‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 197 sur 276 · PERTE EURE · texte numérisé non relu

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LES BATRACIENS

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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — ORGANISATION

Caractères généraux. — Les Batraciens ou Amphibiens ont formé pendant longlemps avec les Amphibiens écailleux la deuxième classe des Verlébrés, celle des Reptiles. Ainsi que nous l’avons établi dès le commencement de ce volume, en divisant ces animaux en deux groupes parfaitement distincts, on a exprimé les véritables rapports qu'ils présentent avec les autres êtres. En cffet, les Batraciens, par leur développement et tous leurs caractères anatomiques, se rapprochent des Poissons, auxquels les rattachent intimement les Dipnoïques, tels que le Protoptère et le Lépidosiren ; les Reptiles, au contraire, par l’ensemble de leur organisation, forment le premier terme de la série des animaux supérieurs et se rapprochent principalement des Oiseaux.

Un hiatus des plus considérables sépare, en effet, les animaux que nous venons d'étudier de ceux qu’il nous reste à faire connaître. Les premiers, ou les Reptiles, à toutes les périodes de leur existence respirent exclusivement l'air en nature, au moyen de poumons ; les seconds, ou les Batraciens respirent l'air dissous dans l’eau, au moyen de branchies, au moins pendant les premiers temps de leur vie, Les Batraciens présentent, en outre, conslammentdes métamorphoses; de mêmeque les Poissons, ils sont anallantoïdiens, c’est-à-dire que les embryons sont dépourvus de membrane allantoïde.

Pour développer cette idée, nous devons dire que chez les Batraciens il existe des métamorphoses

analogues à celles qui sont si générales chez les |

Invertébrés ; au moment où ils quittent l'œuf, les Batraciens n’ont pas encore achevé leur complet développement, et ne possèdent pas l’organisation de leurs parents ; ils l’acquièrent seulement plus tard, alors qu'ils passent de l'état larvaire à l’état adulte,

est celle des Poissons ; ils sont essentiellement et exclusivement aquatiques. Leur conformation subit des modifications considérables. « Tantôt, écrit

tantôt la forme du corps se rapproche de celle d’un disque, elle est aplatie et élargie par des organes de locomotion très développés. Chez les Céciliés, qui vivent à terre et qui sont dénués de membres, le corps ressemble entièrement à celui d'un ver de terre. Les Amphiumes qui, au contraire, se tiennent toujours dans l’eau, ont la queue comprimée latéralement, très allongée, souvent pourvue d’un repli de la queue qui, de même qu’une nageoire, permet les mouvements de natation. Les pattes présentent tous les degrés de développement; d’abord incapables de soutenir le corps, elles se garnissent ensuite d'ongles qui sont presque atrophiés. Parfois les membres antérieurs existent seuls, et sont alors détachés de chaque côté du cou sous forme de petits moignons ; d’autres fois ce sont les membres postérieurs qui seuls sont visibles. Chez les Anoures, la queue s’atrophie et disparaît complètement chez l'animal adulte; on trouve alors l'extrémité postérieure du tube digestif, ou anus, situé à l'extrémité du corps, qui est court et ramassé. Les membres postérieurs, chez ces derniers animaux, acquièrent une prépondérance considérable sur les membres antérieurs. »

Nous ajouterons, avec Clauss, que «la conformation extérieure des Amphibiens ou Batraciens prouve qu’ils sont organisés pour vivre alternativement dans l’eau et dans l'air, mais montre cependant des variations de forme très considérables conduisant à celle des animaux terrestres disposés pour ramper, grimper et sauter. D'une manière générale, le corps est allongé, cylindrique ou com-

| primé et se termine fréquemment par une région

caudale très considérable et aplatie; plus rarement il porte sur le dos un repli cutané vertical. Les membres peuvent encore faire complètement dé-

| faut ; dans d’autres cas on ne rencontre que des Pendant le jeune âge, l'existence des Batraciens !

membres antérieurs courts, comme chez les Sirens, ou bien des rudiments de membres antés rieurs ou postérieurs, munis d’un nombre restreint de doigts incapables de soutenir le corps, qui se

