LA VIPÈRE DU GABON
le temps de bien se rendre compte de l'attaque. Que l’on vienne à introduire un jeune lapin dans une cage où se trouve une Vipère heurtante,maîtreJeannot s'approche consciencieusement du Serpent et, bien loin d’être fasciné, le flaire, souvent même le lèche. Le Reptile surpris élève sa tête triangulaire, recourbe le cou et se dispose pour l'attaque. Le lapin ne se doute de rien et s'approche de la tête du Serpent; la Vipère darde sa langue et frappe le lapin de la tête; elle manifeste cependant bientôt les signes d'une grande colère et respire bruyamment, de telle sorte que son corps se soulève et s'abaisse, s’élargit et se rétrécit alternativement. Le Serpent prend bientôt une autre position d’attaque et glisse lentement; le lapin, tout étonné, saute par côté, regarde curieusement le singulier et monstrueux animal, dresse les oreilles, flaire, puis se calme de nouveau. Une fois encore le Serpent se met en colère et recommence le même jeu que tout à l'heure. Le lapin paraît cependant se plaire dans la cage, il va boire à l’eau du bassin, s'étend sur le sable chaud ou court en tous sens. Le Serpent cependant, irrité de l’effronterie du rongeur, souffle avec rage, Ce jeu dure parfois pendant longtemps, jusqu’à ce que le Serpent, dont tous les sens sont mis en jeu par la présence du rongeur, se décide à attaquer franchement. Le Reptile dresse alors la tête, la retire en arrière, puis avec la rapidité de l'éclair se précipite sur sa victime ; la gueule s'ouvre largement et l’on voit saillir deux longs crochets qui pénètrent profondément dans le corps du lapin. Un cri se fait entendre; le coup mortel est frappé. Le Serpent se recule aussi rapidement qu'il s'était avancé, pose tranquillement la tête sur le sol et regarde celui qu'il vient de frapper à mort ; un léger mouvement de l'extrémité de la queue trahit seul sa surexcitation. Après avoir poussé un cri, le lapin cependant fait un ou plusieurs bonds, puis se couche tranquillement sur le sol ; les oreilles deviennent pendantes, les yeux se ferment et le lapin secoue la tête. Puis bientôt, lentement il se penche sur le côté et reste ainsi pendant 10, 20, tout au plus 100 secondes; soudain il sursaute convulsivement et un cadavre retombe sur le sol ; la gouttelette de venin vient de produire ses terribles effets.
LA VIPÈRE DU GABUN. — VIPERA GABONICA.
Caractères. —- La Vipère du Gabon ou Vipère rhinoceros a la tête volumineuse, déprimée, fort large en arrière, très distincte du tronc. Le museau est élargi et obtus, coupé presque carrément, saillant à la partie moyenne entre les narines, qui sont très rapprochées l’une de l’autre ; près des narines se voient deux grandes écailles fortementcarénéesetcomme épineuses; les yeux sont obliquement dirigés en haut, la pupille étant oblongue de haut en bas; derrière l’œil se voit un enfoncement considérable qui se prolonge jusque versles plaques sus-labiales.
Le tronc est volumineux relativement à sa largeur ; la queue est robuste, terminée parun aiguillon. Les écailles du tronc sont faiblement carénées et fortement imbriquées, disposées suivant quarante et une rangéeslongitudinales.
Lorsque l'animal vient de muer, cette espèce est d’une richesse de coloration dont on ne peut se faire la moindre idée d’après les individus conservés dans les collections, ainsi que le montre la description suivante que nous empruntons à Duméril et Bibron.
« La teinte générale est un brun rougeâtre velouté, formant sur les flancs de grandes taches presque ovalaires ou plutôt losangiques à angles arrondis et dont le diamètre le plus long est vertical. Elles sont entourées par une teinte d’un brun légèrement verdâtre qui, se plaçant entre les espaces que laissent entre elles du haut en bas les taches dont il vient d’être question, forme d’autres taches angulaires unies par leurs sommets. Celles de ces dernières qui sont inférieures sont bordées dans leur pourtour supérieur par une ligne sinueuse blanche très fine. Sur la surface même des supérieures, on remarque un large chevron d’une teinte violacée, parcouru par une ligne sinueuse blanche; ce chevron atteint par son sommet la ligne médiane et touche à celui du côté opposé.
