LE CAÏMAN NOIR
LE CAIMAN NOIR.
> mètres, d'une force extraordinaire, qui se débattait avec rage; je craignais qu'un des
Canitchanas ne fit une connaissance trop in- | time avec le Jacare, et ne recût quelque for- |
midable coup de sa queue rude et dentelée.
Avant que de dépecer leur proie, les chasseurs |
enlèvent avec le plus grand soin les quatre glandes musquées pour empêcher leur odeur pénétrante de se répandre dans la chair. Ces glandes se composent de petits sacs longs de trois à quatre centimètres, de l’épaisseur du doigt, remplis d’un liquide brun et onctueux. Les Boliviennes, dit-on, aiment à parfumer leur noire chevelure avec de l’eau de rose mélangée à cette matière, dont l’odeur n’est rien moins qu’agréable pour un Européen, et provoque la migraine. »
Captivité. — Le prince de Wied a possédé plusieurs jeunes Jacares en captivité; ils se montrèrent sauvages et turbulents; ils gonflaient leur ventre et leur gorge lorsqu'on les agaçait, ou même lorsqu'on faisait mine de les toucher, et soufflaient alors comme une oie lorsqu'on s'approche de son nid; quand on les prenait par derrière, ils se retournaient avec une extrême rapidité pour chercher à mordre. L’odeur de muse existait même chez les individus jeunes.
LE CAIMAN NOIR. — AZLIGATOR NIGER.
Mohrenkaiman.
Caractères. — « Les Caïmans que nous
avons rencontrés dans l’Essequibo supérieur |
et dans tous les cours d’eau de la savane, écrit Schomburgk, diffèrent des autres Crocodiles de la côte, non seulement par leur taille, mais encore par bien d’autres caractères. Ils atteignent une longueur de 4 à 6 mètres, et sont d’une teinte beaucoup plus noire sur laquelle tranchent, çà et là, des taches jaunes; leur museau est plus court, plus ramassé et leurs pattes sont également plus robustes et plus puissantes. Ils sont tout à fait identiques aux Caïmans nègres trouvés par Martini dans le fleuve des Amazones. »
Le Caïman noir se distingue des autres espèces ayant une crête transversale entre les yeux, non seulement par ses dimensions toujours plus grandes, mais encore par le grand nombre d’écussons nuchaux; en outre, la crête transversale entre les yeux forme vers son milieu un angle saillant en avant; la paupière supérieure, à demi ossifiée, est striée, non ridée.
Les écussons cervicaux sont disposés suivant cinq rangées transversales successives ; le dessus du corps, d’un noir foncé, est marqué de taches jaunes réunies en bandes transversales; le ventre est d’un blanc jaunâtre (pl. V).
Distribution géographique. —LesGuyanes,
| le Brésil septentrional, la Bolivie, l'Équateur
et le Pérou sont la patrie du Caïman noir, qui habite tous les cours d’eau un peu étendus, et qui, partout où on le rencontre, vit en troupes nombreuses.
« 11 est certes peu exagéré, écrit Bates, de dire que dans les eaux qui environnent le cours supérieur de l’Amazone, les Caïmans grouillent, de même que les Têtards dans les étangs d'Angleterre. Nous avons vu presque tout le long de la route, et ce pendant une navigation de cinq jours, de véritables troupeaux de Caïmans; on s’amusait du mâtin au soir à leur tirer des balles. Les Caïmans étaient plus particulièrement abondants dans les anses, où l’eau était tranquille; ils formaient des masses enchevêtrées qui, sur le passage du navire, s’éparpillaient en tous sens, avec un cliquetis sonore. »
Mœurs, habitudes, régime. — Le Caïman noir entreprend d'assez longues courses à certaines époques de l’année, de même que les Tortues fluviatiles des mêmes pays, du reste. Lorsque commence la période de sécheresse, il se rend dans les rivières non encore desséchées ou dans celles qui, grâce à leur profondeur, n'assèchent jamais. Lorsqu'il n’a pu émigrer à temps, il est forcé de s’enfouir dans la vase et il y reste engourdi jusqu’au retour de la saison des pluies.
Dans la région supérieure de l’Amazone, où la saison sèche est de courte durée, le Caïman noir ne s’engourdit pas, mais garde son activité pendant toute l’année.
Cette espèce est redoutée des indigènes, car elle attaque non seulement &ans l’eau, mais ne craint même pas, à terre, de se jeter sur l’homme et sur les animaux qui le suivent. Le Caïman noir, d'humeur batailleuse, cherche fréquemment noise aux chiens qui errent au voisinage des feux de campement. Bates fut dérangé plusieurs nuits de suite par un de ces Caïmans égaré qui poussait l'audace jusqu'à venir visiter la hutte dans laquelle dormaient ce voyageur et ses compagnons; on ne put s’en débarrasser qu’en lui lançant des lisons enflammés.
Schomburgk affirme également que les Caï-
LE CAIMAN NOIR.
mans noirs sont bien les animaux les plus ra- |
paces et les plus voraces qu’on puisse imaginer. Quelques-unes de ces bêtes, qu’il eutl’occasion d'observer pendant longtemps, rôdaient continuellement dansles anses paisibles et yguettaient les chiens. Ceux-ci connaissent, du reste, très bien le danger qui les menace, et aboïent de toutes leurs forces lorsqu'ils apercoivent un de leurs ennemis en embuscade.
« Pour voir, dit Schomburgk, comment ces Caïmans s’y prennent pour saisir leur proie, j'atiachai plus d’une fois un oiseau ou quelque gros poisson à un morceau de bois que je laissais flotter. À peine l’appât était-il à l’eau, qu'un Caïman se mettait à nager doucement vers lui, lentement, silencieusement, sans agiter la surface de l’eau; quand il s'était suffisamment approché, il courbait son corps en forme de demi-cerele et, à l’aide de sa queue, dont il peut courber l'extrémité jusque vers la gueule, il lançait entre ses mâchoires ouvertes tous les objets qui se trouvaient compris dans ce demi-cercle; puis fermant la gueule, il disparaissait sous l’eau avec son butin pour reparaître au bout de quelques minutes et venir dévorer sa proie sur quelque banc de sable.
Lorsque la proie n’était pas par trop volumineuse, il se soulevait seulement jusqu'aux épaules au-dessus de l’eau et mangeait dans cette position. Le poisson constitue la nourriture habituelle du Caïman, qui le tue ou du moins l’étourdit à coups de queue, et le lance au-dessus de l’eau pour le rattraper pour ainsi dire au vol. Le claquement que font les mâchoires en se refermant brusquement, ainsi que les battements de la queue dans l’eau, produisent un bruit sonore qui peut s'entendre de loin, surtout pendant le silence de la nuit.
