et qu’elles refoulent le cœur en arrière.

Mœurs, habitudes, régime. — Les Callophis ressemblent beaucoup, par leurs traits généraux, aux Calamaridées ; ils se nour-

rissent, du resle, de ces derniers Serpents et |

manquent toujours là où celles-ci font défaut, comme à Ceylan, par exemple.

Les Callophis sont, dans la force du terme, des Serpents essentiellement terrestres qui habitent sous les racines des arbres, parmi les pierres, entre les fentes des rochers. Bien que leur corps soit svelte et élancé, ce sont des animaux paresseux ; ils ne s’enroulent jamais sur eux-mêmes, mais se tiennent habituellement plusieurs fois repliés, comme le montre la figure 298 qui représente le Callophis de Maccelland. Leur pupille est extrêmement étroite, de telle sorte qu'ils doivent être plutôt crépusculaires que diurnes. Leur vue paraît faible, car on peuts’approcher d'eux sans qu’ils cherchent à fuir. Vient-on à les toucher avec une baguette, ils font de violents efforts pour s'enfuir, mais restent bientôt sans mouvements; ils ne cherchent, du reste, jamais à se défendre ni à mordre. Cantor, qui a souvent eu l'occasion d'observer ces animaux, n’a vu qu'une seule fois un d’eux soulever légèrement la tête au-dessus du corps, comme s’il se préparait à l'attaque.

‘Les Callophis n’ont jamais pu être observés en captivité ; ils refusent, en effet, tous les aliments qui leur sont offerts et meurent rapidement.

Cantor n’a trouvé dans l'estomac de ces animaux que des débris de petits Ophidiens ; Schlegel a constaté que leur principale nourriture se compose de Calamariens.

La bouche est si étroite chez les Callophis que leur morsure doit être peu dangereuse pour des animaux de grande taille et qu’elle peut être inoffensive pour l’homme. Ce n’est pas à dire, cependant, que ces Serpents ne soient pas pourvusd'unactifvenin ;cevenin doit être particulièrement puissant chez les espèces qui ont les glandes très développées.

Après diverses tentatives restées infructueuses pour faire mordre un de ces Serpents, Cantor pressa les crochets venimeux de l’un d'eux sur l'œil d’une poule. Une vingtaine de minutes après la morsure apparurent les premiers symptômes de l'inoculation du poison.

L'oiszau tomba sur le sol et chercha, en vain,

à se relever; les symptômes convulsifs ne tardèrent pas à se manifester, la pupille se contracta, et la poule mourut empoisonnée avant que l'heure ne s’écoulât.

LE CALLOPHIS DE MACCELLAND. — CALLOPIIIS MACCELLANDII.

Mastenschmudotter.

Caractères. — Une des plus belles espèces du genre est le Callophis de Maccelland (Callophis Maccellandii, personatus, univirgatus), qui est représenté au premier plan dela figure 298. C'est un Serpent d'environ 0",70 de long, au corps grêle et effilé, à la queue pointue.

Chez cet animal, la coloration est assez variable. Le plus ordinairement, la tête et le cou sont noirs; une bande transversale, d’un beau jaune, se voit en arrière des yeux. Le corps et la queue, d’un brun rougeâtre, sont parcourus par une ligne noire qui part de la nuque ; le dessous du ventre est jaune, orné de taches quadrilatères de forme allongée, ou parcouru par d’étroites lignes transversalement placées.

Chez certains individus, le dessous du corps porte des bandes transversales noires interrompues qui s'étendent jusque sur les flancs, de manière à former une série de taches noires allongées. Parfois les bandes entourent complètement le tronc.

Distribution géographique. — Celte espèce habite le Népaui, le Dardjiling et l'Assam.

LE CALLOPHIS ANNELÉ. — CALLOPHIS ANNULARIS.

Ringschmudotter.

Caractères. — Chez cette espèce, on voit, en arrière de l'œil, une large bande transversale de couleur jaune; le corps est brun rougeâtre, orné d’une quarantaine d’anneaux étroits et de couleur noire, placés à égale distance les uns des autres et bordés de blanc; chaque anneau occupe exactement la largeur d’une plaque abdominale. Le ventre est jaune, coloré en noir à l'union avec les flancs, les anneaux du dos s’étendant jusqu’à ce niveau plan. Cette espèce est représentée au second plan de la figure 299.

