‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 196 sur 276 · L'ATROCE · texte numérisé non relu

L'ATROCE

gnait de violentes douleurs dans tout le membre blessé, dans la région du cœur et dans le dos. Le membre blessé était comme paralysé.

Il survint bientôt des vomissements qui furent suivis d'hémathémèse; le sang se fit bientôt jour par le nez et par les oreilles ; le pouls battait alors cent vingt fois à la minute. Huit minutes après on ne pouvait plus reconnaître la pauvre Kale tellement elle était changée:

elle venait de perdre connaissance.

« Le Serpent qui avait occasionné ce malheur avait été trouvé couché à quelques centimètres du chemin et les Indiens l’avaient tué. J'avais probablement touché l’animal au moment où je m'élançai pour sauter et il s’étiat alors tournée vers Kate qui me suivait et

l’avait mordue. Lorsque les Indiens découvrirent le Reptile il s'était déjà levé, sa tête était relevée, sa gueule ouverte et il se préparait à mordre de nouveau. Quinze personnes avaient passé tout contre lui ; la pauvre Kate en fut la victime.

« La pauvre femme, toujours sans connaissance, fut placée dans un hamac et reportée vers le village que le matin elle avait quitté si gaie et si rieuse. Accompagnés de Fryer et du mari de la malheureuse nous nous mîmes en route. Nous étions désespérés, car nous ne savions que trop que tout espoir était perdu et que le regard que Kate nous avait adressé il n'y avait qu'un instant était fatalement le dernier ! »

LES ICHTHYOSAURIENS —

Historique. — À l’époque à laquelle Georges Cuvier commençait ses immortelles recherches sur les animaux disparus, la classe des Reptiles, dont on n'avait encore trouvé que des débris peu importants dans les terrains sédimentaires, s'enrichit destypesdes plusextraordinaires, dont la connaissance ouvrit un champ nouveau à la paléontologie et à l'anatomie comparée. On venait de trouver en effet, dans la partie inférieure des terrains jurassiques d'Angleterre, des ossements indiquant d’étranges créatures dont rien, dans la nature actuelle, ne pourrait nous donner la moindre idée. Ces animaux avaient des vertèbres rappelant celles des Poissons, des dents assez semblables aux dents des Crocodiles, un tronc analogue à celui des Lézards, et des pattes conformées, d'une manière générale, comme celles des Cétacés.

C’est en 1814 que sir Everard Home publia ses premiers travaux sur les ossements récemment découverts dans le Lias des environs de Lyme-Régis, sur la côte de Dorset; on avait retiré ces débris d’un rocher situé à 30 ou 40 pieds au-dessus du niveau de la mer.

Home s’aperçut bien que l'épaule de l’animal qui venait si heureusement d'être exhumé avait quelques rapports avec ce que l'on voit chez les Crocodiles; mais la position des narines, la présence de pièces osseuses entourant la sclérotique, la forme des vertèbres, qui sont plates et fortement biconcaves, lui parurent devoir faire rapprocher ces débris des Poissons. Aussi King donna-t-il à l'animal le nom d'/chthyosaure (1).

En 1816 et en 1818, de nouvelles pièces, provenant de l'endroit même où avaient été faites les premières découvertes, firent connaître le

(1) Delyxbuc,poisson ; capos, lézard.

ICHTHYOSAURIA

sternum, la clavicule et différents autres os de l'épaule, de telle sorte que sir Everard Home abandonna ce premier rapprochement. Peu de temps après, en 1819, de magnifiques mor ceaux, entre autres un squelette entier, permirent au savant paléontologiste de s'assurer que l’Ichthyosaure avait quatre pieds. Les narines, dont on croyait avoir bien déterminé la place dans les premiers exemplaires trouvés, s'élant trouvées méconnaissables dans le nouvel échantillon trouvé, on crut s'être trompé, et Home, par suite de la ressemblance qu'offrent les faces articulaires des vertèbres avec celles des Protées, de la Sirène et de l’'Axolotl, proposa de nommer son animal le Protéosaure.

Peu de temps après, en 4821 et en 1823, deux autres savants anglais, de la Bèche et Conybeare, ayant repris l'étude de cet étrange Reptile, montrèrent que l'anneau de pièces osseuses entourant le sclérotique n’est pas un caractère de Poisson, mais bien de Lézard; ils entrèrent dans de nouveaux et intéressants détails sur les vertèbres et sur l'articulation des côtes, rétablirent la véritable position des narines, firent connaître les rapports et les différences que présente la tête avec celle des Lézards, et, d’après les caractères tirés des dents et de la forme du museau, établirent quatre espèces : l’Zchkthyosaurus communis, la plus grande de toutes, qui a les dents en forme de couronne conique, peu aiguës, légèrement espacées et profondément striées; l’Zchthyosaurus platyodon, chez lequel les dents sont à couronne comprimée, avec des arêtes tran chantes ; l'Zchthyosaurus tenutrostris, qui a le museau long et mince, armé de dents grèleset affilées; l'Zchthyosaurus intermedius, qui ressemble à la première espèce, mais a les dents plus aiguës et moins profondément striées.

0 LES ICHTHYOSAURIENS.

Avec la sûreté du coup d'œil qui était un des traits caractéristiques de son génie, Cuvier vit de suite les caractères essentiels des Ichthyosaures, de telle sorte qu’aprèsle mémoire qu'il publia en 1824, il laissa peu à faire à ses successeurs.

Il restait cependant à élucider encore certains points et à mieux caractériser les différentes espèces. C’est ce que nous ont appris les travaux de Richard Owen, d'Huxley, de Hulke, de Phillips, de Seeley, d'Hawkins, de Buckland, de Sedgwick, de Chaning Pearce, de Quenstedt, de Jæger, de Kiprijanoff.

