‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 36 sur 276 · LA TORTUE MARQUETÉE. — TESTUDO TABULATA · texte numérisé non relu

LA TORTUE MARQUETÉE. — TESTUDO TABULATA

Waldchildkrôte.

Caractères. — La carapace de cette espèce (fig. 102) est particulièrement épaisse, allongée, ovalaire, un peu plus large en arrière qu’en avant ; il n'existe pas de plaque nuchale; la plaque sus-caudale est simple, bombée. La tête est assez grosse ; les mâchoires sont fortes et dentées, l'inférieure étant recourbée en pointe anguleuse. La queue est très courte, conique. Le plastron est beaucoup plus étroit que la carapace, échancré en arrière en V très ouvert. La partie supérieure de la carapace est d'un brun clair uniforme ou d’un gris brunâtre ; le centre des plaques du disque et le bord inférieur de celles du limbe est de couleur jaune pâle ou orangé; le vertex, d’un

jaune pâle, est orné de taches et de lignes noirâtres; quelques taches jaunes se voient en différents points de la tête et du cou. Étendu, l'animal mesure 0,37, la carapace ayant 0,95. Chez les animaux jeunes, la carapace est plus bombée et la coloration plus vive.

Distribution géographique et mœurs. — Cette espèce, qui est connue au Brésil sous le nom de Schabuli, se trouve dans tout le Brésil, le Vénézuéla, la Guyane; elle a été aussi apportée en Europe de la Trinidad et, d'après un exemplaire, qui appartient au Muséum de Paris, de la Guadeloupe. « J'ai recueilli, écrit le prince de Wied, les carapaces de ces Tortues dans les forêts de Tapebucu, à un degré au nord de Cabo-Fico ; on trouve l'espèce dans toutes les grandes forêts du Brésil orien- {al. Sur le Belmonie, elles ne sont point rares, et dans les carniers des Botokudos nous avons remarqué des carapaces entières de cette espèce, ainsi que la carapace dorsale de Tortues fluviales dans laquelle ces sauvages préparent leurs couleurs. Auprès du fleuve Ilhéos, enfin, pendant notre course ininterrompue à travers les forêts, nous avons observé l'espèco

en question souvent au plus épais des bois.

Ces Tortues ne vivent que sur la terre sèche, surtout dans les forêts; aussi ne les ai-je observées que là. On les voit errer lentement, se soulevant sur leurs pattes épaisses, qu'elles rétractent à la vue de tout ce qui leur est étranger. Celte espèce tire sa nourriture du règne végétal; elle mange de préférence les fruits mûrs qui tombent des arbres, dont les variétés sont ici très nombreuses.

«Pendantla saison chaude, ces Tortues accumulent des feuilles sèches et déposent dans ces amas une douzaine d'œufs ou même davantage.

Au sortir de l’œuf les petits présentent une couleur jaunâtre etune carapace encore molle.

« Les animaux jeunes, et même les vieux, sont en butte à maint ennemi. La Tortue, déjà âgée, malgré sa carapace résistante, est souvent atteinte et dévorée par les grands carnassiers de la race féline. Les Indiens, au courant de ce qui se passe dans leurs forêts, assurent que l'Once, lorsqu'elle trouve une de ces Tortues, la fixe sur une de ses extrémités et à l’aide de ses griffes retire peu à peu sa chair de la carapace. De là proviennent les carapaces vides que nous avons trouvées éparses dans la forêt très fréquemment ; cette explication nous a paru fort vraisemblable, attendu que ces carapaces vides étaient souvent ouvertes et mordillées à leur extrémité. Comme ces Tortues n’ont aucune odeur désagréable, elles sont mangées par les Portugais, les nègres et les Indiens; elles sont, à certaines époques, {très grasses. Dans quelques régions, auprès du fleuve Ilhéos par exemple, on les garde enfermées dans des enclos formés au moyen de petites poutres arrondies et verticales, pour les utiliser à l’occasion. On peut les garder en vie à la maison pendant plusieurs années ; installées dans des caisses, elles mangent des banañes, qui leur plaisent particulièrement, des feuilles et divers fruits. Lorsqu'on les touche, elles se retirent dans leur carapace et font entendre un souffle laryngien analogue à celui des oies: je n'ai jamais perçu chez elles une autre sorte de phonation.

« Bien qu'il soit inutile d'employer des engins spéciaux à l'égard de ces créatures inoffensives, qu’on peut recueillir dans la forêt sans aucune peine, il arrive parfois

qu'elles se trouvent prises dans les lourds

pièges installés en vue des animaux de véerie; le piège se referme sur la Tortue sans pouvoir la tracasser et la maintient seulement

Page 1