ET
LES GECKOTIENS.
Fig. 189. — Le Platydactyle des murailles (grandeur naturelle).
petites pustules, accompagnées de chaleur, de rougeur, et de douleur, comme celles qu'on éprouve quand on a touché des orties.
D'après Popping l’action du venin des Geckos du Pérou serait tout aussi terrible que celui des Serpents venimeux,; le poison résiderait à la surface des doigts. Les Indiens, dit-il,
le savent si bien qu'ils prennent sans aucune |
crainte l'animal après lui avoir coupé les pattes. Ayant constaté à l’aide d’une forte loupe que les écailles du Gecko étaient parfaitement sèches, Popping ne trouva à la dissection ni glandes, ni vésicules à venin, il ajoute qu'il s’est précautionné en faisant celte dissection qui présentait de sérieux dangers et qu'il pense que le poison peut s’écouler au gré de Panimal. Il est certain que le voyageur n’a jamais vu les terribles effets du venin dont il
parle, et qu'il s’est contenté de raconter les dires des indigènes.
On peut d’ailleurs recueillir en Afrique, dans les Indes et même dans le sud de l'Europe des contes plus ou moins lugubres, analogues à ceux que nous venons de relater. « Quand un Gecko, au dire des Indiens des Guyanes, interrogés par le voyageur Schomburgk, vient à tomber sur la peau, le venin contenu dans les orteils s’infiltre dans le sang, et il se produit instantanément une pustule qui amène la mort à bref délai; ce qui fait qu'on redoute ces animaux tout autant que les Serpents les plus dangereux. »
Lucien Bonaparte raconte également qu’en
Italie « on ne reproche pas seulement aux
Geckos ou Tarentes de gâter les mets sur
| lesquels ils se posent; on les accuse également
L'HÉMIDACTYLE VERRUCULEUX.
de tuer un homme rien qu’en passant sur sa poitrine; cette croyance est répandue dans tout le peuple. »
Nous ne savons vraiment ce qui a donné naissance à des fables aussi ridicules et aussi généralement répandues. Les Geckotiens sont des animaux absolument inoffensifs, qui cherchent tout au plus à mordre lorsqu'on veut les saisir, comme le font tous les autres Sauriens du reste. Il nous est arrivé maintes fois de saisir des Platydactyles d'Égypte vivants, celte espèce redoutable d’après Hasselquist, d’être mordu, bien légèrement il est vrai, par ces animaux, de les manier, soit morts, soit vivants, d'en disséquer, sans avoir jamais rien ressenti de fâcheux, sans avoir constaté sur les doigts, même entamés par des écorchures, la moindre trace de rougeur ou d’ulcération.
Non seulement les Geckos ne sont pas des animaux nuisibles ; ce sont des animaux essentiellement utiles, car ils détruisent un grand nombre de moustiques et d’autres insectes bien autrement désagréables qu'eux; il en est de ces animaux comme d’une foule de bêtes déshéritées de la nature et sottement calomniées, telles que l’Orvet et le Crapaud que l'on tue sans pitié et sans discernement.
LE PLATYDACTYLE DES MURAILLES, — PLATY- DACTYLUS FACETANUS.
Mauêrgeko
Caractères. — Le Platydactyle des murailles ou Tarente est un petit animal qui arrive à la taille de 0,12 à 0",15. Le dessus du corps présente des bandes transversales de tubercules ovalaires, relevés d’une carène saillante, et entourés à la base de fortes écailles ou d’autres petits tubercules ; les bords du trou de l'oreille sont dentelés ; tous les doigts sont très aplatis, et il n’y a que le troisième et le quatrième doigt de chaque patte qui soient munis d'ongles. Les mâles ont la base de la queue hérissée d’un rang d'épines de chaque côté; la queue, légèrement déprimée, présente
en dessus des épines formant des demi-anneaux. |
Le dessus de la tête est revêtu de petites plaques polygones, convexes, disposées en pavé (fig. 189).
La coloration est variable ; tantôt le dessus du corps est d’un gris cendré comme poussiéreux, tandis que le ventre est blanchâtre ; parfois il est d’un brun presque noir, avec des
taches grisâtres, formant des bandes en travers |
du dos et de la queue; cette dernière coloration se trouve principalement chez les individus jeunes. :
Distribution géographique. — Celte espèce dont les mœurs sont celles de tous les Geckotiens nocturnes, habite les îles de la Méditerranée, aussi bien que les régions qui forment le pourtour de cette mer. On la trouve dans la péninsule ibérique, dans le Midi de la France, en Italie, en Grèce, en Dalmatie et dans la partie nord-ouest du continent africain, ainsi que dans l'ouest de l'Asie, en Syrie, en Palestineetdans certains points de l'Arabie. La facilité avec laquelle ce Reptile est transporté dans les marchandises, à bord des navires, fait que son aire de distribution géographique est aujourd’hui plus étendue qu'elle ne l'était autrefois.