Caractères généraux. — Toutes ces recherches ont permis de saisir les traits généraux qui à la fois relient les Ichthyosauriens aux Reptiles et les éloignent de ceux-ci.

De forme lourde et ramassée, les Ichthyosauriens rappellent, par leur allure, bien plutôt nos Cétacés actuels que les Reptiles.

La tête est énorme et se continue presque directement avec le tronc, le cou étant très court. Le corps, d'abord fort épais au niveau du membre antérieur, s’amincit graduellement vers l'arrière ; les membres sont au nombre de quatre; les membres de devant, insérés non loin derrière la tête, sont plus développés que les pattes postérieures.

Fig. 341. — Coupe longitudinale de vertèbres d'Ichthyosaure.

Ces caractères généraux posés, nous allons faire connaître un peu plus en détail la singulière organisation des Ichthyosauriens.

On ne peut guère distinguer dans la colonne vertébrale que deux régions, une région précaudale etune région caudale ; il n'existe pas, en effet, de sacrum, et toutes les vertèbres, depuis la tête, portent des côtes; à la région caudale la face inférieure est munie d'os en chevrons.

Ces vertèbres présentent des caractères particuliers qui les éloignent de ce que l’on voit chez tous les autres animaux vertébrés.

Elles sont plates, semblables à des dames à jouer et fortement biconcaves (fig. 341), comme celles des Poissons et de certains Batraciens disparus que l'on connaît sous le

nom de Labyrinthodons. Aulieu d’apophyses transverses, elles n’ont de chaque côté qu'un ou deux tubercules, suivant larégionexaminée. Les côtes s’attachaient par des ligaments à ces deux tubercules, comme le montre la figure 342. L'apophyse supérieure de la vertèbre elle-même ou arc neural est un os fourchu à sa base qui venait s’articuler au corps vertébral, laissant entre ses deux branches un canal pour le passage de la moelle épinière (fig. 342). Le

Fig. 342. — Vervèbre d’Icnthyosaure.

sternum n’existant pas, ainsi que nous l'avons déjà dit, la partie inférieure du corps est protégée par une série de plaques en recouvrement ou d'ossifications ventrales (fig. 343).

K sé / Fig. 343. — Appareil vertébral et costal de l'Ichthyosaure (*).

Dans la partie que l’on peut appeler le cou, chaque face latérale de la vertèbre porte deux tubercules distincts, dont le plus élevé est contigu à la portion annulaire ; ces tubercules sont plus rapprochés du bord postérieur de la vertèbre que de son bord antérieur. Cette disposition se voit jusque vers la vingtième vertèbre, puis le tubercule supérieur cesse d’être contigu à la portion annulaire et se rapproche plus du

(*) C, centrum; NA, apophyse épineuse; R, côte VO, plaques ventrales (d'après Huxley).

LES ICHTHYOSAURIENS. 521

Fig. 344. — Tête d'Ichthyosaure.

tubercule inférieur. Après le bassin, les vertèbres n'ont plus de chaque côté qu’un seul

tubercule placé tout près de la face inférieure

du centrum ou corps vertébral.

Le nombre des vertèbres est fort grand; d’après Cuvier, il s'élevait au moins à 95.

Les côtes, relativement grêles, sont assez larges pour pouvoir embrasser le tronc dans presque toute sa demi-circonférence; nous avons dit que leur extrémité interne présente deux têtes articulaires ; les côtes sont comprimées et comme cannelées, de telle sorte que leur section est triangulaire.

La têle est avant tout remarquable par sa force, sa grandeur et par l'allongement du museau (fig. 344) dù principalement au développement des prémaxillaires.

D'après Cuvier, « telle esten général la composition de la tête de lIchthyosaure : les maxillaires relégués aux côtés de sa base, les

naseaux à la face supérieure de cette base; les narines percées entre les naseaux, les intermaxillairesetles frontaux antérieurs; le frontal, le pariétal, l’occipital, les rochers, lesphénoïde, les ptérygoïdiens, à peu de chose près comme dans les Lézards, et surtout dans les Iguanes; mais des caractères plus particuliers dans la région de l'oreille et de la tempe, savoir:

« Une orbite entourée par le frontal antérieur, le postérieur et le jugal ; le trou de la tempe cerné par le temporal et le mastoïdien ; le temporal se joignant au tympanique, placé à la face interne pour fournir l'articulation àla mâchoire inférieure; la région du crâne cù devraient être des concavités pour la caïsse de l'oreille, lisse et même un peu concave; probablement point d'autre osselet de l'œil que la platine de l’étrier.

« Ce qui est le plus frappant dans cettetête, c'est l’'énormité de son œil, et le cercle de

Fig. 345. — Tête d'Ichthyosaure (*).

pièces osseuses qui en renforce lessclérotiques en ayant. Ces pièces forment, comme on sait, un caractère commun aux Oiseaux, aux Tortues et aux Lézards, à l'exclusion des Crocodiles et des Poissons. En effet, dans les Crocodiles, la sclérotique est simplement cartilagineuse; dans les Poissons, elle est souvent osseuse, en tout ou en partie, mais jamais elle n’y est formée en avant d’un anneau de

(*) Pmz, prémauillaire; N, nasal; Prf, préfrontal; Fr, frontal; Pa, pariétal; P£, frontal postérieur; La, lacrymal; P£0, post-orbitaire ; Sg, squamosal; Qy, quadrato-jugal ; S£, temporal; Ju, jugal; Mz, maxillaire supérieur (d'après Huxley).

BReum. — V,

pièces osseuses comme dans les Oiseaux, Ce seul caractère, qui avait déterminé d’abord, on ne peut deviner pourquoi, à rapprocher cet animal des Poissons, aurait dû le faire, dès les premiers moments ,rapprocher des Lézards (1).»