Carl Vogt, les membres font entièrement défaut; | meut en rampant. Chez les espèces mêmes où les

D34 LES BATRACIENS

deux paires de membres acquièrent une grande taille et sont pourvus de quatre ou cinq doigts, ils agissent plutôt en poussant en avant le tronc allongé et flexible. Les Batraciens proprement dits, les Anoures seuls, dont le tronc court el ramassé est dépourvu à l'élat adulte d’appendice caudal, possèdent deux paires de membres bien développés et qui leur permettent de courir et de sauter et même de grimper. »

Squelette. — Par certains points, le squelette se rapproche de celui des Poissons, mais montre cependant un degré supérieur de perfectionnement. D’après Clauss, « bien que la corde dorsale puisse persister, en général il n’en subsiste que des restes ; cependant, toujours il se développe des vertèbres osseuses, à l’origine biconcaves, qui sont séparées, ce qu’on ne voit jamais dans la colonne vertébrale des Poissons, par des cartilages intervertébraux. Dans le cas le plus simple, Cécilien et Protée, les vertèbres ont la forme d’un double cône osseux dont la cavité centrale est remplie par la corde dorsale très développée et continue.

«Chez les Tritons el les Salamandres, le cartilage intervertébral, en se développant, refoule progressivement la corde dont le reste devient cartilagineux, et produit par différenciation ultérieure une tête articulaire, ainsi qu’une cavité cotyloïde correspondante, qui ne sont cependant complètement séparées que chez les Batraciens pourvus de corps vertébraux à concavité antérieure ou procèles. Chez eux, eneffet, la portion de la corde située dans le corps vertébral primordial persiste seule sans se

transformer en cartilage, soit pendant un temps

plus ou moins long, soit pendant toute la vie. » Tous les Batraciens inférieurs, tels que les Sirénidés, les Proteidés, les Amphiumidés, ont les vertèbres biconcaves comme les Poissons. Chez certains Anoures, la disposition des vertèbres est la même, tandis que chez d’autres les vertèbres sont convexes en avant, concaves en arrière. La plupart des Batraciens anoures ont les vertèbres procéliennes, c’est-à-dire qu’elles présentent une concavité en avant, une convexité en arrière ; chez les Pipa et les Bombinators cependant ces vertèbres sont opisthocéliennes comme chez la plupart

des Anoures. Les Archégosaures, singuliers Am-

phibiens fossiles, ont les vertèbres biconcaves, comme chez les Ichthyosaures.

La première vertèbre, ou atlas, présente toujours deux cavités pour l'articulation avec les deux condyles de la base du crâne.

Le processus transverse peut être simple, ou, chez les Salamandres, être pourvu de deux têtes articulaires. Le processus des vertèbres sacrées est cylindrique chez les Grenouilles proprement dites et chez certaines Rainettes connues sousle nom de Cystignathes ; il est dilaté chez les Crapaudset chez les vraies Raïinettes.

Les côtes manquent chez la plupart des Batraciens anoures ; chez les Discoglosses toutefois on voit de courtes côtes attachées aux diapophyses antérieures.

Le nombre des vertèbres est, en général, en rapport avec la forme du corps; c’est ainsi que l’on compte 45 vertèbres chez la Sirène lacertine et 57 chez le Protée. Chez les Batraciens anoures, au contraire, qui ont le corps court et ramassé, le nombre des vertèbres ne dépasse pas 10 ; 8 vertèbres appartiennent à la région présacrée, 1 vertèbre représente le sacrum et le coccyx est composé d’une vertèbre ou de plusieurs vertèbres modifiées.

Les Batraciens se distinguent des Vertébrés supérieurs en ce qu'à la tête, le crâne primordial persiste pendant toute la vie, de telle sorte que ce crâne se compose d’un mélange de pièces appartenant au système osseux et au système cartilagineux. Le crâne primordial est, du reste, refoulé par des masses osseuses qui, tantôt sont produites par l’ossification de la capsule cartilagineuse, tels sont les occipitaux latéraux, la capsule auditive, l’os en ceinture, l'os carré, tantôt sont des os de revêtement dérivant du cartilage primitif, comme les pariétaux, les frontaux, les nasaux, le vomer (fig. 364 à 368).