«Sur la ligne médiane du dos il y a une série de longues taches en parallélogramme allongé très régulier ; elles sont de la teinte rougeàtre des taches losangiques...; elles forment une sorte de sablier d'autant plus apparent, que la teinte en est d’un brun verdâtre, bordé par la ligne qui termine supérieurement chaque large chevron.
« Toute la tempe est couverte par une vaste tache brune triangulaire dont la base ne dépasse
LE CÉRASTE.
pas l'œil et se termine en arrière, au niveau de l’angle de la mâchoire rejeté fort en dehors. Tout le dessus de la tête est d’un rouge brique, dont la teinte ressort d'autant mieux qu’elle est bordée en dehors par cette tache triangulaire que nous venons de mentionner et en arrière par la même teinte sombre. Depuis le bout du museau jusqu’à l’occiput, il y a une raie noire longitudinale et très fine. De chaque côté, et en arrière, vers l'angle de la mâchoire, on voit une double tache noire et une marque un peu plus grande, d’une nuance plus claire que le fond.
« Le dessous du corps est d’un gris blanchâtre, avec quelques marques noires aux extrémités des gastrostèges. »
Distribution géographique et mœurs. — L'espèce dont nous parlons paraît être exclusivement cantonnée au Gabon et dans les parties voisines. D’après ce que nous savons sur les animaux maintenus en caplivité, elle n'est pas aussi lente et aussi paresseuse que ia Vipère heurtante, qui se trouve dans les mêmes régions. Elle se précipite avec la plus grande rapidité sur sa proie, qu’elle lâche généralement aprèsl’avoir mortellement frappée ; nous avons vu cependant l’animal garder sa victime dans sa gueule et la déglutir ensuite. Pendant le jour, le Serpent se tient généralement tapi dans un coin de sa cage, la tête appliquée contre le plancher, la pupille fortement contractée et presque linéaire. Au Muséum de Paris, la Vipère du Gabon habite la même cage que la Vipère heurtante et vit en parfaite intelligence avec cette dernière.
LA VIPÊRE MAURITANIQUE. — VIPERA MAURI- TANICA.
Caractères. — La Vipère ou l’Echidnée mauritanique a les formes générales de la Vipère heurtante ; elle est cependant moins trapue et la tête n’est ni aussi large en arrière ni aussi déprimée. Les narines, qui sont circulaires, sont percées latéralement. Les écailles sont carénées et de forme ovale.
Le corps est brun, avec des taches séparées |
par des sinuosités d’un jaune pâle; des taches brunes et ovalaires se voient sur ses flancs ; les taches se réunissent souvent entre elles. Sur la tête existent deux raies longitudinales, de couleur noire, qui vont de l'œil à la nuque, et sont plus larges vers leur partie inférieure. Le dessous du tronc est d’une teinte grisâlre, avec de petits points bruns.
Les crochets sont très développés (fig. 328),
Distribution géographique. — Cette espèce habite l'Algérie; elle a été également trouvée dans l’île de Chypre.
Fig. 328. — Cràne de Vipère mauritanique.
Mœæurs, habitudes, régime. — La Vipère mauritanique se tient habituellement dans les endroits secs et arides et se nourrit principa: lement de petits rongeurs ; elle passe pour être très venimeuse et peut atteindre jusqu'à un mètre de longueur.
LA VILÈRE À QUEUE NOIRE. — V1IPERA AVICENNÆ.
Caractères. — La iête est arrondie en arrière, déprimée, distincte du tronc. La queue est très courte, fort grêle. Les écailles qui protègent le dessous du corps sont larges et présentent une saillie à chacune de leurs extrémités dont l’ensemble constitue une double carène latérale. Les écailles sont disposées suivant trente-cinqrangéeslongitudinales.
La têle et le dessus du tronc sont de couleur brun foncé, marquée de grandes taches plus sombres distribuées alternativement en trois rangées, dont l’inférieure est composée de gros points arrondis; la queue est en général toute noire, si ce n’est à sa base.
La longueur ne paraît pas dépasser 07,40.
Distribution géographique. — Cette espèce habite l'Algérie, principalement dans les déserts de l’ouest. Ses mœurs sont absolument celles du Céraste, dont il nous reste à parler pour terminer l’histoire des Vipères.
LE CÉRASTE. — 7ZIPERA CERASTES.
Hornviper.
