‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 76 sur 276 · L’ALLIGATOR DE CHINE. — 4ZLIGATOR SINENSIS · texte numérisé non relu

L’ALLIGATOR DE CHINE. — 4ZLIGATOR SINENSIS

Caractères, — Les Caïmans ou Alligators passaient tous pour cantonnés dans les deux Amériques, lorsqu’en 1879, Auguste Fauvel fit connaître, sous le nom d’Alligator de Chine, une espèce étroitement apparentée au Caïman à museau de brochet, de la partie méridionale des Etats-Unis, mais distincte de cette espèce cependant.

La tête etle museau sont aplatis, à côtés presque parallèles se réunissant en avant par une courbe parabolique ; le museau est plus court, plus ramässé, de même que toute la tête, du reste, que chez l'espèce américaine ; les os du crâne sont fortement et profondément vermiculés. Le nombre des dents est de 74, soit 18,18 en haut et 19,19 en bas. Sur la nuque se voient deux petites plaques isolées précédant six écussons formant un demi-cercle. Le nombre des écussons du dos est de 17; on compte 3 rangées composées de 4 plaques, 1 de 6 et 7 de 4.

La couleur de la partie supérieure du corps est d’un brun verdâtre avec des lignes et des points jaunâtres; le ventre est de couleur grisâtre ; on voit sur la queue des bandes jaunàtres et verdâtres. La taille de l'animal adulte ne dépasse pas 6 pieds.

Distribution géographique, — L'Alligator de Chine n’a encore été trouvé que dans le Yang-tse-Kiang ou fleuve Bleu.

Depuis quelques années, on découvre de nombreuses affnités entre la faune du Céleste-Empire et celle de l'Amérique du Nord, comme si les deux régions avaient, à une époque géologique relativement récente, fait partie d'un même continent. Nous pouvons mentionner dans le Yang-tse-Kiang la présence de coquilles dont les analogues vivent dans les grands cours d'eau des États-Unis; quelques poissons de Ja partie nord de la Chine appar-

LE JACARE.

tiennent à des groupes qui ne se retrouvent que dans l'Amérique du Nord; l'expédition russe dans le Turkestan nous a fait connaître de curieux poissons, voisins des. Esturgeons, dont on n'avait encore décrit qu'une espèce venant du Mississipi et de ses tributaires. La découverte d’un Alligator de Chine, ce genre que l’on croyait exclusivement propre à l’'Amérique, est un nouveau lien qui rattache le Nouveau-Monde à la partie est de l’Asie.

Légendes. — Lorsque l’on consulte les plus anciens recueils chinois qui font l’'énumération des productions naturelles du pays, on trouve mentionné, parmi les animaux sauvages qui vivent dans l’eau, le 70, reptile aquatique ressemblant à un Lézard de près de 10 pieds de long. L'ouvrage Li-Xi rappelle expressément que le neuvième mois de son règne, l’empereur a tué un Chiao et a capturé un 7°0. Dans la quatrième stance de l’ode de Skih-King il est également fait mention de cet animal:

T°0 ku peng peng, y lit-on, ce qui veut dire: le tambour en peau de 7°0 résonne joyeusement.

Le même animal est mentionné sous le nom de /Vgo-yu, dans un recueil de l’époque des Wu (de 227 à 277 de notre ère). Il porte le même nom sous la dynastie des Tang (de 768 à 924), d’après les récits du célèbre poète Han- Yü qui civilisa le pays barbare des Chao-Chou, actuellement la province de Kuang-Tang, et purgea un lac de grands reptiles longs de près de 20 pieds qui dévoraient tous les bestiaux de la contrée.

Ce Reptile aquatique, auquel il est fréquemment fait allusion dans les anciens livres des Chinois, est nettement figuré sur une table de pierre placée dans le temple de l'Esprit de la Mer, à l'extrémité de l’île d'Argent. Cette représentation, que nous donnons d’après A. Fauvel, ne laisse aucun doute; le 7’O ou Ngo-yù est un Crocodilien (fig. 136).

Marco Polo, le célèbre voyageur du treizième siècle, semble avoir eu connaissance de ce Reptile; Martini, en 1656, et l’auteur de la relation de l'ambassade de la Compagnie orientale vers l’empereur de la Chine, 1665, mentionnent expressément des Crocodiles dans le Céleste-Empire.

Bien que depuis cette époque on ait signalé, à plusieurs reprises, la capture de Crocodiliens dans le fleuve Bleu, ces animaux n'étaient pas encore connus scientifiquement avant que A. Fauvel, attaché au service des douanes chi-

noises, eût publié à leur sujet un intéressant travail paru à Shangaï en 1879, travail auquel nous ayons emprunté les renseignements que nous avons donnés.

