‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 191 sur 276 · LE DOI · texte numérisé non relu

LE DOI

à merveille celte inimitié qui règne entre le cochon et le Serpent à sonnette.

« J'ai vu plus d’une fois de jeunes Indiennes venir demander à des colons un morceau deïard frais ; elles voulaient, disaient-elles, sel’attacher autour des chevilles, pour se préserver de la morsure des Serpents à sonnelte. Dans le sud de l'Orégon, on croit assez généralement que la viande de porc protège contre la piqûre de Crotale; on va même jusqu'à soutenir que cette viande est un remède contre cette piqûre. Ce qui peut être certain, c’est que l’épaisse couche de graisse qui revêt le corps du cochon doit empêcher la pénétration du venin. »

Brehm s'exprime dans le même sens. « Les Serpents à sonnette étaient loin d’être rares autrefois, écrit-il, dans le comté de Milwaukee, mais ils ont aujourd'hui presque entièrement disparu, grâce à la guerre acharnée qui leur a été faite par les hommes et par les cochons. Bien que l’on ait trouvé quelques Crotales à Neukolm, je n'ai jamais pu réussir à rencontrer un seul de ces animaux, bien que pendant cinq années j'aie parcouru le comté dans tous les sens, à travers-bois, champs et marais. »

Le cochon n’est pas le seul animal redoutable pour le Serpent à sonnette ; il faut encore citer la belette et surtout le blaireau noir des forêts. On prétend que le busard attaque

sent détruire les jeunes Serpents.

Le plus grand destructeur du Crotale est certainement l'homme, qui partout lui fait une

sait le Serpent mutilé poursuivre son chemin :; il ne fut jamais mordu.

«Les Sioux, les Dakotahs ou les Nadoweïssiou ne tuent jamais le Serpent à sonnette; bien au contraire, ils regardent comme un présage favorable sa rencontre. En raison de cet hommage qu'ils rendent aux Serpents, les Dakotahs ont reçu de leurs ennemis le surnom de

| Nadoweissiou, ce qui signifie Serpent à sonnette.

Le nom de Sioux n’est que l’abrégé du même nom. Aucune autre tribu indienne ne respecte le Crotale, pas même les Indiens Serpents ou Schaschonies. »

Rorsure du €rotale, action du venin. — La morsure du Serpent à sonnette est toujours très dangereuse, les crochets étant grands, fort acérés et pouvant percer même un épais

| vêlement. « Ce Serpent, dit Geyer, mord avec

une force qu'on n’altendrait pas de lui. Après m'être assuré que le Crotalene peut pas sauter, je me suis donné la satisfaction de le faire

| mordre. J'ai vu que les crochets ne se brisent

pas aussi facilement qu’on le dit communément; j'ai pu faire mordre des Serpents à sonnette dans un morceau de bois et les soulever ainsi; si l'animal lâche prise, alors il

| s’empresse de mordre de nouveau. Un grand

Serpent à sonnette de près de 2 mètres de long, pourvu de 12 grelots à la queue, mordit

| jusqu’à trente fois un bâton de 3 centimèégalement le Crotale; certains faucons parais- |

tres d'épaisseur que je lui présentai ; au point mordu il arracha l'écorce jusqu'à l’aubier;

plus on l’excitait à mordre et plus le Serpent

guerre acharnée, surtout dans les contrées en |

défrichement. Castelnau assure qu’en un seul jour on tua jusqu’à quatre cents Serpents à sonnette dans les parages du lac Georges.

Geyer rapporte que les Crotales morts d'une manière quelconque ne sont la proie d’aucun animal de forte taille, et que seul un coléoptère

de couleur cendrée se nourrit de son cadavre. |

« L'habitant primitif de l'Amérique du Sud, continue Geyer, craint beaucoup plus que l’homme blanc le Serpent à sonnette. On voit souvent des blancs qui saisissent avec la main

ce terrible animal, et cela sans crainte d’être |

mordus. Un des fils du célèbre général Clak, qui faisait partie de notre caravane, dans les | montagnes Rocheuses, avait la poche toute remplie de grelots de Crotale. Aussitôt qu'il apercevait un de ces animaux, il courait après lui, lui mettait le pied gauche sur la tête, lui arrachait la sonnette de la main droite, et lais-

devenait furieux ; il mordait d'une manière continue jusqu'à ce que, épuisé, il finit par s'enfuir, la crainte ayant fait place à la rage. «Une autre fois j'étais dans les prairies du Missouri; un taureau en fureur s’avançait sur moi; au moment où la bête fondait, je détournai de côté la tête de mon cheval et le lançai au petit galop. Le taureau glissa tout près de moi et tomba dans des broussailles

| basses ; lorsqu'il se releva je vis qu'il avait un

gros Serpent à sonnette suspendu en arrière des mâchoires. Je poursuivis alors le taureau. Celui-ci décrivit un grand arc et pénétra dans un enclos de pommiers, et se mêla au reste du | troupeau. Au bout de quelques minutes, ayant

mis pied à terre pour voir ce qui allait se pas-

ser, je vis que le taureau penchait la tête du côté opposé à la blessure et qu'il tremblait depuis le genou jusqu’au paturon. Le Serpent avait quitté sa victime ; le point mordu avait enflé jusqu’à l'oreille. Tout ce que je viens de

LE DURISSE.

raconter se passait entre 9 et 10 heures du matin. Le lendemain, je revins vers 4 heures de l'après-midi; je trouvai la bête à cornes encore au même endroit, la bouche ouverte, sèche, la langue enflée, pendante, couverte de terre, car l’animal avait fourré le mufle dans un trou assez profond creusé près de lui. La blessure suppurait et était couverte de mouches. Comme il n’y avait aucune habitation dans le voisinage, je ne pouvais rien faire

pour la pauvre bête ; je coupai cependant une | brassée d’herhes, que je plongeai dans l’eau |

et que je lui mis devant la bouche.

