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LA VIPÈRE ÉLÉGANTE

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champs et dans un autre un énorme crapaud.

On a rapporté à Fayrer que cette Vipère va à l'eau; il est cependant probable qu'elle est presque exclusivement terrestre.

Schortt eut l’occasion d’observer une Vipère élégante en état de défense. Une personne tenant un enfant sur le bras rentrait chez elle vers le sior; elle avait presque atteint sa demeure, lorsqu'un boule-dogue qui l’'accompagnait se mit à aboyer furieusement. Bien que la dame ne vit rien, elle eut cependant peur et appela au secours. Schrott était non loin de là et arriva; il vit une Vipère élégante couchée en travers du chemin par lequel la femme devait passer. L'animal avait le cou replié; la tête tenue horizontalement; ses yeux ardents suivaient tous les mouvements du chien, aux aboïements duquel il répondait par des sifflements stridents ; il n’attendait que l’occasion de mordre mortellement. Schortt rappela le chien, et aussitôt le Serpent disparut avec la rapidité d’une flèche dans les hautes herbes du voisinage. Le jour suivant, le Serpent fut tué au même endroit.

Comme beaucoup d’autres Serpents venimeux de l'Inde, la Vipère élégante s’introduit assez fréquemment dans les habitations, attirée sans doute par les rongeurs qui y pullulent. C’est ainsi qu’un des amis de Tennent ayant soulevé le couvercle d’une boîte dans laquelle il devait prendre divers objets, la trouva occupée par un 7%k-polonga qui s'était pelotonné.

Les Singalais affirment que la Vipère à chaîne et le Serpent à lunettes vivent dans une cruelle inimitié, mais que la première attaque toujours. Ce dire, probablement inexact, a donné lieu dans le pays au dicton populaire : « Ils se haïssent comme Serpent à lunettes et Tik-polonga. »

A Ceylan on explique cette inimitié de la manière suivante. Un jour, raconte-t-on, un jeune enfant, en l'absence de sa mère, jouait à côté d’une mare d’eau. Un Cobra de Capello, tourmenté par une soif ardente, apparut pour boire, et l'enfant, ignorant du danger, essaya de le repousser de la main. Le Serpent but cependant et continua ensuite son chemin, sans faire de mal à l'enfant, Avant que d’arriver à son repaire, le Cobra rencontra un 7ikpolonga qui le questionna au sujet de l’eau qu'il avait bue. Le Cobra, qui connaissait la basse méchanceté de la Vipère, refusa d’abord

de répondre, car il craïignait que celle-ci ne touchât à l'innocent qu’il avait épargné; il se laissa cependant aller à donner le renseignement demandé, maïs avec la promesse expresse que le 7ik-polunga ne ferait aucun mal à l'enfant. La Vipère promit tout ce qu’on voulut, mais à peine fut-elle arrivée près de la mare qu'elle se précipita sur l'enfant et lui donna la mort.

Du venin; son action. — Russel et Fayrer ont institué de nombreuses expériences sur l’action de la Vipère élégante, action qui ne le cède en rien à celle des Serpents les plus justement redoutés.

D’après Russel, une poule mordue sous l'aile mourut en moins de une demi-minute. Un chien de forte taille manifesta des signes d’empoisonnement après cinq minutes; au bout de dix minutes, les mouvements du membre blessé étaient difficiles, et au bout d’un quart d'heure absolument impossibles ; le chien se coucha, tout en poussant des cris déchirants, se mit à respirer difficilement et bruyamment, fut pris de contractures dansles mâchoires, de crampes, et mourut dans d’atroces souffrances avant qu'une demi-heure fût écoulée depuis le moment de la blessure. Un lapin fut piqué par une Vipère élégante qui avait déjà mordu quatre autres animaux et mourut au bout d'une heure; un deuxième lapin succomba après six minutes seulement, bien que la Vipère eût déjà mordu cinq autres bêtes auparavant. Un cheval qui fut piqué aux naseaux ne se rétablit que le cinquième jour.

