LE CAMÉLÉON VULGAIRE. — CHAMÆLEO VULGARIS
Chamäleon.
Caractères. — Le Caméléon vulgaire se reconnaît à son occiput pointu et relevé en arrière, surmonté d'une carène curviligne; le casque est un peu plus court et plus bas chez les femelles que chez les mâles. Le corps est couvert de petits granules serrés et égaux. Une crête dentelée s'étend sur la moitié de la longueur du dos ; une autre crête plus ou moins prononcée va du menton à la naissance de la queue. La dimension est généralement:de 0,25 à 0",30 dont un peu plus de la moitié pour la largeur de la queue ; les femelles sont généralement plus fortes que les mâles (PI. VI).
Distribution géographique. — Cette espèce, la seule qui vive en Europe, se trouve dans la partie sud de l'Espagne et dans tout le nord de l'Afrique, depuis le Maroc jusqu’en Égyple. Grohmann dit l'avoir trouvée en Sicile; aucun naturaliste n’a depuis trouvé le Caméléon dans cette localité.
Mœurs, habitat, régime. — Les Caméléons vivent exclusivement, on peut le dire, dans les contrées où il pleut de temps en temps ou toutau moins dans lesquelles il tombe chaque nuit une rosée assez abondante pour leur permettre de boire fréquemment. Ils ne font pas absolument défaut dans les pays déserts, mais alors ils se trouvent exclusivement dans les oasis, car ce sont des animaux qui se tiennent toujours sur les arbres.
La présence d'arbres ou de buissons, ou tout au moins de broussailles, est une condition nécessaire à leur existence; ce sont, en effet, des reptiles essentiellement arboricoles, qui ne descendent à terre que tout à fait exceptionnellement,.
Là où ils sont plus particulièrement abondants, il n’est pas rare de voir des Caméléons par groupe de trois à six sur un même arbre; ils s'y tiennent absolument immobiles, fixés qu'ils sont au moyen de leurs quatre pattes et deleur queue, cramponnés à un ou à plusieurs rameaux. Pendant des journées entières, ils
bornent leurs mouvements à se gonfler et à se | soulever de la branche sur laquelle ils ont éta- |
bli leur domicile; ce n’est qu'exceptionnellement qu'ils changent de place. Les yeux, par contre, sont sans cesse en mouvement et regardent de tous côtés. Aucun vertébré ne guette sa proie avec autant de patience, avec autant de persévérance que le Caméléon.
Lorsque cet animal n'est pas poussé par la faim, il attend dans la même position qu'un insecte vienne se poser à sa portée ; il se tourne lentement alors de son côté, et s’il croit que la proie se trouve à distance convenable, il darde sur elle sa langue avec la plus grande rapidité et ne la manque jamais ; l’insecte, collé à l’extrémité de la langue enduite d’une matière visqueuse, est ramené dans la bouche du Caméléon, broyé et promptement dégluti, après quoi le reptile reste tout aussi immobile qu’auparavant. Lorsqu’au contraire le Caméléon souffre de la faim, il poursuit, bien que fort lentement, l’insecte qu'il convoite, mais sans jamais abandonner le buisson sur lequel il se trouve.
Ennemis. — « Un Caméléon qui a été vu, dit, avec raison, un dicton, est un Caméléon perdu. » En effet, la coloration de cet animal, qui s’harmonise si merveilleusement avec celle du milieu ambiant, constitue pour cet animal, on peut le dire, son unique moyen de défense. Non seulement tous les carnassiers quadrupèdes et la plupart des oiseaux de proie, mais encore les corbeaux, les hérons, les cigognes, les grues, tous les serpents font une guerre acharnée à l'inoffensif et lent animal qui ne peut nullement lutter contre ses nombreux ennemis.
Captivité. — Au début de leur captivité les Caméléons se montrent très irritables ; ils soufflent et cherchent même à mordre lorsqu'on approche d'eux la main pour les saisir; mais ils s'adoucissentets’apprivoisentpromptement. Ils exigent avant tout une chaleur uniforme; on les perd le plus souvent à l’arrière-saison, aussi est-ce dans les serres que l’on a le plus de chances de les conserver longtemps. On doit veiller à ce qu'ils aient une nourriture abondante ; il leur faut, en effet, une quantité considérable de mouches, de vers de farine, d'araignées, de petits insectes de toutes sortes ; la condition essentielle est que la proie soit bien vivante.
