LE CROCODILE À DOUBLE CRÈTE. — CROCODILUS BIPORCATUS
Leistenkrokodil.
Caractères. — Parmi les Crocodiles asiati-
ques les plus remarquables on doit citer le |
Crocodilus biporcatrs ou Crocodilus porosus, qui se reconnaît facilement aux deux crêtes osseuses qui vont des yeux à l'extrémité du museau et qui se prolongent sur le crâne en formant une sorte de V. Les écussons nuquaux font généralement défaut ou sont représentés par une seule paire; les écussons dorsaux sont disposés suivant six ou huit rangées longitudinales. Le museau est allongé, un peu bombé à l'extrémité. La coloration est d'un vert jaunâtre, parsemé de taches plus sombres. L'animal adulte arrive à une grande taille | (fig. 131).
Distribution géographique. — Le Crocodile à double crête habite tous les cours d’eau de l’Asie méridionale, dans la Péninsule indique, dans l’Indo-Chine et dans le sud de la Chine ; on le rencontre également dans les îles de la Sonde et dans quelques îles de l'extrême Orient, telles que Ceylan; l'espèce a été trouvée dans le nord de la Nouvelle-Guinée.
Mœurs, habitudes, régime. — Plus
que
tous les autres Crocodiles, l’espèce dont nous |
parlons vit au bord de la mer; il n’est même pas rare de la voir à plusieurs milles de distance de la côte; souvent aussi: on l’apercoit
sur les bancs de sable mis à sec par la marée. |
A Ceylan, elle se tient de préférence, d’après Tennent, dans les fleuves, les lacs et les marais des régions basses situées le long des côtes, tandis que le Crocodilus palustris, qui lui est apparenté, ne se rencontre que dans les eaux douces et semble éviter le voisinage de la mer.
Le Crocodile à double crête vit presque toujours en société. C’est principalement à Bornéo qu’il abonde; Salomon Müller rapporte qu'il a souvent vu dix et douze de ces animaux pendant moins d’une heure de marche.
Sommeil estival. — D'après Tennant, tandis que le Crocodilus palustris entreprend de grandes expéditions, surtout pendant les époques
de sécheresse, le Crocodilus biporcatus, au contraire, s’enfouit alors dans la vase, et y de-
meure dans un engourdissement complet |
jusqu’à l'époque des pluies; c’est alors seulement qu'il se réveille.
Noeivité. — « D'après Müller, écrit Schlegel, le Crocodilus biporcatus peut passer pour un des
| carnassiers les plus dangereux ; c’est un des
animaux les plus redoutables de la faune de l'Inde. Il est probable que dans ce paysil meurt autant d'hommes sous la dent du Crocoäile que sous celle du Tigre.Pourlevorace Crocodile tout est bon, animal vivant ou aux trois quarts putréfié ; il guette plus particulièrement les cerfs, les pores, les chiens, les chèvres, les singes qui s’approchent de l’eau pour s’y désaltérer.
« Lorsque le Crocodile, étant dans l’eau, guette une proie, l'extrémité de son museau émerge seule du liquide. Dès qu'il entend le moindre bruit, il s'approche doucement du bord, tout prêt à fondre sur la bête qu'il convoite ; il ne se décide jamais, du reste, à attaquer ayant que d’être sûr de la réussite; il s'élance alors avec la rapidité d’une flèche, et, si sa victime est un homme, l’impétuosité de son attaque est telle, que l’on entend rarement un cri poussé par le malheureux qui est immédiatement entraîné sous l'eau; alors que la mort est arrivée, le Crocodile remonte à la surface avec sa proie. Si celle-ci est petite, elle est avalée pendant que le Crocodile nage; il se contente alors d'élever la tête hors de l’eau; lorsque-l’animal capturé, homme ou grand mammifère, est de taille trop considérable pour être englouti d'un seul coup, le reptile le traîne en quelque endroit isolé de la rive, pour s’en repaître tout à loisir vers le soir ou pendant la nuit. C’est en secouant fortement sa victime, en la frappant contre le sol et en la lacérant à l’aide de ses pattes de devant, qu'il la met en pièces.
« Autant les Crocodiles sont robustes et hardis lorsqu'ils se trouvent à l’eau, autant ils se montrent farouches et peureux lorsqu'ils sont à terre. À l'aspect des hommes, ils s’'empres-
| sent alors de fuir et de regagner le fleuve; leur
démarche est alors lourde et embarrassée, bien qu'ils soient beaucoup plus agiles qu’on ne le supposerait. Ils n’entreprennent jamais de courses un peu lointaines que la nuit, car ce sont surtout des animaux nocturnes; c'est à la tombée de la nuit qu'ils sont tout particulièrement redoutables. »
Tous les animaux redoutent, et avec raison, l'espèce qui nous occupe. « Les chiens, dit Müller, lorsqu'une fois ils ont vu de près un de ces reptiles, en ont une telle frayeur qu'ils ne s’approchent désormais de l’eau qu’avecla plus extrême prudence. À Timor, nous avons plus