Caractères. — Ainsi que nous l’avons dit, Wagler a séparé des Vipères proprement dites les Vipériens qui ont le dessus de la tête couvert d’écailles tuberculeuses, de grandes plaques sous la gorge séparées entre elles par le sillon gulaire, les orifices nasaux petits, semi-
LE CÉRASTE.
Fig. 329. — Le Céraste,
lunaires, situés à la pointe du museau. Le nom de Cérastes peut être appliqué, comme sousgenre, à ces Serpents.
L'espèce la mieux et la plus anciennement connue est la Vipère à cornes, le Céraste ou Vipère d'Égypte ( Vipera cerastes, Cerastes Æqypliacus, Hasselquistü, Vipera cornula), qui atteint tout au plus 0®,70 de long et se reconnaît facilement à sa têle excavée, angulaire, recouverte de petites écailles arrondies et comme tuberculeuses, et surtout à la présence d’une corne anguleuse, triangulaire, cannelée, située au-dessous du sourcil (fig. 329); ces cornes sont formées, non par des protubérances osseuses, mais par des écailles singulièrement développées.
Ce Serpent porte bien la livrée d’un animal du désert. Sa couleur fondamentale est un jaune plus ou moïns vif, passant parfois au bleuâtre; l’ornementation se compose de taches sombres, de couleur brune ou rouge brun, transversalement placées, de forme presque triangulaire ou arrondie, parfois netles, parfois confuses, comme effacées chez certains individus. Ces taches, disposées suivant six
séries longitudinales, diminuent de grandeur depuis le milieu du dos jusque sur les flancs. Sous l'œil se voit une ligne d’un brun jaune clair, quise réunit, sur les côtés du cou, à une autre ligne qui part du menton. Les écailles qui entourent la bouche paraissent d’un jaune de sable. Le dessous du corps est de la même couleur.
Certains individus ont le corps d’un gris sale, le dessus de la tête étant d’un brun foncé.
Le Céraste était connu dès la plus haute antiquité. On trouve, en effet, fréquemment son image si facile à reconnaître sur beaucoup de monuments égyptiens. Son nom originel #i a été plus tard employé pour désigner la lettre F. Hérodote, mentionnant cette espèce, dit qu’elle se trouve dans la contrée de Thèbes, qu’elle n’est pas dangereuse pour l’homme et que c’est un animal sacré.
Les anciens écrivains, Ælius, Dioscoride, Pline, Lucain, emploient également ce nom de Céraste, Kepäorns, pour désigner un Serpent à cornes.
Distribution géographique. — Le Céraste se trouve dans tout le nord-est de l'Afrique,
dans l'Arabie Pétrée et dans l'Arabie Heureuse. On le trouve dans les steppes du Soudan oriental et dans le Cordofan.
Mœurs, habitudes, régime. — « L'Afrique, dit Gessner, est pleine de Cérastes. Ils se trouvent principalement en Libye, dans les solitudes et dans les déserts; c'est dans les lieux stériles que vivent surtout les Serpents pour. vus de cornes. On dit que ces Serpents étaient autrefois très abondants en Egypte. Ces Reptiles se tiennent dans le sable ou se placent dans les fossés, à côté des routes, et de là se jettent sur les personnes qui passent ou peuvent les poursuivre. Bien que les Vipères à cornes soient d'espèce vénéneuse et de caractère emporté, il n’est pas de Serpents qui puissent rester aussi longtemps sans boire.
Semblables aux Coujeuvres des haies, elles enfantent des pelits vivants, et dès lors la distinction admise entre cette Couleuvre et les autres Serpents, à savoir que celle-ci seule fait des petits vivants, n’est pas justifiée. Les Serpents pourvus de cornes rampent en se retournant et en se recourbant beaucoup; aussi, à cause de cette flexibilité, beaucoup pensent-ils que cette bête n’a pas d'épine dorsale ; elle rampe du reste en faisant un grand bruit et en poussant de violents sifflements, comme lorsqu'un navire est chassé par les vents et qu'il est repoussé avec tumulte par les vagues. Les animaux dont nous parlons se tiennent insidieusement près des oiseaux, cachent leur corps tout entier dans le sable, attirent les animaux avec leurs cornes qu'ils laissent dépasser, puis les saisissent etles dévorent. Les Serpents à cornes ne témoignent aucune affection envers les habitants de la Libye, mais ils leur sont odieux et funestes. Par contre les Psylles n’ont rien à redouter de leur venin, et s'ils sont mordus, ils ne ressentent aucun mal; de plus, pour éprouver la fidélité de leurs épouses, ils présentent leurs enfants aux Serpents, lout comme on éprouve la vertu de l’or par le feu. »
Pline s'exprime ainsi: « Le nombre descornes du Céraste est de quatre; par le mouvement de ses cornes il attire les oiseaux en se cachant le reste du corps. »
La première partie de la relation du vieux Gessner est exacte, dans ses traits essentiels. La Vipère à cornes est commune en Égypte, elle vit dans les déserts, constamment cachée pendant le jour dans des endroits où elle ne peut trouver d’eau, et lorsqu'elle rampe, elle
LE CÉRASTE.