Dans le sud de l'Espagne on garde des Caméléons dans les chambres pour se débarrasser des mouches qui pullulent; on installe à l'animal un gîte auprès duquel on suspend
Fig. 180. — Tête de Caméléon à cape.
un vase rempli de miel. On prétend qu'on peut voir dans presque toutes les boutiques de Sé-
LES GECKOTIENS.
el R
ig. 181. —Tête du Caméléon de Brookes.
ville des CGaméléons qui remplissent ce rôle de chasseurs d'insectes.
LES GECKOTIENS — G£ECKOTIDÆ
Haftzcher.
Caractères généraux. — Les Geckos, Ascalabotes, Tokais ou Tarentes sont desanimaux qui n'arrivent jamais à une grande taille, dont le corps est déprimé, trapu, le cou très court, la têle large et aplatie, enfoncée entre les épaules, la queue très fragile, généralement épaisse, les partes courtes garnies de doigts presque égaux en longueur et le plus souvent aplatis en dessous, où ils sont garnis de lames régulières et entuilées.
Ils sont, en outre, remarquables par la brièveté et la grande largeur de leur langue charnue, à peine protractile, par la largeur de leur bouche, parla grandeur de leurs yeux, dont la pupille offre le plus souvent une fente linéaire, comme celle de tous les animaux nocturnes et dont les paupières, fort réduites, laissent entre elles une large ouverture par laquelle on voit se mouvoir une membrane clignotante.
Les vertèbres sont amphicéliennes, c’est-àdire creuses à leurs faces arliculaires. On remarque, au crâne, que l’os jugal est rudimentaire et que le squamosal est fort petit; l'arc temporal supérieur, pas plus que l'arc inférieur, n’est ossifié, le postfrontal étant uni au squamosal par un ligament, de même que le maxillaire à l’os carré.
Les dents sont petites, égales, comprimées, iranchantes au sommet, entières, implantées au bord interne des mâchoires ; il n’y a jamais de dents au palais.
Le peau est garnie d'écailles granuleuses, le plus souvent parsemées de tubercules plus gros à pointes mousses et anguleuses; ces écailles peuvent parfois se réunir, de manière à former des sortes de plaques, ainsi qu'on le voit chez un Geckotien de la Nouvelle-Calédonie, l’Eucydactyle. Il existe le plus souvent des pores aux cuisses et au devant du cloaque.
Caractères spéciaux. — La conformation des doigts est si particulière chez les Geckotiens que cette conformation a servi de base pour la classification de ces animaux.
On peut, en effet, les partager en deux groupes assez naturels ; chez les uns les pattes ont les doigts élargis sur toute ou presque toute leur longueur, et supportent des ongles rétractiles ; chez les autres les doigts sont arrondis ou même légèrement comprimés et les ongles ne sont ni crochus, ni susceptibles de rentrer dans une sorte de gaine destinée à les recevoir.
Chez les Thécadactyles et les Platydactyles, qui font partie du premier-groupe, les doigts sont élargis plus ou moins sur toute leur largeur et garnis en dessous de lamelles transversales, imbriquées, entières ou divisées par un sillon longitudinal et médian (fig. 182).
Parfois les ongles font défaut; d’autres fois le pouce est très court ou rudimentaire; il peut exister quatre ou cinq ongles; chez certaines espèces on ne voit que deux on-
LES GECKOTIENS.
Fig. 182.
Fig. 183.
Fig. 182. — Patte de Platydactyle.
Fig. 183. — Patie de Ptyodactyle frangé.
Fig. 184. — Patte de Phyllodactyle porphyré.
gles ; les doigts sont ou palmés et réunis par une membrane, ou complètement libres. Le sillon qui divise les lamelles sous-digitales peut être assez profond en avant pour que l'ongle puisse s’y loger, ainsi qu’on le voit chez les Théconyx.
Les Hémidactyles, qui sont voisins des Platydactyles, ont les doigts élargis à leur base en un disque du milieu duquel s’élèvent les deux dernières phalanges, qui sont grêles; la face inférieure de ce disque est revêtue de feuillets entuilés, le plus souvent échancrés en chevron.
Le pouce peut être élargi en toute sa largeur et garni de lames sous-digitales ou être, au contraire, rétréci à la pointe; dans ce dernier cas, le pouce est parfois allongé, parfois très court; chez certaines espèces les doigts sont à demi palmés; chez d’autres, ils sont absolument libres.
