LES TORTUES MOLLES — TRION YCHIDA
Weich Schildkrôten.
Caractères. — La famille des 7rionychida ou Tortues fluviales est des plus naturelles. Elle comprend des animaux essentiellement aquatiques et qui ont, dès lors, la carapace
| très élargie et presque plate en dessus. Au | lieu d'être formé de plaques cornées, le bouclier est formé d'une peau continue, d’où le nom de Tortues molles qui a été donné à
ces espèces ; cette carapace est couverte d’une peau flexible et comme cartilagineuse dans toute son étendue, soutenue par un disque osseux, à sa surface supérieure, accidentée de rides et de sinuosités rugueuses. La tête est allongée; les narines se trouvent à l'extrémité d'une petite trompe mobile; les mâchoires sont tranchantes, garnies de replis de la peau formant des lèvres ; les yeux sont saillants, dirigés en haut; le cou, qui est long, est rétractile directement sous la carapace et peut être projeté au loin. Tantôt le plastron, qui est toujours peu développé en arrière, est immobile, ainsi qu'on le voit chez les Trionyx, tantôt il peut se rabattre de manière à protéger les membres postérieurs, comme chez les
Fig. 117. — Sixième vertèbre cervicale de Trionyx d'Égypte.
Cyclodermes et les Emyda; chez ces dernières |
le bord du bouclier est en partie soutenu par des pièces osseuses, tandis qu'il est entièrement cartilagineux chez les Cyclodermes. La queue est courte, épaisse. Les membres sont robustes, terminés par trois doigts garnis d'ongies forts, réunis par de larges membranes natatoires. Le tympan est caché sous la peau.
Le crâne des Tortues molles est déprimé, allongé à l’arrière ; les os intermaxillaires sont très petits; les maxillaires s'unissent entre eux sur un assez long espace, de sorte que les arrière-narines se trouvent plus en arrière que chez les Tortues de terre. En dessus du * crâne, les frontaux antérieurs s’avancent entre les maxillaires ; l’épine de l’occiput el les tubérosités maxillaires sont toutes trois en pointe et plus saillantes en arrière que le condyle articulaire.
La dernière vertèbre cervicale présente un fait unique chez les animaux : le corps de cette vertèbre est très aplati et beaucoup plus court que les apophyses articulaires postérieures, de telle sorte que cette vertèbre s’unit à la pre-
mière vertèbre dorsale, non par le corps, ainsi qu'on le voit chez toutes les autres Tortues, mais exclusivement par des apophyses; il en résulte que, dans les mouvements de flexion du cou les corps vertébraux sont immédiatement appliqués l’un contre l’autre. Les 2° à 6° vertèbres s'unissent par une surface articulaire double (fig. 417).
Distribution géographique. — D'après le catalogue de Strauch publié en 1865, on con-
| naîtrait dix-sept espèces de Trionyx, quatre de
Cyclodermes, huit d'Emyda. Les découvertes faites principalement dans le sud de la Chine doivent probablement faire porter ce nombre à trente et une ou trente-deux espèces.
L'Inde, l’Indo-Chine et les îles qui géographiquement en dépendent sont la véritable patrie des Trionyx; on compte huit espèces dans cette région. Les espèces seraient nombreuses dans le sud de la Chine, mais elles sont encore trop imparfaitement connues pour que nous puissions rien dire de certain à cet égard. On trouve une espèce dans le Tigre, une dans l’Asie centrale. On connaît deux espèces en Afrique; une, le Trionyx d'Égypte, qui paraît être répandue dans la plus grande partie de ce continent, et une, le Trionyx aspilus, qui
| semble être cantonnée dans la partie tropicale
de l’ouest. Quatre espèces ont été trouvées en Amérique, dans l'Ohio, dans le Mississipi.
Les Cyclodermes sont spéciaux aux parties tropicales et subtropicales de l'Afrique; on les trouve dans le Zambèze, le Sénégal, la Gambie, le Congo.
On trouve deux espèces d'Emyda dans la péninsule indienne et une espèce dans l’est de l'Afrique.
On connaît environ vingt-cinq espèces de
| Tortues molles, qui habitent les fleuves et les
grands lacs de l’Asie, d'Afrique et de l’'Amérique. L'Asie est leur véritable patrie.