«Nous fûmes témoins, une après-midi, d’un combat extrêmement intéressant. Le fleuve s’étendait, tout uni, au-dessous de nous, à une certaine profondeur; nous vimes à une petite distance un mouvement inaccoutumé dans l’eau : un monstrueux Caïman avait saisi par le milieu du corps un « Kaïkoutschi » ou petit Alligator, dont la tête et la queue émergeaient de part et d'autre hors de la terrible mâchoire. La lutte fut rude; mais tous les efforts du plus faible demeurèrent infructueux en face de la voracité du plus fort. Tous deux disparurent sous les flots, et seules les vagues, soulevées sur la surface d’ailleurs lisse et paisible du fleuve, révélèrent le combat mortel qui se livrait dans ses profondeurs; au bout
de quelques minutes ils émergèrent de nouveau, fouettant avec leurs queues la surface de l’eau dont les vagues s’éparpillaient dans tous les sens. Au bout de peu de temps l'issue
| de la lutte ne fut plus douteuse; les efforts du
« Kaiïkoutchi » s’épuisèrent en même temps que ses forces. Nous nous approchâmes en ramant. Dès que le Caïman nous aperçut, il plongea ; mais ne pouvant avaler sa proie sous l’eau, il reparut pour nager vers un petit banc de sable où il commença son repas immédiatement. !
« J'ai constaté avec surprise que les femelles témoignent pendant longtemps un amour très vif à l'égard de leurs petits; elles les surveillent continuellement et leur font connaître avec soin tout ce qu’elles ont appris par leur expérience propre. Comme je longeais un jour, en compagnie d’un Indien, l’anse d’Arkarikuri, comparable à un lac, pour y tuer des poissons, à l’aide de la flèche et de l'arc, mon attention fut éveillée par un cri particulier qui avait une grande analogie avec le miaulement d’un jeune chat; je pensais déjà me trouver dans le voisinage de la résidence d’un chat-tigre, lorsque mon compagnon s'écria, en montrant l’eau:
« de jeunes Caïmans ». Ces bruits sortaient d’entre les branches d'un arbre qui se trouvait incliné horizontalement au-dessus du fleuve et dont les branches touchaient l’eau, le terrain où il était poussé ayant été rongé par les flots.
| Nous nous glissâmes prudemment le long du
tronc jusqu’à la cime d'où nous vimes de jeunes Caïmans, d’un demi-mètre de long, rassemblés sous son ombre. Suspendu ainsi seulement à un mètre environ au-dessus de l’eau, il fut facile à l’Indien d'atteindre, àl’aide d’une flèche, un de ces jeunes animaux qui se mit à se débattre et à piailler lorsqu'on le captura. Au même moment émergea un gros Caïman : c'était la mère qui, nous ayant observés depuis longtemps sans que nous l’ayons aperçue, se soulevait à nos pieds entre les branches, pour défendre ses petits en poussant un rugissement lugubre. Je ne saurais à quoi comparer exactement sa voix effrayante : ce n’était ni le mugissement du taureau ou du jaguar, ni le rugissement d'aucun autre animal connu, mais plutôt un mélange de rugissement et de mugissement qui nous glaçait jusqu'aux os. Bientôt ces cris firent venir d’autres Caïmans qui se mirent également à hurler. La mère éplorée se soulevait au-dessus de l’eau jusqu'aux épaules dans le but de nous
LE CAIMAN NOIR.
arracher de notre retraite. En lui présentant son petit qui se trémoussait à l'extrémité de la flèche, mon compagnon excitait de plus en plus la colère de cette mère irritée. Blessée par un des nôtres, elle se retira un instant sous l’eau, mais ne tarda pas à émerger de nouveau pour renouveler ses attaques et redoubler ses efforts menaçants. L'eau était devenue écumante sous les coups incessants que frappait la queue puissante de l’Alligator. Je dois avouer qu'en présence de l'incroyable hardiesse de cet animal, je sentis s’accélérer les battements de mon cœur. Le moindre faux pas ou toute manœuvre imprudente nous eut immédiatement amenés dans la gueule ouverte du monstre : notre provision de flèches épuisée, le parti
le plus sage à prendre me parut de nous retirer |
avec le plus de précautions possibles. Le cou BREeum. — V.
Fig. 138. — Le Gavial du Gange, 1/25° de grandeur naturelle.
tendu, 1a mère nous suivit jusqu’à la rive sur laquelle elle s'arrêta néanmoins; le Caïman est trop craintif sur terre pour s’aventurer sur
| un sol qu'il sait être dangereux pour lui; il
semble avoir conscience de l'impuissance où il se trouve sur la terre ferme ; aussi s’enfuit-il toujours sur terre aussi rapidèment que possible pour regagner son élément dans lequel il peut devenir une des créatures les plus dangereuses.
«Les écailles du petit Alligator que nous avions capturé étaient encore molles et flexi-
| bles ; il y avait donc peu de jours qu'il était
éclos ; mais déjà il répandait une forte odeur de musc. Nous apercûmes près de là un large sentier sur la rive, et nous le suivimes jusqu’à une dizaine de mètres où nous trouvâmes l’endroit où avaient été déposés les œufs. C'était REPTILES. — 20
LES GAVIALS.
une petite excavation dans le sol, remplie de ronces, de feuillage et d'herbes; en examinant les coques vides, nous conclûmes qu'il y avait eu là 30 à 40 œufs superposés par couches, séparées les unes des autres par des amas de feuilles et de vase ; la couche supérieure avait dù être recouverte elle-même d’un revêtement de vase analogue.
« La ponte des Caïmans a lieu en même temps que celle des Tortues, et les petits éclosent avant le début de l'époque des pluies.
Pendant que ces petits gagnent l’eau, ils sont en butte non seulement aux gros oiseaux de proie et aux grandes cigognes, mais encore aux Caïmans mâles. Si la couvée n’était anéanlie ainsi en majeure partie, la race se multiplierait d’une manière effrayante. Jamais les femelles n’enfouissent leurs œufs sur les bancs de sable.