Chez les Hémidactyles c’est, venons-nous de le dire, la base du doigt qui est élargie; la disposition inverse se voit chez les Ptyodactyles chez lesquels l'extrémité des doigts est dilatée en un disque offrant une échancrure en avant, et en dessous des lamelles imbriquées et disposées comme les lames d’un éventail; tous les doigts sont garnis d'ongles, placés au fond d’une fissure qui sépare en deux la partie élargie (fig. 183).
La même disposition générale se trouve chez les Phyllodactyles; chez ceux-ci toutefois le disque est garni de deux plaques seulement (fig. 184).
Les Sphériodactyles, qui sont des animaux de très petite taille, n’ont pas d'ongles; les doigts sont presque arrondis ou cylindriques, excepté à leur extrémité libre qui présente de petites lames transversales à peine imbriquées et qui se terminent par une parlie lisse et entière.
BREUM. — V.
Fig. 185. Fig. 186.
Fig. 185. — Patte de Gymnodactyle gentil.
Fig. 186. — Patte de Sténodactyle tacheté.
Les doigts ne sont plus élargis chez les Gymnodactyles et chez les Sténodactyles. Chez les premiers la face inférieure des doigts est striée en travers (fig. 185) ; elle est granuleuse et dentelée sur les bords chez les seconds (fig. 186).
Les Geckotiens étant des animaux essentiellement nocturnes ont généralement des couleurs ternes et sombres; leur apparence est peu agréable. Les ornements consistent le plus souvent en petites taches, en gouttelettes d’un blanc laiteux ou des ocelles d’un bleu céleste, ainsi qu'on voit, par exemple, chez le Platydactyle d'Égypte; on voit d’autres fois des taches brunâtres, rouges.
La coloration est parfois plus agréable et relevée de bandes brunes se détachant en un fond violacé, ainsi qu'on peut le voir chez le Platydactyle à deux bandes de la Nouvelle- Guinée, ou d’une bande blanche se bifurquant en avant, comme chez le Platydactyle à bandes de la Polynésie (fig. 187).
Certains Geckotiens, plus particulièrement cantonnés dans la partie la plus chaude de l’ouest de l'Afrique, ont, contrairement aux autres membres de la même famille, des habitudes plus diurnes, aussi leur coloration estelle plus brillante que chez les animaux nocturnes, dont la livrée est toujours plus ou moins terne.
Quelques Geckotiens présentent des sortes de franges, de plis sur certains points du corps.
| Un des animaux les plus curieux sous ce rap-
port est le Ptychozoon homacéphale que nous figurons (fig. 188).
Chez ce singulier reptile, plus particulièrement abondant à Java, bien qu’on le rencontre dans quelques îles voisines, les tempes, les flancs, les membres et la queue sont bordés d'une membrane; le dessus du corps est de teinte vert-jaunâtre, les flancs étant rougeâtres ;
RErriLEs. — 26
LES GECKOTIENS.
le dos est orné de bandes transversales de couleur brune ou noire qui forment, par leur ensemble, une série de zigzags; la peau plissée des joues offre une teinte claire avec des mouchetures d’un beau bleu foncé; les yeux sont bordés d’un cercle jaune doré; les bras portent un anneau blanchâtre. La taille de cet étrange animal est d'environ 0",20.
Distribution géographique. — La famille des Geckotidés, nombreuse en espèces, a des représentants dans tous les pays chauds.
L'Europe est la partie du monde où on ena observé le moins d'espèces, on ne connaît, en effet, dans la partie la plus méridionale de ce continent, que trois espèces, le Platydactyle des murailles, l’'Hémidactyle verruqueux, et le Phyllodactyle européen, ce dernier est une espèce de très petite taille qui paraît être cantonnée dans quelques îles de la Méditerranée. Les Geckotiens sont, par contre, abondants en Afrique, surtout dans l’ouest de ce continent, en Australie et dans quelques îles du Pacifique, principalement dans la partie la plus chaude de l'Asie et des îles qui géographiquement en dépendent. à
Grâce à la facilité avec laquelle ces animaux, qui s’attachent à tous les objets, peuvent être transportés à bord des bateaux avec les marchandises, certaines espèces, telles que le Platydactyle des murailles, ont une très large distribution géographique et ont pénétré, avec l'homme, dans les localités les plus éloignées.
Habitat. — Là où ils se trouvent, les Geckos vivent, du reste, aussi bien dans les régions basses que sur les montagnes, dans les forêts comme dans les déserts, au milieu des villes les plus populeuses comme dans les solitudes les plus arides. Ils s’'accommodent de tout, du moment qu'ils ont des insectes en quantité et que dès lors la température est chaude.