«L’activilé du venin se manifeste très différermment suivant que le Serpent est plus ou moins excité. La morsure est moins redoutable par un temps humide et frais ; elle est surtout terrible pendant les grandes chaleurs du mois d'août et alors que] le Reptile vient de quitter ses quartiers d'hiver. En plein été le Serpent à sonnelte est tout particulièrement dangereux; il est alors dans sa plus grande activité et, bataïlleur, s’avance contre vous souvent pendant l’espace de plusieurs pas, en faisant retentir ses grelots. Chez les Spokans, un jeune Indien avait été mordu par un Crotale pendant cette saison. Tous les remèdes que connaissent les Indiens avaient inutilement été administrés ; ce fut en vain. Le pauvre garçon était horrible à voir ; la gangrène avait mis à nu les os du membre mordu et on le vit littéralement tomber en pourriture. Les blessures exhalaient ure odeur si infecte que c’est à peine si on pouvait s’approcher. Six semaines après la morsure, le malheureux était mort.

« Les Indiens ne possèdent aucun remède certain contre la terrible morsure du Serpent à sonnette ; ils administrent cependant les racines de quelques plantes, telles que l’Aristoloche serpentante, le Prexanthes serpentant, les Échinacées pourprée, sérotine, à feuilles étroites, l'Éryngie aquatique. Les Indiens, s'ils sont mordus, mâchent les racines de ces plantes. Les chasseurs brûlent de la poudre de chasse légèrement humide sur la blessure et font prendre au patient un breuvage dans lequel se trouve une bonne charge de poudre. »

Dans tous les États-Unis on fait prendre aujourd'hui de l’eau -de-vie à haute dose aux blessés. « En septembre 1820, raconte Mayrand, j'entendis un soir un cri perçant poussé par une femme ; je fus appelé quelques instants après et informé que l'esclave Esser

pendant gardée.

avait été mordu par un Serpent à sonnette et se mourait. Je trouvai le malheureux inanimé, les dents serrées, le pouls irrégulier et à peine perceptible. J'avais entendu parler du bon effet produit en pareil cas par les boissons alcooliques et me déterminai à faire usage des excitants les plus énergiques que j'avais sous la main. Je mélangeai une cuillerée à café de poivre espagnol finement moulu avec un verre d’eau-de-vie et versai le tout dans la bouche du blessé. Les quatre premières doses de ce mélange furent rejetées ; la cinquième fut ce- Après l’administration de quatre à cinq verres d’eau-de-vie poivrée, le pouls se releva, mais il retombait cependant rapidement aussitôt que l’on cessait le médicament. Bien que je craignisse que la dose que je donnais püt avoir de graves conséquences, je dus cependant continuer, car le pouls retombait aussitôt que je cessais les excitants. Après avoir pris près d’un litre d’eau-de-vie poivrée, le blessé recouvra l’usage de la parole; deux heures après son état s'était à ce point amélioré que je pus le quitter. Le lendemain matin, les forces n'étaient pas encore revenues. Je continuai à lui faire prendre d'heure en heure de l’esprit de corne de cerf à dose modérée et conseillai une nourriture substantielle. Le blessé prit en vingt-quatre heures encore près de deux litres d’eau-de vie. Le point blessé se gangrena. La guérison se produisit cependant ; je faisais laver la blessure avec une décoction d’écorce de rouvre et fis mettre des compressesimbibées de lamême décoclion.

«Un an plus tard, je fus appelé la nuit pour

| soigner un nègre qui avait été mordu par un

Serpent à sonnette. Il ressentait une grande douleur dans la poitrine et était pris de vomissements bilieux. On lui donna de l’eau-de-vie dans laquelle avait macéré du poivre vert, jusqu'à ce que le pouls se relevât. Le blessé se trouva sensiblement mieux après avoir avalé six verres du mélange ; douze heures après le commencement du traitement il pouvait être considéré comme hors de danger. Le blessé avait à peu près ingurgité un litre d’eau-de-vie poivrée.

« Un de mes amis m'a raconté qu’un individu en état absolu d'ivresse, étant sorti de chez lui, était tombé à terre et avait été mordu par un Serpent à sonnette; on le reporla comme mort chez lui ; il ne ressentit aucun effet de la blessure reçue; l'alcool avait sans doute

LE DURISSE.

empèché l’action du venin de se produire. »

Le venin du Serpent à sonnette tue presque instantanément les petits animaux. Hall a vu un poulet mordu mourir en 8 minutes, un autre en 7 ; d’autres, blessés par des Serpents venant de mordre, n’ont succombé qu’au bout de plusieurs heures. D'après Weir Mitchell la mort survient chez le lapin au bout de 3 à 15 minutes; certains individus ont résisté jusqu'à deux jours. Les chiens vivent plus longtemps, et plusieurs de ceux qui avaient été mordus ne sont pas morts ; les autres ont succombé dans

l’espace de 3, de 5, de 20 heures; d’autres

tombent, pour ne plus se relever, quelques minutes après la blessure. Les bœufs et les chevaux, malgré leur volume, sont assez rapidement tués. Sur seize cas de morsures sur l'homme, Weir Mitchell a vu la mort survenir quatre fois, malgré un traitement approprié.

Halm a fait les observations suivantes : un Crotale long de 4 pieds fut attaché à un pieu et on lui fit mordre successivement plusieurs animaux. Un premier chien blessé périt après 15 minutes ; un second après 2 heures et un troisième au bout de 3 heures. Après quatre jours de repos, le même Serpent piqua successivement un premier chien, qui ne vécut que 30 secondes, puis un autre qui succomba au bout de 4 minutes seulement. Trois jours après on lui fit mordre une grenouille qui périt au bout de 2 secondes, un poulet qui ne

survécut à sa blessure que pendant 8 minutes, | | plus ou moins rapproché, le Serpent sonnait

un amphisbène qui mourut après 8 minutes. Halm ajoute que le Serpent surexcité se mordit lui-même et ne vécut plus que 12 minutes.

Captivité. — Les Serpents à sonnette se font assez rapidement à la captivité, surtout si leur cage est suffisamment grande.