Nous ajouterons, avec Huxley, que les os maxillaires sont très réduits, de même que chez les Oiseaux, que les vomers sont allongés et que les narines ne consistent qu'en étroites ouvertures situées contre les orbites; ces ouvertures sont bordées par le nasal, le lacrymal, les p'émaxillaires. De chaque côté du

(1) Recherches sur les ossements fossiles, t. V, p. 461, B£pTires. — 66

frontal se trouve un large préfrontal. Entre le |

préfrontal et le jugal, le bord postérieur de l'orbite est formé par un os long et incurvé qui est le postorbitaire (fig. 345, 24,0). La partie inférieure et postérieure de la fosse soustemporale est formée par le quadrato-jugal, Q), qui est large, aplati, et passe entre le jugal et l'os carré ; l’espace laissé libre entre le quadrato-jugal, le postorbitaire, le post-frontal et le squamosal est rempli par un os que Cuvier désigne sous le nom de temporal, Sé, mais qui ne paraît pas avoir d'analogue dans la tête de tous les Reptiles connus.

La mâchoire inférieure se compose de deux branches qui sont unies antérieurement par une très longue symphyse. Chaque branche se compose de six pièces ; la pièce spléniale est remarquablement longue.

Les dents sont coniques, leur couronne est émaillée et striée longitudinalement; elle est plus ou moins aiguë, plus ou moins renflée,

Fig. 346. — Deur d'Ichthyosaure.

plus ou moins comprimée, suivantles espèces.

La racine est plus grosse que la couronne et non émaillée (fig. 346).

Ces dents ne sont point enchâssées dans des alvéoles distincts, ellessont simplement rangées dans un profond sillon de l’os maxillaire, dont le fond seul est creusé de fosses répondant à chaque dent.

Chez l’Ichthyosaure, la dent de remplacement pénètre dans l'intérieur de la dent ancienne; la cavité que cette dent présente augmente à mesure quela dentnouvellegrossit.

La couronne de la dent garde encore dans son intérieur une cavité, longtemps après que la racine est ossifiée; du reste, la dent nouvelle tommence à s’ossifier avant même que la dent ancienne soit tombée.

Le nombre de ces dents est considérable; sir

LES ICHTHYOSAURIENS.

Everard Home n’en compte pas moins, en effet, de 45 à chaque côté de chaque mâchoire, ce qui ferait 180 dents.

L'arc pectoral consiste, suivant Huxley, en trois pièces paires et une pièceimpaire (fig. 347).

Fig. 347. — Epaule de l’Ichthyosaure (‘).

Le scapulum, Sc, est court et placé comme chez les Sauriens ; Le coracoïide, Co, est large; l'interclavicule 1, Cl, est en forme de T; sa branche verticale est reçue entre les deux coracoïdes, tandis que la branche horizontale est entièrement unie à la partie interne de deux clavicules, C/, épaisses et courbées. Getle disposition est intermédiaire entre ce que l’on voit ordinairement chez les Sauriens, et ce qui existe chez le Nothosaure, qui est un Plésiosaurien.

D'après Seeley, les Ichthyosaures typiques ont les deux clavicules soudées, ainsi qu'on le voit chez les Oiseaux; chez d’autres, ces os sont séparés ; dans un troisième type, on voit les clavicules réunissant, par un cartilage, les deux extrémités de l’épisternum, tandis que dans certaines espèces cette union se fait par une longue pièce cartilagineuse ; dans un dernier type enfin provenant des terrains oxfordiens d'Angleterre, et désignés sous le nom d'Ophthalmosaure, les deux clayicules sont réunies parune pièce solide qui a la même forme qu'elles et les continue.

Dans la fosse que le coracoïde et le scapulum forment par leur réunion, s'articule un humérus gros et court, renflé et arrondi à sa tête supérieure, un peu plus mince dans son milieu et enfin aplati et dilaté pour porter les os de l’avant-bras (fig. 348).

Ces derniers, qui s’articulent aux deux facettes de l’'humérus, sont larges et plats et représentent le radius et le cubitus. Ils n’entrent pas dans la composition de la nageoire, mais sont suivis d’abord de trois ou de quatre os, puis de deux rangées composées chacune de

(*) Se, scapulum; Co, coracoïde ; 1, Cl, interclavicule ; C1, clavicule (d'après Huxley).

LES ICHTHYOSAURIENS.

quatre os; ces os sont le carpe. Le reste de la nageoire est composé d'osselets, nomhreux et serrés, formant de six à sept séries ; tous ces os sont plats; suivant l'expression de Cuvier, « leurs angles s’ajustent en manière de pasvé,

Fig. 348. — Bras de l'Ichthyosaure (*).

de facon qu'ils devaient former, comme dans les Célacés, une nageoire dont les parties auraient très peu de mouvement les unes sur les autres et n’offriraient nulle division visible à l'extérieur ».

Le bassin paraît n'avoir été attaché à la colonne vertébrale que par des ligaments et des muscles ; aussi est-il presque toujours perdu ou mutilé. Comme d'habitude, celte partie se compose de trois os : l’ischium (fig. 349, Js),

Fig. 349. — Bassin de l'Ichthyosaure (**).

l'ilium, Il, et le pubis, Pb, réunis les uns aux autres pour former une cavité destinée à la réception de la tête du fémur; le pubis et l'ischium ne se soudent pas aux os similaires de côté opposé, l'ischium est étroit, tandis que le pubis est dilaté vers son extrémité interne,

Le membre postérieur répète exactement le membre antérieur, bien que moins développé; on en jugera facilement en comparant les figures 348 el 350. Le fémur est plus grêle et plus allongé que l'humérus.