LES BUNGARES — ZBUNGARUS Bungare.

Caractères. — Les Indous désignent sous le nom de Bungarum panah un Serpent du Ben-

LES BUNGARES.

gale dont Daudin a fait le type du genre Bungare et qui se reconnaît aux caractères suivanis :

Le corps est très long, cylindrique ; le dos, qui est comprimé en carène, est couvert d’écailles hexagonales, plus grandes queles autres. La queue est relativement courte. La tête est ovalaire, déprimée, à museau court, obtus ; les orifices des narines sont larges, dirigés en arrière. Les plaques qui garnissent le dessous de la queue sont disposées suivant une seule rangée. En arrière des dents venimeuses se trouvent des crochets simples.

Distribution géographique. — Les trois espèces que renferme le genre habitent Java et la péninsule de l'Inde.

Moœurs, habitudes, régime, — Cantor, qui a bien observé ces animaux, rapporte que, bien que leur papille soit arrondie, ils paraissent avoir des habitudes nocturnes; ils se cachent généralement pendant le jour, évitentsoigneusement le soleil et recherchent l’ombre lorsqu'ils sortent avant le crépuscule. Leurs mouvements en pleine lumière sont incertains, et souvent ils agitent avec rapidité la tête ou la queue, sans que rien puisse motiver ces mouvements.

Lorsqu'il n’est pas excité, l'animal fuit généralement devant l'homme, mais lorsqu'il est excité, il se met hardiment sur la défensive. Si on le touche ou qu'on le presse, sa rage est excilée, il cherche à mordre et sort de sa retraite ; ses mouvements, généralement assez lents, deviennent alors très rapides. Lorsque la bête se prépare à l'attaque, elle redresse la tête en arrière, de même que nos vipères, puis, se détendant brusquement, projette toute la partie antérieure du corps.

Action du venin. — Bien que les crochets venimeux ne soient pas très longs, les expériences de Russel, de Cantor, de Fayrer et d’autres observateurs ont pleinement démontré que la morsure du Bungare est des plus dangereuses.

Un oiseau, mordu à la cuisse par un Bungare annelé, tombe sur le côté, reste d’abord immobile, puis est pris de spasmes et la mort arrive en 43 minutes. Un aufre oiseau piqué parle même Serpent, après sept heures d'intervalle, meurt au bout de 28 minutes seulement. Plusieurs oiseaux ont péri dans un intervalle de temps ayant varié de 20 à 45 minutes. Ilena été de même pour des oiseaux mordus par le Bungare bleu ou Ged? paragoodoo.

Un gros chien mordu à la cuisse par un

Bungare pousse au moment de la blessure des cris perçants, bien que la piqûre soit à peine visible ; 10 minutes après, il se couche, se met à aboyer, puis se relève; les mouvements semblent être pénibles; 25 minutes après la blessure le train de derrière est paralysé. Au bout d’une heure, l'animal est pris de vomissements el meurt. Sur le membre blessé on ne remarque qu'un peu d’enflure. Une chienne, mordue à l’aine, succombe au bout d'une heure au milieu de violentes convulsions. Ces expériences sont dues à Russel.

Les nombreuses expériences de Fayrer concordent avec celles de Russel. Des chiens mordus par des Bungares ont, au bout de 23 à 25 minutes, la respiration anxieuse, haletante, précipitée ; au bout de 45 minutes, des vomissements se produisent, l'animal est inquiet, somnolent, paresseux; la mort arrive dans un laps de temps ayant varié entre 30 et 55 heures.

Des chats, aussitôt après la piqûre, se montraient irrités, et expiraient à peu près dans le même espace de temps. Un jeune chat mordu à la cuisse fut malade pendant trois jours, mais ne mourut pas.

Des hérons furent pris de symptômes d'empoisonnement au boutde 3 minutes seulement; leur respiratiou était anxieuse; l'animal, inquiet, cherchait à s'envoler ; 20 minutes après, les plumes se hérissèrent ; les animaux tombèrent sur le flanc, les pattes se crispèrent, la peau du cou fut agitée de mouvements fibrillaires ; la mort arriva 80 minutes après la piqûre. Le membre blessé était très enflé, tellement gonflé par les gaz que, par la pression, ceux-c1 s’échappaient avec bruit.

