LES TORTUES DE L'OCÉAN INDIEN
Presque tous les voyageurs des seizième et dix-septième siècles qui nous ont laissé des documents au sujet de leurs découvertes et de leurs aventures dans l’océan Indien et dans l'océan Pacifique font allusion à d’innombrables Tortues de terre, de taille vraiment gigantesque, rencontrées dans certaines petites îles, d’où ces Tortues ont absolument disparu aujourd’hui. £i quelques-unes de ces espèces, telles que la Tortue éléphantine, se trouvent encore, c'est qu’elles sont sous la protection de l’homme et gardées dans ies habitations et en captivité. La plupart de ces espèces ont disparu sans retour et il n’en existe que quelques individus, dans les musées; il en est d'elles comme de ces gigantesques et curieux Oi-
| seaux, tels que le Dinornis, l'Epyornis, le Dronte, le Dodo, le Solitaire qui se sont éteints dans les temps historiques ; plusieurs des espèces encore existantes sont en voie de disparition rapide, aussi y a-t-il le plus grand intérêt à recueillir tous les documents sur des animaux qui dans peu d'années auront à tout jamais disparu.
| Le docteur Albert Günther, dans un remarquable mémoire publié en 1877, a entrepris cette tâche, et le savant naturaliste a groupé tous les renseignements que nous possédons sur les Tortues de terre géantes ; c’est à lui que nous emprunterons ce que nous avons à dire de ces animaux.
« Les îles dans lesquelles vivaient les Tortues géantes, dit le D' Günther, sont toutes situées entre l’Équateur et le Tropique du Capricorne; elles forment deux foyers zoologiques bien
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Fig. 10#. — Tortue d'Abington (page 70).
distincts. L'un comprend les Galapagos, l’autre renferme l’Aldabra, au nord-ouest de Madagascar, la Réunion, Maurice et Rodrigues, à l'est de Madagascar. Les caractères physiques de ces deux groupes d'îles sont très différents, mais présentent ce trait commun qu’à l’époque de leur découverte elles n'étaient habitées ni par l’homme, ni par aucun grand mammifère. Pas un des nombreux navigateurs qui parcouraient les mers dans lesquelles sont situées les îles en question ne mentionne de semblables Tortues géantes, ni dans d’autres îles, ni sur le continent Indien. Il n’est pas à croire que l’un ou l’autre de ces navigateurs ait négligé de mentionner un semblable fait; tous les marins de cette époque ont noté avec grand soin, en effet, les points où se trouvaient les Tortues géantes, qui constituaient une importante parlie de leur alimentation. A une époque où des voyages que nous accomplissons aujourd'hui en quelques semaines exigeaient de longs mois, alors que les vaisseaux étaient montés par le plus grand nombre d'hommes possible, les provisions de viande fraîche devaient être très recherchées; or les Tortues étaient d'une précieuse ressource alimentaire ; il était facile de les amener à bord, de les conserver vivantes pendant longtemps BRENM. — V.
sans leur donner de nourriture, et l’on avait ainsi à volonté de la viande fraîche en quantité, chaque animal pesant de 80 à 300 livres : il n’est donc pas étonnant que certains navires aient recueilli dans l’île Maurice ou aux Galapagos jusqu’à 400 Tortues et les aient emportées avec eux. La sécurité absolue dont jouissaient ces Tortues jusqu'à l'apparition de l'homme dans les îles qu’elles habitaient, le grand âge auquel elles peuvent arriver, explique parfaitement l'extrême abondance de ces animaux dans certains points délimités. »
Lorsqu’en 1691, François Leguat visita l'île Rodriguez, iln’y trouva «aucun animal à quatre pattes, que des Rats, des Lézards et des Tortues de terre, desquelles il y a trois espèces différentes.» Suivant notre voyageur, « il est de ces Tortues qui pèsent autour de cent livres et qui ontassez de chair pour donner à manger à bon nombre de personnes... Il y a dans l’île une si grande abondance de ces Tortues, que l’on en voit quelquefois des troupes de deux ou trois mille; de sorte qu'on peut faire plus de cent pas sur leur dos, ou sur leur carapace, pour parler proprement, sans mettre le pied à terre. Elles se rassemblent sur le soir dans les lieux frais, et se mettent si près l’une de l’autre qu'il semble que la place en soit payée, Elles
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