‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 258 sur 276 · JA) NE D M · texte numérisé non relu

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Fig. 488. — La grande Salamandre de Japon, d'après la planche publiée par le Musée national de Tokio ().

en petit nombre, sur les points suivants : les sources et les ruisseaux de la rivière Kisu-

(*) Cette planche est la reproduction de la figure qui accompagne le mémoire de M. Geerts. S BREuM. — V.

gawa, provinces d’Iga, de Yamato, d'Isé, dans la rivière Roka-gawa, sur les frontières des provinces Hida et Mino, dans la rivière Toyakagawa, province de Tamiza, dans les rivières Migada-gawa et Iti-gawa, province de Tamba, REPTILES. — 84

dans la rivière Osaki-gawa, provinces de Minasaka el de Harima.

« M. de Siebold affirme à tort que la grande Salamandre séjourne dans les bassins et dans les lacs formés par les eaux pluviales au milieu des cratères des volcans éteints, à une hauteur de 4 à 5000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Elle ne monte jamais à une telle hauteur. »

Geerts, qui a longtemps résidé au Japon et qui à dernièrement publié un intéressant mémoire sur la grande Salamandre (1), nous apprend que cette bête a pour nom local &ei-gyo, ce qui veut dire Poisson enfant ; un conte populaire attribue, en effet, à cet animal la faculté de pouvoir crier où pleurer comme un enfant.

Le grognement sourd que nous avons parfois observé, quand il laisse échapper l’air de ses poumons, n'a cependant rien de semblable aux cris d’un enfant. Quant aux noms populaires, plusieurs livres japonais donnent à cette Salamandre le nom de San-seb-uwo. C’est le cas, par exemple, pour la planche publiée par le musée national de Tokyo et que nous reproduisons (fig. 488).

« Le caractèreuwo, poisson, toujours ajouté au nom sinico-japonais, fait. voir qu'au Japon ainsi qu’en Chine, la Salamandre géante est regardée comme une espèce de poisson. Aussi trouve-t-on la description de la Salamandre dans la grande histoire naturelle Æon-zaukaumoku (en chinois Pen-tsao-kang-mouk) sous ia rubrique des Poissons sans écailles. »

D'après Siebcld, la Salamandre géante vit dans la partie méridionale de la grande île de Nippon.On la connaît dans l’Apa sous le nom de Aase-koi; dans Mimisaka, elle s'appelle Hanzaki, à Iwonni, Homzake, à Tamba, Æadakuzu.

La même espèce a été trouvée en Chine par le père A. David.

Mœurs, habitudes, régime. — Le naturaliste Siebold, dans un voyage qu'il fit à Ise, Iga et Yamato, eut la joie de rencontrer une contrée montagneuse où la Salamandre géante élait parfaitement connue des indigènes sous le nom de Aase-koï. Sous la conduite d’un chassseur expérimenté, notre voyageur put capturer un de ces animaux et faire les observations suivantes :

La Salamandre géante se trouve dans dif-

(1) Geerts, Nolice sur la Grande Salamandre du Japon Nouvelles Archives du Museum, t. V, 2° série)

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férents points de la ligne de partage des eaux entre la région des côtes de San-ju-dound, Sanyo-do, dans les eaux montagneuses de la province Hida et le long de toute la ligne de partage des eaux qui sépare les rivières se rendant d’Ise à la mer de celles qui appartiennent au bassin de Yodogama. L'animal vit à la limite des provinces d’Ise etd'Iga, dans la partie supérieure de tous les ruisseaux, principalement dans le Kitzu-gawa. Cette ligne de partage des eaux consiste en un granit riche en quartz, s'effritant par places et parsemé d'ilots de roches schisteuses; dans l'Ise, à l’ouest d'Iga, les ruisseaux coulent dans des grès tertiaires renfermant des lits d'argile; la ligne de faîte estsituée au-dessous de 1000 mètres d'altitude.

On trouve toujours la Salamandre géante dans des eaux froides, limpides et courantes. Dans le Hida, cet animal vit dans des eaux peu profondes que coupentles pentes gazonnées des montagnes; le gazon qui a poussé de chaque côté de ces ruisseaux les recouvre presque complètement; en aval les ruisseaux sont riches en poissons; l’eau recouverte en partie par les broussailles, arrose en murmurant les blocs de pierre qui garnissent son lit. C’est sous ces blocs, en général sous les rives qui surplombent, que vivent les Salamandres adultes, tandis que les jeunes individus se trouvent plus fréquemment dans les petits fossés.

D’après le dire des habitants, les Salamandres ne quittent que pendant la nuit leurs retraites et ne vont jamais à terre.

Elles se nourrissent de vers, d'insectes, de grenouilles, de poissons.

Geerts, qui à très bien étudié l'animal qui nous occupe, nous a donné sur lui d’intéressants détails et voici ce que dit cet habile observateur :

« La grande Salamandre estinerte et stupide, lourde et laide; ses mouvements sont lents, sans aucune grâce. Elle se tient habituellement tranquille au milieu de l'eau courante, dans les coins ombragés. Elle est aquatique, et la nature l’a munie d’une queue assez haute, très comprimée, en forme de large aviron.