Mœurs. — Ce groupe comprend des espèces essentiellement aquatiques et ne sortant guère de l’eau que pour effectuer la ponte; bien qu’elles ne soient pas maladroites sur la terre ferme et que, d’après Baker, elles puissent courir assez rapidement, elles n’entreprennent néanmoins jamais de grands voyages; lorsque les cours d'eaux qu’elles habitent d'habitude viennent à assécher, elles ne passent que rarement dans les fleuves voisins, mais s’enterrent généralement dans la vase en attendant le retour des pluies. On a parfois pris des Trionyx en pleine mer, et à une certaine distance du
rivage, ces animaux ayant été certainement
- entraînés hors de leur habitat habituel.
« Il paraît, nous apprennent Duméril et
Bibron, que, pendant la nuit et lorsqu'elles se | | Reptiles du Muséum de Paris, d'observer plu-
croient à l’abri des dangers, les Potamites ou Tortues molles viennent s’étendre et se reposer sur les petites îles, sur les rochers, sur les troncs d’arbres renversés sur les rives ou sur ceux que les eaux charrient, d’où elles se précipitent à la vue des hommes aux moindres bruits qui les alarment. »
Pendant le jour elles se tiennent le plus habituellement à demi enfoncées dans la vase, surtout dans les points où l’eau, peu profonde, laisse facilement pénétrer les rayons du soleil.
Toutes les Tortues molles sont fort voraces et très agiles; elles poursuivent à la nage les
poissons et les batraciens. Lorsqu'’elles veulent | saisir leur proie, elles projettent leur tête et | leur cou avec la rapidité d’une flèche. Indé- |
pendamment de l'alimentation animale, qui forme le fond deleur alimentation, on rapporte que les Trionyx ne dédaigneraient pas des aliments végétaux; Rüppell rapporte, en effet, qu'il n’a trouvé dans l'estomac du Trionyx d'Égypte, qui vit dans le Nil, que des débris de dattes, de pastèques, de courges et de végétaux analogues. Il ne faudrait pourtant pas conclure de cette observation de Rüppell que les Trionyx soient exclusivement herbivores ou frugétivores, car on ne les voit jamais se nourrir que de proies vivantes ou de viande dans les ménageries.
Ce qui vient encore à l’appui de ce que nous venons de dire pour le goût manifeste que les Tortues molles ont pour une nourriture ani-
plus fécondes qu’elles sont plus jeunes encore. Les œufs sont de forme sphérique, leur coque estsolide, mais membraneuse ou peu calcaire.»
Nous avons été à même, à la ménagerie des
sieurs fois des Trionyx de grande taille provenant del’Indo-Chine. C'étaient des animaux très batailleurs, donnant la chasse aux nouveaux venus et molestant de toutes les manières des Serpentines, d'humeur cependant peu patiente, qui se trouvaient en leur compagnie. Elles se cachaient presque toujours pendant le jour, mais sorlaient cependant assez souvent pour venir recevoir l’eau chaude à l’aide de laquelle on réchauffait l’eau des bassins; ce n'était qu'exceptionnellement qu'on les voyait se reposer sur la plage cependant chauffée. Leur nourriture se composait de poissons morts, soit de mer soit d’eau douce, et de viande coupée en morceaux, contrairement aux assertions de voyageurs qui rapportent que les Trionyx dédaignent absolument toute proie morte ou privée de mouvement, les animaux que nous avons pu observer mangeaient la proie qu’on leur jetait au fond de l’eau.
La plupart des Tortues soit terrestres, soit aqualiques, déchirent leur proie; les Trionyx, à l’aide de leurs mâchoires tranchantes, la coupent et la divisent.
Usages et légendes. — En raison de la taille considérable à laquelle elles peuvent parvenir (certains individus pèsent jusqu'à 100 kilogrammes et au-dessus), en raison de la délicatesse de leur chair très savoureuse on chasse les Trionychidées dans les endroits où ces ani-
|, maux sont communs. On les pêche à la ligne
male, c’est le courage dont elles font preuve |
lorsqu'elles sont capturées, surtout lorsqu'elles
ont été blessées. Tous les observateurs qui ont |
éléà même d'observer ces Tortues s'accordent à dire qu'elles sont extrêmement dangereuses et qu'il faut les manier avec beaucoup de précautions. Elles mordent vivement avec leur bec
tranchant et arrachent le morceau; elles ne |
lâächent la proie qu’en enlevant la partie saisie, de sorte qu’elles occasionnent de cruelles blessures.