Tous ces Geckotiens ont à peu piès les mêmes habitudes. Ils habitent les parois des rochers et les arbres, les pierres éboulées, les habitations. Certaines espèces semblent être plus particulièrement arboricoles, tandis que d’autres préfèrent les endroits rocheux ou les maisons. Là où ils se trouvent, ils lrahissent leur présence par des cris souvent assez forts; ce sont les seuls Sauriens qui aient réellement une voix.
Muwu:s, habitudes, régime. — Ainsi que nous l'avons dit plus haut, les Geckos sont des animaux essentiellementnocturnes; on ne con-
nait que quelques espèces qui soient réellement diurnes. Ils cherchent généralement dès le lever du soliil quelque coin obscur dans lequel ils se cachent, ils restent ainsi pendanttoutle jour absolument immobiles, appliqués derrière quelque écorce d'arbre, derrière quelque pierre ou glissés dans la fente de quelque rocher.
Là où ils ne sont pas troublés, on les trouve le plus souvent réunis en assez grand nombre, car ils paraissent être essentiellement sociables. Ce n’est guère qu’à l'entrée de la nuit qu'ils s’'animent et qu'ils se mettent en chasse,
la poursuite des moucherons, des araignées, des chenilles, des insectes qu’ils poursuivent avec acharnement et dont ils savent s'emparer avec une adresse vraiment merveilleuse.
D'après Martens, les grandes espèces chassent même les espèces plus petites, car ce sont des animaux essentiellement carnassiers et fort voraces. C'est principalement lorsqu'ils se mettent en chasse qu'ils font entendre un cri bref et sonore que l’on peut à peu près traduire par les mots gulk et toké, d’où le nom qui leur a été imposé depuis fort longtemps par le vulgaire.
Ainsi que nous venons de le dire, les Geckos se nourrissent principalement d'insectes et d'animaux semblables « qu'ils trouvent le plus souvent en se mettant en embuscade ou, en les chassant et les poursuivant dans les trous et les cavités obscures où ceux-ci cherchent leur refuge. Ils semblent avoir été, en effet, principalement construits dans ce but: Leurs pattes, munies en dessous de lamelles imbriquées qui s'appliquent exactement et adhèrent sur la surface des corps même les plus lisses, leur permettent de courir, avec la plus grande prestesse, sur tous les plans et dans toutes les directions, en se tenant même suspendus sous la face inférieure des feuilles. Le plus souvent des ongles crochus, acérés et rétractiles, comme ceux qui forment les griffes des chats, leur donnent la facilité de grimper sur les écorces des arbres, de pénétrer dans les fentes et les trous des rochers, de gravir les murailles à pic, d'en rechercher les moindres cavités pour s’y tapir et y rester immobiles pendant des heures entières, accrochés et comme soutenus en l'air par les pattes, contre leur propre poids. Leur tronc aplati, flexible dans tous les sens, semble se mouler dans les creux où ils n’offrent presque aucune saillie, et la teinte variable de leurs téguments semble se confondre et s'accorder avecles couleurs
LES GECKOTIENS.
des surfaces sur lesquelles ils reposent. Cette faculté paraît leur avoir été concédée autant pour masquer leur présence à la proie qu'ils épient, que pour les soustraire à la vue de leurs ennemis et surtout à la recherche de quelques petits oiseaux de proie, les seuls ennemis qu'ils aient à craindre. Serait-ce dans les mèmes intentions providentielles que la plupart des espèces seraient douées de la faculté de distinguer nettement les corps dans l'obscurité des nuits, et de pourvoir alors à leur subsistance, lorsqu'ils poursuivent leur proie dans les lieux les moins éclairés? Leur pupille jouit d’une mobilité semblable à celle qu'on observe dans les yeux des oiseaux et des mammifères nocturnes qui peuvent dilater excessivement leur prunelle quand ils ont besoin de recueillir les effets d’une lumière peu abondante, et qui ont la faculté de la resserrer pour la réduire à une simple fente linéaire: c'est dans les climats chauds que les Geckotiens habitent; ils sont appelés à supporter le plus grand éclat d’un soleil ardeni, et cependant comme leur proie cherche à éviter aussi l’excessive chaleur du jour, ils sont obligés d'attendre la nuit pour aller à la chasse ou à la poursuite des insectes qui profitent eux-mêmes de l'obscurité et de l’abaissement de la température, afin de pourvoir à leurs besoins particuliers (1). »
Les mouvements des Geckos sont extrèmement vifs ; ils s’élancent soudain en se tortillant avec rapidité. D’après les observations de Cantor, le Ptychozoon homolocéphale, Gecko pourvu de replis cutanés, peut à l’aide de ces membranes, qui lui servent de parachute, exécuter des bonds assez considérables; les autres espèces, au contraire, lorsqu'elles veulent sauler, entraînées qu'elles sont par l’ardeur de la chasse, perdent généralement l'équilibre et tombent lourdement sur le sol.
