LES SONNEURS
jusque vers le sud de la Russie ; il se trouve en Danemark, en Suède; il est commun en France ; d’après Boulenger, il a été recueilli en Chine; il est dès lors probable qu'il existe dans l'Asie centrale, dont la faune batrachologique a tant de rapports avec celle de l'Europe.
Mœurs, habitudes, régime. — Cetteespèce se trouve dans les plaines aussi bien que dans les endroits montagneux jusqu'à l'altitude de 1,500 mètres. L'animal séjourne pendant tout l'été dans les mares, les étangs; les fossés, les bourbiers ; c’est seulement au commencement de l'automne qu'il parcourt la campagne, sautillant très adroitement à l’aide de ses pattes postérieures relativement longues. Dans l’eau, il se tient à quelque distance de la rive; il porte la têle élevée au-dessus de la surface, plonge avec une extrême rapidité àla moindre alerte et va se cacher dans la vase. Lorsqu'il croit que tout danger est passé, le Sonneur remonte lentement à la surface et va se placer à l'endroit qu'il occupait auparavant; il regarde alors tout autour de lui, avant que de recommencer à pousser son chant monotone.
Le Sonneur se meut dans l’eau avec une grande agilité; bien qu’il ne puisse cependant rivaliser avec la Grenouille verte, il nage très
bien et sait parfaitement se cacher dans la |
vase. Sur le sol, cet animal se meut par bonds précipités, courts, rapides et fréquents. Le trait caractéristique des mœurs des Sonneurs est une extrême poltronnerie. Il ne recherche les eaux courantes qu’à défaut d’autres; les eaux stagnantes et couvertes de lentilles d’eau lui conviennent à merveille, car il sait parfaitement s’y dérober aux regards. Sur la terre ferme, c’est par la ruse que le Sonneur se soustrait à la poursuite; il se cache entre les herbes, se blottit contre le sol, et la couleur de son dos est telle que souvent il échappe aux regards. Lorsqu'on l’inquiète, il prend une position des plus singulières, renverse la tête et les pattes sur le dos; il reste dans cette étrange position jusqu'à ce qu’il s’imagine que tout danger a disparu.
Lataste, qui a bien observé cet animal dans la Gironde, nous apprend « qu’il abonde surtout dans les rigoles et les petites flaques d’eau pluviales. Il fréquente surtout les eaux stagnantes et croupissantes de peu d’étendue, se tenant généralement sur leurs bords, et s’y réfugiant au moment du danger, à moins qu'il ne se tapisse contre la vase, comptant sur sa
livrée supérieurement obscure pour le dérober. Il nage fort bien, émergeant très peu, les yeux et les narines seuls élevés au-dessus de l’eau; mais le peu de profondeur des eaux qu'il habite permettrait de le prendre aisément à l’aide d'un petit troubleau, ou même à la main ; d’ailleurs il est moins méfiant et moins agile que la Grenouille verte. Il doit profiter de la nuit pour voyager d’une mare à l’autre. Il est très impressionnable. « Souvent j'en ai vu, écrit Lataste, qui perdaient la tête, et tournoyaient sur place comme des fous, quand j'étendais la! maïn pour les saisir, dans une flaque où l’eau n'avait que quelques centimètres de hauteurlet ne pouvait les cacher. Nous connaissons la bizarre posture qu'il prend à terre, quand on le tourmente, se renversant sur le dos, creusant son échine, relevan! les cuisses et se fourrant les poings dans les yeux. Roësel ajoute que si on continue à le tourmenter, il s'échappe de la partie la plus épaisse des cuisses un liquide mousseux comme de l’écume de savon et inodore. » Lacépède dit, au contraire, que cette humeur est fétide; il est certain que le Bombinator exhale, lorsqu'on l'irrite, une odeur toute particulière et des moins agréables.
Le Sonneur se nourrit d'insectes, de vers, et surtout de petits mollusques terrestres et fluviatiles. Fatio rapporte que souvent il a trouvé des Bombinators dont les doigts étaient mutilés ou pincés entre les deux valves de Cyclades; ce mollusque ne lâche prise que lorsque la patte a été gangrénée et s’est détachée par suite de l'arrêt de la circulation ; le doigt perdu ne repousse pas, comme cela a lieu chez les Tritons et chez les Salamandres.
D'après Lacépède, le chant du Sonneur consiste en une sorte de coassement sourd et entrecoupé. Suivant Lataste, «le chant de cette espèce, assez faible et très doux, se compose de deux notes plus basses que celles del’Alyte, la première un peu plus élevée que la deuxième. Ces deux notes sont émises l’une à la suite de l’autre, et répétées sans interruption, lentement d'abord, puis de plus en plus vite. L’onomatopée houhou, houhou, houhou... rend assez bien l'effet produit par sa voix. »
Lataste ajoute que « le Sonneur est susceptible de varier un peu cette musique dans certaines circonstances. Un soir, je m'étais approché d’une mare où tout s’était tu à mon approche ; mais après un instant de silence, j'entendis sous mes pieds s'élever une voix
LES ALYTES.
Fig. 431. — Le Sonneur à ventre de feu (grand. nai.}.
excessivement faible. C'était un ramage assez varié, une broderie très délicate, comme le gazouillement d’un oiseau qui rêve. La voix sortait bien de la mare; mais une haie était là, tout près, et j'allais croire ce chant produit par un oiseau endormi, quand, peu à peu, il se renforça, se modifia, et passa avec ménagement aux houhou habituels du Sonneur. Je venais d'entendre les prédules de cet artiste, »
Le Sonneur n’est adulte qu’à sa troisième année.
La ponte a lieu depuis le mois d'avril jusqu’en juillet. Chaque pelote d'œufs est isolée, et on en compte 20 à 30. Le frai repose au fond de l’eau et dans la belle saison se développe rapidement. Dès le cinquième jour on aperçoit la larve; le neuvième jour elle quitte l'œuf ; à la fin de septembre ou au commencement d'octobre, les membres sont développés et la queue disparaît.
Captivité. — Le Crapaud pluvial ne supporte la captivité que difficilement; en remplissant fréquemment de lentilles d'eau le bassin qu'il occupe, on peut le conserver cependant assez longtemps. Bien peu d’entre eux résistent pendant l'hiver, mais pour peu qu'on les soigne, qu'on les mette dans un
aquarium approprié, ils ne périssent pas; ils ont soin de se cacher dans la vase ou entre les plantes et tombent alors dans un sommeil qui les protège suffisamment contre les dangers de la saison froide.
LES ALYTES —
Froschtrüten.
ALYTES
Caractères. — Le genre Alyte a été établi par Wagler pour une espèce de Batracien anoure de nos pays, que son corps trapu, ses membres courts et épais, sa peau toute couverte de pustules, ont fait longtemps regarder comme un Crapand, dont elle s'éloigne au contraire par des caractères importants. C'est ainsi qu’il existe des dents à la mâchoire supérieure; de plus, le bord postérieur du vomer est armé de petites dents disposées suivant une rangée transversale, placée presque immédiatement après les arrière-narines.
À ces caractères nous ajouterons que la langue est entière, épaissie, circulaire, adhérente, que le tympanest distinct, que les doigts sont libres, les orteils étant réunis en partie par une épaisse membrane; le premier os cunéiforme forme une saillie; les apophyses des