L'HÉMIDACTYLE VERRUCULEUX. — HEMID AC- TYLUS VERRUCULATUS.
Scheibenfinger.
Caractères. — L'Hémidactyle verruculeux a la tête courte, le museau fort obtus. Les doigts sont médiocrement élargis ; les pouces sont allongés, rétrécis à la pointe. La queue est ronde et fait un peu plus de la moilié de la longueur totale du corps. Les écailles du dos sont entremêlées de tubercules nombreux et trièdres; le crâne est couvert de petits tubercules arrondis. La laille maximum arrive à 07,12 (fig. 190).
La coloration est, le plus souvent, grisâtre ou rougeâtre avec des marbrures brunes; on rencontre des individus chez lesquels ces couleurs sont très foncées, ce qui les fait paraître presque noirs ; le plus souvent les côtés du museau, entre l’œil et la narine, sont marqués d’une bande noire.
Distribution géographique. — De même que le Platydactyle des murailles, l'Hémidactyle verruculeux habite tout le pourtour de la Méditerranée, en Espagne, dans le sud de la France, en Italie, en Sicile, en Dalmatie, dans
| les îles loniennes, en Morée, en Grèce, en Tur-
quie, dans les îles de l'Archipel, principalement dans les Cyclades. En Afrique, il a été trouvé au Sénégal, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Égypte, au Sennäar et en Abyssinie; on l’a recueilli en différents points de Syrie, de Palestine, de Perse, de l’Arabie Pétrée.
L'HATTÉRIE PONCTUÉE
Fig. 190. — L'Hémidactyle verruqueux (grand. nat.).
LES RHYNCHOCÉPHALIENS — RHYNCHOCEPHALIDÆ
Caractères généraux. — Un curieux reptile | de la Nouvelle-Zélande, l'Hattérie ponctuée, | présente des caractères anatomiques si particuliers que les zoologistes sont tous d'accord pour en faire le type d’une famille distincte; quelques-uns même regardent cet animal comme devant former un ordre distinct.
L’Hattérie, qui semble être le seul représentant actuel de tout un groupe de reptiles ayant vécu à l’époque Triasique, présente un singulier mélange de caractères de supériorité et d’infériorité,
Au crâne, l’os carré est fixé d'une manière immobile par soudure avec les os voisins; la portion faciale du crâne se trouve reliée à la région temporale par deux ponts osseux qui s'étendent au delà des fosses temporales. Les dents sont fixées au bord de la mâchoire, mais elles s’usent de telle sorte que l’animal est forcé de mordre avec le bord même de ses mâchoires, à la façon des Tortues. Les deux
branches de la mandibule ne sont pas étroitement soudées, mais réunies par un ligament, comme chez les serpents. Les vertèbres sont
| biconcaves, caractère qu'on ne retrouve que
chez les Geckos, parmi les Reptiles actuels; les côtes ont des processus récurrents, ainsi qu’on le voit chez les oiseaux et chez les crocodiles. Il n'existe pas de caisse tympanique bien délimitée, et les osselets de l’ouïe sont remplacés par un stylet osseux, ainsi que cela existe chez les Serpents.
L'HATTÉRIE PONCTUÉE. — HATTERIA PUNCTATA.
Brückenechse.
Caractères. L'Hattérie est un Saurien au corps relativement trapu, aux membres postérieurs plus longs queles antérieurs, armés de griffes fortes et crochues ; ilexiste cinqdoigts à chaque membre; la queue est comprimée et atteint une largeur égale à celle du tronc. La
L'HATTÉRIE PONCTUÉE. 209
tête est forte; le museau est court, le front déprimé. L’œil est grand, arrondi, d’un noir profond , pailleté d'or, fort doux d’expression et rappelle assez l’œil des Batraciens, n'ayant rien de la mobilité de l’œil des Lézards. La bouche est largement fendue ; le bord de la mandibule est tranchant, formé en arrière de quelques dents comprimées; la partie postérieure de la mâchoire inférieure présente une large rainure bordée, de chaque côté, d'une série de denticulations plutôt que de dents véritables ; la mâchoire supérieure seule présente, à sa partie médiane, deux fortes dents qui sont reçues dans une large échancrure qui
se voit à la mâchoire inférieure. La langue est |
large, peu mobile; des replis de la peau qui
borde les mâchoires forment des sortes de
lèvres. L'oreille est cachée par la peau. La