« Le lendemain matin, en compagnie de plusieurs Indiens, je me dirigeai de nouveau sur le théâtre de notre aventure de la veille. La mère avait disparu avec ses petits. En dépit du nombre incalculable de têtes qui émergeaient hors de l’eau, en dépit des crocs que nous lançâmes, nous ne parvinmes pas à nous emparer d’un seul de ces monstres. Mais pendant que nous regagnions notre campement, l’Indien qui avait tué le Caïman la veille et qui avait pris l'habitude de la carabine me pria de lui confier mon arme, en m'assurant qu'avant la fin du jour il aurait occis quelque Crocodile. Il vint m’annoncer vers le soir qu'il avait tenu parole. Un Alligator, de 4,50 de long, était encore étendu dans l’eau, attaché à un arbre au moyen d’une corde faite en plantes flexibles. Le Reptile portait une large cicatrice
déjà ancienne; il lui manquait trois orteils |
et une de ses pattes de devant avait été fortement endommagée. Ces mutilations sont dues, au dire des Indiens, aux morsures des voraces Pirais(Pygocentrus niger); ce poisson est, paraît-il, le seul animal qui s'attaque au Caïman adulte. Notre tueur de Gaïman n'avait mis la bête à Lerre qu’à la septième balle, qui avait pénétré dans le cerveau au travers de l'œil.
« Un autre Gaïman noir, tué par les compagnons de Schomburgk, témoigna, par ses mouvements violents, que la vie n'était pas encore éteinte, longtemps après avoir reçu des balles. Après qu'on l’eut tiré sur le sable, les rayons de soleil parurent le ranimer. L'animal, qu'on croyait mort, commença à se débattre et se mit de lui-même sur l'offensive. Plusieurs In-
diens se sauvèrent et rapportèrent des pieux ; le plus hardi d’entre eux se précipita au devant de l’animal qui attendait la gueule ouverte, et il lui enfonça profondément dans la gorge l'extrémité d'un pieu. Le Caïman referma violemment ses mâchoires en faisant sur le pieu une profonde morsure. Deux autres Indiens s’approchèrent de l'animal par derrière, et firent pleuvoir sur lui une grêle de coups de massue. À chaque coup, l’animal se soulevait écumant ; il ouvrait la gueule avec rage, et chaque fois on enfonçait au plus vite un nouveau pieu. L’extrémité caudale qui, d’après le dire des Indiens, est le siège de la vie chez les Caïmans, est une des régions les plus sensibles de l’animal, aïnsi que le prouvent les efforts furieux qu'il faisait après chaque coup; les coups nombreux qu'il recevait sur la tête et sur le dos le laissaient complètement indifférent. Ce ne fut qu'après un combat long et acharné que le Caïman périt enfin. »
LES GAVIALS — GAVIALIS Ruüsselkrokodile.
Caractères. — Chez les Gavials les mâchoires sont très étroites, fort allongées, formant une sorte de bec subcylindrique; les dents ont sensiblement même forme et sont fort nombreuses ; la suture qui réunit le maxillaire à l’inter-maxillaire est longue, formant une pointe aiguë en arrière; les os nasaux n’entrent pas dans la composition de l'ouverture antérieure des narines.
Chez le Gavial du Gange les dents latérales sont obliques, non reçues dans des fossettes ; chez une espèce dont on a fait le genre Zomistoma où hynchosuchus, les dents latérales sont dressées et reçues dans des fossettes qui existent entre les dents.
Distribution géographique. — Le genre Gavial ne comprend que deux espèces, le Gavial du Gange qui se trouve dans la Péninsule indienne et le Gavial de Schlegel, encore mal connu, qui a été recueilli à Bornéo et dans le nord de l'Australie.
LE GAVIAL DU GANGE. — GAP IALIS GANGETICUS.
Ganges Gavial.
Caractères. — Le Gavial du Gange ou Mudela des Indiens se reconnaît facilement à sa tête petite, aux yeux grands placés en dessus, à son bec très long, aplati, dilaté à l'extrémité,
LES GAVIALS.
armée de nombreuses dents ayant toutes sensiblement même forme. On voit sur le squelette que les trous interceptés entre le pariétal, le frontal postérieur et le mastoïdien sont
énormes, plus grands même que les orbites,
qui sont cependant fort développées.
La nuque est recouverte de deux forts écussons ovalaires et carénés ; les écussons du cou, au nombre de quatre, forment une bande longitudinale qui s'étend depuis le cou jusqu’au bouclier dorsal. Celui-ci forme ainsi dix-huit bandes de plaques osseuses, à carènes égales. La queue est entourée de trente-quatre à quarante cercles écailleux (fig. 138).
La partie supérieure du corps est d’un vert jaunètre, ou vert-brunâtre sale, parsemé d’un grand nombre de taches oblongues, irrégu-
lières, et irrégulièrement disposée d’un jaune |
verdâtre. Les individus jeunes ont le dos et les membres ornés de bandes noires disposées transversalement. Le ventre etle dessous du cou sont d'un jaune pâle ou d’un blanc sale ; les mâchoires sont piquetées de brun.
Le Gavial du Gange est un des plus grands
reptiles que nous connaissions à l’état vivant, | il peut, en effet, atteindre plus de 6 mètres de |
long.
Distribution géographique. — Cette espèce n’est pas limitée au Gange ainsi que semblerait l'indiquer son nom ; on la trouve au Bengale, au Népal, au Malabar; elle vit dans le Gange, le Brahmapoutra, ainsi que dans les affluents de ces fleuves ; d’après Day elle se rencontre également dans l’Indus, et dans le Tschumma.
Mæurs, habitudes, légendes. — Ælien indique deux espèces de Crocodiles comme vi-
vant dans le Gange; les uns sont presque inof- |
fensifs, tandis que les autres sont extrêmement
voraces et poursuivent avec acharnement les
l’auteur grec, portent au-dessus de leur museau une saillie analogue à une corne. On les utilise pour se débarrasser des malfaiteurs qu'on leur jette en pâture. » Paolino confirme le récit d'Ælien, en déclarant formellement que des hommes accusés de crimes ont élé plongés dans le fleuve sacré en présence des Brahmanes, et qu’on leur a promis la liberté s'ils étaient respectés par les Mudelas.
Il est certain que le Gavial est aujourd'hui encore regardé par les Indous comme un animal sacré, et dédié à Vichnou. De nombreux voyageurs nous parlent du respect que lon à
pour les Crocodiles, mais négligent malheureusement trop fréquemment de nous faire savoir s'ils parlent du Crocodile ou du Gavial; ces deux reptiles coexistent, en effet, dans l'Inde.