Parfois cependant ces animaux refusent toute nourriture pendant longtemps ; c’est ainsi qu'un Crotale conservé à laménagerie du Muséum de Parisresta vingt-deux mois dans un état d’abstinence absolu ; Duméril, qui relate le fait, ajoute que «l’on ignorait depuis combien de temps il avait été privé d'aliments, étant en captivitéet nontransportéen France; mais on savait positivement qu'il était resté trois meis sans manger entre les mains du vendeur. C'était un Crotale durisse. Il avait été introduit dans la ménagerie des Reptiles le 28 août 1839; il est resté depuis cette époque jusqu’au 30 maï 1841, sans vouloir se jeter sur la nourriture qu'on lui offrait, mais depuis

celte époque jusqu'au mois d'août 1843, ila mangé six ou huit fois par mois, ce qui l'a fait beaucoup grossir. Il a vécu jusque vers la fin de l’année1851, c'est-à-dire pendant douze ans. D’autres individus n'ont pris leur nourriture que dix à vingt-deux fois et même souvent moins dans le courant d’une année. »

Brehm raconte également avoir conservé pendant sept mois un Serpent à sonnette sans que celui-ci prît aucune nourriture; il tuait cependant, en les empoisonnant, tous les ani maux qu'on lui présentait. Pendant ce temps de jeûne, le Serpent but fréquemment, mais plusieurs fois et après chaque mue il se montrait plus irrité et plus prêt à mordre qu'auparavant. Dès le moment où il se décida à manger, il le fit régulièrement, de telle sorte qu'au bout de deux mois il avait repris son embonpoint normal. « J'ai vu, dit Brehm, dans cette circonstance comme dans plusieurs autres, combien est paresseux le Serpent à sonnette. Je mis dans la cage de mes Serpents des rats que je faisais nourrir jusqu’à ce qu'ils fussent tués par les Crotales. Le bruit de crécelle du Serpent excitait vivement la curiosité de mes rats, mais n'avait pas l'air de les effrayer le moins du monde. Les rats couraient sur les Serpents, sautaient sur leur dos et ne redoutaient nullement la colère des Reptiles, colère qui parfois était poussée si loin qu'ils sonnaient pendant des heures entières, tout prêts. à fondre sur l’ennemi; suivant que le rat était

plus ou moins fort. Comme un matin je m'approchai de la cage, un des Serpents, qui saluait régulièrement mon arrivée par un bruit strident, ne bougeait plus; il était étendu tout de son long contre le plancher de la cage; vers midi le Serpent était noir, et on remarqua qu'il avait succombé à une large et profonde morsure ; un rat avait tout simplement attaqué et mis à mort le terrible Reptile. Effeld, qui avait vu souvent la même chose se produire, avait cependant bien eu le soin de mn prévenir et de me conseiller de neiaam se donner à des Serpents à sonnette des rats je pleine santé, car ceux-ci attaquent et tuent fréquemment les Reptiles. »

Au commencement de la captivité, les Crotales sont irritables au plus haut point; on ne peut faire de bruit près d'eux, on ne peut s'approcher de leur cage, sans qu'ils se mettent sur la défensive et sonnent avec rage. Le mieux en pareil cas, si on veut les

conserver, est de les exciter le moins possible

et de blanchir les carreaux de la cage jusqu'à une certaine hauteur pour qu'ils ne puissent voir le public. Peu à peu la méchanceté du Crotale diminue; dès qu’il a commencé à se nourrir, il devient généralement moins féroce et se jette moins contre son gardien.

Les Crotales, même d'espèce différente, ne montrent jamais entre eux le moindre signe d'inimitié. « Trente-six Serpents à sonnette, dit Mitchell, que je mis dans une même cage, vécurent en paix parfaite, même lorsqu'on jetait au milieu d'eux un animal de leur espèce; si l’on plaçait dans la cage un lapin, un pigeon, ils étaient tous surexcités au même instant et se meltaient tous à sonner. Par un temps chaud, alors qu’ils ont toute leur activité, ils sont enroulés en pelotons, pêle-mêle; ils ne sont ainsi engourdis qu’en apparence, car c’est avec une extrême rapidité qu'ils se lancent, tout prêts à mordre. »

Un certain Néale, qui avait gardé pendant longlemps des Serpents à sonnette, arriva à penser qu'ils pouvaient être apprivoisés; il affirmait que la musique possède une action sur ces animaux et assurait que, par de douces caresses, on parvenait à tranquilliser les plus furibonds. Cet homme aurait osé exposer des Serpents à sonnette réellement apprivoisés.

« Leur docilité est si grande, dit un témoin, que Néale, après avoir parlé aux Serpents et les avoir caressés avec la main, les manipulait comme s'ils eussent été des cordes. Il prend un de ces Serpents, le laisse grimper sur lui, s’enrouler autour de son cou, l’embrasse, puis en prend un second. Les terribles animaux paraissen avoir un réel attachement pour leur maître. Celui-ci ouvre la gueule des Serpents et montre que les crochels venimeux sont très développés. Néale manie ses Serpents avec d'autant moins de crainte qu'il sait posséder un moyen efficace contre leur morsure ; il ne fait, du reste, aucun secret de ce moyen. On doit, assure-t-il, se laver tout d’abord la bouche avec de l'huile chaude, puis sucer la blessure, et boire une infusion de racine de serpentaire jusqu’à ce que les vomissements se produisent abon-

damment; on n’a alors plus rien à redou- | | quira ou Cascavella, ressemble en beaucoup

ter. »

LE CASCAVELLA.

Il n’est point impossible que par des soins . appropriés et avec beaucoup de patience on |

parvienne à rendre moins féroces les Serpents à sonnette; il n’en est pas moins vrai que ce

sont toujours des animaux extrêmement dangereux dont il faut constamment se défier.

LE RHOMBIFÈRE. — CROTALUS ADIMANTEUS.

Demantlapperschlange.

Caractères. — Le Crotale rhombifère ou Crotale diamantin est l'espèce de Crotale qui atteint la plus grande taille, car les femelles de 2,30 de long ne sont pas des raretés dans les collections. Cette espèce se distingue du Crotale durisse par sa tête très grande et allongée, par trois rangées de plaques au museau, au lieu de deux, et par la coloration.

