L’ATROCE
nies par leurs extrémités et souvent entre elles se trouvent de plus petites taches d'un gris brun; ces taches, par leur ensemble, forment des bandes très nettes sur le dos, à peine distinctes sur le cou. Le ventre est d’un blanc jaunâtre; sur chaque plaque se voient deux taches marbrées grisâtres. Chez les individus jeunes, la pointe de la queue est blanche.
Distribution géographique. — Le J/araraca se trouve au Brésil, où l'espèce est très commune d’après de Neuwied.
Mœurs, habitudes, régime. — Ce voyageur rapporte que le Bothrops dont nous parlons se nourrit de petits Mammifères, tels que rats et écureuils, et d'oiseaux qu'il recherche surtout pendant la nuit, ayant comme tous les Solénoglyphes la pupille linéaire et dilatable.
Spix a observé à Bahia que ce Serpent est souvent la proie du faucon rieur et de plusieurs autres oiseaux de proie.
L'ATROCE — BOTHROPS ATROX.
Labaria.
Caractères. — Fort voisine de l’espèce précédemment décrite, celle-ci s’en distingue surtout en ce que la ligne du vertex est très saillante, tandis qu’elle est presque effacée chez le Jararaca ; cette ligne est formée de chaque côté par trois plaques ou écailles plus grandes que les autres, allongées et allant rejoindre la sus-oculaire; la surface du vertex est couverte de petites écailles régulières et carénés. De même que le Jararaca, l'Atrox est une espèce essentiellement terrestre, aussi les formes sontelles assez lourdes et la queue n'est-elle pas prenante.
Distribution géographique. — Tandis que le Jararaca est exclusivement cantonné au Brésil, l’Atrox se retrouve également dans les Guyanes. D’après Jan, la variété Dirus a été recueilie au Mexique, principalement à Orizaba, et à Buenos-Ayres; cette espèce aurait, dès lors, une large distribution géographique.
Mœurs, habitudes, régime. — Ce quenous dirons de l’Atrox pourra s'appliquer traits pour traits au Jararaca, les deux espèces ayant mêmes mœurs et même genre de vie.
Ces deux espèces habitent les broussailles grillées par le soleil ; elles sont aussi communes le long des côtes que dans les forêts vierges de l'intérieur; on les rencontre également dans les savanes, bien qu’elles paraissent préférer les forêts aux steppes.
Pendant le jour on voit ordinairement le Labaria rester enroulé sur le sol et ne se disposer à attaquer que lorsqu'on s'approche de lui de trop près. À ce moment ses mouvements sont lents et lourds, mais lorsqu'il attaque il jette en avant la partie antérieure de son corps avecla rapidité de l'éclair. Nide Neuwied, ni Schomburgh n’ont jamais remarqué que ce Serpent grimpât aux arbres; ce dernier naturaliste a vu le Zabaria pêcher, ainsi que le luiavait assuré une vieille Indienne. « Dans une de mesexcursions à la rivière Haïama, dit-il, je vis un de ces Serpents qui courait dans l’eau après sa proie ; bientôt il plongea avec une extrême rapidité etne reparut plus à la surface ; il rampait sur le fond, tantôt lentement, tantôt rapidement, traversant en tous sens le lit de la rivière ; il sortit enfin de l’eau et je le tuai. Le Serpent que j'avais vu était réellement le Zabaria, et le dire de l’Indienne était vrai; en ouvrant mon Reptile je trouvai deux petits poissons dans son estomac. On sait que tous ou presque tous les Serpents sont d'excellents nageurs, mais je n’avais jamais vu de Serpent venimeux à l’eau. »
Venin. Son action. — Le Jararaca et le Labaria sont extrêmement redoutés dans l'Amérique méridionale ; ce sont, en effet, des animaux très dangereux. « Les Indiens et même les chasseurs Portugais, écrit de Neuwied, vont généralement à la chasse les pieds complètement nus; des souliers et des bas sont au Brésil des objets rares et chers dont on ne se sert guère que les jours de fête. Il résulte de cela que ces individus sont beaucoup plus exposés que d’autres à être mordus par des Serpents qui se trouvent cachés sous des feuilles sèches ou dans la mousse ; la chose arrive cependant plus rarement qu'on ne le croirait tout d’abord.
«J'avais une fois tiré sur un Tapir et l'ayant blessé je suivais ses traces accompagné d’un Indien. Ce dernier cria tout à coup au secours; il s'était approché trop près d'un Chararaca long d'environ 12,50 et ne pouvait s'échapper assez rapidement dans les broussailles enchevêtrées. Par bonheur pour l’Indien je vis de suite le danger, car l’animal menaçant avait déjà largement ouvert la gueule et allait se jeter sur le malheureux à peine éloigné de lui de deux pas ; au moment où le Serpent fondait sur l’Indien, un coup de fusil l'étendit raide mort. L'Indien était tellement paralysé par la frayeur qu’il resta pendant quelque