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MOEURS, HARITUDES, REGIME- — CONSTRUCTIONS HORS DES NIDS

vements sont-ils plus lents et plus réfléchis la nuit, plus rapides et plus impétueux le jour. Mac Cook put aussi observer des Fourmis travaillant de jour comme de nuit, mais la gelée et le froid les plongeaient dans un état de stupeur et paralysaient toute occupation, tout effort. Il ne les vit jamais sortir en hiver; elles se tenaient constamment blotties dans la partie la plus chaude et la plus close du Nid. D'ailleurs le travail nocturne des Fourmis ne présente en soi rien d'extraordinaire, puisqu'elles sont habituées à se livrer a leurs occupations dans l'intérieur du Nid, au sein de la plus parfaite obscurité. Ce genre de travail est surtout une nécessité pour les Fourmis maçonnes. Car de cette manière leurs murs ne sèchent pas rapidement et gagnent en solidité. Les Fourmis qui ne maçonnent pas préfèrent les travaux de jour. Par les journées humides et voilées ou lorsqu'il pleut, on voit les maçonnes travailler le jour. Quand il arrive aux petites Ouvrières d être soudainement frappées par un soleil de midi au milieu des occupations qui les retiennent sur une roule, ou quand celle-ci, tracée d'ordinaire dans l'ombre, débouche sur un endroit trop exposé au soleil, elles cherchent ;\ remédier à l'inconvénient en couvrant la route au moins partiellement d'une voûte faite d'un mélange de terre et de salive, ou bien, si les circonstances sont propices, en creusant dans le sol un petit tunnel à l'abri duquel elles peuvent circuler en toute sécurité. »

« 4° Stations et succursales. — Les pavillons que nous venons de voir (1) sont déjà des stations. Mais il y en a beaucoup d'autres.

«Les stations servent d'entrepôt aux Fourmis qui vont au loin chercher leur subsistance. Ainsi les F. rufa et pralensis en ont toujours un certain nombre le long de leurs chemins; il en est de même des Lasius niger, alienus, emarqinatus.

« Ce sont au fond simplement de petits Nids servant de lieu de repos aux Ouvrières fatiguées ou desséchées par le soleil, ou bien encore servant de retraite aux attardées pour passer la nuit quand elle est froide. Les Ouvrières s'y réfugient aussi lorsqu'une averse les surprend.

«Les stations varient de la taille d'un petit Nid, couvert quelquefois d'un dôme, à celle d'une simple case creusée dans la terre. Elles peuvent grandir et devenir Nids d'une colonie, lorsqu'un certain nombre d'Ouvrières s'y éta-

(1) Foret, toc. cit., p. 206.

blissent définitivement avec des Larves, des Femelles ou des Maies. ••

« Les succursales ont au fond les mêmes attributions; j'appliquerai plus particulièrement ce nom aux stations établies par certaines petites espèces auprès des Nids des grosses, ou par certaines Fourmis auprès d'un objet qu'elles exploitent, ainsi au pied d'un arbre.

«5° Colonies. — Iluber seul à ma connaissance en dit quelques mots exacts à propos des migrations des F. rufa, mais il ne s'y arrête pas, et paraît les considérer comme une exception. Ebrard les mentionne, mais il a l'air de les regarder comme étant toujours plus ou moins provisoires. C'est à Ebrard que j'emprunte le terme de colonie pris dans cette acception. Or, pour bien pénétrer les mœurs des Fourmis, il est de toute importance d'avoir une idée claire sur les colonies.

« Une colonie, nous l'avons vu, est uneFourmilière qui habite plusieurs Nids en même temps. C'est ce qui nous explique pourquoi nous voyons à un endroit les habitants de deux Nidscfe même espèce avoir entre eux des rapports amicaux continuels, tandis qu'ailleurs ceux de deux autres Nids, de même espèce aussi, se livrent des combats acharnés; dans le premier cas nous avons affaire à une colonie, non pas dans le second.

« Toutes les Fourmis suisses, sauf les espèces des genres Co/obopsis, Hypoclinea, Tapinoma, Polijergus, Leptothorax, Stenamma, Temnothorax, et Myrmecina, font plus ou moins souvent des colonies.

« Chez les espèces à vie souterraine, les colonies sont difficiles à reconnaître, car les communications sont aussi minces sous terre, et des observations assidues seraient encore nécessaires à leur sujet.

« Les Nids des colonies sont ordinairement situés le long d'une même ligne d'exploitation, ainsi le long d'une même haie, sur la lisière d'un môme bois, du même côté d'une rue de faubourg [F. cinerea), dans un même jardin (L. niger), dans une même maison (L. eniarginatus).