Tous les degrés d’ossification se voient, du reste, chez ces animaux. Les Batraciens qui conservent des branchies pendant toute leur vie ont les faces latérales du crâne presque complètement cartilagineuses, tandis que chez les Grenouilles, par exemple, l'ossification atteint les rochers aussi bien que les aïles de sphénoïde, tout en laissant entre ces deux os un large espace membraneux.

Le crâne est constamment large et aplati; la cloison interorbitaire fait toujours défaut ; les cavités orbitaires sont d'habitude fort grandes et percent le crâne proprement dit, de telle sorte qu’en le regardant d’en haut les mâchoires figurent un demicercle traversé dans son milieu par une capsule allongée. Pour ce qui est des os en particulier, le sphénoïde forme tantôt un plateau allongé, tantôt une plaque cruciforme ; comme chez les Poissons osseux et chez les Ganoïdes, le parasphénoïde est grand et s’étend de l’occipital à la région de l’ethmoïde. A la voute crânienne, les frontaux et les pariétaux peuvent se fusionner en un seul os, ainsi qu'on le voit chez les Batraciens anoures. Un os s'étend de la partie postérieure et latérale du crâne à la tête articulaire de la mandibule ; cet os occupe la place du tympanique des Vertébrés supérieurs.

Les deux prémaxillaires sont toujours visibles. Les os maxillaires existent le plus souvent et sont, chez la plupart des Batraciens anoures, reliés par une pièce osseuse au suspenseur de la mâchoire. Cette pièce osseuse peut être représentée chez les Urodèles par un ligament fibreux.

À la voûte palatine, tous les os sont reliés au crâne, de telle sorte que l’os intermaxillaire et le

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Fig. 364 et 365. — Crâne cartilagineux de la Grenouille verle vu en dessus et en dessous (*).

maxillaire forment, l’un derrière l’autre, lerebord de la bouche. Les ptérygoïdiens sont bien développés ; presque toujours il existe des palatins distincts. D'après Huxley, le suspenseur de la mâchoire, qui est incliné en bas et en avant chez les Urodèles de type inférieur, se dirige direclement en bas chez les Urodèles supérieurs et, chez les Batraciens anoures, se porle en arrière; une semblable modification s’observe lorsque les Anoures passent de l’état larvaire à l’élat parfait.

Suivant Clauss, «les Amphibies pourvus de branchies persistantes, ou Pérennibranches, possèdent un grand nombre d’arcs viscéraux tous semblables, tandis que chez les autres formes les organes n'existent que transitoirement pendant la période larvaire. Chez tous, ils sont au nombre de quatre ou cinq paires, dont l’antérieure représente l’hyoïde et le plus souvent constitue une pièce unique. Les deux derniers arcs sont deux simples stylets cartilagineux qui se réunissent à la pièce basilaire de

Fig. 366 à 358. — Cràne osseux de la Grenouille verte en dessus, en dessous et latéralement (**).

l'arc silué au-devant d'eux. Les os pharyngiens supérieurs font partout défaut. Chezles Salamandrines, outre l'os hyoïde, subsistent encore les restes de deux arcs branchiaux; mais chez les Batraciens anoures à J'élat adulte on ne retrouve plus qu'une seule paire d'arcs arliculée au bord postérieur du corps de l'os hyoïde et serrant l’appareil suspenseur au larynx.

« Les membres présentent toujours une ceinture scapulaire et pelvienne, et l'on peut arriver à reconnaître bien plus sûrement les parties qui les constituent que pour les membres, transformés en nageoires des Poissons. Dans l'épaule, on distingue facilement trois os; l'omoplate du scapulaire, le précoracoïde ou le coracoïde, auxquels vient s’ajouter. un supra-Coracoïde cartilagineux. Chez les

*) y, l'os en ceinture de Cuvier (d'après Huxley). y ÿ ap } **) Pr, ptémauillaire; A/x, maxillaire; Va, nasal; Fr, fron- P 5 :

til; Pa, pariétal; Vo, vomer ; PI, palatins; D, dentaire ; Qj, rocher; Lo, occipitaux latéraux; Z, temporo-maxillaire ; æ, paras. phénoïde; P4, ptérygoïdiens (d'après Huxley).