Orlick visita, en 1849, l'étang sacré des Crocodiles auprès de la ville de Kuraschi, étang où est un lieu de pèlerinage fort renommé.
| Dans cet étang vivaient environ cinquante Cro-
codiles dont le voyageur n'a malheureusement pas indiqué l'espèce, et dont quelquesuns mesuraient jusqu’à 5 mètres de long. Le Brahmane commis à la garde des animaux consacrés à Vichnou les appela, en présence du voyageur, pour leur distribuer leur päture. À la grande surprise d'Orlick les Crocodiles, à cet appel, sortirent de l’eau et se rangèrent en deux cercles autour du prêtre, la gueule largement ouverte et se laissant guider par le simple attouchement d’une ba-
| guette. On sacrifia un bouc qui fut dépecé
en morceaux, et jeté aux animaux. Le repas
| terminé, le prêtre repoussa les Crocodiles
dans le lac à l’aide de sa baguette. Trumpp rapporte que douze fakirs se consacrent à l'entretien de l’étang sacré, et donnent leurs soins aux animaux qui sont nourris aux frais des villages voisins, qui paient un tribut spécial.
Schlagintweit, le célèbre voyageur dans l'Himalaya, parle également de Crocodiles apprivoisés, mais il les désigne sous le terme
| d’Alligator, et ne les décrit pas assez exacte-
ment pour qu’on puisse savoir de quelle espèce il a voulu parler. « On peut se rendre compte, dit-il, de l’état d’apprivoisement de ces animaux, des Alligators sacrés conservés dans l'étang de Magar, en voyant le prêtre tracer sur la tête de quelques-uns de ces animaux, avec des couleurs à l'huile, des dessins
hommes et les animaux. « Ces derniers, écrit | et des maximes religieuses. C’est un spectacle
vraiment étrange que de se voir entouré d'Alligators, obéissant au simple appel des personnes préposées à leur garde; c'est sans doute à cause de la nouveauté et de l’étrangeté de ce spectacle, qu'il n’éveille chez personne le sentiment, d’ailleurs bien naturel, de la peur. »
Les Gavials doivent détruire beaucoup de poissons et s'emparer également des oiseaux et des mammifères de faible taille qui s’approchent des rives des lacs dans lesquels on les garde. Nous manquons cependant de renseignements précis sur les mœurs du Gavial.
La faiblesse relative de ses mâchoires, le peu de force de ses dents, nous font penser qu'il doit se nourrir surtout de poissons ou de proie morte et à demi putréfiée. Day, qui a fréquemment observé le Gavial, le décrit comme un animal essentiellement ichthyophage qui s'empare de sa proie tout en nageant. Il purge sans doute le fleuve sacré des nombreux cadavres d’'Indous qu’on y jette.
D'après Anderson les œufs du Gavial sont à chaque ponte au nombre de quarante en-
LES CGROCODILIENS AMPHICÉLIENS. ‘
| viron ; ils sont disposés dans le sable sur deux
couches superposées. D’après ce voyageur, au moment de la naissance, la coloration du jeune est d’un brun jaunâtre, ou d’un brun gristre, et le dos est orné de bandes transversales irrégulièrement disposées. La forme et les proportions de certaines parties de la tête sont très différentes de ce que l’on voit chez l'adulte. Immédiatement après l’éclosion, les jeunes courent avec rapidité, et se rendent à l’eau.
LES CROCODILIENS AMPHICÉLIENS ‘
Distribution géologique. — Aux terrains que l'on connaît sous le nom de terrains primaires et qui, ainsi que l'indique la dénomination qui leur a été imposée, représentent les termes les plus anciens des formations dans lesquelles des végétaux et des animaux ont été rencontrés, à ces terrains succèdent une série de couches, de plus de 6,000 mètres d'épaisseur, dont l’ensemble constitue, pour les géologues, l'époque mésozoïque ou secondaire; cette série comprendtrois termes, le terrain triasique, le terrain jurassique, le terrain crétacé.
L'ordre des Crocodiliens, si pauvrement représenté dans la nature actuelle, paraît naître dès le terme le plus inférieur de la série mésozoïque. Les animaux qui apparaissent alors
sont certainement d’un type moins parfait que | les Crocodiles qui vivent de nos jours; ils sont |
; ampbhicéliens, ainsi que ceux que l'on trouve dans les terrains jurassiques, et dans la partie inférieure des terrains crétacés ; chez eux les deux faces articulaires des vertèbres sont planes (fig. 139). Ce n’est que vers le haut des formations crétacées inférieures qu’apparaissent les vrais Crocodiliens, les Crocodiliens procéliens ou à vertèbres concaves en avant, convexes en arrière.
Caractères généraux. — Étudiant les Crocodiliens anciens, M. Huxley a reconnu trois stades dans l’évolution de ces animaux.
Les Crocodiliens antérieurs à l’époque jurassique, tels que les Parasuchus, des formations triasiques de l'Inde, les Pristodon de l’Afrique australe, avaient un crâne allongé et étaient imparfaitement cuirassés; la cavité nasale communiquait avec la bouche par une ouverture située à la partie antérieure du
crâne; les narines s’ouvraient à l’extérieur, près des orbites.
Chez les Crocodiliens que l’on trouve depuis l’époque du Lias jusque dansles premières formations crétacées, les palatins se prolongent, de telle sorte que l'ouverture postérieure des fosses nasales s'ouvre vers le milieu de la lon-
Fig. 139. — Vertèbre cervicale de Sténeosaure.
gueur du crâne, entre le basi-occipital et le basi-sphénoiïde.
Les Crocodiliens proprement dits apparais-
| sent dès l’époque du Gaultet vivent pendant les
temps tertiaires ; ce sont ceux qui existent à l’époque actuelle. Chez eux l'ouverture des narines débouche à la partie tout à fait postérieure du crâne; les vertèbres sont concavoconvexes.
Les Crocodiliens triasiques ont été désignés
| par Huxley sous le nom de Parasuchia ; les Cro-
codiliens jurassiques sous celui de Mesosuchia,
| les Crocodiliens du type actuel sont les Æusa-
chia.
LES TÉLÉOSAURES.
Fig. 140 et 141. — Crâne de Téléosaure de Caen.
Les animaux appartenant au premier groupe étant encore mal connus, nous ne parlerons que des Mesosuchia ou Téléosauriens, si bien étudiés par Eudes et Eugène Deslongchamps.
LES TÉLÉOSAURES
Les mieux connus de ces Crocodiliens des anciens âges sont les Téléosaures qui, par la forme générale de leur tête, rappellent nos Gavials. Chez eux le museau était allongé, parfois très frêle. Les os lacrymaux sont très développés, formant en grande partie le bord antérieur des orbites, dont les contours sont arrondis; les frontaux antérieurs sont petits et ne se prolongent pas en dessus et sur les côtés de l'orbite; les naseaux assez grands sont toujours séparés des intermaxillaires par un espace considérable (fig. 140, 141).
