CARÉNÉE
Fig. 230. — L'Échide des sables (1/5° grand. nat.).
notamment dans le Sind, on attribue à l’Afaë
la plupart des cas de mort occasionnés par les Serpents venimeux ; les cultivateurs sont tout particulièrement exposés aux morsures du dangereux Reptile. Pour sa grosseur, l'Zfa est en effet singulièrement hargneuse et paraît être toujours disposée à mordre, l'adversaire fût-il beaucoup plus fort qu'elle. Aussitôt qu'elle se croit menacée, cette Vipère s’enroule, non comme le font les autres Vi pères; mais en courbant son corps deux fois en croissant et dans le milieu de ce croissant elle place la tête, toute prête à mordre. Elle ne reste pas alors un seul instant en repos, se pousse à droite, à gauche et par le frottement des écailles fait entendre un bruit sec et strident sem. blable à celui que produit le Céraste. Tant qu'un homme ou qu'un animal se tient dans son voisinage, elle garde celte attitude agressive, mord toutce qu'on lui présente et peut se projeter à une distance à peu près égale à sa longueur.
Fayrer considère l'Échis comme le Serpent venimeux ayant les mouvements les plus vifs.
Tous les observateurs sont unanimes sur ce |
point, BREnM, — V,
L'action du venin de l'Zfa est très rapide, malgré la faible taille de l'animal ; c’est ainsi qu'une poule meurt généralement en deux minutes et qu'un chien succombe en quatre heures.
Emploi de l’Efa dans les promenades des califes. — Lorsque la procession des pèlerins se prépare à marcher vers la ville du Salut et que le Calife choisi ou le chef des pèlerins fait sa promenade solennelle au Caire, il se trouve généralement des milliers d’individus qui l’accompagnent et le conduisent jusque devant la porte de « la mère du monde ».
Une cérémonie toute particulière a lieu alors. Le Calife, assis sur un magnifique et noble coursier, passe à cheval devant tout le peuple, non pas sur le sol, mais sur une route littéralement pavée d'hommes . Conduit par deux piqueurs richement vêtus, qui marchent également sur le pont humain, l'intelligent coursier s'avance avec précaution; malgré cela, il arrive assez souyent que plusieurs de ces insensés sont blessés par le sabot du cheval, preuve éclatante que le blessé n'est pas encore affermi dans sa foi ; car le vrai croyant n'a rien à craindre.
RepriLes. — 61
LES CROTALIDÉES.
Pendant que s'accomplit le 7us-e/-Chalife, (ainsi est nommée cette pieuse cérémonie), les charmeurs de Serpents prouvent au peuple qu'aujourd'hui encore rien n’est impossible pour Allah.
Un morceau de drap grossier noué autour des reins pour tout vêtement, dansant et sautant, écumant, se démenant comme des pos-
sédés, ces charmeurs trottent devant le défilé, |
le plus souvent sur le pont vivant, frappant du pied les vrais croyants au côté droit. Pendant cette course furibonde, ils saisissent tantôt avec une main, tantôt avec une autre, le sac en cuir placé sur leurs épaules, en tirent des Serpents à poignée, les jettent à droite, à gauche, devant eux, se laissent enlacer les bras ou le cou, posent ces animaux sur leur poitrine, se font mordre ; parfois encore, specta-
cle horrible,undes jongleurscoupe un morceau de Serpent avec ses dents et le mâche ou lui écrase la tête ; toutes ces jongleries sont accompagnées de grands cris au milieu desquels retentit le AZ/ah hou akbar (Dieu est grand). La bouche des malheureux ne tarde pas à se remplir d’un odieux mélange de sang et de bave, le tout pour la plus grande gloir de Dieu et du Prophète !