Amphibiens urodèles, la ceinture scapulaire est interrompue en dessous ; chez les Batraciens ou Anoures, elle est, au contraire, continue, car les deux moitiés latérales se réunissent sur la ligne médiane par l'intermédiaire d’une lame cartilagineuse, ou sternum, à laquelle s’ajoute en avant un épisternum. Dans le bassin, la forme allongée des os iliaques est caractéristique ; ces os fixés aux apophyses transverses d'une vertèbre se soudent à leur extrémité postérieure avec le pubis et l'ilion (1). »

Les derniers des Batraciens, ceux que l’on connait sous le nom de Cécilies, ont absolument l’appa-

| rence de vers de terre et manquent complètement

de membres. Les Siren et les Pseudobranches n'ont que des palles en avant; les doigts sont au nombre de quatre chez les premiers, de trois chez les derniers.

Tous les autres genres ont quatre membres, qui

(1) Clauss, Traité de zoologie, trad. Moquin-Tandon, p. 863,

LES BATRACIENS

chez les Urodèles sont destinés à pousser l’animal en avant, en le faisant réellement ramper. Chez les Amphiumes il existe tantôt deux, tantôt trois doigts à chaque membre; les Protées ont trois doigts aux pattes de devant, deux à celles de derrière; les Ménobranches ont quatre doigts à chaque membre, ainsi que les Salamandrelles ; on compte quatre doigts aux pattes antérieures et cinq aux pattes de derrière chez les Ménopomes et chez la Grande Salamandre du Japon; les autres Batraciens urodèles ont cinq doigts à chaque membre.

Ce n’est que chez quelques animaux, tels que les Onychodactyles, que l’on voit apparaître de petits ongles cornés dans lesquels s’enfoncent les extrémités des doigts comme dans un dé à coudre, chez la plupart des Batraciens les doigts sont complètement nus.

Système musculaire. — Les muscles chez les Batraciens correspondent à la forme du corps. Chez les animaux qui sont essentiellement aquatiques, ce sont les masses qui composent la queue, transformée en rame, qui l’emportent, chez les Grenouilles, au conlraire, destinées à sauter, ce sont les muscles du train de derrière qui ont la prédominance. Ces muscles ont une couleur blancrosée et sont plus pâles que ceux des Reptiles ; leur -excitabilité est très grande, ainsi que l'ont établi -de nombreuses recherches.

Centres nerveux. — Bien que fort simple, le système nerveux central est cependant supérieur à celui des Poissons.

Le cerveau est toujours petit, surtout relativement à la moelle épinière, car il est court et étroit; c’est ainsi que, chez une Salamandre, le poids des centres nerveux est 3, comparé à la masse totale du corps, 380, l’encéphale n'étant représenté que par 1.

Les ganglions qui composent le cerveau sont placés les uns derrière les autres; les hémisphères sont cependant plus développés que ceux des Poissons, et la différenciation des diverses parties qui les composent est plus sensible. La moelle allongée circonscrit un large sinus de forme rhomboïdale, ou quatrième ventricule (fig. 369); en avant de ce sinus se voit une étroite bandelette qui représente le cervelet ; nous distinguons ensuite les lobes optiques, au nombre de deux, les hémisphères cérébraux dans l’écartement postérieur desquels se trouve la glande pinéale; les lobes olfactifs sont développés. Chez le Protée cependant, le cerveau moyen est à peine distinct.

La surface de l’encéphale est lisse, sans circonvolutions apparentes en dessus. Inférieurement se trouve un sillon longitudinal et moyen, lelong duquel rampent les principaux vaisseaux artériels.

De même que chezles Poissons les nerfs crâniens sont réduits et plusieurs d’entre eux sont suppléés

par d'autres nerfs (fig. 370). Les nerfs optiques se réunissent et forment ce que l’on nomme un chiasma.