Il ressort de ces expériences que le venin du Bungare n’agit pas avec autant de rapidité ni autant de violence que celui du Naja, ce qui est dù à la brièveté relative des crochets venimeux, qui ne font parfois qu’effleurer la peau.

Il est difficile de déterminer dans quelle proportion les Bungares occasionnent des cas de mort aux Indes orientales. On peut considérer ces Serpents comme les plus dangereux de ces régions, après le Serpent à coiffe. L'aspect inoffensif de ces animaux, la richesse de leur coloration peuvent faire que les personnes ignorantes cherchent à s’en emparer et sont, par suite, mordues. Il n’est point dès lors surprenant que les cas de mort par ces animaux ne soient très fréquents, car ils sont extrêmement communs dans toutes les parties de

LE TRIMÉRESURE PORPHYRÉ. 291

l'Inde. On les trouve, en effet, le long des chemins, et ils pénètrent trop fréquemment dans les habitations; ils se glissent souvent dans les chambres à coucher, s'installent dans les meubles, se pelotonnent dans lescouchettes, et deviennent ainsi les anges de la mort. On rapporte qu’une dame après une nuit de voyage quittait son palanquin; elle trouva dans ses coussins un Bungare, qui, pendant tout le temps, avait été son terrible compagnon de route!

D'après Fayrer le Ærair a occasionné, au Bengale, pendant l’année 1869, une mortalité de 369 sur 40,810 occasionnée par les Serpents. On a constaté que la morsure de cet animal occasionne d’abondantes hémorrhagies.

LE BUNGARE ANNELÉ. — BUNGARUS FASCEATUS.

Paman.

Caractères. — Le Pamah, Raisomp, Sankri ou Æokliatrait des Indous atteint près de deux mètres. La tête est blanc noirâtre avec une large bande jaune qui s'avanceentre les veux, le corps est orné de larges bandes alternativement jaunes et noires à peu près d’égale largeur, ainsi que le montre la figure 300.

Distribution géographique. — Cette espèce habite les Indes orientales et certaines îles de la Sonde, telles que Java et Sumatra.

Mœurs, habitudes, régime. — D’après Cantor, le Pamah se tient de préférence dans les endroits secs; sa nourriture se compose de petits Mammifères, de Reptiles, de Batraciens. Cet animal se choisit toujours un lieu de retraite dont il ne s’écarte pas beaucoup.

LES TRIMÉRESURES — ZRIME- RESURUS

Trugottern.

Triméresure à des Serpents qui ont le corps long et cylindrique, recouvert sur le dos d’écailles lisses, entuilées,rhomboïdales, toutes semblables entre elles, la têle couverte de grandes plaques; la mâchoire supérieure est garnie de crochets simples en arrière dela dent venimeuse ; les écailles qui revêtent le dessous de la queue sont en double rangée à la base de celle-ci, puis simple et enfin de nouveau en double rangée.

LE TRIMÉRESURE PORPHYRÉ. — TRIMERESURUS PORPHYREUS.

Schwargotter.

Caractères. — Celte espèce a le corps allongé,laqueuerelativementlongue et effilée; la tête petite, peu distincte du cou, est recouverte de grandes plaques; les écailles du corps sont lisses, quadrangulaires, disposées suivant 17 séries. La taille, d'après Bennet, peut arriver à 22,50.

Le dessus du corps est d’un beau noïirviolacé, à reflets bleuâtres; le ventre est d’un beau rouge pâle; les côtés sont d’un rouge carmin vif, les gastrostèges étant bordées de noir sur leur portion libre; cette teinte rose va peu à peu en se fondant en couleur rose, d’où Shaw avait désigné l’espèce sous le nom de Serpent

| à flancs cramoisis, Crmson-sided.

Distribution géographique. — De l'avis de tous les voyageurs et de tous les naturalistes, il n’est pas de pays qui produise relativement autant de Serpents venimeux que l'Australie. Les deux tiers, au moins, des Serpents qui ont été recueillis dans ce continent sont venimeux, et plusieurs d’entre eux appartiennent aux espèces les plus dangereuses de l'ordre. « En quelque endroit qu’on puisse se trouver, assure Buchmann, que ce soit dans la forêt profonde, au milieu d’épaisses broussailles, dans les landes ou dans les marécages, au bord des rivières, des étangs ou des flaques d’eau, on peut être certain de trouver la Vipère noire. Cet animal abhorré pénètre jusque sous la tente ou dans la cabane du colon; elle s’enroule dans sa couchette ; nulle part on n’est à l'abri de sa présence et il est vraiment étonnant qu'elle n'occasionne pas plus d'accidents. »