J'est à l’aide des feuillets qui se trouvent aux doigts que, faisant le vide, le Gecko peut se Lenir dans toutes les positions, et non pas en se collant aux corps à l'aide d’une substance visqueuse, comme on le croyait autrefois à
tort. Ceux qui ont admis de confiance celte |
dernière explication ne réfléchissaient pas à cela que le Gecko ne tarderait pas à ne plus pouvoir se servir de ses pattes, attendu que la viscosité ferait adhérer aux pelotes lamelleuses
(1) Duméril
+ Bibron, £rpélologie générale, t. A,
toutes sortes étrangers.
D’après des observations de Brehm, faites sur le Gecko des murailles, espèce qui se trouve dans le sud de l’Europe, le Gecko peut diriger le premier et le cinquième doigt de telle sorle que ceux-ci forment avec le deuxième et le quatrième un angle très obtus ; en outre, le deuxième doigt de chaque main est assez mobile pour pouvoir décrire un arc de cercle assez grand, tandis que le quatrième et le cinquième ne peuvent pas s’écarter beaucoup. On doit regarder les troisième et quatrième doigts comme servant à l'animal pour se cramponner lorsqu'il grimpe, tandis que les trois autres doigts peuvent être considérés comme des doigts adhésifs. Si l'amplitude des mouvements latéraux des doigts est d’une grande utilité, la flexion toute particulière des trois premiers doigts rend des services non moins appréciables. Les feuillets cutanés des disques des orteils se superposent en faisceaux pendant le repos; de telle sorte que leurs tranches ne sont plus visibles; on les distingue, au contraire, très nettement lorsque l'animal se dispose à grimper. Le contact de cette pelote adhésive produit la sensation du velours sur la main qui saisit le Reptile. L
Les Geckos sont aussi courageux et aussi querelleurs que les Lézards. Ceux qui vivent en société, loin de demeurer en paix, se poursuivent et se mordent fréquemment. Les espèces les plus grandes se mettent même sur la défensive vis-à-vis de l'homme, ouvrent largement la gueule et se jettent avec courage sur la main qui veut les saisir.
Les Geckos qui vivent dans les habitations deviennent promplement très familiers, lorsqu'on ne les inquiète pas. « Dans la chambre où les personnes de ma famille passaient leurs soirées, écrit Tennent, un de ces petits sauriens apprivoisé s'était installé derrière le cadre d’un tableau. Sitôt que les lumières étaient apportées, le Gecko apparaissait le long du mur pour venir chercher sa nourriture accoutumée ; lorsqu'on ne faisait pas attention à lui, ilne manquait jamais de rappeler sa présence par un appel clair et sonore qu'on pourrait exprimer par l'onomatlopée (schik, tschik, tschik. Dans la forteresse de Colombo, on avait habitué un Gecko à venir chaque jour au repas du soir; il apparaissait ponctuellement chaque fois qu'on servait le dessert. La famille en question abandonna son habitation pendant
de poussières et de corps
LES GECKOTIENS.
Fig. 187. — Le Platydactyle à bandes.
quelques mois et on profita de son absence
pour tout remettre en état; on récrépit les |
parois, on blanchit les plafonds, on tapissa à nouveau. Chacun pensa naturellement que des modifications aussi considérables avaient dû faire fuir l’ami de la maison, il n’en était rien. Au retour dela famille, il reparut avec sa ponctualité habituelle la première fois que le couvert fut mis, et vint demander sa nourriture comme autrefois. »
Captivité. — Il est très difficile de conserver un peu longtemps des Geckos en captivité.
Leur capture est, du reste, très difficile, car ils sant extrêmement agiles et, au moindre bruit, ils disparaissent rapidement dans les fentes des rochers. Ajoutons qu'on brise presque toujours la queue lorsqu'on veut saisir ces animaux, car ellese casse comme du verre; cet accident arrive avec la plus grande facilité, de telle sorte qu'il est presque impossible de prendre un Gecko sans le mutiler.