La tête est triangulaire, mais arrondie en avant, revêlue de plaques dans sa partie antérieure, puis écailleuse sur le vertex. La plaque rostrale est petite, de forme triangulaire. Le cou est remarquablement mince et contracté. Le corps est allongé, très épais, ainsi que la queue. Les écailles qui revêtent le tronc sont fortement carénées.

La couleur est de toule beauté au moment où l’animal vient de muer. Le dos est d’un beau vert brunâtre tournant au vert doré chez certains individus. Sur ce fond se détachent, ainsi qu’on le voit sur l’exemplaire représenté au second plan de la figure 334, une série de losanges d’un brun sombre, se reliant entre eux, de manière à former une ligne continue; les bords de ces grandes taches sont rehaussés par une bordure jaune d’or. Une bande de même couleur s’étend de l'extrémité du museau à l’angle de la bouche. Sur le dessus de la tête se voient de larges marbrures brunes ou noires.

Distribution géographique. — Le Crotale diamantin habite principalement le sud-est des États-Unis et abonde à l’est de la Floride, dans la Caroline du Sud et aux environs de Mexico. Jan, qui rapporte à celte espèce les Crotalus atrox, sonoriensis, lucifer et confluentus, la signale dans la Sonora, le Nouveau- Mexique, le Texas, le Kansas, le Nébraska.

LE CASCAVELLA.— CROTALUS HORRIDUS.

Schauertlupperschlange.

Caractères. — Le Crotale horrible, Boï-

de points à l'espèce précédemment décrite, mais s’en dislingue par la coloration, ainsi que l'ont bien vu Holbrook, Duméril et Bibron.

« Ainsi, disent ces derniers auteurs, l'Horri-

LE CGASCAVELLA.

ble a une bande transversale noire surle devant de la tête, couvrant l'extrémité antérieure des plaques sus-orbitaires; derrière cette bande, on en voit une autre également transversale,

blanchâtre, s'étendant jusque sur la partie

moyenne de ces plaques. Depuis l'œil, et à

partir de l'extrémité postérieure de ces sus- | oculaires, on voit commencer une ligne noire |

qui se prolonge sur l’occiput, sur le cou et sur le dos, dans une étendue égale environ au cinquième de la longueur totale du Serpent.

Ces raies occupent à peu près la largeur de deux écailles et demie. Une autre raie plus étroite, de la même longueur et également noire, longe en dehors, el en dessous d’un espace clair, chacune de celles dont il vient d’ètre question, et elle surmonte elle-même une ligne interrompue et ponctuée qui lui est parallèle et inférieure.

« Le Crotale adamantin ou rhombifère n’a d’autres marques sur la tête qu’une teinte noïrâtre générale des plaques de l'extrémité antérieure. De plus, ses taches rhomboïdales, au lieu de commencer seulement au delà du premier cinquième du tronc, sont visibles dès l'occiput.

«Outre ces différences, qui sont déjà bien importantes, car elles sont constantes, il y en a dans les plaques du museau, qui sont de formes différentes, et en particulier les nasales de l’Horrible sont plus petites. Toutes les écailles de la tête, des tempes, des lèvres, sont, chez ce dernier, plus bombées, plus saillantes que chez le Rhombifère, dont les écailles antérieures du museau sont à peine carénées.

« Ajoutez enfin que les rhombes de l'Horrible sont plutôt indiqués par de larges ban-

des noires disposées de facon à former un |

périmètre losangique circonscrivant un espace plus clair de la couleur du fond, qu’ils n’ont

point, comme chez le Crotale rhombifère, de |

grandes taches noires de forme rhomboi-

dale (1). »

Distribution géographique et habifat. — |

Le Cascavella est une espèce beaucoup plus méridionale que celles que nous venons de décrire. « Ce Crotale, dit de Neuwied, se trouve sur la plus grande parlie du nord de l'Amérique du Sud; on le rencontre dans Minas Geraës, et au nord jusqu'aux Guyanes et au Maranôn. » Azara, Burmeister et Hensel

(1) Duméril et Bibron, Ærpétologie générale, t, VII, p. 1415.

nous apprennent que l'espèce se trouve dans la Plata; Schomburgk nous dit qu'elle se trouve également aux Guyanes et au Brésil.

« Le Cascavella, ajoute de Neuwied, se tient de préférence dans les contrées sèches et pierreuses du Sertoug, sur les chemins rocailleux, dans les terres incultes, au milieu des broussailles épineuses. » Tschudi rapporte qu’au Pérou on trouve surtout ce Crotale dans la région froide du Campos, plutôt que dans les forêts torrides. D’après Hensel, le Cascavella est dans Rio Grande del Sur, plus rare que deux autres espèces, le Surukuku et le Schararaka ; il est cependant abondant au voisinage de la colonie de Santa-Cruz et se tient de préférence dans les endroits découverts, gazonnés, entourés de haies ou de rochers.

Dans les Guyanes, il vit dans les savanes et les broussailles basses; il remonte jusqu’à 2,000 mètres au-dessus de la mer et, comme au Brésil, fait défaut dans les forêts qui bordent les côtes.

Mœurs, habitudes, régime. — Pendant le jour on rencontre le Cascavella à l'état de repos; il est enroulé sur lui-même paresseusement etne mord que si l’on s'approche tout près de lui; il ne fait pas entendre un bruit à beaucoup près aussi strident que le Crotale durisse, aussi peut-il passer pour plus dangereux, car on est averli de sa présence moins longtemps à l'avance.

« Souvent, écrit Schomburgk, je me suis approché du Cascavella où Marako jusqu'à une distance de 2 mètres, et j'ai bien pu l’observer au repos. Le Serpent pendant tout ce temps ne me perdait pas de vue, bien qu'il ne manifestât aucune intention hostile à mon égard. Gependant la moindre excitation, l’approche brusque, mettent l'animal en fureur.