fait entendre un bruit parfaitement sensible, dû au froissement des écailles placées en séries obliques.
Bruce dit également que le Céraste est commun dans la Cyrénaïque et que ce doit être un animal nocturne, car il est attiré par les feux entretenus autour des campements pendant la nuit.
Dans ses voyages à travers les déserts égyptiens, Brehm a pu s’assurer de l'exactitude de ce fait. « Dans toutes mes chasses, dit-il, je n'ai jamais trouvé pendant le jour un seul Céraste, car l'œil exercé du chasseur de Serpents me faisait défaut ; par contre les Vipères à cornes m'ont souvent tourmenté et rempli de colère pendant la nuit. Il faut savoir ce que c’est que d’avoir derrière soi toute une longue journée de voyage à travers la sleppe ou le désert pour comprendre combien on aspire le soir à se reposer. De grand matin jusqu’à midi et de trois heures du soir jusqu'au coucher du soleil on est resté assis sur le dos d’un chameau, perpétuellement ballotté, les lèvres etla gorge desséchées, à peine rafraîchi par l’eau tiède et empuantée des outres, l'estomac creux à peine apaisé par un peu de riz. On a supporté la chaleur et le poids du jour, et l’on aspire après un repos bien gagné. La place du campement est enfin choisie ; les bagages sont déchargés ; on creuse une excayalion dans le sable, on y étend les tapis ; pendant qu'un bon: feu flamboie, on allume sa pipe. Une réelle bonne humeur s'empare de tous; le cuisinier lui-même, qui commence à préparer un maigre repas, fredonne quelque esntlte sur un air éternellement le même.
« Celui-ci se tait cependant tout à coup. — «Quelle nouvelle, garçon ? — O Dieu, maudis- «les, eux, leur père et toute leur race; plonge- «les au fond de l'enfer! Un Serpent! il rôtit «déjà dans le feu. »
« Tout le camp se réveille alors ; chacun grimpe sur une Caisse ou sur un ballot et attend. Des Vipères cornues arrivent par douzaines ; on ne sait vraiment pas d'où elles sortent. Avec grande précaution, l'un ou l’autre saisit le Reptile avec une pince en fer et jette dans le feu flamboyant le fils maudit de l’enfer. »
« En présence des Scorpions qui accouraient en nombre autour de mon lieu de campement, écrit Dümichen, je n'avais aucune crainte, mais les ? m'ont souvent glacé d'’effroi, moi et mes serviteurs. Pendant des mois j'étais au
L'ÉCHIDE CARÉNÉE.
milieu des ruines, dessinant, creusant, fouillant, cherchant, sans jamais voir un seul Céraste ; la nuit était-elle venue, le feu était-il allumé, que ces horribles bêtes venaient de tous côtés, rampant et dardant leur langue. »
Comme le montre bien la figure 329, les Cérastes s’enterrent presque entièrement dans le sable, ne laissant passer que la tête.
On ne sait pas encore exactement quel est le mode de reproduction des Cérastes. Duméril dit que la ponte d'œufs qui a eu lieu à plusieurs reprises dans la ménagerie des Reptiles du Muséum, œufs qui ne sont jamais développés, peut faire penser que ces Serpents ne sont pas ovo-vivipares, contrairement à ce que quelques naturalistes ont dit. Les chasseurs de Serpents en Égypte prétendent, au contraire, que, comme les autres Vipères, le Céraste met au monde des petits vivants.
Captivité. — On a observé que le Céraste peut jeûner pendant longtemps en captivité.