Distribution géologique. — Les Ichthyosau- |

(*) 4, humérus; R, radius; U, cubitus; Cp, carpe; Mc, métacarpe ; Ph, phalanges (d'après Huxley). (*”) P6, pubis; 15, ischions; L,iléons (d'après Huxley).

riens n’ont vécu que pendant les temps secondaires ; ils paraissent naître vers le commencement des terrains liasiques dans des couches que l’on désigne généralement sous le nom de Rhétien, et disparaissent à tout jamais un peu après le milieu de la période crétacée. D’après certaines trouvailles, ces animaux seraient un peu plus anciens et auraient apparu vers le haut des terrains triasiques. Ils paraissent avoir été particulièrement abondants à l’époque pendant laquelle se déposaient les couches du Lias.

Mœurs, habitudes, régime. — Nous commençons à connaître si bien le squelette des Ichthyosaures, dont certains individus ont été trouvés entiers, avec tous les os en position, qu'il n’est peut-être pas téméraire d’essayer d'indiquer quelles étaient les habitudes probables de ces animaux.

Dès 1822, Cuvier écrivait ceci : « Ainsi, nous possédons le squelette de l’Ichthyosaure dans toutes ses parties, et si l’on excepte la forme

Fig. 350. — Membre postérieur de l'Ichthyosaure intermédiaire (*).

| de ses écailles et la nuance de ses couleurs,

rien ne nous empêche de nous représenter cet animal.

« C'était un Reptile à queue médiocre et à long museau pointu, armé de dents aiguës ; deux yeux d’une grandeur énorme devaient donner à sa tête un aspect tout à fait extraordinaire, et lui faciliter la vision pendant la nuit. Il n'avait probablement aucune oreille externe, et la peau passait sur le tympanique, comme dans le Caméléon, la Salamandre et le Pipa, sans même s'y amincir.

« Il respirait l'air en nature, et non pas l’eau comme les Poissons ; ainsi il devait venir souvent à la surface de l'eau. Néanmoins ses membres courts, plats, non divisés, ne lui permetlaient que de nager, et il y a grande appa-

(*) F, fémur; 7, tibia; Fb, péroné ; £,i,7, osselets tibial, intercalaire, péronéen; Ts, tarsien; 4/4, métatarsiens ; Ph, phalanges; »2,1,b, osselets du bord tibial (d'après

Huxley).

LES ICHTHYOSAURIENS.

rence qu’il ne pouvait pas même ramper sur le rivage, autant que les Phoques; mais s’il avait le malheur d’y échouer, il y demeuraïit comme les Baleines et les Dauphins. Il vivait dons une mer où habitaient avec lui les Mollusques qui nous ontlaissé les Cornes d'Ammon, et qui, selon toutes les apparences, étaient des espèces de Seiches ou de Poulpes ; des Térébratules, diverses espèces d'Huîtres abondaïent aussi dans cette mer, et plusieurs sortes de Crocodiles en fréquentaientles rivages, simême ils ne l’habitaient, conjointement avec les Ichthyosaures. »

Nous n’avons que peu de chose à ajouter au judicieux aperçu qui vient d'être tracé par le grand naturaliste français, et c'est d’après ses données si exactes qu'a été tracée larestauration de l’Ichthyosaure telle qu’elle se trouve au second plan de la figure 361.

Certains Ichthyosaures arrivaient à une taille vraiment gigantesque et depassaient certainement 12 mètres de long.

Il est probable que la queue était surmontée

tant la surface de natation ; ce qui a fait croire à l'existence de cette nageoiïre c’est que, sur certains exemplaires bien conservés, on peut voir, au-dessus de la ligne probable du corps, des traces assez distinctement indiquées. En outre, on trouve presque toujours la colonne vertébrale brisée et retournée sens dessus dessous à partir de l’origine de la région caudale, comme si une membrane molle et d’un assez grand poids s'était affaissée après la mort de l'animal et avait, en basculant, disloqué cette partie du corps.

D'observations faites récemment il semble résulter que l’Ichthyosaure était vivipare ; on a plusieurs fois trouvé, en effet, sur des exemplaires provenant des terrains liasiques d’Angleterre et de Würtemberg, des animaux présentant lescaractères du jeuneâgeetsetrouvant renfermés dans la cavitéabdominale d'individus adultes. Ces animaux, présentant toujours la tête tournée en arrière, n'avaient certainement pas été avalés par leurs parents, ils se

‘| trouvent constamment au niveau du bassin.

d’une membrane formant nageoïre etaugmen- |

LES SAUROPTÉRYGIENS — SAUROPTERYGIA

Historique. — C’est en 1821 que Conybeare et de la Bêche firent connaître des débris de Reptiles qui avaient été trouvés mêlés à des ossements de Crocodile et d'Ichthyosaure dans le Lias d'Angleterre ; ces débris indiquaientun

animal de type absolument étrange, les côtes |

rappelant, par certains points, celles des Caméléons, les membres ce que l'on voit chez les Baleines.

Cependant la tête de l'animal que les savants anglais désignaient sous le nom de Plésiosaure manquait encore, lorsqu’en janvier 1824, la découverte d’un squelette presque entier fit connaître une particularité singulière, à savoir, que le cou de ce Reptile, d’une longueur démesurée, était composé d’un plus grand nombre de vertèbres, même que chez les Oiseaux, qui sont cependant, parmi les Vertébrés, les animaux qui ont le plus de ces pièces osseuses dans la région cervicale.

Conybeare distinguait deux espèces ; celle qui avait été trouvée dans les terrains liasiques portait le nom de Plésiosaure à long cou (Plesiosaurus dolichodeirus) ; l'espèce provenant de la partie supérieure des terrains jurassiques était le Plésiosaure plus récent (P/esiosaurus recentior).