Le Téléosaure de Caen, que M. Eugène Deslongchamps a pureconstituer dans son ensemble, était un animal beaucoup plus cuirassé que les Crocodiles de l’époque actuelle. Parmi les Crocodiliens vivants quelques espèces appartenant au genre Alligator sont seules pourvues d’un squelette dermique à la fois dorsal et ventral, les vrais Caïmans, les Crocodiles et les Gasials ne possèdent de squelette dermique que sur le dos. Les Téléosauriens possédaient un squelette dermique encore plus robuste et plus développé que celui des plus cuirassés de nos Crocodiliens actuels; la disposition des écailles osseuses, tant supérieures qu'inférieures, est, du reste, absolument différente dans les deux groupes. « Les écailles dorsales y forment une double rangée depuis le commencement de la région dorsale, presque vers la moitié de la région caudale; elles sont très larges, surtout
vers le milieu du dos, et toujours deux par |
deux, une de chaque côté de l’apophyse épi-
neuse, sur laquelle elles s’appuient par leur bord d'union, et jamais disposées en écussons nuchaux, puis en disque cervical, et enfin en quadruple ou quintuple série dorsale, pour se terminer en double série caudale, comme cela a lieu dans les Crocodiliens actuels. Quant aux écailles ventrales, elles constituent un large plastron disposé par séries transversales de quatre écailles à la partie antérieure et de six à la partie postérieure, soudées entre elles par leurs bords (fig. 142). c
« D’après l’arrangement et La position des écailles, on peut se rendre compte des mouvements de toutes les parties de l'animal. Le cou était dépourvu d'écailles, tant en dessus qu’audessous ; la tête pouvait se redresser et s’infléchir dans une proportion plus grande que chez les Crocodiles. Les mouvements dela tête pouvaient, du reste, devenir plus efficaces encore par le mouvement des vertèbres du dos, qui était peu borné, surtout en dessus. Au cou, les mouvements de côté étaient peu étendus, à cause de la présence des côtes cervicales ; mais les mouvements latéraux du tronc étaient facilités par la manière dont les écailles latérales du plastron et les bords externes des éeailles dorsales étaient disposées, de sorte que la tête et les parties antérieures du corps devaient jouir de mouvements assez étendus,
« La mobilité de la queue devait ètre très grande, surtout dans les mouvements de latéralité. La longueur, la compression et la force extrême de la queue, étaient autant de circonstances des plus favorables à la natation, mais très défavorables pour soutenir le corps dans la marche sur un terrain solide. L'amincissement de la tête, l'allongement du cou, le
| peu de développement du membre antérieur,
donnaient à ce corps une disposition fusiforme très avantageuse pour se lancer dans un milieu
LES MÉTRIORRHYNQUES.
Fig. 142. — Restauration du Téléosaure de Caen, d'après E. Deslongchamps.
aquatique ; il devait fendre les flots avec la rapidité de la flèche, poussé en avant par le mouvement de ses grandes pattes postérieures, admirablement dirigé dans sa course par la queue qui formait à la fois un gouvernail et une rame des plus puissantes; mais autant il était bon nageur, autant il devait être mauvais marcheur; le Téléosaure de Caen devait faire à terre une piteuse mine et en être plus embarrassé encore que nos Chélonées actuelles. Ses longues mâchoires devaient facilement fouiller la vase, et ses dents, si singulièrement disposées, tamiser la fange et arrêter au passage tous les animaux mous; il est à croire qu'il s’en servait très efficacement pour la chasse aux Céphalopodes mous : Belemnites, Geotheutis, Teudopsis,etc., qui pullulaient dans les mers de cette époque (1). »
La taille du Téléosaure de Caen ne devait pas dépasser 2,50,
LES MACHIMOSAURES
Par la forme générale du crâne, les Machimosaures ressemblent bien moins aux Téléosaures et aux Gavials, qu'à certains Crocodiles actuels à museau très aigu, tels que le Crocodile de Schlegel ; c’étaient des animaux à formes lourdes et massives. La taille du Machimosaure de la Meuse était considérable et dépassait 8 mètres. Le museau court, fort et robuste, était déprimé et obtus, muni probablement à l'extrémité d’une sorte de tubercule cartilagineux analogue à ce que l'on voit chez les
(1) E. E. Deslongchamps, Notes paléontologiques, t. I.
Gavials. Le développement du membre postérieur, la longueur, la compression, la force extrême de la queue, étaient certainement des circonstances des plus favorables àune natation rapide. La forme trapue de la tête indique des habitudes semblables à celles de nos Caïmans; les dents très puissantes et mousses à leur extrémité, dontsontarmées lesmâchoires, élaient merveilleusement disposées pour broyer les nombreux Céphalopodes qui pullulaient dans les mers de la fin de l’époque jurassique.
LES MÉTRIORRHYNQUES
Les Métriorrhynques, qui apparaissent plus tard que les Téléosaures, atteignaient généralement une plus grande taille que ces derniers ; certains d’entre eux, tels que le Métréorrhynque de Morel, des assises oxfordiennes du Calvados, étaient réellement des géants parmi les Crocodiliens de cette époque.
Chezles Métriorrhynques laforme du museau est toujours bien plus ramassée et plus dilatée que chez les autres Téléosauriens. Ainsi que l’a établi M. E. Deslongchamps, on voit chez ces animaux une tendance manifeste à se rapprocher de la forme écrasée et dilatée de nos Caïmans actuels. Bien qu’encore nettement Téléosauriens, les Métréorrhynques, plus récents que les Téléosaures proprement dits, se rapprochent davantage des Crocodiles qui vivent aujourd'hui; ils semblent former un nouveau type qui s'éloigne des reptiles précédemment étudiés et qui tend à se rapprocher peu à peu des êtres de la nature actuelle.
LES ORNITHOSCÉLIENS ou DINOSAURIENS — ORNITHOSCELIDA, DINOSA URIA
Historique. — Les premiers zoologistes qui ontnommé Æeptiles, c'est-à-dire rampants, les animaux dont nous écrivons l’histoire dans ce volume, auraient singulièrement modifié l’opinion qu'ils se faisaient de ces êtres s’ils avaient connu les étranges créatures dont nous avons à nous occuper.