Schaw affirme avoir vu à Venise chez un amateur deux Vipères à cornes qui n'avaient rien mangé depuis près de cinq ans ; elles muaient régulièrement et étaient aussi vives que le jour où elles étaient arrivées . Un jcûne rigoureux de six mois est parfaitement supporté par les Cérastes.
Beaucoup de ces animaux venant d'Égypte n'ont plus leurs dents venimeuses, qui ont été arrachées ; dans ces conditions ils ne mangent pas. Les Serpents qui sont restés armés se nourrissent, en général, parfaitement et sont surtout avides de souris.
Lorsque cela lui est possible, le Céraste s’enterre entièrement dans le sable, ne laissant passer que les yeux, les deux cornes et parfois quelques parties du dos. L'animal s’enfouit par des mouvements particuliers de latéralilé de ses côles ; à ce moment, il élargit tantôt le corps, tantôt le rétracte et dans chaque dilatation il pousse le sable de côté ; tous ses mouvements se succèdent si rapidement que la bête est cachée dans l’espace de 10, tout au plus de 20 secondes. Lorsque le Cérasle n’est pas entièrement enterré, il est presque entièrement caché aux regards, tellement sa couleur s'harmonise à merveille avec celle du milieu dans lequel il se trouve, Dans une cage de 4 mètres carrés, recouverte de sable fin, il faut chercher pendant longtemps avant que de découvrir le Serpent, et si on en détourne les regards, on ne tarde pas à le perdre de vue à nouveau, Cela peut
parfaitement expliquer l’assertion de Pline et de quelques autres anciens naturalistes : il peut se faire qu'un petit oiseau, ne voyant apparaître dans le sable grisâtre que les deux cornes qui surmontent la têle du Céraste, les prenne pour un insecte ou une larve quelconque, s'approche et paye de sa vie son imprudence. Ces petites cornes servent, du reste, d’organe de tact à l'animal, surtout pendant le jour, aveuglé qu'il est par l’intense lumière des déserts d'Orient.
Le Céraste passe pour être très venimeux.
Entièrement invisible, il doit être fort dangereux pour des gens qui marchent presque toujours pieds nus ou chaussés seulement de sandales.
LES ÉCHIDES — ECHIS
Rauhottern.
Caractères. — Les Échis sont des Vipères qui ont les urostèges ou plaques du dessous de la queue disposées suivant une seule rangée ; tous les autres caraclères sont ceux des Vipères.
Distribution géographique. — On ne connaît que trois espèces rentrant dans le genre Échis ; deux se trouvent en Égypte, une vit dans la partie ouest tropicale du continent africain.
L'ÉCHIDE CARÉNÉE. — ECHIS CARINATA.
Efa.
Caractères. — Avec le Céraste se trouve fréquemment en Egypte une autre Vipère, l’£fa ou Vipère des Pyramides (Pseudo-boa armatu, Vipera echis, Echis carinata, frænata, arenicola, pavo.
L’£fa est un Serpent de faible taille, aux formes bien proportionnées, atteignant tout au plus 0,60 de long. Les carènes de chacune des écailles correspondent parfaitement à celles qui les suivent, de telle sorte que, le long du dos, se trouvent des lignes saillantes qui laissent entre elles des sillons rectilignes.
Le corps est de couleur de sable plus ou moins foncé et orné de raies, de taches, de points d’un noir brunâtre. Le dos est marqué de lignes ondulées, d’un blanc jaunätre, qui, se rapprochant sur la région médiane, forment une série de lignes brisées assez semblables à des z couchés en dehors. De chaque côté des flancs se trouvent des taches assez régulière-
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ment ovalaires, de couleur claire, bordées, ainsi que la ligne brisée du dos, de noir; on trouve encore sur les flancs des taches et des points de couleur foncée. On voitsur le dessus de la tête une tache jaunâtre entourée de brun sombre; les taches noires quibordent cette tache ont généralement, par leur ensemble, assez bien l’apparence d’une croix (fig. 330). Sous la queue se trouvent souvent des points de forme arrondie.
Distribution géographique. — Certains auteurs confondent sous un même nom l'Echide carénée et l'Échide à frein, la Vipère rude ou Kupper de l'Inde et l’Zfa d'Égypte.