Mœurs, habitudes, régime. — D'après le même auteur, tous les Serpents australiens

| s’'adonnent au sommeil hivernal depuis la fin Caractères. — Lacépède a donnélenomd: |

de mars jusque vers les premiers jours de septembre. Ils reparaissent à cette époque; la chaleur tarissant peu à peu les cours d’eau, ils sont forcés d'émigrer pour pouvoir trouver leur nourriture, et de se transporter d’un marais Où d’un étang vers un autre.

Les mouvements de la Vipère noire sont plus rapides que ceux de la plupart des Serpents venimeux ; on prétend qu'elle va à l’eau et qu'elle peut grimper sur les buissons et même sur les arbres peu élevés. « En été, rap-

porte Buchmann, la Vipère noire s'approche de l'eau, et lorsque je chassais au canard, j'ai souvent vu ce Serpent au bord des rivières.

Un jour je tirai sur une paire de canards dont l'un tomba sur la rive opposée à celle à laquelle je me trouvais. Comme je n’avais pas de chien avec moi, je me mis à la nage pour m’emparer du résultat de ma chasse. En nageant, j'aperçus un objet que je pris tout d’abord pour un bâton, mais en m’approchant d’un peu plus près, je reconnus une grosse Vipère noire qui flottait sur l’eau, sans faire aucun mouvement. Bien que je me fusse approché à quelques pieds seulement de l'animal, il ne fit cependant aucun mouvement. »

Le Triméresure porphyré fait principalement sa nourriture de petits Mammifères et d'Oiseaux ; il ne dédaigne pas à l’occasion les Reptiles et les Batraciens.

Les Serpents venimeux de l'Australie causent beaucoup de dégâts, aussi les craint-on beaucoup et leur fait-on une guerre acharnée. Les moutons succombent souvent aux morsures de ces animaux, bien qu'ils les tuent le plus généralement en les piétinant.

Les Australiens redoutent énormément la Vipère noire, mais sont cependant rarement mordus par elle; ils ne s’avancent, en effet, qu'avec la plus grande circonspection, et ne s’aventurent jamais dans un endroit qu’ils ne peuvent pas explorer du regard.

La Vipère noire prend généralement la fuite devant l'homme, mais si elle se trouve acculée ou si on la poursuit pendant un certain temps, elle fait face à l’ennemiet charge hardiment son agresseur ; aussi a-t-elle reçu des colons le nom de « Serpent sauteur ». Au moment de l’attaque, elle se redresse à moitié, puis se détendant brusquement, se lance en avant de toute sa longueur.

Beaucoup de chiens australiens font une guerre acharnée à la Vipère noire et la tuent ; il arrive cependant trop souvent qu'ils sont eux-mêmes victimes de leur courage et de leur témérité. Lorsque le Serpent n’est pas en rase campagne, beaucoup de chiens le tiennent en arrêt et aboient jusqu’à l’arrivée du chasseur.

Les indigènes de la Nouvelle-Hellande affirment que la morsure de la Vipère noire est rarement mortelle pour l'homme, et Bennet a vu plusieurs cas dans lesquels la guérison arriva sans l'emploi d'aucun remède ; la morsure n’en à pas moins, presque toujours, les conséquences les plus fâcheuses. « Un colon

LES SÉPEDONS.

des bords de la rivière Clarence, rapporte le naturaliste que nous venons de citer, avait trouvé une Vipère noire dans son habitation.

Armé d’un bâton, il s’apprêtait à la tuer, lorsqu'il fut mordu au pied. Le blessé tomba surle-champ dans un état de torpeur étrange. On employa l’'ammoniaque à l'extérieur et à l’intérieur; la blessure fut largement incisée et une bande roulée étroitement au-dessus du point piqué. Le malade manifestait la plus forte propension au sommeil ; on aurait dit qu'il avait été empoisonné par l’opium,; cet état dura pendant plusieurs heures, mais notre colon recouvra peu à peu la santé.