G. Cuvier fit connaître d’autres espèces et étudia avec soin l’ostéologie du Plésiosaure; il en fut de même de Buckland.

En 1839, Richard Owen découvrit un Reptile non moins gigantesque que le Plésiosaure ; loin d’avoir le cou allongé de ce dernier, le Pliosaure, tel est le nom du nouveau Reptile, a, au contraire, le cou très court et rentré dans les épaules, comme chez les Ichthyosaures ; les vertèbres cervicales sont, en effet, extrèmement remarquables et très courtes, si on les compare à leur largeur et à leur hauteur; malgré celte forme, ces vertèbres n’en appar-

tiennent pas moins au type Plésiosaure.

Vers la même époque, Hermann de Meyer, en Allemagne, faisait connaître des Reptiles provenant de la partie inférieure des terrains secondaires et trouvés dans les couches triasiques. Ces animaux, désignés sous les noms de Nothosaure, de Pistosaure, de Simosaure, bien que différents des Plésiosauriens proprement dits, présentaient cependant avec "ceux-ci de nombreux rapports.

Dans ces dernières années, de remarquables

| travaux dus à R. Owen, à Ed. Cope, à Phillips,

à Seeley, à Hulke, nous ont fait mieux connaître les Plésiosauriens et nous ont montré que ces Reptiles pourraient être partagés en un certain nombre de genres et de familles bien distincts.

Classification. — Les rapports que l’on peut établir entre les deux types Plésiosaure et Ichthyosaure ont engagé beaucoup de zoologistes à réunir ces animaux dans un groupe commun, sous lenom d'Énaliosauriens, groupe absolument distinct des autres ordres entre lesquels on peut partager la classe des Reptiles.

Pour Ed. Cope, au contraire, les Ichthyosauriens forment un groupe absolument séparé, tandis que les Plésiosauriens sont, par contre, rapprochés des Crocodiles et forment avec ceux-ci, les Dicynodontiens et les Dinosauriens, une sous-classe que Copenomme Archosauria ; ce groupe comprend quatre ordres.

Clauss partage la classe des Reptiles en trois sous-classes, les Tortues ou Chéloniens, les Plagiotrèmes, comprenant les Serpents ou Ophidien, et les Lézards ou Sauriens. La sousclasse intermédiaire est désignée sous le nom d'Hydrosauriens ; elle se compose des Crocodiliens et des Énaliosauriens.

Pour Clauss, les Hydrosauriens sont des

Reptiles aquatiques de taille considérable, à dents implantées dans des alvéoles, à 1éguments coriaces ou cuirassés, munis de nageoires ou de pattes puissantes, dont les doigts sont réunis par une membrane natatoire.

Les Énaliosauriens se caractérisent par la peau nue, coriace, leurs vertèbres bi-concaves; ils sont munis de nageoires et ont vécu exclusivement pendant l’époque secondaire. Leur corps présente un museau aplati, en général allongé, avec de nombreuses dents préhensiles coniques, un tronc très long et mobile et des membres transformés en nageoires, comme chez les Cétacés. D’après la conformation du corps, d’après la forme de la tête et la dentilion, on distingue trois familles, qui sont les Nothosauriens, les Plésiosauriens et les Ichthyosauriens.

Il est impossible aujourd'hui, d’après ce que nous savons de l'anatomie de ces animaux, de

réunir dans un même groupe les trois types |

LES PLÉSIOSAURIENS.

que nous venons de citer; il faut former une sous-classe pour les Ichthyosauriens, comme l'a proposé Richard Owen, qui désigne ces animaux sous le nom d’/chthyoptérygiens ; on doit réunir, par contre, les Plésiosauriens et les Nothosauriens en un groupe que l’on peut, avec Owen, nommer les Sawroptégygiens.

Dans cette sous-classe nous admettrons deux ordres, les Nothosauriens et les Plésiosauriens.

Caractères généraux. — Les Sauroptérygiens sont, d’après Cope, caractérisés par des membres sans articulations flexibles, destinées à la natation ;iln’existe ni sacrum ni trochanter fémoral; les côtes n’ont qu'une seule extrémité capitulaire; la narine externe est placée loin derrière l'extrémité du museau; les pubis sont transversalement placés, unis entre eux et prennent part à la composition de la cavité cotyloïde ou cavité de réception de la partie supérieure du fémur.

LES PLÉSIOSAURIENS — PLESIOSAURIA

Caractères généraux. — Chez certains Plésiosauriens, tels que le Plésiosaure à long cou, lenombre des vertèbres est considérable ; il peut être, en effet, de quarante cervicales. Ces vertè-

Fig. 351, 352. — Vertèbre dorsale de Plésiosaure.

bres présentent deux fossettes peu profondes, rapprochées l’une de l’autre, placées assez bas, fossettes qui donnaient insertion aux tubercules d'une petite côte cervicale (fig. 351, 3592). Contre ces fossettes, et à la face supérieure, se trouvent deux trous qui, suivant l'expression de Cuvier, caractérisent toutes les vertèbres de Plésiosaures, les cervicales comme les

autres. « À mesure qu’on se porte à des vertè- |

bres situées plus en arrière, on voit ces fossettes se rapprocher, se confondre, les parties de la vertèbre où elles sont creusées deyenirun peusaillantes, prendre une figure verticalement plus oblongue, et remonter, par degrés, de manière à appartenir en partie à la portion annulaire de la vertèbre, et non pas seulement au corps. La proéminence latérale se change ainsi, petit à petit, en une véritable apophyse transverse.

© « Dans les vertèbres qui suivent, cette apophyse est assez grande, obliquement dirigée vers le haut, et elle appartient entièrement à la partie annulaire, en sorte que quand cette partie est tombée, il ne reste plus sur le corps de la vertèbre aucune trace d’apophyse.