Il est rare que les Geckos, surtout ceux des pays chauds, passent l'hiver en ménagerie, même lorsqu'on leur donne une chaleur convenable, car, bien qu'ils puissent supporter un jeûne assez long, il leur faut des insectes en abondance.
Légendes, préjugés. — Il est peu d'animaux sur lesquels on ait écrit autant de fables que sur les Geckos.
La plupart des auteurs anciens, qui ont certainement connu une des espèces de ce groupe, paraissent les avoir désignées sous le nom d’Ascalabote; c’est la dénomination que leur donne Aristote. Presque tous les auteurs latins, depuis Pline, ont traduit ce nom sous celui de Stelho; Aristophane et Théophraste
ont désigné les animaux dont nous écrivons l’histoire sous le nom d’Ascalabotes et de Galeotes.
Voici ce qu’Aristote dit du Gecko : « Cet animal séjourne sur les fenêtres, s’introduit dans les appartements, vit dans les fossés; il erre le long des murailles et tombe fréquemment sur la table et dans les mets; il s’introduit dans les narines des ânes qu'il empêche de manger; sa morsure est venimeuse; pendant les quatre mois les plus froids de l’année, il demeure caché et ne prend aucune nourriture ; au printemps et à l’automne, il mue et mange sa dépouille.
« Cet animal, écrit-Geszner, dévore la peau qu'il vient de quitter, ce qui prive l’homme d’un remède souverain contre l’épilepsie, c’est pourquoi les juristes ont désigné sous le nom de stellionat le vol qui consiste à priver quelqu'un d’un objet par ruse ou par fourberie.
Le Stellion est en hostilité naturelle avec le Scorpion; sa vue lui inspire une frayeur extrême. On utilise le Stellion en le faisant macérer dans de l'huile, ce qui donne un remède efficace contre la piqûre du Scorpion. »
Pline affirme que l’Ascalabote donne un médicament fort dangereux, altendu que chez les gens qui se servent du vin dans lesquels un de ces animaux a été noyé ou d’onguent dans lequel il a été incorporé, on voit se produire des taches de rousseur. « Certaines personnes coupables, écrit-il, offrent des onguents de cette sorte à des jeunes filles, pour les enlaidir à tout jamais. » L'auteur romain indique
| comme antidote le jaune d'œuf, le miel, les | sels alcalins. Au dire du même naturaliste, la | morsure du Gecko serait presque toujours
LES GECKOTIENS.
& NS \ jp à
PARUARET
Fig. 188. — Le Ptychozoon homacéphale (3/4 de grandeur).
mortelle en Grèce, mais inoffensive en Sicile.
Jusqu'à ces derniers temps on a raconté des histoires tout aussi fantaisistes sur le compte des Geckos. Bontins, auquel on doit certains renseignements fort exacts sur les animaux qu’il a été à même d'observer, écrit à propos d’un Gecko de Batavia : « que sa morsure est tellement venimeuse qu’elle est suivie de mort au bout de peu d'heures si on ne retranche ou si on ne brûle pas de suite la partie mordue. Le simple passage d’un de ces Sauriens courant sur la poitrine nue suffit à produire une vésicule semblable à celle que ferait paraître l’eau bouillante... Ce Reptile a les dents si aiguës qu'il les imprime dans l'acier; sa gueule est rouge comme une fournaise ardente. Au grand effroi des habitants, ce dangereux animal erre souvent dans les huttes, de telle sorte qu'on est obligé de les démolir pour forcer le Gecko
à déguerpir. Les Javanais empoisonnent leurs armes avec son sang et sa bave; d'infâmes empoisonneurs, comme il y en a beaucoup dans le pays, suspendent le Gecko par la queue et recoivent dans des vases de terre, pour la faire sécher au soleil, la bave visqueuse et jaunâtre qui s'écoule lorsque l’animal est irrité; on nourrit même des Geckos dans ce seul but. L'urine seule de cet animal produit des pustules. »
Hasselquist prétend que le Gecko qui vit en Égypte laisse suinter un redoutable poison entre les sillons de ses doigts. Il affirme avoir vu, au Caire, trois femmes en danger de mort pour avoir mangé d’un fromage sur lequel un Gecko avait déposé son poison. Un de ces Lézards ayant couru sur la main de quelqu'un qui voulait s’en emparer, toute la partie sur laquelle l'animal avait passé se couvrit de
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