Fayrer a vu que des poules mouraient dans un espace de temps variant entre vingt secondes et deux minutes, que le chien résistait parfois pendant plusieurs heures, que le chat périssait souvent au bout de soixante-quinze minutes; un cheval mourut après une demiheure, un autre après onze heures.

Trois chiens appartenant au nommé Daly, planteur de café aux Indes orientales, attaquèrent une Vipère à chaîne, et avant que leur maître pût tuer le Serpent, les trois chiens furent mordus l’un après l’autre; le premier mourut aussitôt, le second deux heures plus tard, le troisième fut malade pendant plusieurs mois, mais finit par se rétablir,

La mort arrive aussi fatalement qu'après la morsure par le Cobra capello; on cite cependant quelques cas de guérison après des morsures chez l'homme.

Bien que, dans l'Inde, la plus faible partie

LA VIPÈRE HEURTANTE.

peut-être des malheurs causés par les morsures de Serpents soit imputée à la Vipère élégante, cette espèce est cependant plus redoutée des Indiens que le Naja à lunettes; son genre de vie essentiellement nocturne la fait sans doute paraître plus perfide qu’elle ne l’est réellement. Il peut cependant se faire que ce Serpent figure pour une assez large part parmi lesSerpents non dénommés qui, ainsi que nous l'avons vu plus haut, occasionnent chaque année tant de morts dans les Indes.

LA VIPÈRE HEURTANTE. — VIPERA ARIETANS.

Bussotter.

Caractères. — La Vipère heurtante (Vipera arietans, inflata, Coluber clotho, intumescens, bitis, lachesis, Clotho arietans) peut arriver à 4",60 de long. Le corps est épais, la queue - courte. La tête est large, fort distincte du cou, presque triangulaire ou pour mieux dire irrégulièrement quadrilatère, obtusément arrondie au museau. Le corps qui, à partir du cou, augmente rapidement de circonférence, s'épaissit bientôt hors de toute proportion, car sa section représente un large triangle arrondi vers les angles, dont le côté le plus large, la surface de base, forme l'abdomen (fig. 327). La forme est telle que cette espèce a été regardée comme une des plus horribles parmi les Serpents, aussi Günther écrit-il « que celui qui a comparé les Vipères à des crapauds est dans le vrai lorsqu'il applique cette expression à la Vipère heurtante. »

La tête et le corps sont recouverts d’écailles, dont celles du corps sont les plus grandes; ces écailles formentsur le tronc de trente-trois à trente et une séries.

Les narines, très largement ouvertes, sont complètement bordées par une peau lisse; elles s'ouvrent très près du museau, tout à fait sur sa face supérieure et sont séparées l’une de l’autre par deux paires de plaques ou d’'écailles carénées.

La couleur que l’on voit surtout bien chez les animaux qui viennent de subir la mue est un jaune de sable qui s’assombrit peu à peu jusqu’à devenir brun-grisâtre sale. Une bande jaunâtre, largement bordée de noir, se voit entre les yeux; de l'œil à la partie la plus large de la tête se trouve une bande noirâtre ; un trait de même couleur part du bord postérieur de l'orbite; le dessus de la tête est parsemé de pelites taches sombres.

Le dos est orné de chevrons obliques, à angles tournés en avant, dont la série partage en espaces à peu près égaux toute la longueur du tronc. Les angles de ces chevrons sont en général plus vivement colorés en jaune clair que les bandes elles-mêmes ; entre les chevrons des taches de forme très variable sont intercalées ; la forme et la nuance de ces taches peuvent beaucoup varier; le fond de la coloration n’en reste pas moins très caractéristique pour l’espèce.

Distribution géographique. — La Vipère heurtante habite toute l'Afrique depuis le 17° degré de latitude nord jusqu’au cap de Bonne-Espérance ; elle est particulièrement commune le long des côtes sud-ouest de ce continent, principalement vers le Gabon, et devient plus rare vers l'extrême sud de l’Afrique.