« Les vertèbres de la queue se distinguent, comme à l'ordinaire, par les petites facettes qu’elles ont en dessous pour les os en chevron. Ces os, dans le Plésiosaure, comme dans le Crocodile, sont articulés sous la jointure de

| deux vertèbres, de façon qu'il y a deux facettes

pour chacune de leurs branches, et que chaque vertèbre a elle-même quatre facettes, deux à son bord antérieur et deux au postérieur.

« Ces vertèbres caudales ont aussi deux apophyses transverses, lesquelles, comme dans les jeunes Crocodiles, s’attachent par une suture

LES PLÉSIOSAURIENS.

dont l'empreinte reste visible au corps de la vertèbre, au-dessous de la suture qui y joint la partie annulaire.

« Plus on se porte en arrière sur la queue, plus ces apophyses diminuent de longueur et de grosseur, et les marques laissées par leurs sutures diminuent à proportion (1). »

Les recherches de Seeley permettent d'ajouter quelques faits à la description que donne G Cuvier.

Nous ferons remarquer tout d'abord que les os en chevrons peuvent faire défaut, ainsi qu'on le voit dans le genre Érethmosaure. Les Pliosaures et les Plésiosaures proprement dits ont la facette d’articulation pour la côte divisée, tandis que dans d’autres genres il n'existe qu'une seule surface articulaire. Chez les

Murénosaures, les os en chevron s’attachent à

la base du corps de la vertèbre, et non au bord inférieur de la face articulaire de deux centrums, ainsi qu'on le remarque chez les Plésiosaures vrais.

Les vertèbres cervicales des Pliosaures se distinguent des vertèbres similaires des Plésiosaures par la brièveté du centrum, dont les faces articulaires sont généralement planes, souvent même élevées en leur milieu; cette disposition est en rapport avec la force de la tête et le peu de longueur du cou, tandis que chez les Plésiosaures la tête est grêle et le cou très allongé. Les Polycotyles ont les vertèbres très courtes etconcaves comme celles des Ichthyosaures. Les vertèbres cervicales des Élasmosaures sont plus nombreuses, plus pelites en avant que chez les autres animaux faisant partie de la même famille; ces vertèbres sont remarquablement comprimées; les côtes de la région antérieure s’articulent directement avec la surface ovalaire du corps de la vertèbre et forment une série continue avec les autres côtes qui s’insèrent par une tête simple.

Les deux premières vertèbres, l’atlas et l’axis, sont souvent soudées ensemble.

Les côtes cervicales ressemblent beaucoup à celles des Crocodiles. Dans la partie postérieure du cou et dans la portion antérieure de la région dorsale, les côles deviennent pluslongues, perdent leur processus antérieur, s’arrondissent et prennent la forme de côtes ordinaires.

Il n'existe pas de sternum, mais on voit une série de plaques osseuses sous le ventre

(1) Recherches sur les ossements fossiles, t. V, 2 part., p. 478,

(fig. 353). D'après Cuvier, les Caméléons, les Marbrés et les Anolis ont aussi le ventre entouré par des cercles complets, ce qui pourrait

| nous faire conjecturer que les poumons du

Plésiosaure, comme ceux de ces trois genres, étaient fort étendus. :

Fig. 353.— Appareil vertébral et costal du Plésiosaure (*).

Dans certaines espèces, telles que le Plésiosaure à long cou (fig. 354), la tête est fort petite et ne fait guère que la douzième ou la treizième partie de la longueur du corps; le cou est déjà plus court chez le Plésiosaure à grosse tête (fig. 355); il devient tout à fait ramassé chez les Pliosaures qui, par ce caractère, ressemblent aux Ichthyosaures.

Le museau est déprimé; l'ouverture externe des narines est située juste au devant des orbites qui sont grands; les prémaxillaires sont très développés et constituent la plus grande partie du museau (fig. 356); la fosse sous-temporale est large; il existe une fontanelle à l’union des pariétaux et des frontaux.

Dans son ensemble, le crâne rappelle celui du Lézard, avec quelques caractères de Crocodile et d’Ichthyosaure ; il n’existe pas de cercle osseux autour de la sclérotique. :

Les dents des Plésiosaures sont grêles, pointues, un peu arquées et cannelées longitudinalement; elles sont inégales. Les antérieures d’en bas et les postérieures d’en haut sont plus grosses et plus longues que les autres.

Chez les Pliosaures les dents sont de taille vraiment gigantesque, et, chez le Pliosaure grand, de la partie supérieure des terrains jurassiques, elles peuvent atteindre jusqu’à un pied de long! La couronne forme environ le tiers de la longueur totale; elle est fortement striée ; le reste de la dent est constitué par la

(*) C, centre de la vertèbre ; Na, apophyse épineuse; R, côte; Vo, plaques ventrales (d'après Huxley).

LES PLÉSIOSAURIENS.

Fig.354. — Squelette restauré de Plésiosaure à long cou.

racine, recouverte d’une couche de cément.

La coupe de la dent figure une sorte de triangle. La base de la racine présente une cavité destinée à la pulpe. De même que chez les Caïmans, il existe une barre à la mâchoire supérieure, barre séparant les dents incisives des dents maxillaires.

Chez tous les Sauroptérygiens, les dents s’insèrent dans des alvéoles distincts.

Fig. 355. — Plésiosaure à grosse tête,

La forme et la composition de la ceinture scapulaire ou arc pectoral (fig. 357) est une des particularités les plus remarquables de l’anatomie des Plésiosauriens.

Chez les Plésiosaures typiques, tels que le Plésiosaure à long cou, les os coracoïdes, plus longs que larges, sont placés derrière l’articulation de l’humérus, mais s'étendent au deyant de cet os; les coracoïdiens sont unis avec les scapulaires, qui sont très étroits et convergent antérieurement; l’interclavicule est large.