Les Serpents qui servent le plus ordinairement dans ce pieux spectacle sont des Najas et des Vipères Efa dont on a eu grand soin d’arracher les crochets. Le peuple croit sincèrement que c’est par la puissance du Hani que les Reptiles ne font pas de mal, aussi jette-t-il aux jongleurs beaucoup de menue monnaie; c'est pour la récolte de la recette que le charmeur se montre réellement fort habile.
LES CROTALIDÉES — CROTALIDÆ
Lochottern.
Caractères.— Les Crotalidées se distinguent des Vipéridées par la présence d’une profonde fossetie, située entre l’œil et l’orifice de la narine. Ces Reptiles, comparés aux autres Solénoglyphes, ont, en outre, des formes beaucoup plus sveltes, la queue plus longue. La têle est toujours large, triangulaire, nettement distincte du cou. Les yeux sont grands, la pupille est étroite, verticale.
La fossette lacrymale doit donner aux Crotalidées des sensations probablement en rapport avec la sensibilité, car sur sa paroi se distribuent des filets de la cinquième paire de nerfs ou nerf trijumeau qui, on le sait, innerve les muscles et la peau de la tête chez tous les animaux vertébrés. Ces cavités sont de véritables sinus, se rétrécissant en un canal étroit qui se prolonge obliquement sur la peau de la lèvre et venant se terminer en dessous de l'orbite, dans un cul-de-sac revêtu d’une membrane muqueuse.
Classification. — On admet généralement cinq genres de Crotalidées. Seuls les Crotales ont la queue terminée par un appendice particulier, dit sonnette. La tête est recouverte de plaques chez les Trigonocéphales, tandis qu’on ne voit que des écailles chez les animaux qui composent les genres qu’il nous reste à indiquer.
Les Lachesis ont le dessous de la queue recouvert d'écailles semblables à celles de la partie supérieure. Les écailles du ventre sont carénées chez les Tropidolènes. Les Atroposse distinguent des Botrops en ce que les plaques sourcilières n'existent pas.
Distribution géographique. — Les Crotalidées, dont on connaît environ une quarantaine d’espèces, sont largement représentées dans le sud de l'Asie et dans les deux Amériques, surtout dans la partie sud de l’Amérique du Nord; le groupe manque totalement en Afrique et en Océanie; on n’en connaît que deux espèces dans le nord de l’ancien monde.
De cette distribution, Wallace pense pouvoir tirer la conclusion que les Crotalidées ont pris naissance dans l’Indo-Chine et dans les îles qui géographiquement en dépendent, puis se sont propagées dans le nord de l’Amérique par le nord-est et de là dans l'Amérique
| du Sud. L'introduction de ces animaux dans
cette dernière partie ayant été relativement récente, ces animaux n'ont pas encore eu le temps d'atteindre tout leur développement, si favorables qu'y soient cependant lesconditions pour la vie des reptiles.
Mœurs, habitudes, régime. — Le genre de vie des Crotalidées s'éloigne peu de celui des Vipéridées; ce sont des animaux essentielle-
LES SERPENTS A SONNETTE
ment nocturnes, qui pendant le jour restent cachés dans leurs retraites ou se chauffent paresseusement au soleil. Quelques espèces, dont la livrée indique clairement qu'elles doivent vivre au milieu du feuillage, peuvent grimper sur les arbres, ou sont au moins sur les buissons et se tiennent sur les branches basses; d'autres, telles que le Trigonocéphale piscivore, nagent presque aussi bien que les Couleuvres aquatiques et se nourrissent principalement de poissons; la plupart des Crotalidées ne quittent cependant pas le sol et s’y livrent à la chasse des pelits maz'mifères et des oiseaux.
De même que les Vipères, les Crotalidées font leurs pelits vivants, ceux-ci brisant l'œuf dans lequel ils sont enfermés, immédiatement après la ponte.
Les Crotalidées sont les Serpents venimeux par excellence, et certains d’entre euxexercent de terribles ravages; tel est le Fer-de-lance qui, à la Martinique, a été pour beaucoup dans le non-développement de la culture.