D'après Duméril et Bibron, «les mâles semblent être en moindre nombre que les femelles, ou bien ils s'approchent moins des rivages que celles-ci, qui viennent pour y pondre les œufs, qu’elles déposent dans des trous creusés pour en contenir cinquante ou soixante. Le nombre variesuivant l'âge des femelles, quisont d'autant
avec des hamecçons que l’on amorce avec des poissons ou d’autres animaux vivants ou que l'on agite dans l’eau; on les entoure de filets; on les tue au fusil ou on les transperce à l’aide de piques. « Pour s'emparer des Trionyx du Gange, écrit Théobald, on emploie une longue fourche en fer ; on enfonce cet instrument le long du fleuve dans la vase molle ou dans les amas de feuilles à demi pourries. Le pêcheur qui a ainsi capturé une Tortue, attache, suivant la taille de l'animal, un nombre plus ou moins considérable de forts crochets dans la partie postérieure et comme cartilagineuse de la bête. Il tire alors fortement sur les crocs et extrait ainsi la Tortue qui se débat furieusement et cherche à mordre avec rage tout ce qui est à sa portée. Lorsqu'on a capturé une Tortue de forte taille qui se trouve dans une eau
LE TRIONYX FÉROCE.
un peu profonde, on lui enfonce, en outre, à l’aide d’un lourd marteau, un épieu pointu dans le dos et on la tire alors sur le rivage. Mais malheur à l'imprudent qui se trouve à portée des mâchoires de l’animal capturé, car j'ai vu une Trionyx enlever d’un seul coup de son bec tous les orteils du pied d’un pêcheur. Il est prudent d'envoyer une balle dans la tête de la Tortue ou de lui trancher la tête d’un coup de hache. »
Les Mongols qui ont grand’peur des Trionyx, qui habitent leurs cours d’eau et qui savent, souvent par expérience personnelle, combien elles sont méchantes et dangereuses, ont
agrémenté leurs récits de fables plus ou moins |
nombreuses. « Nos Cosaques, dit Przevalski, refusaient absolument de se baigner dans la rivière Tachylga. Ils attribuaient aux Trionyx divers pouvoirs magiques et invoquaient à l'appui de leur dire, les caractères thibétains que ces animaux portent sur la partie supérieure de leur carapace. Les habitants du pays avaient effrayé nos Cosaques en leur affirmant que les Tortues en question s’incorporent dans la chair de l’homme, et que les malheureux auxquels pareil accident arrive ne peuvent plus reconnaître la route qu'ils sont habitués à suivre. La seule chance d'échapper à un semblable sortilège est la suivante: si un chameau blanc et un chevreuil blanc viennent à passer dans le voisinage et se mettent à crier en apercevant la tortue, celle-ci lâche alors sa victime et le charme est rompu. Il n'existait pas autrefois de Trionyx dans la rivière Tachylga; mais ces terriblesanimaux apparurentbrusquement, et les habitants des environs, aussi surpris qu'effrayés, ne surent d’abord que faire. Ils s’adressèrent enfin, pour suivre ses conseils, à l'abbé du monastère voisin ; l’abbé leur apprit que la Tortue qui venait de faire ainsi son apparition devait désormais rester maîtresse du cours d’eau dans lequel elle s'était introduite et compter parmi les animaux sacrés; depuis cette époque on vient faire tous les mois des prières commémoratives à la source de la rivière Tachylga. »
La chair des Tortues molles ne se mange pas partout, mais elle estfort appréciée de tous ceux qui en ont goûté. D'après Baker, cette viande donne une soupe exquise. Les œufs ne passent pas pour être savoureux.
LES TRIONYX — ZRIONYX
Drei-Klauer.
Caractères. — Le genre Trionyx, Geoffroy, (Aspidonectus, Wagler; Gymnopus, Duméril et Bibron), comprend des espèces chez lesquelles le plastron est étroit et ne peut pas se rabattre en arrière, de telle sorte que les pattes ne sont point protégées. La carapace est fort large, très déprimée ; le pourtour en est comme membraneux,; les bords du limbe sont complètement dépourvus de pièces osseuses. La tête, le cou, les membres, sont reyêtus d’une peau molle et lisse; la queue est généralement courte.
LE TRIONYX FÉROCE. — TRIONYX FEROX.
Beirz-Schildkrôte.