« Les Indigènes, après avoir sucé la plaie, forcent le blessé à courir pour l'empêcher de succomber au sommeil et dans le but de favoriser l'élimination du venin ; ils cautérisent ou incisent le point blessé et favorisent l’écoulement du sang. »

Les guérisons quise produisent ne prouvent nullement, du reste, contre la force du venin, car les expériences démontrent absolument le contraire. Smeathman fit mordre par une Vipère noire un Dingo de forte taille, animal dont la force de résistance est proverbiale.

Vingt-cinq minutes après la piqüre, le membre blessé était complètement paralysé; au bout de quarante-cinq minutes, l’animal s'abattait sur le côlé ; la langue pendait hors de la bouche, la salive coulait abondamment, puis des convulsions agitèrent peu à peu l'animal; un peu plus de une heure et demie après la morsure, le Dingo était mort.

Parmi les ennemis naturels de la Vipère noire, il faut mentionner un gros Saurien sur lequel les indigènes racontent des choses tout à fait merveilleuses. Ils prétendent que cet animal connaît des plantes qu’il mange lorsqu'il a été piqué.

Le feu que l’on allume chaque année dans les pâturages pour brûler le gazon desséché et le transformer ainsi en cendres fertilisantes agit d’une manière autrement efficace que le Saurien en question pour la destruction de la Vipère noire. Des milliers de Serpents sont alors brûlés ; ceux-ci doivent, du resle, peu à peu reculer devant les défrichements et une culture conduite rationnellement.

LES SEPEDONS — S£EPEDON

Caractères. — Le nom de Sépedon a élé donné par Merrem à des Serpents venimeux

L'HOCMACHATE.

qui ont les os maxillaires allongés, non garnis de crochets en arrière de la dent canaliculée. Toutes les écailles sont carénées, entuilées et disposées par lignes obliques; les plaques qui garnissent le dessous de la queue sont en double rangée.

L’HOEMACHATE.— SEPEDON HOEMACHATES.

Caractères. — La seule espèce du genre est un Serpent pouvant atteindre près de un mètre de longueur; la tête est à peine plus large que le cou; les narines sont grandes, les yeux sont enfoncés.

D'après Smith, la tête est bordée par une certaine quantité de peau qui semble inutile et produit de chaque côté un pli, lorsque l’animal est tranquille et non excité. Dans le cas contraire, le pli s'étend latéralement de manière à former à droite et à gauche un large bord, constituant ce que, dans les vrais Najas, on nomme une coiffe.

Le fond de la couleur des parties latérales ou supérieures est un brun bleuâtre ou grisâtre, orné d’un grand nombre de bandes transversales, étroites, ondulées et dentelées, et dont la teinte varie depuis le jaune d’ocre jusqu’au blanc jaunâtre clair. La région sousmaxillaire et la gorge sont d’un noir pâle ou d’un rouge brun foncé. Le reste des parties inférieures est d’un noir grisâtre, comme plombé. On voit, en avant, deux ou trois larges bandes transversales jaunes ou d’un blanc plus ou moins nuancé de rouille et, sur les côtés, de taches blanches irrégulières. En dessus, la couleur foncée est la plus abondante sur les régions antérieures, mais, sur la queue, il y a autant de jaune que de noir. Les yeux sont d’un brun sombre.

« Dans une variété, le fond de la couleur est un brun noirâtre traversé par de nombreuses bandes étroites, et d’un bleuâtre foncé qui ne sont visibles que si la peau a été débarrassée par un lavage de tout ce qui peut la salir. Si on néglige cette précaution, tout le serpent semble être d'un noir brunâtre foncé et uniforme.

Distribution géographique.— L'Hæmachate se trouve dans toute la partie sud de l'Afrique.

Mœurs, habitudes, régime. — D'après A.

Smith, le Serpent dont nous nous occupons semble préférer les localités où le solest mou, sablonneux et garni de broussailles ; aussi peut-on se le procurer facilement dans les

plaines couvertes de sable qui sont voisines de la ville du Cap et des côtes de la colonie. C'est un des Ophidiens les plus vigilants pour sa propre défense, et, quand on veut le saisir, il est très rare qu'on puisse le surprendre. On le trouve toujours menaçant et prêt à se défendre. Quand il s’enfuit, il cherche habituellement quelque retraite souterraine, et il lui est facile d’en trouver une, puisqu'il vit dans les lieux où abondent les trous de rats, de taupes ou d’autres petits quadrupèdes.