Se roulant en spirale, soulevant la tête et le cou, ouvrant largement la gueule et poussant un sifflement tout à fait particulier, il regarde tout autour de lui, attendant le bon moment pour mordre ; il manque rarement son but, et ses dents venimeuses sont siacérées qu'elles percent les vêtements les plus épais et les bottes les plus fortes. Le bruit que l'animal fait avec sa queue est peu retentissant et s'entend à peine. »

Certains voyageurs ont dit que le Cascavella sonne {rois fois pour avertir avant de se jeter sur son ennemi ; ceci est de pure fantaisie; le Serpentne sonne pas toujours avant de mordre,

Ce Crotale, comme ses congénères, se nourrit

LE CASCAVELLA.

DANRMARET : ©

AL Pine se

Fig. 333 et 334. — Le Cascayella et le Rhombifère (1/10e grand. nat.).

de pelits mammifères et d'oiseaux, chaque fois | qu'il peul s'emparer de ceux-ci.

Gardner nous apprend que, sur la côle ouest de Rio-de-Janeiro, il entendit une fois, en traversant une forêt, un bruit étrange. Son guide lui dit que ce bruit provenait de Serpents à sonnette. Tous deux montèrent sur un arbre et virent une vingtaine de ces Reptiles entortillés en pelote et enchevétrés les uns dans les autres ; ils sifflaient et agitaient leurs grelots. Avec sa carabine à deux coups, Gardner tua treize de ces animaux et en blessa ensuite grièvement plusieurs à coups de bâton.

Morsure, action du venin, — Nous devons à Schomburgk des renseignements précis sur la morsure du Cascavella. « Le soleil approchait de l'horizon, dit ce voyageur, et un de mes hommes, Esselamaipu, n’était pas encore revenu; nous n’en avions pas plutôt fait la remarque, que nous vimes un autre Indien accourir vers nous. Ceci était le signe certain qu'il ayait à nous communiquer une nouvelle des plus importantes, car, dans ces régions, l'Indien ne marche jamais vers un village qu'à | pas comptés. Nousne nous trompions pas dans | nos prévisions. L'Indien avait trouvé Ussetamaipu couché inanimé dans la savane ; il avait

BREuM. — V,

été mordu par un Serpent à sonnette. Nous courûüines de suite à l’endroit où gisait le malheureux, que nous trouvâmes sans connaissance. L'Indien avait bandé sa blessure avec des lanières provenant de son haut-de-chausses et largement incisé la plaie avec son couteau; cette blessure était située au-dessus de la cheville. Le membre était fort tuméfié ; les spasmes les plus violents agitaient tout le corps du blessé, dont les traits étaient contractés à ce point qu’il était réellement méconnaissable.

Lorsque le pauvre Essetamaipu avait traversé la savane, il avait marché par mégarde sur un Cascavella; après avoir tué le Serpent, le malheureux avait élargi sa blessure et l'avait pausée avec ce sang-froid particulier aux Indiens. Comme l'accident était arrivé dans la haute savane, il s'était traîné avec peine près du sentier, espérant qu'on l'y trouverait, puis était tombé sans connaissance. Lorsque les habitants de Pirara nous virent accourir, près de la moitié de la population du village, qui avait déjà appris le malheur, nous avait suivis; tous s’accroupirent silencieux à quelque distance du blessé, pendant que sa femme et ses enfants faisaient entendre des cris déchirants. À en juger par le sang qui s'élail écoulé BEPTiLes. — 63

LE CASCGAVELLA.

de la plaie et quis'était coagulé, l'accident . devait remonter à plusieurs heures; sucer ou cautériser la plaie dans de pareilles conditions était absolument inutile; nous nous contentàmes de laver la blessure avec de l'ammoniaque; nous fimes également boire de l'eau ammoniacale au malheureux, toujours inanimé.

Sous l’action de ce médicament, la syncope cessa et notre Indien revint à lui; il se plaignait de violentes douleurs dans la poitrine, dans l’aisselle, ainsi que de tiraillements dans le dos et dans les membres. Essetamaipu fut placé dans un hamac et porté à Pirara. Le membre resta enflé pendant plusieurs jours, il formait une masse informe; le blessé éprouvait des douleurs intolérables par le plus léger mouvement. L’enflure et les douleurs cessèrent peu à peu par l'application de pains de tapioca chaud et ramolli. Cinq semaines après la blessure, celle-ci se ferma et l’Indien put recommencer à se servir du membre.»

Tschudi, dans ses Voyages dans l'Amérique du Sud, parus en 1867, rapporte une aventure qui fit grand bruit à Rio-de-Janeiro, aven-

ture arrivée quelques années auparavant. Un |

nommé Mariano José Machado, atteint d’éléphantiasis depuis des années, après être inutilement resté quatre années dans les hôpitaux de la capitale, se décida à employer n'importe quelle médication pour se débarrasser de sa terrible et hideuse maladie. Dans certaines parties du Brésil, la croyance populaire attribue à la morsure des serpents venimeux le pouvoir de guérir radicalement la lèpre. Machado ayant su qu’un Serpent à sonnette vivant se trouvait dans Rio-de-Janeiro, manifesta sa ferme volonté de se faire mordre par le Reptile. En vain ses parents et plusieurs médecins cherchèrent-ils à détourner le malheureux de ce projet téméraire. Dégoûté de la vie, il resta insensible à toutes les remontrances, à toutesles prières qui lui furent faites. Accompagné de plusieurs’ personnes, parmi lesquelles se trouvaient des médecins, Machado se rendit à la maison où se trouvait le Crotale; il signa et fit signer par tous les témoins un acte dans lequel il déclarait solennellement que c'était de son plein gré qu'il voulait se faire mordre, que personne ne l’avait poussé à cet acte, dont il assumait seul toutes les conséquences, quelles qu’elles fussent.

Machado était un homme de moyenne taille, âgé d'environ cinquante ans. Tout son corps

était couvert de points d’éléphantiasisme des plus caractérisés; sur les membres se trouvaient des tubercules agglomérés en masses, d’où l'épidermese détachait avecla plus grande facilité; le visage du malheureux était informe et tout défiguré.

Après avoir signé l'acte dont nous venons de parler, Machado mit sans hésiter la main dans la cage du terrible Serpent. L'animal se recula craintivement. Le malade le prit alors entre les mains, maïs le Serpent dardait seulement sa langue ; c’est seulement après avoir été excité et tourmenté par le malheureux, qu'il se décida à mordre à la racine du petit doigt. Machado ne sentit pas la blessure. Ceci se passait à 11 heures 50 minules du matin.