Günther avait cru trouver dans le nombre de plaques du dessous du corps une différence entre les deux espèces ; l’£fa en aurait au moins 463, tandis qu’on n’en compterait pas plus de 453 chez l'Afaë ou Æupper. Anderson a depuis trouvé des Échis provenant des Indes chez lesquels il existe plus de 160 plaques, de telle sorte qu'on doit réunir les deux espèces. Le caractère invoqué par Duméril et Bibron, et consistant dans la longueur plus ou moins grande du sillon gulaire, n’a également pas d'importance.
Si on réunit les deux espèces en une seule, on verra que l'Échide carénée a une aire de distribution très étendue, ne le cédant en rien à celle de la Vipère d'Europe. L'espèce habiterait le nord etle centre de l’Afrique jusqu’au Cordofan et l’Abyssinie, se retrouverait en Palestine, en Arabie, en Perse, dans les steppes de la région aralo-caspienne et irait jusque dans l'Inde.
Moœurs, habitudes, régime. — L'Zfa est abondante dans toute l'Égypte ; elle ne se trouve pas seulement dans les endroits déserts el sablonneux, maïs elle pénètre jusque dans les villages; il n’est même pas rare que des personnes soient, chaque année, mordues par ce Serpent jusque dans les rues du Caire. Lorsque l’on pénètre dans une habitation qui n’a pas été habitée depuis un certain temps, il est toujours prudent de bien prendre ses précautions, car on a grande chance d'y trouver un de ces Serpents venimeux. Brehm rapporte que plus d’une fois il a trouvé l’Zfa dans son habitation à Khartoum et que plusieurs fois, en enlevant le tapis sur lequel il avait passé la nuit, il a vu une de ces Vipères qui s'était introduite sous la couverture; le voyageur trouva une fois deux Zfa jusque sous le coussin du divan ; une autre fois, en se levant
CARÉÊNÉE.
pendant la nuit, il mit le pied sur un de ces animaux et ne fut pas mordu, le Reptile étant justement et fort heureusement en train de dévorer un oiseau domestique dont il s'était emparé, on ne sait trop comment.
Tous les voyageurs en Égypte s'accordent à
dire qu'ils redoutent beaucoup plus cette pe- | tite Vipère que le Serpent à coiffe, car elle s'insinue partout et se retrouve, dansles vêtements aussi bien que sur les meubles.
Presque jamais l'Égyptien ne se décide à exterminer lui-même l’Zfa, dont il a la plus grande frayeur. S'il trouve, ce qui arrive souvent, un de ces animaux dans son habitalion, il s'adresse au Hani afin que, par son art magique, il expulse l'hôte dangereux: De cette coutume le jongleur retire évidemment le plus grand avantage, car, comme de juste, il ne fait pas ce métier pour rien. Il arrive même très souvent que l'Hani lâche un Serpent dans une habitation et va dire ensuite au propriétaire qu'il sait qu'un reptile est caché dans sa demeure et que, moyennant un prix convenu, il l'en débarrassera.
De curieuses anecdotes ont été à ce propos racontées par Geoffroy-Saint-Hilaire. Voulant savoir si les charmeurs de Serpents étaient oui ou non des imposteurs, Bonaparte ordonna à l’un d’eux d'attirer par son art un Serpent qu’on sayait caché dans les parties basses du palais qu’habitait le général en chef. Geoffroy reçut l’ordre de surveiller étroitement le charmeur ; il le fit déshabiller afin de s'assurer qu’il n’avait aucun Serpent caché sur lui; l'homme ne se sentait évidemment pas àl’aise, car à deux reprises différentes, il s’écria: «Mais s'iln’ya pas de Serpents, que dois-je faire ici?» Il lui fut répondu qu'on lui demandait seulement de faire sortir le Reptile ; onle tranquillisa, du reste, par le don d’une somme d'’argent. Le charmeur se mit alors à l’œuvre et commença par inspecter tous les endroits humides, sifflant tantôt fort et haut, comme le fait le mâle de la Vipère des Pyramides, tantôt . bas et doux, ainsi que le fait la femelle. Après deux heures de vaines recherches, un Serpent se montra. Le Hani, qui jusque-là était anxieux et semblait avoir perdu tout espoir, redressa fièrement la tête en poussant un cri de joie et regarda les assistants comme pourleur faire admirer son habileté.
Bien que de petite taille, l’Z/fa est fort dangereuse, Car elle est excessivement prompte à s'irriter. Dans quelques provinces de l'Inde,
pi