‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 41 sur 276 · L'OCÉAN INDIEN · texte numérisé non relu

L'OCÉAN INDIEN

font une chose qui est singulière, c’est qu’elles posent toujours de quatre côtés, à quelques pas de leur troupe, des sentinelles qui tournent le dos au camp et qui semblent avoir l'œil au guet; c'est ce que nous avons toujours remarqué ; mais ce mystère me paraît d'autant plus difficile à comprendre, que ces animaux sont incapables de se défendre et de s’enfuir. »

Les premiers navigateurs qui abordèrent aux Mascareignes nous parlent également tous du nombre vraiment prodigieux de Tortues géantes qu'ils y trouvèrent; en 1633, Verhuff signale l'abondance de ces animaux. À la même époque François Cauche écrit que « l'ile de Mascarheneestinhabitée, quoique les eaux ysoient bonnes, abondante en gibier, poissons et fruits; on y voit grand nombre d'Oiseaux, de Tortues de terre, et les rivières y sont fort pisqueuses. » Le père Jacques tientle même langage en 1724: «Le meilleur de tous les animaux qu’on trouve à la Réunion, dit-il, soit pour le goût, soit pour la santé, c'est la Tortue de terre. La Tortue est de la même espèce que celle que l’on voit en France; mais elle est bien différente pour sa grandeur. On assure qu'elle vit un temps prodigieux, qu'il lui faut plusieurs siècles pour parvenir à la grosseur naturelle, et qu’elle peut passer plus de six mois sans manger. On ena gardé dans l’île de petites qui au bout de 20 ans n'avaient grossi que de quelques pouces. »

Vers 1740, d’après Grant, les navires qui cinglaient vers les [Indes accostaient tous à Rodriguez pour embarquer de grandes Tortues; « nous possédons, ajoute Grant, dans son histoire de Maurice, de grandes quantités de Tortues de terre et de Tortues de mer qui sont d’une précieuse ressource alimentaire. » Le

même voyageur nous apprend que de nom- |

breux petits bateaux sont sans cesse occupés à rapporter de ces Tortues, principalement pour le service de l'hôpital.

Le grand nombre de ces Tortuesgéantes peut sans doute s'expliquer par la longévité que l’on s'accorde généralement à donner à ces animaux. Les grandes Tortues ne semblent être complètement adultes que vers l’âge de 80 ans, et l’on prétend qu’elles peuvent atteindre l’âge de 200 et même 300 ans. Leur grande fécondité explique aussi leur extrême abondance. Leguat nous apprend que, comme les autres espèces terrestres, les grandes Tortues « posent leurs œufs sur le sable, et les recouvrent pour les faire éclore doucement au soleil; ces œufs sont ronds en tous sens, comme les billes de billard,

et de la grosseur des œufs de poule; l’écaillure ou plutôt la coque en est molle, et la substance du dedans est bonne à manger. »

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, lachair de ces Tortues élait fort estimée. Leguat nous apprend encore que « la chair est fort saine, et d’un goût qui approche de celui du mouton, mais plus délicat ; la graisse en estextrèmement blanche, et ne se fige pas, ni ne cause jamais de rapports, quelque quantité qu’on en mange. S'oindre avec cette huile est un remède merveilleux contre les foulures, les froideurs et les engourdissements des nerfs, etcontre plusieurs autres maux. Le foie est d’une délicatesse extrême, et fort gros à proportion de l'animal; il est si délicieux qu'on peut dire qu'il porte toujours sa sauce ayecsoi, de quelque manière qu'on le prépare. »

À partir du milieu du siècle dernier, le nombre des Tortues géantes des Mascareignes aété sans cesse en diminuant. Le fait de l’embarquement, souvent répété, d’un grand nombre de ces animaux, explique, en partie, leur diminution progressive, et ilserait trop long d’énumérer ici les récits des voyageurs qui, abordant aux Mascareignes, signalent la disparition de plus en plus rapide des grandes Tortues. La capture de nombreux individus adultes n’a pas été la seule cause de l'extinction de ces Tortues ; on peut encore, pour expliquer le fait, invoquer l'introduction dans les îles d’un grand nombre de porcs qui ont donné une chasse active aux individus nouveau-nés. D'un autre côté, la limitation de ces Tortues dans un espace fort restreint et l'impossibilité dans laquelle se sont trouvés dès lors les individus de pouvoir se procurer une nourriture suffisante, a dû s'opposer à leur multiplication.

- Dèslecommencement decesiècle, les grandes Tortues avaient déjà à peu près disparu desîles de la mer des Indes situées dans les parages de Madagascar. A l'époque à laquelle Duméril et Bibron écrivaient le deuxième volume de leur Histoire générale des Reptiles, en 1835, on trouvait encore ces Tortues à Anjouan, à Aldabra, aux Comores d'où onles apportait à Maurice etàla Réunion. Depuis, les Tortues géantes ont été chaque jour en diminuant de nombre, de teile sorte qu'il n’en existe plus aujourd’hui un seul exemplaire ni à Maurice, ni à Rodriguez, ni à la Réunion; quelques spécimenssont encore gardés en captivilé aux îles Seychelles, etencore ces spécimens appartiennent-ils tous à une seule espèce, la Tortue éléphantine.

T.V, p. 67, PL...

Breux, Reptiles.

Paris, J.-B. Baillière et Fils, édit. Corbuil, Crété, imp

Page 1