On remarqua de suite une légère enflure au point mordu; cinq minutes après, la main se mit à enfler et le blessé ressentit dans le membre une sensation de froid toute particulière. Vers midi 20 minutes, l’enflure avait déjà gagné l’aisselle. Le blessé avait de fréquentes convulsions. À À heure 20 minutes, on remarqua que tout le corps tremblait,; 26 minutes après, les lèvres bougeaient à peine, et Machado avait une envie irrésistible de dormir. À 2 heures 5 minutes, la déglutition était devenue difficile, la parole indistincte ; le blessé se plaignait d’une sensation d'angoisse indicible, une sueur abondante l'inondait.

Trente minutes plus tard, l'inquiétude avait alteint un degré extrême; des vertiges se produisirent; des saignements par le nez eurent lieu ; les douleurs dansle bras étaient devenues si violentes, que Machado poussait des cris involontaires. À 3 heures 35 minutes, apparut sur tout le corps une coloration ictérique et ilse produisit des pustules qui bientôt saignèrent. Le malade était tourmenté par la soif, aussi but-il de l’eau et du vin. Le pouls qui, à 2 heures, baltait 98 pulsations, s’éleva alors à 104 par minute. Vers 7 heures, le blessé se plaignit de violentes douleurs dans la poitrine, de constriction de la gorge. Le malheureux consentit seulement alors à être soigné ; aussi, vers 10 heures du soir, prit-il trois cuillerées d’infusion de huaco (Wikania huaco), dose qui fut répétée une heure après. Douze heures après, le malheureux était tombé dans la plus profonde prostration; il était agité de violents mouvements convulsifs. A 10 heures 30 minutes, c’est-à-dire après un peu moins de vingt-quatre heures, Machado expirait.

Sigaud rapporte également l’histoire d'un

LE CASCAVELLA.

lépreux qui succomba après s'être fait mordre par un Crotale. Saffray parle aussi d'un individu qui faillit mourir du remède, mais ne fut nullement guéri de sa lèpre.

« Si l’on conjure, par des moyens appropriés, l'action du venin, dit Scomburgk, le blessé n’en ressent pas moins pendant toute sa vie les effets du venin; il y succombe souvent plusieurs années après.

« Outre l'élargissement de la plaie, la succion, l'emploi du suc frais de la canne à sucre, chaque tribu possède certains moyens contre la morsure des Serpents à sonnette. C’est ainsi que chez cerlaines tribus, si l’on veut sauver le blessé, niles enfants, ni les parents, ni les personnes qui habitent avec lui ne doivent boire de l’eau, ni s'approcher même de l’eau tant qu'il n’est pas rétabli ; la chose est seulement permise à sa femme ; on ne peut calmer sa soif qu'avec le jus de citrouilles; le blessé ne peut prendre que des fruits de bane rôtis. D'autres tribus emploient le suc exprimé des feuilles de Dracuntium dubium ; d'autres, la Byrsonia crassifolia, la Mourerla, la Quebitea guianensis. Il est rare cependant que les blessés réchappent, pour peu qu'ils soient affaiblis. »

Tschudi ne doute nullement que les Indiens, qui sont si exposés à être mordus dans leurs courses à travers la forêt, ne possèdent des antidotes certains contre la morsure du terrible Crotale. « Il est notoire, dit-il, que les Indiens de la Colombie et du Pérou possèdent dans la plante grimpante bejuco de huaco (Mikania huaco) un remède contre la morsure des Serpents venimeux. »

Le prince Maximilien de Neuvwied fait remarquer que les Brésiliens connaissent certainement quelques plantes qui, dans le cas de morsure, sont appliquées à l'extérieur et administrées à l’intérieur ; dans ce cas, elles amènent de larges sudations. Telles sont une sorte d'aristoloche et une bigonia, le jaborandi.

Ce voyageur cite plusieurs cas de guérison à la suite de l'emploi de ces plantes. « Un jeune Puri, dit-il, ayant été mordu, on cautérisa la plaie avec de la poudre de chasse et on luifit prendre de l’eau-de-vie. L'endroit mordu était fort enflé. Un montagnard qui avait assisté à l'accident apporta deux racines dans l'emploi desquelles il avait pleine confiance. L'une de ces racines élait spongieuse et sans goût particulier, aussi fut-elle rejetée. On prépara une forte infusion avec l’autre racine, qui était très amère et qui semblait être une racine d’aris-

toloche. Le pied et la jambe avaient fortement enflé ; toutes ces parties étaient tellement sensibles que l’Indien criait et pleurait au moindre attouchement. Le sang coulait de la blessure, qui fut saupoudrée avec de la racine de Plumeria obovata et pansée avec les feuilles de cette même plante.

«Dansles environs de Rio-de-Janeiro, Sellow trouva un jour un nègre qui avait été mordu par un Serpent; son visage était enflé; il respirait avec peine et avait eu des hémorrhagies parle nez, la bouche et les oreilles. Le traitement consista dans l’ingurgitation de la graisse d’un gros téju (le sauvegarde) et d'une infusion de Verbena, qui amena une abon-

.dante transpiration. »

Les Indiens et les noirs affirment que la morsure du Serpent à sonnelte est extrêmement dangereuse lorsque la femelle est pleine, que le temps est à l'orage ou que la lune va changer; ils racontent également que le Reptile crache son venin avant de boire, qu'un individu mordu doit par-dessus tout éviter de rencontrer les regards d’une femme, et autres choses pareilles.

Ils prétendent également que le venin du Crotale conserve longtemps, pour ainsi dire infiniment, son action. On connaît l’histoire d’un homme qui fut mordu à la jambe par un Crotale et mourut; sa veuve se remaria peu de temps après, et le nouvel époux, ayant trouvé une superbe paire de bottes dans la garderobe du défunt, s’empressa de la mettre; dès le lendemain il laissait une veuve inconsolable, qui convola en troisièmes noces. Le troisième mari étant mort à son tour, on constata alors que la dent du Crotale s'était cassée et était restée implantée dans les tiges de la botte ; les deux malheureux qui avaient hérité de la défroque du premier défunt s'étaient successivement piqués à ce crochet, qui faisait saillie à l’intérieur. Cette histoire doit sans doute être considérée comme apocryphe.