Les animaux que Seeley a groupés sous le nom d'Élasmosauriens n’ont pas d’inlerclavicule séparée; chez les Murénosaures, par exemple, les scapulaires convergent en avant et forment ainsi un large processus bien différent de ce que l’on voit chez les autres Plésio-

sauriens, cette disposition rappelle ce qui existe chez certains Batraciens.

Les membres rappellent ceux des Ichthyosaures, en ce sens qu'ils sont transformés en organes de natation; les extrémités des Plésiosauriens sont cependant plus alongées que

Fig. 356. — Tête de Plésiosaure (*).

celles de l'Ichthyosaure et ses mains et ses pieds forment des nageoires plus pointues.

Chez les Plésiosaures, l'humérus est un os beaucoup moins massif que celui de l'Ichthyosaure, de forme d’abord cylindrique, terminé dans le haut par une tête convexe, Sans col ni tubérosité, a platiet élargi dans le bas; le bord

Fig. 351. — Épaule de Plésiosaure (**).

antérieur est presque droit ou légèrement convexe, tandis que le bord postérieur est concave.

L'os du bras présente une forme toute particulière chez les Polycotyles; il est allongé, percé de nombreux trous vasculaires ; sa partie médiane est arrondie, cylindrique; l'extrémité supérieure est pourvue d'une tête articulaire

(‘) Pmx, prémaxillaire; Na, nasal (d'après Huxley)-

(*) a, interclayicule et clavicule; Sc, scapulaire; Co, coracoïdien (d'après Huxley).

LES PLÉSIOSAURIENS.

Fig. 358. — Membre antérieur de Plésiosaure (*).

arrondie, tandis que l'extrémité inférieure est | aplatie, un peu élargie.

À la face inférieure de l'humérus se trouvent | deux facettes pour l'articulation du radius et | du cubitus. Chez les Plésiosaures (fig. 358) les deux os de l’avant-bras sont courts et larges; le cubitus diffère du radius en ce qu'il est convexe postérieurement et concave antérieurement. Chez les Pliosaures, il semble y avoir absence des os de l’avant-bras, qui ont complètement les dimensions et l'aspect des os du carpe.

Celui-ci se compose de six os disposés suivant deux rangées. Tout le reste de la nageoire est formé par les mélacarpiens et les phalanges disposées suivant cinq séries longitudinales qui représentent les cinq doigts; mais les phalanges, comme chez les Baleines, y sont en bien plus grand nombre qu’à l'ordinaire; le doigt le plus court est le pouce, qui n’a que trois ou quatre phalanges; les doigts du milieu sont les plus longs et, par contre, ceux auxquels on compte le plus grand nombre de pièces osseuses.

Tous ces petits os se joignent entre eux comme chez les Cétacés, plutôt que par des articulations à mouvements tout à fait libres; ils sont un peu aplatis, tronqués et dilatés aux extrémités, rétrécis au milieu, les derniers sont en pointe obtuse.

Le bassin (fig. 359) est beaucoup plus grand | que l'épaule et bien plus large. L'ilium est un | os allongé. Les pubisse joignent l'un à l’autre, | comme chez les Tortues de terre; ces os sont |

(*) 4, humérus ; R, radius ; U, cubitus; r, i, #, osselets | radial, intercalaire, orbital de la rangée antérieure des 08 du carpe; 1, 2, 3, 08 carpiens postérieurs; Mc, métacarpe ; PA, phalanges (d'après Huxley).

BREum. — Y.

Fig. 359. — Bassin de Plésiosaure (*).

Fig. 360. — Membre postérieur de Plésiosaure (**).

larges et ont une forme quadrangulaire. Les ischions se réunissent également sur leur partie médiane par une suture. Entre les ischions et les pubis se trouve un large espace vide.

Le fémur ressemble beaucoup à l'humérus; il est cependant plus massif et les deux bords sont moins excavés; c'est ainsi, par exemple, que chez certains pliosaures de la partie supérieure des terrains jurassiques, les deux bords sont presque droits.

Le tibia et le péroné ont la plus grande ressemblance avec les os similaires de l’avantbras. Le membre postérieur ressemble, du reste, beaucoup au membre antérieur, ainsi qu’on peut s’en convaincre en comparant les figures 358 et 360. Chez les Polycotyles cependant le tibia est particulièrement épais et rappelle celui de l’Ichthyosaure.

Distribution géologique et géographique.

— Pris dans leur ensemble, les Plésiosauriens ont vécu dans les mers jurassiques et crétacées. Précédésàl’époque du Trias parles Simosauriens, ils sont apparus dans les mers sous lesquelles se sont formées les couches de l'étage rhétien, c’est-à-dire dès le commencement de l’époque jurassique; ils disparaissent vers la partie moyenne de l’époque crétacée.

Ces étranges Reptiles ont vécu, non-seulement dans les mers anciennes de l'Europe, mais encore dans celles de l'Amérique, de la

| Nouvelle-Zélande et de l'Australie.

Owen a décrit, en effet, deux espèces de

(**) Pb, pubis; JL, iléons; 1s, ischions (d'après Huxley). (*) F, Fémur; T, tibia; P, péroné; t,7,i, osselets tibial, intercalaire et péronéen de la rangée antérieure des 0s du tarse; 1, 2, 3, os tarsiens postérieurs ; M£, métatarse; PA, phalanges (d'après Huxley).

LES PLÉSIOSAURIENS.

Plésiosaures provenant descouches de Waipara, en Australie. Hector et Hutton ont fait connaître des ossements trouvés à la Nouvelle- Zélande, ossements quiindiquentcertainement un Plésiosaurien.

Gervais a reconnu pour appartenir à un animal du même groupe des débris provenant du Chili.