Mæœurs , habitudes, régime. — Aussitôt qu'elle est inquiétée ou courroucée, ce dont nous avons pu nous rendre compte à la ménagerie des Reptiles du Muséum de Paris, la Vipère heurtante se gonfle de telle sorte que le corps peut atteindre près du double de sa circonférence. L'animal replie alors en $ la tête retirée en arrière, fait entendre un sifflement fort et prolongé; sifflement que l’on peut comparer au passage rapide de l’air dans un conduit court et à surface inégale; ce bruit est dû en effet au frottement rapide de l’air expulsé à travers la glotte. Avant de mordre, l'animal dont nous nous occupons donne toujours comme un coup de bélier avec sa tête, ce qui justifie bien le nom de Vipère heurtante qui lui a été donné par Merrem en 1820.

Ries assure que lorsque l'animal est violemment excité, sa tête paraît être plus large que d'habitude et qu’elle se colore tantôt en bleuâtre, tantôt en rouge-bleuâtre. Nous n’avons rien observé de semblable sur les animaux en captivité que nous avons été à même d’étudier.

On connaît peu de chose sur les mœurs de la Vipère heurtante en liberté. « Dans le sud de l'Afrique, écrit Fritsch, cette espèce est rare aux environs mêmes du Cap, mais elle est fréquente dans les provinces orientales et très commune dans les États libres. Elle est de sa nature paresseuse, se meut très lentement, bien qu’elle se précipite sur sa proie avec la rapidité de l'éclair. Les indigènes prétendent qu’elle peut sauter assez haut pour atteindre un cavalier sur son cheval. Pendant le jour

LA VIPÈRE HEURTANTE. 413

Cig. 321. — La Vipère heurtante (1/5° grand. nat.).

elle est habituellement tapie au milieu des buissons ou cachée parmi les touffles d'herbe. C’est la nuit qu’elle se met en chasse ; elle arrive souvent jusque dans le voisinage des habitations, attirée qu’elle est par les rats et les souris.

« Un de mes amis me raconta qu'ayant un jour été se promener dans la forêt, il aperçut à son grand étonnement un gros campagnol qui restait au beau milieu du chemin sans faire aucun mouvement. Lorsque mon ami voulut s’assurer pourquoi le rongeur ne songeait pas à fuir devant lui, il apercut tout près une énorme Vipère heurtante qui ne quittait pas de vue le campagnol. A la vue de l'homme, le Serpent sauta sur sa proie, la saisit et disparut promptement avec elle dans un trou situé tout près delà. La Vipère heurtante, d'ordinaire si paresseuse, alléchée par la perspective d’un bon repas, venait d'exécuter les mouvements les plus rapides.

« Il est rare, du reste, que notre Vipère soit aussi agile et aussi prévoyante. Il m'arriva un jour dans le pays de Betschuan de rm'étendre sur le sol; j'étais à la même place

BREuM. — V,

depuis plus d’une demi-heure, lorsque, me soulevant pour éviter le soleil devenu trop ardent, je m'aperçus que je m'élais couché tout contre une Vipère heurtante qui s'était enroulée dans l'herbe. A cette vue, je saisis mon bâton, m'approchai du Reptile sans qu'il songeàt à fuir et le tuai. »

Ce que nous savons par les autres voyageurs s'accorde avec cette relation. Anderson rapporte en effet avoir vu plusieurs fois des bœufs presque marcher sur des Vipères heurtantes, sans que celles-ci se dérangeassent ; il raconte également que la femme d'un de ses serviteurs trouva un jour une de ces Vipères dans son tablier de cuir.

De même que les autres Vipères, l'espèce dont nous nous occupons se nourrit surtout de petits mammifères, tels que rats, campagnols, souris, écureuils ; elle capture parfois des oiseaux ; il est peu probable, d’après ce que nous savons des animaux tenus en captivité, qu'elle mange d’autres reptiles ou des balraciens.

On raconte que les Hottentots font la chasse à la Vipère heurtante pour se procurer le

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