Organes des sens. — L'œil ne manque jamais, bien qu'il puisse être fort réduit et caché sous la peau, ainsi qu'on le voit chez le Protée et chez les Cécilies. Les Batraciens urodèles, que l’on connaît sous le nom de Pérennibranches, n’ont pas de pau-

Fig. 369. — Cerveau de la Grenouille verte, vu en dessus et grossi quatre fois (*).

pières, tandis que les Salamandres ont deux paupières très développées. A l'exception du Pipa, tous les Batraciens anoures possèdent, outre la paupière supérieure, une membrane spéciale dite nictitante; chez les Crapauds seulement, cette dernière est accompagnée d’une paupière inférieure. Les Batraciens anoures présentent une autre particularité, c’est l'existence d’un muscle spécial grâce auquel l’œil peut rentrer dans l’orbite.

D’après les recherches de Deiters et de Hasse, la structure de l'organe de l’ouie se rapproche de ce que l'on observe chez les Poissons. Sauf chez les Batraciens anoures, cet appareil se trouve réduit au labyrinthe et auxtroïs canaux demi-circulaires. Les Anoures possèdent, en outre, une caisse du tympan qui communique avec l’arrière-bouche par une large trompe d’Rustache; le limaçon est rudimentaire. Il existe une fenêtre ovale avec un osselet, soit cartilagineux, soit osseux. Dans beaucoup de Batraciens se voit une fenêtre ronde. Les Batraciens urodèles et les Pelobatidés, parmi les Batraciens anoures, n’ont pas de cavité tympanique. Lorsque cette cavité vient à manquer, les diverses pièces de l'oreille sont directement recouvertes par les muscles et par la peau. Chez les Batraciens aglosses ou privés de langue, tels que les Dactylèthres, les Pipa, les deux cavitéstympaniques communiquent avec la bouche par une seule ouverture commune aux deux trompes d’'Eustache.

(*) Z, nerfs olfactifs; Lo/, rhinencéphale ou lobe olfactif; Ac, hémisphères cérébraux; Pn, glande pinéale; Fho, cerveau moyen ou thalamencéphale; Zop, lobes optiques; C, cervelet ; Sck, quatrième ventricule ; Mo, moelle allongée (d’après Huxley)

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — ORGANISATION

*rÆEtrr" Fig. 310. — Système nerveux de la Grenouille grossi en partie d'après Ecker) (*).

Les organes de l’odorat sont très peu développés chez les Batraciens. Les fosses nasales sont toujours au nombre de deux; l'orifice externe des narines est garni d’un pelit appareil cartilagineux et de muscles spéciaux, d'après les recherches de Dugès. L’onifice interne des fosses nasales s’ouvre chez la plupart des Batraciens entre la mâchoire

(*) 1, nerf olfaetif ; 2, nerf optique; 3, moteur oculaire commun; 4. pathétique ; 5, trijumeau et ganglion de Gasser; 7 ,moteur oculaire externe; 7, facial, formé par la réunion de l’anastomose du nerf tympanique avec le rameau communiquant du pneumogastrique, 15; 8, auditif; 9, glosso-pharyngien naissant du pneumo-gastrique ; 10, pneumo-gastrique et son ganglion; 11, branche ophthalmique du trijumeau ; 12, nerf palatin ; 13, nerf maxillaire supérieur; 14, nerf maxillaire inférieur ; 15, rameau communiquant du pneumogastrique anastomosé avéc Le trijumeau ; 16, nerf pour l'estomac et les intestins ; 17, branche cutanée du pneumo-gastrique ; 148, nerf crural; 19, nerf ischiatique; 20, premier ganglion du sympathique; 21, dernier ganglion du sympathique ; 22, cordon du sympathique ; Lù X, uerfs rachidiens.

BREuM. — V.

Fig. 311. — Système vasculaire de la Grenouille (CI. Bernard) (*).

supérieure et les palatins ; chezla Sirène cependant et chez le Protée, qui vivent habituellement sous l'eau et qui ont les mœurs des Poissons, les narines consistent en deux pelits culs-de-sac creusés dans la lèvre; elles ne livrent pas passage à l'air et ne communiquent plus avec la bouche.