« Les naturels du pays, de même que les colons, regardent ce Serpent comme le plus courageux de tous ceux qui vivent en Afrique, et ils craignent beaucoup la funeste énergie de son poison.

« Quand il est en captivité, si l’on vient à l'irriter, il montre une grande férocité. Il ouvre la bouche, comme pour saisir l’objet qui s’approche de lui, et l’on voit alors des gouttes de venin sortir des crochets qui sont toujours relevés et placés dans la position la plus convenable pour remplir leur fonction. Durant cette période d’excitation, il rejette souvent hors de la bouche un peu de venin, et même dans le pays, on affirme qu’il peut le lancer à une distance de plusieurs pieds, et en s’efforçant de l'envoyer dans les yeux de l’homme et des animaux. »

Les observations que nous avons pu faire à la ménagerie du Muséum de Paris confirment pleinement la relation de Smith. De même que le Naja, le Sépedon est un animal essentiellement irritable, qui, .à l'approche de l'homme, gonfle le cou et se précipite avec fureur contre les vitres de sa cage, aussi ne peut-on le conserver longtemps en captivilé.

Que l’on s'approche, en effet, d'un Sépedon, on le voit immédiatement se retourner; il se redresse verticalement dans le quart ou le cinquième environ de la longueur de son corps, la tête haute, un peu renversée en arrière, la gueule entr'ouverte, les crochets saillants, dans la meilleure position, en un mot, pour frapper son ennemi, le cou se dilate alors et la collerette apparaît en noir profond, les bords étant jaunâtres et mouchetés de brun.

L'animal est ainsi sur la défensive et suit tous les mouvements ; on le voit s’élancer en rabattant la tête et la partie du corps qui était dressée, de telle sorte que, par cela même, les crochets à venin doivent frapper plus sûrement la victime; le Serpent fait entendre en même temps un sifflement aigu et se place immé-

LE SERPENTIVORE.

Fig. 298 et 299. — Le Cahophis de Maccelland et le Callophis annelé (1/2 grand. nat.)

diatement sur la défensive, prêt à frapper de nouveau.

LES OPHIOPHAGES — OPHIO- PHAGUS

Caractères. — Les Ophiophages sont des Triméresures qui peuvent dilater le cou à la manière des Najas; en arrière de la dent venimeuse se trouve un crochet; les plaques occipitales sont entourées de trois paires de très grandes plaques dont les deux antérieures peuvent être regardées comme des plaques temporales,

LE SERPENTIVORE. — OPHIOPHAGUS ELAPS.

Künigshutschlange.

Caractères. — L'Ophiophagus elaps (Trimeresurus bungarus, Hamadryas ophiophagus, Naja elaps) est le géant des Serpents vénimeux, car il peut atteindre jusqu’à 4 mètres.

Sa coloration, très variable, est généralement vert olivâtre à la face supérieure, vert pâle sous le ventre; toutes les plaques de la tête, ainsi que les écailles du cou, dela partie postérieure du corps et dela queue sont bordées de noir; la partie supérieure du corps est traversée par de nombreuses bandes alternativement noires

etblanches,obliquement disposées ; les plaques du cou sont marbrées de noir. C’est dans la presqu'île Malaise, au Bengale et dans le sud de l'Inde, que se trouvent principalement les animaux présentant cette coloration (fig. :01).

Ceux quivivent aux Philippines ont la partie antérieure du tronc colorée en brunolivâtre; les écailles de la partie postérieure sont colorées et bordées de noir et celles de la queue sont ornées de taches d’ocelles blanches bordées de noir.

Les animaux capturés à Bornéo sont généralement d’un jaune-brun uniforme à la face supérieure, jaunes sous la gorge, le ventre et le dessous de la queue étant noirs.

Chez les individus jeunes la coloration est encore plus variable que chez les adultes.

Quelques-uns ont de nombreuses bandes blanches, étroites, sinueuses, se détachant agréablement sur le fond, qui est noir; la tête porte quatre bandes blanches transversalement disposées. Certains animaux ont le ventre noir, tandis que chez d'autres il est orné de taches blanchâtres. D’après Beddone, quelques jeunes Ophiophages ressemblent, à s'y méprendre, à d'inoffensifs Serpents d'arbre.

Distribution géographique. — L’Ophiophage se trouve sur toute l'étendue du continent Indien, sur une grande partie de l’Indo-

LE SERPENTIVORE. 495

Fig. 300. — Le Bungare annelé (1/4 grand. nat.).