Cependant elle peut marcher sur la terre et monter sur une pierre ou un arbuste quelconque. Une Salamandre que nous avions prise s’est échappée le 15 juillet de son bassin et s’est promenée dans les herbes au-dessous des arbres, à une distance d'environ 25 mètres, quand nous l'avons rattrapée et enfermée de nouveau. Son élément favori est cependant

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l’eau; mais non de grande profondeur, car elle préfère rester sur le sol et n’avoir qu’une couche d’eau juste suffisante pour la couvrir entièrement. Dans les eaux plus profondes, elle peut nager, les franges cutanées assez larges de ses deux flancs l’aidant beaucoup pour cela.

« De temps en temps l’animal vient à la surface pour respirer l'air, ce qui se fait d’abord par les narines, ensuite par la bouche; il met alors le museau hors de l’eau et se retire ensuite lentement pour reprendre sa posilion accoulumée.

« Dans certains cas, il fait entendre ces grognements sourds que produit l’air chassé par les narines et quelquefois par la bouche. Cet acte d'inspiration est ordinairement répété toutes les dix minutes environ, mais l'animal peut rester beaucoup plus longtemps, une demi-heure et plus, au fond de l’eau, avant de renouveler l’air contenu dans les poumons.

« Les mœurs de l'animal, dans son état naturel, sont assez douces tant qu'il n’éprouve

pas de choses désagréables, comme la faim, le

manque d’eau ou les rayons de soleil et une trop forte lumière.

« Quand il se trouve en captivité, avec une nourriture et de l’eau fraiche abondante, il conserve un naturel assez doux et ne mord jamais la personne qui le prend à la main.

Mais quand il est souvent irrité, il se défend en mordant lorsqu'on l’inquiète, mais ne se fâche qu'après des provocations réitérées. Il se défend en se dirigeant lentement vers l’objet qu'il veut attraper, puis, s’élançant tout d’un coup, la tête hors de l’eau, il cherche à mordre.

« Le Sieboldia maxima se nourrit, à l’état naturel, de petits poissons, de batraciens, de vers, et, comme il est glouton, ainsi que la plupart des reptiles, il mange beaucoup à la fois quand il peut le faire, et reste ensuite à jeun pendant un grand nombre de jours; il peut alors supporter des abstinences de dix à douze jours.

« Pour prendre sa nourriture, il s'approche lentement de sa proie, qu'il saisit avec les dents en faisant un mouvement latérai très rapide de la tête; la tenant ordinairement pendant quelque temps dans la gueule. Son second mouvement est celui d’avaler sa proie.

« D'ordinaire, il attend patiemment jusqu’à ce que le hasard fasse passer près de lui les petils poissons qui, ne se doutant pas de la présence de l'ennemi, choisissent souvent un

. lieu de refuge sous le ventre même de la Sa-

lamandre.

« L'épiderme se renouvelle continuellement.

l’ancienne peau se détachant par lambeaux Quand la Salamandre se trouve hors de l’eau, et surtout quand on l'icrite dans cet état, la peau devient sèche etlaisse suinter par les pores un liquide visqueux, fétide, peu abondant. A l’état de nature, elle se cache pendant l'hiver dans un trou quelconque, au-dessous de feuilles mortes ou d'herbes de montagne, afin d’échapper aux rigueurs du climat, cependant l'animal peut assez bien supporter un froid de zéro (1). »

Schlegel donne les mêmes renseignements il dit qu'il « est arrivé plusieurs fois, à Leyde, que l’eau du bassin où se trouve la Salamandre s’est revêtue de glace pendant les nuits excessivement froides du mois de janvier 1838; l’animal ne paraissait pas en souffrir le moins du monde. »

Cet animal mange beaucoup moins en hiver qu’en été.

Lorsqu'il a faim et n’a pas de nourriture en suffisante quantité, il lui arrive même de ne pas épargner les animaux de sa propre espèce.

Schlegel nous apprend, en effet « qu’une Salamandre avait tué el dévoré une grande Salamandre femelle, compagne de son voyage, pendant le trajet du Japon en Europe.»

Un fait semblable s’est produit à la ménagerie des reptiles du Muséum de Paris.

Deux Salamandres, sensiblement de même taille, se trouvaient depuis longtemps ensemble dans un même et vaste bassin; bien qu'abondamment nourris, ces deux animaux se combattirent un soir, de telle sorte que l’un d’eux fut tué.

La force de reproduction est assez considérable chez la Salamandre du Japon. Schlegel dit « qu'il est arrivé plusieurs fois, à Leyde, que les doigts ou la pointe de la queue s'étant usés ou se trouvant totalement détruits par des accidents, ces parties se sont reproduites en peu de temps. »

Geerts rapporte que «les Japonais racontent même qu'on peut couper à cet animal de temps en temps un membre quelconque, qui ne tardera pas à se reproduire, de telle sorte que l’on pourrait avoir un animal tout nouveau après quelque temps; » l'excellent observateur ajoute

(1) Geerts, Notice sur la Grande Salamandre Japon (Nouvelles Archives du Museum, t. V, ? série),

du

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