Ces animaux, que l’on désigne sous le nom d'Ornithoscéliens ou de Dinosauriens (1), par certains traits de leur organisation tiennent à la fois des Mammifères, des Oiseaux et des Reptiles proprement dits, tout en présentant des caractères qui leur sont propres ; ils semblent combler l’hiatus qui, dans la nature actuelle, sépare les plus parfaits des Reptiles, les Croco-
des couches que l’on rapporte à la partie inf rieure de la formation crétacée, couches terrestres et d’eau douce qui établissent un passage entre les formations jurassiques et crétacées. Ces ossements très incomplets, du reste, furent rapportés par Mantell à un animal de
| grande taille, qu'il nomma l’/quanodon, les
diles et les Tortues, des Mammifères inférieurs, |
nous voulons parler des Marsupiaux, et des moins oiseaux parmi les oiseaux, si l’on peut dire, tels que l’'Autruche, l'Émeu, le Casoar. Ils sont si loin des Reptiles que l’on devrait former pour eux une sous-classe distincte, égale en valeur à celle que l’on admet pour les Reptiles actuels; les différences qu’ils présentent avec nos Reptiles sont de beaucoup supérieures à celles que nous constatons entre les Tortues et les Serpents, par exemple, pour prendre les deux termes extrêmes de la série. Nous ne connaissons des Dinosauriens que le squelette; il est probable que s’il nous était donné de savoir quelle était leur organisation, comment se fai-
sait leur circulation, quel était leur mode de |
développement, nous n'hésiterions pas à en former une classe intermédiaire entre celle des Mammifères et des Oiseaux et celle des Reptiles proprement dits.
C'est vers 1820, que Gédéon Mantell trouvales premiers ossements de Dinosauriens au milieu de la forêt de Tilgate, dans l’île de Wight, dans
(1) De Aefvo;, terrible, étrange, prodigieux; caÿpo:, Jézard, reptile.
| dents offrant certains rapports de forme avec
celles d'un Lézard actuel quel’on connaît sous le nom d’/quane. Depuis cette époque, mais surtout depuis quelques années, nos connaissances sur les Dinosauriens se sont singulièrement accrues et nous commençons à entrevoir parmi ces animaux des types très différents indiquant des ordres tout aussi distincts que le sont ceux des Pachydermes, des Ruminants, des Carnivores parmi les Mammifères.
Sur les flancs des montagnes Rocheuses, aux États-Unis, on trouve des couches qui peuvent se suivre sur plusieurs centaines de milles d’étendue ; ces couches ont fourni aux investigations des paléontologistes un petit Mammifère marsupial, des débris de poissons, des restes de Ptérodactyles, de Crocodiles, de Tortues et surtout une énorme quantité d’ossements de Dinosauriens gigantesques; nous avons là un véritable ossuaire dans lequel sont ensevelis pêle-mèêle les plus curieux et les plus étranges de tous les animaux que nous aient légués les anciens âges. C’est aux admirables recherches de Marsch et de Cope que nous devonsla connaissance d’une faune à tout jamais disparue. Guidés par les deux grandes lois de la corrélation des formes et de la subordination des caractères, lois que nous devons à l'incomparable génie de Guvier et qui nous permettent, comme le fil d'Ariane, de nous retrouver au milieu de l'inextricable labyrinthe que présentent les formes des animaux perdus, les deux savants
| paléontologistes américains ont évoqué tout
LES ORNITHOSCÉLIENS OU DINOSAURIENS
Fig. 143. — Sacrum de Morosaure.
un monde disparu et fait apparaître devant nous les témoins d'une faune dont rien, dans Ja nature actuelle, ne pouvait nous donner la moindre notion. } Pendant l’époque secondaire les Dinosauriens vivaient également en Europe et dans le
Fig. 141. — Dent de Mégalosaure.
Fig. 146. — Sacrum d'oiseau (la Poule) (*).
sud de l’Afrique ; ils étaient représentés par |
des types très divers, ainsi que nous l'ont montré les savantes recherches de Mantell, d'Owen, de Phillips, d'Huxley, de Seeley, d’Hulke, de Dollo, de Matheron. Des recherches toutes récentes ont jeté un jour complètement nouveau sur l’organisation des Dino-
(*) dl, vertèbres dorso-lombaires; s, vertèbres sacrées ; e, vertèbres candales (d’après Huxley).
Fig. 144 et 145. — Vertèbres dorsale et caudale de Stégosaure. J
sauriens et permis d'étudier leur squelette aussi complètement qu'on pourrait le faire pour celui d'animaux vivant actuellement.
Caractères généraux. — Toutes ces découvertes ont permis de saisir les traits généraux qui relient les Dinosauriens aux autres Reptiles et les traits particuliers qui les distin-
| guent les uns des autres. À
Ce qui éloigne essentiellement les Dinosau-
lig. 148. — Dent d'Iguanodon.
riens de tous les autres Reptiles, c’est que le sacrum est toujours composé de plus de deux vertèbres formant un os unique très solide comme celui des Mammifères ; chez les Laosaures et les Campsonotes des Montagnes Rocheuses les vertèbres sacrées ne seraient cependant pas soudées, d’après Marsch. Le
Fig. 149 à 151. — Membre pelvien postérieur de A, Dromœus, B, un reptile ornithocélide, tel que l'Iguanodon ou Hypsilophodon, et G, un Crocodile (*).
nombre des vertèbres du sacrum est au minimum de 3, ainsi qu'on le voit chez l’Apatosaure ; il est de 4 chez le Morosaure (fig. 143); il peut s'élever à 5 chez le Brontosaure, à 6 chez l’Anoplosaure, ainsi que cela se voit chez les Oiseaux (fig. 146). Ces vertèbres qui dépassent le chiffre normal de 2 sont des vertèbres
de la queue qui se sont modifiées pour servir |
de support au bassin qui s’est considérablement élargi pour pouvoir supporter les membres postérieurs, généralement très robustes. Si l’on en juge par la largeur considérable que présente le canal médullaire, la moelle épipière devait se renfler beaucoup dans la région sacrée et fournir des nerfs très volumineux à un membre fort développé et mû par des muscles extrêmement puissants.
Les côtes sonttrès développées; leurgrandeur montre quela cagethoracique était trèsampleet que dès lors les poumons devaient être amples.
Les vertèbres cervicales sont nombreuses, les arcs neuraux des vertèbres sont unis au
(*) Le membre de l'Oiseau est dans sa position naturelle ainsi que celui de l'Ornithoscélide, quoique les métatarses du dernier ne doivent pas, en nature, avoir été levés ainsi. Le membre du Crocodile est représenté à dessein dans une position hors nature. Naturellement, le fémur serait tourné à peu près à angle droit vers le plan médian vertical du corps, et le métatarse serait horizontal. Les lettres sont les mêmes partout ; i/, ilion; is, ischion; Pb, pubis; 4, apophyse antérieure; 4, apophyse postérieure de l'ilion ; tr, trochanter interne du fémur; {, bia; /, péroné; as, astragale; ca, calcanéum; 1, 11, JS, IV, les doigts (d'après Huxley),
BREBM. — V.
centrum par une suture; les côtes thoraciques s’attachent par deux têtes distinctes.