L'action prolongée de l'alcool semble neutraliser l’action du venin, pour les pièces qui se trouvent dans les collections. Duvernoy ayant pris avec une lancette un peu de venin d'un Crotale conservé dans l'alcool et l'ayant introduit sous la peau de l'oreille d'un lapin, il n’en résulta aucun accident. Paul Gervais a piqué avec une tête desséchée de Crotale un jeune chien, sans produire aucun phénomène toxique. On ne saurait trop conseiller cependant aux personnes qui manient de pareilles

pièces de ne le faire qu'avec la plus grande précaution.

Viaud Grand-Marais assure « qu'il est de croyance générale dans une grande partie de l'Amérique du Sud, que l’on peut se préserver des morsures des Serpenis par une inoculation spéciale. Cette inoculation varie dans ses procédés.

« Les Curados de Colubras de la côte orientale du Mexique la font, raconte Jacolot, à l’aide d’un crochet de Crotalien, qui leur sert plusieurs années de suite, et administrent à leur patient des infusions alcooliques de Dorstenia, en aussi grande abondance que le permet la tolérance de son estomac. A la Guyane, les inoculistes n'emploient pas nécessairement de crochet et se bornent souvent à des incisions superficielles, qu'ils frottent avec le suc de certaines plantes. Ils font prendre en même temps ce suc dans du tafa.

L'effet moral est excellent, et les inoculés redoutent moins le travail dans les champs de cannes et les bois. S'il y a une préservation réelle, elle ne peut être due qu'aux plantes et non au venin, car les inoculations ne sont venimeuses que de nom.

« À la Colombie, on inocule le suc de Wikanie quaco. Les incisions longues et superficielles sont faites aux mains et à la poitrine et frottées avec du Guaco frais, et l'on prend d'autre part une cuillerée dejus de cette plante trois matins de suite. Ceux auxquels répugne ce moyen radical se bornent à avaler ce liquide à la dose de 15 grammes chaque matin, avant d'aller aux champs. »

Usages. — Dans l'Amérique du Sud, personne, pas même l’Indien, ne mange le Cro-

tale ; lorsque par hasard on peut se procurer |

la sonnette de l’un de ces ainimaux, on la garde précieusement, parce que, d’après de Neuwied, elle est regardée comme un spécifque contre toutes sortes de maux.

Les nègres de l'Amérique du Sud conservent

souvent des Serpents venimeux. « L'art d’'ap- |

privoiser ces animaux, dit Schomburgk, paraît avoir élé apporté d'Afrique. Les nègres savent dresser ces dangereux Reptiles, de telle sorte qu’ils peuvent les enlacer sans danger autour de leurs bras. »

LES LACHESIS — LACHESIS Lachesischlangen.

Caractères, — Lachesis était le nom de l’une

LE SURUCUCU.

des Parques, filles de la Nuit ; c'était elle qui plaçait le fil sur le fuseau et de laquelle dépendait le sort des humains (4).

Ce nom a été appliqué par Daudin à des animaux qui présentent tous les caractères essentiels des Crotales ; au lieu de la sonnette, ils portent à la queue dix ou douze rangées d’écailles épineuses et un peu recourbées en crochet à leur sommet.

L'os transverse ou os ptérygoïdien externe est énorme, plat et très solide. Le maxillaire supérieur est fort réduit.

Les plaques du ventre sont, en partie, disposées suivant un seul rang.

LE SURUCUCU. — ZACIHESIS MUTUS.

Buschmeister.

Caractères. — Cette espèce, une des plus redoutables de la famille des Crotalidées, dépasse souvent 2,10 de long. Spix dit, en effet, en avoir vu des individus qui avaient 7, 9 et même 10 pieds, plus de 3 mètres, et dont le pourtour du ventre était de plus d’un pied, soit 0,33.

Le Lachésis muet, qui a été décrit sous différents noms, tels que Crotalus mutus, Scytale ammodites, catenata, Cophias surucucu, crotalinus, Lachesis rhombeatus, Trigonocephalusrhom bifer, a la partie supérieure du corps d’un beau jaune rougeâtre sur lequel se détachent de grands losanges d’un brun noir; la coloration est plus sombre sur le cou; le dessus de la tête porte des taches irrégulières et d’un brun noirâtre. Ainsi que le montre la figure 335, une bande noire ou brune part de l'œil et se dirige vers la partie supérieure de la tête. Le ventre est d'un blanc jaune pâle et comme porcelaine.

La tête est aplatie, élargie en arrière, nettement séparée du cou. Les glandes venimeuses sont très développées ; les crochets, chez un animal adulte, ont au moins un centimètre de long.

Distribution géographique. — Le Surucucu est particulier à l'Amérique du Sud. « Au Brésil, dit de Neuwied, on le trouve partout; mes chasseurs l’ont tué dans les forêts près de la rivière Iritiba, à Itapemirim, à Rio Doce, à Peruhype et plus au nord encore. » Marcgrave signale l'espèce à Pernambuco, Wacherer à Bahia, Tschudi depuis la province de Säo Paulo

(1) Le fil des destinées, Acxñ, le sort, le destin.

LE SURUCUCU.

Fee AN :

VEATNTR SR

Fig. 335. — Le Surucucu (1/6° grand. nat.).

jusque dans tout le bassin de l’Amazone, à Cuyaba, à Maltogrosso ; Schomburgk et d’autres voyageurs l'ont trouvé dans les Guyanes.