LE CAIMAN A LUNETTES.— 42 LIGATORSCLEROPS.

Brllenkaiman.

Caractères. — Le Caïman à lunettes a été souvent confondu avec le Caïman à large museau, aussi est-il presque impossible de distinguer l'espèce à laquelle font allusion les récits des voyageurs. Les paupières supérieures, en partie ossifiées, en partie membraneuses, sont ridées et striées à leur partie supérieure. La tête est allongée, le museau aplati, médiocrement élargi; les sourcils sont reliés par une crête transversale. Les écussons nuchaux, assez grands, sont disposés sur deux ou trois rangées transversales seulement ; les écussons cervicaux forment cinq séries; l’armure du dos se compose de dix-neuf bandes transversales de plaques osseuses, à carènes tranchantes, ayant toutes la même hauteur, les écailles dorsales des deux rangées médiolongitudinales plus élevées que les autres (fig. 137).

Cette espèce, qui n’atteint guère que 3 mètres, a la partie supérieure du corps d’un noir profond, avec des taches jaunes ou grisâtres, formant des bandes transversales surtout marquées sur la queue ; la face inférieure est d'un blanc jaunâtre ou verdâtre.

Distribution géographique. — Ce Caïman vit dans la région septentrionale du Brésil, dans la partie orientale du Pérou septentrional, dans les Guyanes et à la Guadeloupe.

LE JACARE. — 4LLIGATOR LATIROSTRIS.

Ishakure.

Caractères. — Cette espèce, fort voisine de celle précédemment décrite, s’en distingue par la présence au cou de trois ou quatre rangées transversales d’écussons; le ventre est complètement cuirassé; l’espèce atteint une longueur de 4 mètres.

Distribution géographique. — Le Jacare se trouve dans la province de Buenos-Ayres, le nord-est du Pérou, et une partie des Guyanes.

Mœurs, habitudes, régime, — (C'està Azara et au prince de Wied que nous devons la plupart des renseignements que nous avons sur le Jacare.

LE JACARE.

Fig. 137. — Le Caïman à lunettes,

Ce Caïman habite les affluents tranquilles des rivières ; préfère les eaux stagnantes aux rapides courants, il reste souvent pendant toute la journée immobile à la surface de l’eau; parfois, vers midi, on le voit nager vers la rive ou vers quelque rocher pour se chauffer au soleil et s'endormir ; il s'empresse de plonger dès qu’un homme se montre dans son voisinage. « On navigue souvent, dit de Wied, à côté de ces Jacares dont la couleur brune se distingue à peine de celle des blocs de granit, sur lesquels ils reposent.

« Dans une petiterivière aux eaux calmes, se jetant dans Parahyba, ces Jacares étaient fort nombreux. Lorsqu'on se tenait sur la rive un peu abrupte, ombragée par de grands arbres, on voyait d’un coup d'œil une multitude de Crocodiles dont le museau et les yeux seuls émergeaient de la surface de l’eau. Dans les points où les larges feuilles de certaines plantes aquatiques couvraient la surface de l’eau, on était à peu près certain de trouver un Jacare ; si on venait à troubler la bête, elle plon-

geait brusquement pour reparaître un peu plus loin, peu de temps après.

« Les Jacares se nourrissent de tous les êtres vivants qu'ils peuvent attraper. Un de ces animaux que je tuai avait dans son estomac des débris de poissons et d'oiseaux aquatiques, ainsi que du sable et des graviers. Les pêcheurs brésiliens affirment que, lorsqu'il est pressé par la faim, le Jacare n'hésite pas à s'attaquer à l’homme lui-même, et l’un des indigènes me fit voir les traces de cruelles morsures qu'il avait reçues ennageant dans le fleuve. On peut dire cependant que le Jacare est peu redoutable pour l'homme, tous ceux que j'ai pu voir étaient extrêmement farouches et s’'empressaient de plonger dès que l’on s’approchait d'eux, à une distance de trente et même quarante pas. Le Jacare ne dédaigne pas les résidus de toute sorte que l’on jette dans les cours d'eau; un de ces animaux, qui avait établi sa résidence dans le voisinage de notre hulte, dévorait régulièrement tous les débris que jetaient nos gens. »

LE JACARE.

Azara raconte qu'au Brésil, le Jacare est peu redouté, et que l'on se baigne dans les fleuves qu'il habite; il n'attaque jamais l'homme, en effet, à moins qu’on n’approche de ses œufs, qu'il défend avec le plus grand courage. La nourriture du reptile se compose surtout de poissons et de canards.

Hensel parle dans le même sens qu’Azara.