La langue doit plutôt êtreregardée comme organe de préhension que comme organe de gustation ; elle manque complètement chez le Pipa et le Dactylèthre. Sa forme varie beaucoup et fournit d'excellents caractères pour la classification des genres et des espèces; c’est ainsi qu'elle est entière

(*) a, veine allant de la veine cave au cœur en traversant le péricarde; PP, poumons; C, cœur; FF, foie; VP, veine porte; bc, veines épiploïiques; R, reins; VJ, veines de Jacobson; F, veine crurale; Al, artère iliaque et crurale; VA, veines abdominales allant se rendre au foie; VE. veine fémorale,

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chez les Oxvlosses, cordiforme chez la plupart des Ranidées, échancrée chez les Grenouilles proprement dites, en forme de champignon chez les Bolitoglosses. La langue peut être complètement libre en arrière et dès lors pouvoir se renverser en avant, ou être complètement fixée au plancher de la bouche, les bords latéraux seuls n'étant pas attachés.

Il existe des papilles gustatives sur la langue des Batraciens, de telle sorte que cet organe sert également au goûter.

Lorsque l’on regardait les Reptiles et les Batraciens comme appartenant à une seule et même classe, on caractérisait ces derniers en disant que ce sont des Reptiles nus, par opposition aux autres dits Reptiles écailleux.

En terme général, la peau des Batraciens, qui joue un si grand rôle, non seulement comme appareil de sécrétion, mais encore comme appareil respiraloire, est lisse et visqueuse. Chez certains Anoures, cependant, tels que le Ceratophrys, les Brachycéphales, le dos est protégé par un petit bouclier osseux qui s’unit aux parties élargies de plusieurs vertèbres. Les étranges animaux connus sous le nom de Labyrinthodontiens avaient un endosquelette fort développé à la surface ventrale; les Archégosaures des terrains anciens élaient encore plus cuirassés. Les Batraciens que l’on connaît sous le nom d’Apodes, tels que les Cécilies, ont la peau partagée en une série d’anneaux dans l'épaisseur desquels se trouvent de petites écailles qui offrent des lignes concentriques et rayonnantes rappelant jusqu’à un certain point les écailles de certains Poissons.

Les Apodes et les Urodèles ont la peau intimement collée ou adhérente aux organes subjacents, tandis que chez les Anouresil existe entre les téguments et les muscles des espaces libres, formant des sortes de sacs, ce qui donne à ces animaux la faculté de gonfler considérablement leur enveloppe cutanée. Cette disposition avait été depuis longtemps observée.

Rugosam inflavit pellem (1), nous dit Phèdre (2):

Envieuse, s'étend et s’enfle et se travaille. La chétive pécore S’enfla si bien, qu'elle creva,

äous apprend l’immortel fabuliste (3).

L’organe des sens connu sous le nom de ligne latérale se trouve chez tous les Batraciens à l’état larvaire ; on le rencontre aussi chez les animaux essentiellement aquatiques, tels que les Urodèles.

(1) Elle enfla sa peau rugueuse.

(2) Phèdre, Rana et Bos (Lib. I, fab. xxm).

(3) La Fontaine, Fables, liv. I, fab. ur.

D'après Clauss, «la peau renferme généralement des glandes qui sônt tantôt des cellules simples en forme de bouteilles dont la sécrétion joue probablement un rôle dans le mécanisme de la mue, en séparant les couches cellulaires superficielles qui doivent être rejetées des couches profondes, ou bien des glandes en forme de sac sécrétant du mucus qui lubréfie la surface du corps et la maintient visqueuse lorsque les animaux vivent sur la terre, ou des liquides caustiques, à odeur forte, qui peuvent agir comme des poisons sur les petits animaux. Ces dernières glandes sont particulièrement déyeloppées en certains points ; parfois elles constituent par leur agglomération des masses considérables, par exemple, dans la région parotidienne chez les Salamandres et les Crapauds, et fréquemment aussi chez ces derniers sur les côtés du corps et sur les membres postérieurs. Les nuances diverses de la peau sont tantôt causées par des amas de granulations pigmentaires dans les cellules de l’épiderme, tantôt par la présence de grandes cellules pigmentaires ramifiées du derme, qui déterminent, chez les Grenouilles, par la variation de leurs formes, le phénomène, depuis longtemps connu, du changement de couleur.