Mæurs, habitudes, régime. — De Neuwied, qui nous a laissé de si précieux renseignements sur les animaux du Brésil, nous apprend que le Lachésis muet « est un grand Serpent, | aux couleurs élégantes qui, dit-on, peut atteindre le volume de la cuisse ; il se trouve le plus ordinairement dans les forêts fraîches, ombreuses ; il se tient d'habitude enroulé sur le sol et ne grimpe jamais aux arbres. Sa manière de vivre et ses mœurs paraissent ressembler beaucoup à celles du Serpent à sonnette. On affirme que la nuit il rampe autour des feux des campements ; aussi les Brésiliens n'’allument-ils jamais de feu lorsqu'ils campent dans une forêt. On dit en outre que le Serpent crache son venin lorsqu'il veut boire, et d’autres

choses encore. Quelques Portugais croient aussi que le Swr'ucucu blesse avec l’épine qui termine sa queue; les sauvages et les nègres que je consultai à ce sujet me dirent nettement que le terrible Serpent blesse avec ses crochets venimeux. Il paraît que l’époque de la mue chez cet animal coïncide avec le changement de plumage chez les oiseaux, car j'ai trouvé dans la forêt vierge de Morro d’Araca, au mois de mars, une peau fraîchement dépouillée.

« Nous ne savons encore que peu de chose sur la manière dont se nourrit ce beau Serpent et sur sa reproduction. Il est probable que sous ces rapports il se comporte comme le Serpent à sonnette. La force et la grandeur de ses crochets doit faire penser qu'il s'attaque à des animaux d'assez grande taille.

« Les Indiens et les nègres mangent parfois

LE SURUCUCU.

le Surulkuku, après lui avoir tranché la tête. Chaque fois qu’on rencontre cet animal, on ne ui fait jamais grâce de la vie, car tous redoutent et exècrent ce terrible Serpent. »

Schomburgk nous apprend que, d’après le dire général des Indiens, le Surukuku ne fuit pas devant l’homme, comme le font presque tous les autres Serpents, mais que, lové, il attend tranquillement qu'on s’approche de lui pour se précipiter ensuite sur son ennemi avec la rapidité de la flèche. Il est en tout cas certain, ajoute ce voyageur, que ce Serpent est le plus venimeux et le plus dangereux de tous les Serpents de l'Amérique du Sud.

Spix rapporte que le Lachésis habite de préférence les bois sombres et qu'il se nourrit de petits mammifères, d'oiseaux et de différentes sortes de Reptiles.

Venin, son action. — Le Surucucu, le plus grand, le plus fort, le plus audacieux des Serpents à crochets, rend les chasses et les voyages très périlleux dans les forêts du Brésil.

« Très heureusement, rapporte un planteur hollandais, ce Serpent n’est pas, aux Guyanes, très fréquent au voisinage immédiat des habitations, car il se tient surtout dans les forêts el la haute futaie. Comme il se trouve dans ces derniers endroits des scieries et que beaucoup de bûcherons y sont employés, il arrive trop fréquemment des accidents.

« Un planteur, nommé Moll, avait loué un Indien Arrowacken comme chasseur. Étant en forêt avec son chien, le chasseur entendit aboyer furieusement, signe certain de la présence d’un Serpent; l’Indien accourut, son fusil à la main, à la défense de son chien, mais avant qu'il ait pu tirer, le Surucucu, c'était ce Serpent, s'était jeté sur lui et l’avait profondément mordu au bras, au-dessus du coude.

L'Indien poursuivit le Serpentquil'avait blessé, le tua, lui ouvrit le ventre et frictionna de suite la blessure avec la bile, qui passe pour un contre-poison efficace. Cela fait, l’Indien, tenant son trophée à la main, se dirigea vers la demeure de son maître, encore très éloignée de l’endroit où il se trouvait. À moitié chemin, l’Indien fut toùt à coup pris d'abattement, de froid, se mit à trembler de tous ses membres et tomba inanimé sur le sol. Le chien, voyant son maître dans cet état, accourut à la maison et fit un tel tapage que l’on comprit facilement qu'il était arrivé un malheur au chasseur. Moll prit un de ses hommes et suivit le chien qui gambadait devant eux. Une demi-heure après,

on trouva l'Indien comme paralysé, mais ayant toute sa connaissance. On transporta le malheureux à l'habitation ; tous les remèdes employés restèrent sans effet, et l’Indien ne tarda pas à succomber. »

« On peut, ajoute de Neuwied, employer comme remède contre la morsure du lait mélangé à de l'huile d'olive, la canne à sucre, l'orange amère. On incise la blessure et on applique dessus des feuilles de tabac mélangées d'un chardon commun au Brésil, le tout fortement arrosé de teinture de benjoin et saupoudré de camphre; on renouvelle l’application de ce mélange tous les quarts d'heure, et on y ajoute du laudanum lorsque la blessure devient noire sur les bords. On administre à l’intérieur un purgatif et un vomitif puissants. »

Schomburgk rapporte que le venin peut agir lorsque l’on suce la plaie. « Lorsque je séjournai à Bartika-Grove, dit-il, j'y rencontrai un homme de couleur dont le fils, quelques semaines avant mon arrivée, avait été mordu à la joue par un Lachésis. Le père trouva son fils sans connaissance et s’empressa de sucer la blessure. Un quart d'heure après le père ressentit d’atroces douleurs dans la tête, qui enfla démesurément ; il présenta tous les symptômes d'un violent empoisonnement, le venin ayant pénétré dans le sang par une dent cariée. Le fils, malgré le dévouement paternel, mourut, et le père fut maladif pendant longtemps. »

D'observations sérieuses, il résulte que la morsure du Swrucucu amène d’abondantes hémorrhagies. Ce venin est, du reste, si actif qu'il fait périr les plus gros animaux et qu'il peut tuer une vache en deux heures.

Emploi du venin. — Le terrible venin du Lachésis muet a été préconisé dans certaines maladies, telles que le choléra et autres maladies infectieuses ; nous ne pouvons mieux faire que de rapporter ici ce que dit Héring, le promoteur de cette singulière et dangereuse médication :

« Si nous songeons aux remèdes populaires anciennement employés, écrit Héring, nous verrons que beaucoup de poisons sont en même temps des remèdes et queles Reptiles et les Amphibies ont été souvent utilisés. Ces horribles et repoussants animaux auraient la puissance de triompher des maladies les plus affreuses. Si nous examinons les vieilles légendes qui subsistent encore, nous verrons que les crapauds rôtis, les lézards mis en poudre,

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