Les vertèbres sont généralement amphicéliennes, c'est-à-dire que leurs deux faces articulaires sont planes ; elles sont parfois nettement biconcayes, ainsi qu’on le voit chez les Amphisaures, les Mégalosaures, les Stégosaures, les Scélidosaures ; les vertèbres antérieures sont
| d’autres fois opisthocéliennes, c’est-à-dire que
la face articulaire concave est tournée en arrière, la convexité étant dirigée en avant, ainsi
| qu'on le remarque chez tous les Dinosauriens
rentrant dans le groupe des Sawropoda, chez les Compsognathes et chez les Hadrosaures; les Cælures ont les vertèbres cervicales opisthocéliennes, les vertèbres dorsales étant bi-concayes; chez les Labosaures, les vertèbres antérieures sont creusées de larges cavités.
La queue est généralement longue et composée d’un grand nombre de vertèbres, ainsi qu’on le voit chez le Macrurosaure, le Mégalosaure, l’Iguanodon; elle peut être parfois fort courte, comme chez le Lœlaps et ne compter qu’un petit nombre de vertèbres.
La forme des vertèbres est extrêmement différente suivant les régions sur un même animal, ce qui rend les déterminations extrémement difficiles, lorsque les divers ossements n'ont pas été trouvés ensemble ; on en jugera en comparant la vertèbre dorsale du Sfegosaurus ungulatus, dinosaurien des montagnes Rocheuses, à la vertèbre caudale antérieure du même animal (fig. 144 et 145).
REPYILES. — 21
LES ORNITHOSCÉLIENS OU DINOSAURIENS
La grandeur et la forme du crâne sont très différents suivant les types examinés. Le crâne, d'abord allongé comme celui des Crocodiles chez les Dinosauriens triasiques, se raccourcit chez les animaux plus récents. Chez certains animaux, comme l'Hypsilophodon, les os orbitaires sont en connexion avec les frontaux, comme chez les Mammifères et chez beaucoup d'Oiseaux. Le cerveau est essentiellement reptilien et parfois extrêmement petit. Les os intermaxillaires sont séparés ; les branches de la mandibule ne sont unies que par du cartilage et non soudées. La composition du crâne ressemble par certains points à ce que l’on voit chez les Crocodiles et chez les Sauriens.
Le régime ayant été très varié chez les Dinosauriens, la forme des dents est, on le comprend, tout autre suivant les types examinés. Les carnassiers, tels que le Mégalosaure, avaient des dents fortes et tranchantes, crénelées sur les bords (fig. 147); les maxillaires aussi bien que les intermaxillaires étaient armés de ces dents qui devaient être redoutables. Les herbivores, tels que l’Iguanodon, le Vectisaure, le Laosaure, l'Hypsilophodon avaient leurs maxillaires garnis de dents admirablement disposées pour couper et broyer (fig. 148); ces dents s’usaient comme celles des mammifères herbivores actuels, et se remplacaient indéfiniment, c’est-à-dire qu'aussitôt que l’une d’elles était usée, une autre lui succédait; il existait, ce qu’on ne voit pas chez les Reptiles actuels, des mouvements de la mâchoire, comme chez les Ruminants de notre époque pour permettre aux dents de broyer les aliments: la grandeur des trous et des canaux par lesquels passaient les nerfs montre qu'il existait des lèvres molles et des joues sans lesquelles la mastication des aliments eût été, du reste, complètement impossible. Les Hadrosaures, qui sont des herbivores, avaient les dents disposées suivant plusieurs rangées formant, par l'usure, une surface broyante en forme de damier. Chez les herbivores qui ont été groupés sous le nom de Ornithopodes, les intermaxillaires ne portaient pas de dents; il en est de même de l’extrémité de la mâchoire inférieure qui était vraisemblablementrevêtue, pendant la vie, d’un bec corné à l’aide duquel l’animal coupait les bourgeons et les feuilles dont il faisait sa nourriture. Les Sauropoda avaient des dents aussi bien à l’intermaxillaire qu'aux machoires.
ment plus court que le membre postérieur; ce dernier est parfois à peine plus long que l’autre, ainsi qu'on le voit chez le Brontosaure (fig. 154); les membres sont d’autres fois très disproportionnés, ainsi qu’on le remarque chez l’Iguanodon (fig. 156); il existe tantôt une clavicule, comme chez l'Iguanodon, tantôt cet os fait défaut, comme chez l’'Hypsilophodon et le Laosaure. Le sternum existe chez les Brontosaures, les Morosaures, les Atlantosaures.
Ainsi que l’a bien montré Huxley, les Ornithoscélidiens ou Dinosauriens présentent une large série de modifications de structure intermédiaire entre les Oiseaux et les Reptiles actuels ; ces caractères de transition sont surtout marqués pourle bassinetle membre postérieur.
Chez les Reptiles, l’ilium ne se prolonge pas en avant de la cavité cotyloïde, ou cayité de réception de la tête du fémur, ainsi qu'on ie voit chez le Crocodile (fig. 151); chez l'Oiseau (fig. 149) et chez le Dinosaurien herbivore l’ililum se prolonge beaucoup en avant de cette cavité (fig. 150); la longueur de la pointe que cet os fait en arrière est, chez ces Dinosauriens, intermédiaire entre ce que l'on voit chez l'Oiseau et chez le Crocodile. L'ischium, #s, chez le Crocodile, est un os modérément allongé, qui se dirige en bas, en dedans et un peu en arrière pour venir s'unir avec son congénère du côté opposé par une suture médiane ; chez les Oiseaux, cet os, qui estallongé, se porte directement en arrière ; la plupart des Dinosauriens ont l’ischium très allongé, placé dans une position intermédiaire entre ce que l’on voit chez les Oiseaux et chez les Reptiles; cette disposition est très nette chez le Campsonotus, par exemple. Chez tous les Reptiles, le pubis, 7:b, se dirige directement en bas et en avant; cet os se porte en arrière chez les Oiseaux et chez les Dinosauriens typiques.