« On assure bien, dit-il, que le Jacare est parfois dangereux pour l’homme, mais les faits sur lesquels on base cette opinion ne sont rien moins que certains, et auraient grand besoin d’être confirmés. Ce Caïman se nourrit de poissons qu’en dépit de sa lourdeur et de sa maladresse, il sait parfaitement prendre dans les anses peu profondes des grands cours d’eau. Il doit se nourrir aussi de coquilles, car on trouve constamment dans son estomac un grand nombre de coquilles d'Ampullaires. »

À certaines époques de l’année, le Jacare répand une odeur de muse des plus pénétrantes. « Souvent en août et en septembre, écrit de Wied, à l'ombre des forêts qui couvrent les rives du Belmonte, nous avons senti cette odeur sans pouvoir voir l'animal qui depuis longtemps avait plongé à notre approche ; les Botokudos qui nous accompagnaient s’écrièrent alors: Acha, nom sous lequel ils désignent le Jacare. Sur le fleuve Ilheos j'ai observé la même odeur pendant les mois de décembre et de janvier. »

Ponte. — Les œufs sont blancs, rudes au toucher et de la grosseur de ceux de l’oie; la femelle, d'après Azara, en pond soixante environ, qu’elle dépose dans le sable; elle les couvre de feuilles et les laisse éclore par le soleil. Spix rapporte que la ponte est de vingt œufs seulement, que la femelle cache dans les bois, sous des feuilles, et qu’elle surveille du bord du lac ou du fleuve dans lequel elle vit. Les petits, aussitôt leur éclosion, se rendent à l’eau ; ils trouvent dans les vautours, qui guettent leur naissance, de terribles ennemis, aussi un très grand nombre d’entre eux périt-il.

Capture. — Le Jacare n’a aucune utilité, aussi le chasse-t-on rarement, sice n’est parfois pour en manger la chair. L'animal est, du reste, difficile à tirer lorsqu'il est à l’eau, car il

même pas à se défendre, et s'étend absolument immobile.

Les habitants du Paraguay chassent le Jacare avec plus d’ardeur que les Brésiliens. Les Indiens se servent de flèches spéciales, et les blancs d'armes à feu. La flèche est lancée dans le flanc de l’Alligator et disposée de telle sorte que la tige se détache, lorsque le fer de la pointe vient à pénétrer; la tige, rattachée à la pointe par une corde, surnage et indique à l'Indien la place où se trouve l'animal blessé. Pour cette chasse, les Espagnols emploient un morceau de bois effilé aux deux extrémités; ils le fixent à un cordeau, l’enveloppent dans un poumon de veau, et le jettent dans l’eau, en guise d’appt ; quand le Caïman a avalé le tout, il est très facile de le tirer à terre et de l’achever.

Keller-Leuzinger rapporte que les Indiens Canitchanas préfèrent la viande de Jacare rôtie à toute autre et qu'ils négligent rarement l'occasion de se procurer un aussi fin morceau. La chasse se fait de la manière suivante: « On fixe avec soin un fort lacet en peau de bœuf à l'extrémité d'une longue perche, puis un Indien se met à l’eau et, avançant lentement, pousse devant lui l'extrémité de la perche. L’Alligator qui a observé tout ce manège avec indifférence, et qui n’a guère donné signe de vie que par quelques mouvements de sa queue, regarde avec étonnement l’Indien qui s'approche de plus en plus ; déjà le lacet n'est plus qu’à une faible distance de sa tête qu'il semble ne pas s’en apercevoir; comme fasciné, il ne détourne pas ses regards du hardi chasseur qui, en un instant, lui passe le lacet par-dessus la tête, et le serre dans une violente secousse. Les compagnons de l’Indien, qui attendaient cachés et, silencieux sur la rive, se précipitent alors; quatre ou cinq d’entre eux, aux membres vigoureux et à la peau luisante comme du bronze, cherchent à entraîner vers le rivage le Jacare qui tire en arrière de toutes ses forces. Si l’animal, au

| lieu de résister, s’avançait hardiment sur les

plonge au moindre bruit, et du plus loin qu'il |

aperçoit un homme. Par contre, lorsqu'on le surprend à terre, en train d'émigrer d’un cours d'eau vers un autre, il est extrêmement facile de s'emparer de ce Caïman, qui ne cherche

Indiens, ceux-ci n'auraient qu'à abandonnerla bête et à s'enfuir, mais le monstre, quis’entête dans sa résistance, ne paraît jamais songer à ce moyen, et sa mort termine fatalement la lutte. Amené à terre, l'animal a le crâne fendu d’un coup de hache. Sur une douzaine de chasses auxquelles j’ai eu l’occasion d’assister, une seule fois j'ai cru opportun de décharger un coup de carabine sur un Jacare, long de

Got jo il, 1

Bneum, Repliles.

ail

Corbil, Crête, 1

Paris, J.-B. Büillière et Fils, édit.

Page 1