Pendantl’époque crétacée, les Plésiosauriens |

et les Elasmosauriens étaient représentés dans l'Amérique du Nord par plusieurs types tels que les Piratosaures, les Polycotyles, les Elasmosaures, les Cimaliosaures.

En Europe, les Plésiosauriens ont été trouvés en Angleterre, en France, en Allemagne, en Russie.

D'après Whidborne, le nombre des espèces actuellement connues en Angleterre est de 73, dont 24 dans les terrains crétacées. Nous avons, en France, 14 espèces rien que dans la partie supérieure des terrains jurassiques; ces espèces ont été principalement trouvées au Hayre et à Boulogne-sur-Mer.

Mœurs, habitudes, régime. — Demêmeque les Ichthyosauriens, les Plésiosauriens étaient essentiellement des animaux de haute mer ; la forme et la disposition de leurs dents indiquent un régime exclusivement carnivore; 1: est probable que les espèces qui, comme le Plesiosaurus dolichodeirius, avaient le cou très

allongé, pouvaient saisir leur proie à une |

grande distance, soit à la surface de l’eau, soit dans les bas-fonds où le Reptile n’aurait guère

pu aborder, dans la crainte d’échouer. Des |

Mollusques de toute sorte devaient être la pâture des espèces faiblement armées, tandis que les Pliosaures, au cou court, à la tête trapue, aux dents longues et fortes, donnaient la chasse aux Poissons, cependant puissamment cuirassés, aux Crustacés qui pullulaient dans les mers jurassiques et aux nombreuses Ammonites qui flottaient à la surface de l'eau.

L'habile crayon de Jobin nous permet de donner ici une vue idéale de la mer au commencement de l’époque jurassique. On voit au premier plan un Plésiosaure échoué sur un rocher sur lequel sont fixées des encrines; une Ammonite est non loin de là. La vague va re-

jeter près de la côte un énorme Ichthyosaure; nous apercevons au large un gigantesque Pliosaure (fig. 361 à 363).

Ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut, les Plésiosauriens respiraient l'air en nature; leurs poumons élaient très vastes, de telle

| sorte que l'animal pouvait certainement plon-

ger pendant assez longtemps et rester un certain temps sous l’eau, avant que de venir à la surface.

La peau était absolument nue; elle devait probablement être épaisse.

Les Plésiosaures proprement dils étaient généralement des animaux de grande taille; Cuvier estime à 3 mètres lalongueur du Plésiosaure du lias d'Angleterre qu'il a été à même

| de décrire.

Ce sont les Pliosaures qui eux arrivent à une

| taille vraiment gigantesque.

D’après Richard Owen, la mâchoire du Pliosaurus grandis n'avait pas moins de5 pieds 8 pouces anglais; le crâne avait 4 pieds 9 pouces, sa largeur la plus grande étant de 2 pieds et 1 pouce; certaines dents ont jusqu’à 0,30 de longueur, etnous connaissons des mâchoires qui ont au moins 2 mètres de long, ce qui doit faire supposer une taille vraiment colossale.

Tout géant que soit le Plosaurus grandis, il existait à l’époque jurassique supérieure des espèces plus grandes encore. Le fémur du Pliosaurus trochanterius avait 0%,55 de haut, ce qui fait supposer une patte longue d’environ 1%,40; nous avons la même dimension pour le Pliosaurus brachyderius. Si la longueur de la patte est dans les mêmes proportions, ce membre aurait eu 1,60 chez le Pliosaurus æqualis, 12,78 chezle Pliosaurus brachydeirus, 2*,920 chez le Phosaurus macromerus, et chez une espèce signalée par P. Gervais dans le terrain kiméridjien du Havre. Chez celte dernière espèce, le fémur mesure, en effet, plus de 0",85 de longueur!

Ainsi que nous l'avons déjà dit, nos Reptiles actuels sont des pygmées si onles compare à ces animaux des anciens âges; qu'ils sont faibles et chétifs sion les met en parallèle avec ces gigantesques Enaliosauriens, certainement grands comme des Baleines!

LES NOTHOSAURIENS. d31

Fig. 361 à 363. — Restauration du Plésiosaure, de l'Ichthyosaure, du Pliosaure.

LES NOTHOSAURIENS — WOTHOSAURIA

Garactères généraux. — Les Nothosauriens, dont nous devons surtout la connaissance aux travaux d'Hermann von Meyer, ressemblent par plus d'un point aux Plésiosauriens que nous venons d'étudier.

Chez eux, les os de la mâchoire supérieure sont très allongés et s'étendent jusqu’à l’extrémité du museau; la paroi postérieure des orbites fait défaut, ainsi que les os temporaux supérieurs ; la fosse supratemporale est fort grande ; les narines sont très reculées. Les dents sont coniques, les dents antérieures de la mâchoire supérieure se faisant remarquer par leur taille.

D’après Huxley, l'arc pectoral présente une intéressante modification de celui des Plésiosauriens. Les coracoïdiens sont très élargis et se touchent par leur bord interne, de telle

sorte que la partie rhomboïdale du sternum paraît avoir manqué; les scapulaires ont un prolongement horizontal; de ce que le prolongement d’un côté se réunit par suture avec celui du côté opposé, il en résulte une pièce osseuse massive, incurvée, située transversalement, composée de trois parties, une petite et médiane, les deux autres grandes et latérales; ces pièces sontfortement réunies ensemble par des sutures. Cette barre osseuse correspond à l'interclavicule et à la clavicule des Sauriens et des Ichthyosauriens.

Distribution géologique. — Les Nothosauriens ont précédé les Plésiosauriens. On ne les connaît jusqu'à présent que du Trias; ils ont été trouvés en Allemagne, en France, en Angleterre,

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