Caractères. — Cette espèce, qui a été décrite par les zoologistes sous des noms très divers, tels que Trionyx ferox, Trionyx spiniferus, carinatus, Gymnopus spiniferus, Aspidonectes Emoyi, asper, nuchalis, arrive à plus d’un mètre de long et pèse jusqu'à 35 kilogrammes. La carapace est fort déprimée, ovalaire chez le jeune, circulaire chez l’adulte. Les deux dernières côtes sont si intimement unies par leur portion élargie qu’il n’y a que sept callosités costales. Le bord antérieur du limbe est garni d’une rangée d’épines ou plutôt de tubercules comprimés et pointus, mous chez l’animal vivant. La tête est allongée, de forme conique (PI. I).
D'après Lesueur, la couleur générale du dos, de la tête, du cou, des membres, est d’une teinte de terre d'Ombre, tantôt claire, tantôt foncée, un peu jaunâtre, parsemée de taches ocellées, disposées irrégulièrement,
| entre lesquelles se voient de nombreuses
mouchetures; chez certains individus, entre ces taches, se trouvent des marbrures d’un blanc sale. Un jaune plus clair se remarque sur le bord du disque; il est séparé de la teinte générale par une bande noire continue. Le dessus des membres et de la queue est d’une couleur jaune relevée de taches et de lignes noires; le cou est également couvert de taches foncées, Sur les côtés de la tête on voit une bande jaune cernée de deux bandes noires. Le dessous du corps est d’un blanc brillant, le des-
| sous des pattes d’un blanc azuré; la membrane | natatoire est jaune, lisérée de rose.
T. V, p. 102, PL. II.
Breux, Reptiles.
Paris, J.-B, Bullière et Fils, éJit, Corbuil, Greté, imp.
LE TRIONYX FÉROCE.
Distribution géographique. — L'espèce, dont nous écrivons l’histoire est particulière à l'Amérique septentrionale et vit dans les rivières de la Géorgie et de la Floride; on la trouve dans les fleuves qui se déversent dans le golfe du Mexique, ainsi que dans les grands lacs situés soit au-dessus, soit au-dessous des cataractes du Niagara. Elle manque dans tous les cours d’eau qui se rendent dans l'Atlantique entre l'Hudson et la Savannah.
Dans les lacs qui servent de frontière entre les États-Unis et le Canada elle arrive vraisemblablement, grâce aux inondations printanières qui mettent en communication le fleuve de l'Illinois avec le lac Michigan et la rivière de Peters avec la rivière Rouge septentrionale ; elle n’a pu pénétrer dans l’État de New-York que par le canal avant le creusement duquel le Trionyx féroce était absolument inconnu dans la région. On trouve celte Tortue en abondance dans le Wabash, rivière qui coule entre le territoire de l’Indiana et l'Illinois, et se jette, un peu avant sa jonction avec le Mississipi, dans l'Ohio.
Moœurs. — Par un beau temps, on voit le Trionyx féroce se chauffant au soleil sur les rochers qui sont à fleur d’eau, le plus souvent, toutefois, il reste caché entre les racines des plantes aquatiques, en train de guetter sa proie, qui se compose de poissons, de batraciens et
d'oiseaux aquatiques. Vient-il à apercevoir un animal qui lui convient, il nage vers lui avec lenteur et, arrivé au point voulu, il projette sa tête en avant avec une rapidité telle que fort rarement sa victime lui échappe. Aux États-Unis les paysans redoutent beaucoup cette espèce en raison de la chasse active qu'elle fait aux poissons, aux jeunes canards et aux jeunes oies.
C’est vers la fin d’avril et le plus souvent en mai que les femelles recherchent, le long des rives des cours d’eau, des endroits sablonneux, très exposés au soleil, pour y effectuer leur ponte. Les œufs sont sphériques et la coque en est fragile ; les œufs sont au nombre de cinquante à soixante.
La chair de cette espèce est fort délicate.
On tue la Tortue au fusil; on s’en empare à l’aide de filets ou on la prend à l’aide d’hamecons amorcés de poissons, car elle est extrèmement vorace. Les individus adultes doivent être maniés avec grande précaution, car la Tortue capturée lance sa tête comme un trait avec une sûreté telle qu’elle manque rarement le but qu’elle veut atteindre; à l’aide de sa puissante mâchoire elle peutinfliger de cruelles blessures et mutiler même la personne qui la manie imprudemment; on ne peutse figurer, sion ne l’a pas vu, à quelle distance l'animal peut projeter sa tête retirée sous la carapace.