La direction de l’ilium présente, du reste, de singulières modifications chez les Dinosau-
| riens, modifications qui sont évidemment en
rapport avec la direction et l’attache des muscles et, dès lors, avec la station. Chez certains d’entre eux, cet os est dirigé en arrière, ainsi qu’on le voit chez l’Autruche, chez le Casoar; parfois, au contraire, il se porte en avant, comme chez les Crocodiles actuels. Huxley a vu chez certains Dinosauriens le pubis être parallèle à l’ischium. Il résulte de ces modifications qu'il existait des Dinosauriens ayant une station presque bipède, tels sont les ani-
Le membre antérieur est toujours notable- | maux du groupe de l’Iguanodon; d’autres, tels
LES ORNITHOSCÉLIENS OU DINOSAURIENS
que les Zanclodon, par leur marche rappelaient les Crocodiles; d’autres encore, tels que le Marosaure, avaient une station quadrupède, comme chez les Mammifères les plus lourds et les plus pesants.
Les Dinosauriens typiques, tels que l’Iguanodon, le Mégalosaure, ont un trochanter au fémur (fig. 152); les fortes crêtes, les saillies
Fig. 152. — Fémur de Mégalosaure.
proéminentes que présente cet osindiquent des attaches musculaires extraordinairement puissantes.
Beaucoup de Dinosauriens avaient la peau pue; chez d’autres, que l’on désigne sous le nom de Stegosaures, le corps était protégé par des écussons osseux et par des épines (fig. 155).
L'on connaît des Dinosauriens de toute grandeur, depuis le gigantesque Atlantosaure, des Montagnes Rocheuses, qui atteignait jusqu'à 80 pieds de long, jusqu’au Nanosaure qui avait à peine la taille d’un chat.
Distribution géoloszique, — Les temps secondaires, pendant lesquels vivaient les singuliers et gigantesques Dinosauriens dont nous
venons de tracer l’histoire à larges traits, ont |
pu, à juste titre, être nommés le règne des Reptiles. C’est alors que ce groupe arrive à son maximum de développement. Les Mammifères sont très chétifs à cette époque et représentés seulement par les plus inférieurs d’entre eux; les Dinosauriens semblent avoir joué alors à la surface du globe le rôle que les grands Carnas-
siers et les grands Herbivores y jouent actuelle- |
ment; mais tandis que les Mammifères ont toujours été en se développant, de telle sorte qu'ils offraient déjà vers la fin des temps terliaires le magnifique épanouissement que nous voyons aujourd'hui, les Reptiles ont été sans cesse en diminuant d'importance; les animaux supérieurs l’ont peu à peu emporté sur les êtres d’une organisation moins parfaite.
Dès l'époque triasique, les Dinosauriens sont déjà représentés par des lypes si divers qu'il semble que ceux-ci soient les descendants d'animaux ayant vécu à une époque plus reculée ; nous ne connaissons alors que quelques Mammifères marsupiaux qui ont disparu, de nos pays, pendant l'époque miccène.
remplacés qu'ils étaient peu à peu par les Mammifères plus élevés ou placentaires. C’est à la fin de l’ère secondaire que les Dinosauriens disparaissent à tout jamais et sans laisser de descendance; ils n’ont pu se plier aux nouvelles conditions d'existence qui leur étaient imposées, et ils sont morts, alors queles Mammifères, bien au contraire, marchaient chaque jour davantage vers les types les plus élevés.
Rien dans la nature actuelle ne peut nous donner une idée de ce qu'étaient la flore et la faune des temps pendant lesquels les Dinosauriens vivaient en maître. Ainsi qu’on peut le voir par la carte (fig. 153), que nous donnons d’après Contejean (1), la distribution des terres et des mers était tout autre qu'elle ne l’est aujourd'hui, en France et en Angleterre. À la fin de l’époque jurassique, le plateau central de la France était émergé d’Autun à Mende, de Lyon à Tulle ; les Vosges, la plus grande partie de la Belgique et de la Hollande formaient un continent; le massif breton était une île à l’ouest; l'emplacement d'Antibes, de Cannes, de Fréjus, de Toulon, émergeait vers le sud du bassin méditerranéen, qui était en communication, par le détroit vosgien, avec le vaste golfe que formait le bassin anglo-parisien.
La température était élevée à cette époque et uniforme sur toute la terre, ce que démontre l'existence .dans le nord de l'Europe de récifs, de coraux comparables à ceux du golfe du Mexique ou de la mer du Sud.
Pendant l’époque du Jurassique supérieur nos contrées devaient être découpées de lagunes, de marécages, d’estuaires fréquemment inondés ; ces localités privilégiées avaient une végétation plus riche et plus variée que les parties montueuses ; là poussaient de grandes fougères, aux frondes coriaces, tandis que les pentes et les hauteurs étaient recouvertes de plantes se rapprochant des Pandanées, d'Araucaria, de Gycadées aux semences en forme d'amandes, nourriture des Dinosauriens herbivores de l'époque. Il en était de même au commencement de la période crétacée, alors que se formaient les terrains wealdiens.
Si, à l’aide des admirables découvertesfaites dans ces dernières années, nous cherchons à faire revivre la faune de la partie supérieure des temps jurassiques aux États-Unis, nous
(1) Contejean, Éléments de géologie el de paléontologie. Paris, 1874.
LES ORNITHOSCÉLIENS OU DINOSAURIENS
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Fig. 153. — Carte de la France et de l'Angleterre à la fin de l’époque jurassique.
ne trouverons pas une faune reptilienne moins étrange et moins riche que dans l’ancien monde. Voici au milieu des Araucariées, des Cycadées, le gigantesque Stégosaure au corps revêtu de plaques osseuses et d'épines lui formant une puissante armure, aux membres antérieurs beaucoup plus courts que les membres de derrière, le Compsonote, aux pattes de devant également bien moins développées que les pattes postérieures et les étranges Reptiles volants, les Ptérodactyles (fig. 155).
Nous avons dit plus haut que les Dinosauriens avaient disparu avec la fin des temps crétacés ; cette disparition a eu pour cause les changements considérables qui se sont, à cette époque, opérés dans la température. « Jusqu’à présent, écrit Contejean, la distribution,
à la surface du globe, des animaux et des plantes, et, en même temps, la nature des genres ef des familles qui composent les faunes et les flores, indiquent, à toutes les époques précédentés, une température uniforme et élevée, point excessive à l'équateur, et au moins tropicale jusque sous le 76° degré de latitude nord. En un mot, sur tout le globe régnait le climat de lazone torride actuelle. Durant cette longue suite de siècles, il ne semble pas que lachaleur ait subi les moindres fluctuations ; tout au plus a-t-on essayé d'indiquer, d’après l’aspect des sédiments, les périodes de sécheresse et d'humidité relatives. Vers le milieu de l’époque crétacée, les choses prennent une autre tournure, et l’on commence à aperceyoir les premiers indices d’un refroidisse-