LES TORTUES DE MER — CÆELONTIDA
Meer-Schildkrôten.
Caractères. — La troisième famille des Chéloniens, qui comprend les Tortues de mer, Cheloniida, ou Thalassites, se compose d’animaux essentiellement aquatiques. Chez eux les membres sont transformés en nageoires dont les antérieurs sont beaucoup plus longues que les postérieures; ces pattes, changées en palettes, sont déprimées et engagées à ce point dans la peau, que les doigts, quoique distincts et fort longs, ne peuvent exécuter aucun mouvement les uns sur les autres; les pattes rappellent dans le groupe des Tortues, ce que l’on voit chez les Phoques parmi les les Mammifères, chez les Pingouins parmi les Oiseaux : ce sont des organes qui se sont mo
difiés en vue de l'habitat de l’animal. La cara- |
pace est fort déprimée, cordiforme, plus élargie à l'avant qu'à l'arrière.
Ni la tête ni les membres ne peuvent rentrer sous la carapace; le cou est court, épais, ridé; les yeux sont grands, pourvus de plaques sclérotiques fort développées. La queue, courte et tronquée, est recouverte d'écailles. « Les narines ne pas sont prolongées comme celles des Potamites; cependant l’orificeexterne de leur canal nasal est surmonté d’une masse charnue dans l'épaisseur de laquelle on distingue le jeu des soupapes que l'animal soulève à volonté lorsqu'il est dans l'air, ou qu'il peut fermer exactement quand il plonge dans la profondeur des eaux. Cet appareil remarquable, qu'on retrouve aussi chez les Groco-
diles, est proportionnellement plus développé chez des jeunes individus que chez les adultes (1). »
La tête des Tortues de mer a une forme toute particulière; elle est presque carrée dans la partie moyenne correspondante aux orbites. Les bords des os frontaux, pariétaux, mastoïdiens, temporaux et jugaux s'unissent entre eux et avec la caisse, pour former une voûte osseuse qui recouvre toute la région de la tempe el sous laquelle se trouvent de puissants muscles mastoïdiens qui agissent sur la mâchoire inférieure. Le museau est très court, les orbites fort grandes.
Le mouvement de rétraction du cou chez les Tortues de mer est presque nul, aussi les vertèbres de ces animaux présentent-elles un type tout spécial.
La carapace est toujours fort imparfaite et rappelle ce que l’on voit chez les Émydes, par exemple, lorsque ces animaux sont très jeunes; les côtes, au nombre de huit paires, ne sont jamais élargies ni soudées entre elles dans toute leur longueur; elles laissent vers le limbe des espaces qui, chez l'animal à l’état vivant, ne sont remplis que par des lames carlilagineuses, flexibles, parfois même complètement membraneuses (fig. 118). Le plasiron est également très incomplet (fig. 119).
« Les Thalassites se nourrissent principalement de plantes marines. Ce sont, en effet, ces substances alimentaires dont on trouve leur estomac rempli. Il paraît cependant que quelques-unes, surtout celles qui exhalent une odeur de muse, comme le Caret et la Caouanne, font entrer dans leur nourriture la chair des Crustacés et de plusieurs espèces de Mollusques, tels que celle de la Seiche en particulier. Leurs mâchoires sont, en effet, robustes, comme le bec des oiseaux de proie, très solidement articulées, et leurs muscles très développés. Ce bec de corne, crochu en haut et en bas, est coupant sur ses bords, dont la tranche est mince d’ailleurs, et le plus souvent dentelé en scie ; la mâchoire inférieure est reçue dans une rainure de la mandibule, comme la gorge d’une tabatière dans le couvercle qui l’emboîte, et l’autre bord interne de la rainure, celui qui correspond au palais, est en outre saillant, dentelé, de sorte que par le simple mouvement de pression exercé avec beaucoup de force, par l’excessif développement et les
(1) Duméril et Bibron, Erpélologie générale, €t. Il, p. 314.
attaches étendues du musele crotaphvte sous la voûte des os pariétaux et des frontaux postérieurs, la substance saisie se trouve coupée trois fois de l’un et de l’autre côté de l’ouverture de la bouche. La langue, large, très charnue et mobile, quoique courte, sert à recueillir, à reporter de nouveau sous ces coupoirs dentelés la matière alimentaire. Elle la ramasse pour la diriger au-dessus de la glotte dans la cavité du pharynx, quoiqu'il n’y ait là ni épiglotte ni voile du palais (1). » L’æsophage est garni de longues pointes cornées tournées vers l'estomac; l'usage de cette disposition nous est en réalité inconnue (fig. 420). Chez les Tortues de mer, tantôt il existe des plaques véritables, ainsi qu’on le voit chez les espèces qui composent la tribu des Chelonina, tantôt les éléments de la carapace sont comme disséminés sous forme de grains noyés dans la peau, ainsi que cela existe chez les Shargidina ; les plaques centrales du bouclier peuvent être au nombre de treize (Chelone) ou de quinze au moins (7’halassochelys).
Distribution géographique. — Toutes les Thalassites vivent exclusivement dans la mer, parfois à des centaines de milles des côtes; elles ne se rendent à terre que pour pondre.
On les trouve dans toutes les mers des pays chauds, principalement dans la zone torride, dans l'océan équinoxial, aux Antilles, principalement à Cuba, à la Jamaïque, à Saint- Domingue, aux Bahamas ; dans l'océan Atlantique, les îles du cap Vert et de l’Ascension, . sont les points où on les trouve avec le plus d’abondance; dans l'océan Indien elles fréquentent surtout Maurice, la Réunion, Madagascar, les Seychelles, Rodrigues; elles ne sont pas rares dans les parages des îles Sandwich et des Galapagos, et se réunissent en grand nombre au moment de la ponte sur quelques îlots déserts, surtout dans la mer des Antilles. Les individus que l’on trouve dans la Méditerranée semblent être des animaux égarés ; la capture en est du reste rare dans cette mer. Gertaines espèces ont une large répartition géographique ; telle est la Tortue
| vergetée qui a été trouvée dans les parages de
New-York, aux Antilles, à Rio de Janeiro, au cap de Bonne-Espérance, dans la mer Rouge, dans l’océan Indien, sur les côtes de la Nouvelle-Guinée. Le Caret est connu de la Havane, de Maurice, de l'Inde, de la Nouvelle-Guinée;
(1) Duméril et Bibron, Erpétologie générale, t. I, p. 315.