« Chez quelques Urodèles, la peau est le siège de productions périodiques remarquables, telles que la crête cutanée qui se montre sur le dos des Tritons à l'époque des amours, ainsi que les franges des doigts. L'épiderme se renouvelle aussi constamment et tombe chez les Batraciens anoures par grandes lames. »

Nous ajouterons que chez certains Anoures, tels que le Pipa, on remarque des espaces alvéolaires dans lesquels les œufs peuvent accomplir leur évolution ; ces cellules ne sont autre chose que des glandes transformées qui se développent seulement à l'époque de la reproduction.

Outre la crête des Tritons, il convient de mentionner, parmi les productions de l’épiderme, les appendices, en forme de corne, qui se voient audessus de l'œil chez les Cératophrys, les Édalorhines et certains Crapaudstels quele Crapaud cératophrys; ce dernier a, en effet, des productions en forme de piquants de chaque côté des flancs.

La coloration varie à l'infini chez les Batraciens; elle est parfois très vive et des plus brillantes. Certaines espèces sont entièrement noires, d’autres sontmarbrées denoiretde blanc, denoir et derouge. On trouve aussi le bleu et le vert, le rouge, le jaune, le violet, l'aurore, l’orangé et pour ainsi dire toutes les dégradations et tous les mélanges possibles dans la gamme des couleurs.

Suivant la remarque faite par Duméril et Bibron, « une circonstance importante à noter, c'est que, dans certaines espèces, dans la Rainette des arbres, par exemple ou dans le Triton marbré, on trouve des variétés qui prennent constamment les mêmes teintes; pour la première, par exemple, de la nuance

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — ORGANISATION

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Fig. 312. — Anatomie de la Grenouille (*).

violette ou vert très pâle ou d'un vert d'herbe foncé et brillant, et pour le Triton, la singulière variété que l'on trouve presque toujours réunie par couples sur la mousse ou’dans le creux des arbres, dont le corps est vert céladon, avec une crête, ou plutôt une ligne dorsale d’un beau rouge carmin ou vermillon. »

Appareil digestif et sécrétions, — Si à l’état larvaire les Batraciens paraissent surtout rechercher les substances végétales, à l’état adulte ces animaux sont essentiellement carnassiers et se nourrissent exclusivement de proies vivantes. Ce sont de pelits Mammifères, de jeunes Oiseaux, mais surtout des Mollusques, des Insectes, de petils Crustacés, des Annélides, qui sont recherchés par les Balraciens.

L'ouverture de la bouche est généralement grande chez les Anoures; elle peut être énorme chez les

(*) à, oreillette ; v, ventricule; {a, bulbe artériel; ao, crosse de l'aorte; cl, carotides; p, troncs pulmonaires; ac, branche tégumentaire ; ap, artère pulmonaire; pd, poumon droit; A, foie; vf, vésicule du fiel; de, canal hépatique ; pa, pancréas ; s, rale ; vl, estomac, 1, intestin grêle; r, rectum; re, rein ; ad, corps adipeux; vu, vessie urinaire; ov, ovaire; od, oviduet:; u, dilatation de ce conduit en forme d'ulérus.

Cératophrys, les Calyptocéphales, ou, au contraire, petite chez les Bréviceps et les Engvetomes. Les Apodes, les Protées et plusieurs autres Urodèles ont l’orifice buccal très rétréci, par suite du peu de largeur de la tête.

La manière dont la proie est saisie varie suivant les animaux. C’est ainsi que chez les Grenouilles, les Rainettes, les Crapauds, la langue est susceptible d’être projetée au dehors ; ainsi que nous l'avons déjà dit, cette langue est attachée à la mächoire en avant, libre en arrière ; elle est enduite d'une mucosité visqueuse qui fuit que tout ce qu’elle touche s’y colle et se trouve, dès lors, entraîné dans la bouche. Chez les animaux dont la langue n'est pas extensible, la préhension des aliments a lieu directement à l'aide des mâchoires, et comme chez les Lézards, la proie, fortement serrée, est amenée dans la cavité buccale.