Chine et dans la plupart des îles environnantes. Cet animal a été observé aux îles Andaman, à Java, Sumatra, Bornéo, aux Philippines et même, dit-on, dans le nord de la Nouvelle- Guinée. Il est assez abondant au Sikun, dans lAssam, dans le Burma. Dans le Darjilling on le trouve jusqu’à l'altitude de 2,000 mètres.

Les habitants d’Assam nomment cet animal Dabi-serp, les Koutchaie Garomgasim; au Bengale, on le désigne sous le nom de Sunkechor, ce qui veut dire Casse-têle.

Mœurs, habitudes, régime. — L'Ophiophage habite de préférence les clairières des forêts; il grimpe parfaitement aux arbres et ne craint pas de se mettre à l’eau, ce que Fayrer a plusieurs fois constaté.

Bien que l'Ophiophage ne dédaigne pas les mammifères de faible taille et les oiseaux, sa nourriture de prédilection semble être les Serpents. Les Hindous racontent que cet animal est le roi des Serpents et que ceux-ci qu'il ne craint pas, du reste, de croquer, en bon prince qu'il est, lui rendent des honneurs particuliers.

Un Hindou très intelligent raconta à Torrens

BREuM. — V.

comment il avait vu la manière dont l'Ophiophage se procure les Serpents dont il fait sa nourriture. L’Indou en question, étant alors âgé de quatorze ans, se trouvait sur le toit plat de son habitation lorsqu'un Ophiophage de petite taille se montra dans le voisinage immédiat de la hutte. Le Serpent se redressa en partie, distendit son cou et fit entendre un sifflement aigu. Immédiatement alors une douzaine de Serpents vinrent, en rampant, des points les plus divers, et se rassemblèrent autour de l’'Ophiophage. Celui-ci se précipita sur l’un d'eux et s'empressa de le dévorer.

D’après les observations de Cantor, ilest certain que l’Ophiophage dévore des Serpents.

« On jetait régulièrement à un de ces Najas que je tenais captif, raconte ce naturaliste, un Ophidien, qu'il fût ou non venimeux. Sitôt qu'il apercevait l'animal, l'Hamadryas sifflait très fort, élargissait son cou, redressait toute la partie antérieure de son corps et restait, pendant quelques instants, dans cette attitude, comme s’il eût voulu viser plus sûrement sa victime. Il se précipitait alors sur lui, l’em-

poisonnait et le dévorait ; après quoi il restait comme engourdi pendant près de douze heures. »

Des Ophiophages que Fayer tint en captivité avaient eu leurs crochets venimeux arrachés par des charmeurs de Serpents. Ils avaient complètement perdu leur vivacité, après cette mutilation. Deux fois, en présence de Fayrer, ces Serpenis dévorèrent d’autres Serpents qui avaient été tués par des Cobras; ils mangèrent également des Serpents d'arbre.

L’Hamadryas est justement redouté, car non seulement il fait face à son adversaire et se jette intrépidement sur lui, mais encore le poursuit, ce que ne fait aucun autre Ophidien. Cantor, en effet, rapporte que dans l’Assam un officier rencontra plusieurs jeunes Ophiophages qui étaient surveillés par leur mère.

Celle-ci se retourna vers l'ennemi, qui prit la fuite à toute vitesse, poursuivi qu'il était par le terrible reptile; l’homme, ayant rencontré un Cours d’eau sur sa route, n'hésita pas à se jeter dans les flots pour gagner l’autre rive à la nage, espérant mettre ainsi une barrière entre lui et le Serpent. Ge fut en vain. Le Serpent le poursuivit encore, et l'Anglais ne dut son salut que grâce à un stratagème. Il jeta sa coiffure sur le sol. Le Serpent se précipita dessus et la mordit plusieurs fois avec rage, ce qui donna à l'homme le temps de se mettre à l'abri.

D'après les expériences de Cantor, le venin de l’'Hamadryas est extrêmement actif. Un chien meurt généralement un quart d’heure après la morsure, et cela pendant la saison froide, période pendant laquelle le venin de tous les Serpents a cependant moins d'activité que pendant les grandes chaleurs. Nicholson rapporte avoir vu mourir en trois heures un éléphant mordu par un Hamadryas.

LES SERPENTS A COIFFE Schildottern.

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