Suivant Duméril et Bibron, « les lèvres etles gencives sont intimement adhérentes aux os des mâchoires, et semblent, chez le plus grand nombre, leur servir de périoste. Dans quelques espèces cependant, comme chez la Sirène, le Protée, et surtout chez l’'Amphiume, on voit aulour du museau,

| en dessus et latéralement, une sorte de renfle-

LES BATRACIENS

Fig. 313. — Mouvements du cœur chez la Grenouille.

ment charnu, qui cache la mâchoire inférieure.

« Dans les Pipas, la lèvre supérieure se prolonge en une petite trompe ou museau en groin; mais,en général, il existe une rainure à la mâchoire supérieure correspondant à la courbure de l’inférieure, qui yest reçue ets’y adapte très exactement, comme la gorge d’une tabatière dans son couvercle. »

Les Batraciens ont généralement des dents sur le vomer, les prémaxillaires, les pièces dentaires des maxillaires, plus rarement sur les os palatins et ptérygoïdiens. Les Sirens et les Ménobranches possèdent des dents ptérygoïdiennes. Les dents qui arment la voûte palatine peuvent présenter des dispositions très diverses qui ont fourni de bons caractères pour la délimitation des tribus et des genres.

Les intermaxillaires et la mandibule ne portent pas de dents chez les Protéidés; les maxillaires manquent chez les Sirénidés. Les Crapauds n'ont pas de dents aux mâchoires, les Grenouilles et les Raiïnettes ont la mâchoire supérieure seule armée ; chez les Hémiphractes les deux mâchoires sont garnies de dents. Les Apodes, les derniers des Batraciens, se rapprochent des Poissons en ce sens que souvent on trouve les dents disposées suivant plusieurs rangées aux mâchoires, telles sont les Cécilies connues sous le nom d'Uræotyphlus; les Siphonops n’ont cependant qu'une seule rangée de dents à la mandibule.

Ces dents sont toujours grêles, peu développées; généralement ces dents sont petites, aiguës, serrées les unes contre les autres, peu saillantes, et font

Fig. 3174, 315. — Cœur de Grenouille (*).

loffice d’une râpe ou d’une corde destinée à retenir la proie plutôt qu'à la diviser et à la mâcher. Dans l’état larvaire, les Anoures ont les mâchoires revêtues d’un bec, quirappelle celui des Tortues et des Oiseaux.

Les dents sont généralement soudées aux os qui les supportent; leur structure est simple, tandis

(*) Face antérieure à gauche; face postérieure à droite. — AA, aortes; Ve, veines caves supérieures ; Or, oreillettes, V, ventricule; Ba, bulle aortique; SV, sinus veineux; Vei, veine cave inférieure; Vh, veines hépatiques ; Vp, veines pulmonaires,

qu’elle est fort compliquée chez certains Batraciens fossiles que l’on connaît, à cause de cela, sous le nom de Labyrinthodons.

Fig. 376. — Branchies internes et poumons d’une larve de Grenouille (*).

Le tube digestifest court chezles animaux adultes, tandis qu’il est beaucoup plus long chez les larves,

Fig. 311. — Coupe d’un œuf de Grenouille à la fin de la segmentation (d'après Balfour) (**).

dont le régime est herbivore. Chez la plupart des Batraciens l’œsophage est susceptible d’une grande

(*) 1, veine cave; 2, oreillette droite; 3, veines pulmonaires; 4, oreillette gauche; 5, ventricule; 6, bulbe artériel; 7, artères branchiales; 8, veines branchiales ; 9, aorte; 10, artère pulmonaire venant des 4 arcs branchiaux.

(**) sg, cavité de segmentalion ; //, grosses cellules remplies de vitellus nutritif ; ep, petites cellules du pôle formatif (épiblaste).

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