« Chez la plupart de nos Fourmis, les colonies comprennent trois ou quatre Nids au plus. Tel est le cas des espèces des genres Catnponotus, Myrmica, Ponera, Plagiolepi.s, des Formica fus'-a, rufibarbis, sanguinea et truncicola. Chez les Lasius niger, emarginatus, brunneus, alienus et flavus, les Formica rufa et pratensis, le Tetramorium cœspi.tum, le Strongylognatkus testa-

LES FORMICIDES.

ceus, les genres Pheidole et Ap/iœnogaster, nous trouvons déjà des colonies un peu plus grandes. Enfin les espèces suivantes: L. fuliginosus, F. exsecta et pressilabris, F. cinerea sont les seules Fourmis qui fassent, en Suisse, à ma connaissance, des colonies vraiment considérables.

« Je ne mesure pas la grandeur des colonies n l'espace qu'elles occupent, car on doit tenir compte de la taille des Fourmis ; les Nids sont plus rapprochés et plus petits chez les petites espèces, ainsi chez le L. niger et le Teiramorium cœspùum.

« Dans une colonie, on trouve presque toujours des Nids de taille différente, des Nids énormes et d'autres très petits, commençants. Quelquefois, dans les petites colonies, un seul gros Nid peut être regardé comme la capitale, et les autres comme les dépendances, mais ce n'est pas l'ordinaire. Les Nids d'une colonie doiventtousrenfermer des Larves, Nymphes, etc., doivent avoir leur population plus ou moins propre, sans quoi ils ne seraient que des stations.

« A côté de tout cela, on trouve toujours dans les colonies un peu plus grandes des Nids abandonnés, soit complètement, soit en partie, soit temporairement, soit pour toujours. Mais ces Nids ne deviennent pas la proie d'autres Fourmis, car la colonie veille à leur conservation.

« Une colonie de F. exsecta composée de plus de 200 Nids (j'en ai compté 200, mais elle s'étend certainement plus loin) occupe, dans une clairière des forêts du Mont Tendre, au-dessus de l'Isle, environ les trois quarts d'un espace circulaire de 150 à 200 mètres de rayon. Tous ces Nids, la plupart grands, sont reliés entre eux par des millions de Fourmis circulant dans tous les sens.

« Les plus grands Nids ont jusqu'à 18 décimètres de diamètre à la base et 7 à 8 décimètres de hauteur. Ils sont disposés plus ou moins par petits groupes de trois ou quatre Nids à peine distants d'un mètre l'un de l'autre.

«Dans tout l'espace occupé par la colonie, on ne peut découvrir aucune autre espèce de Fourmi, sauf quelques Fourmilières de Tapinoma erraticum qui s'y hasardent grâce à leur agilité. Sur les confins de la colonie, on voit quelques Nids de L. flavus dont les exsecta s'emparent les uns après les autres. Outre ces 200 Nids, il y en a encore un assez grand nombre d'abandonnés.

« Sur le Petit-Salève, près de Genève, entre Mornesc et Monnetier, se trouve une colonie analogue de F. pressilabris ; elle est presque aussi considérable que la précédente, mais les Nids sont plus petits. Elle occupe un espace couvert d'arbustes rabougris sur lesquels les Fourmis élèvent leurs Pucerons.

« La preuve que les habitants de tous les Nids de ces deux colonies sont bien amis se trouve tout d'abord dans le fait que des bandes de Fourmis les unissent tous, et ensuite dans l'expérience que je fis de mettre ensemble des Fourmis des Nids les plus éloignés ; elles se reconnurent aussitôt et s'entr'aidèrent pour mettre en ordre ce que j'avais bouleversé.

« L'instinct de colonisation est si inné chez les F. exsecta et pressilabris que lorsqu'on en établit une quantité un peu considérable en un seul tas, dans un pré, elles fondent aussitôt trois ou quatre Nids à quelques décimètres les uns des autres. On comprend combien cette répartition d'une Fourmilière en plusieurs centres qui restent alliés peut donner de puissance à ces Insectes par son extension. On peut sans exagéralion comparer ces Nids aux cités d'un même empire, comme le fait Huber, ou mieux aux villes d'une même république. »

Le Dr Lincecum, des États-Unis, (1) a raconté l'organisation de la Fourmi américaine qu'il nomme Fourmi erratique ou Fourmi folle :

« On trouveraitdifficilement un brin d'herbe, une tige de plante, quelques mètres carrés de terrains où ne se rencontre pas dans notre pays une petite Fourmi noire à laquelle on donne le nom de Fourmi erratique ou Fourmi folle. Quand on écrase cette Fourmi, elle répand une très forte odeur d'acide formique. Rapide dans ses mouvements, elle ne trace pas de sentiers comme beaucoup d'autres espèces ; elle marche par voies dispersées mais suivant cependant la même direction pendant plusieurs centaines de mètres, toujours en mouvement, croisant et recroisant sa route sans cesse, et faisant trois ou quatre fois plus de chemin qu'il n'en faut pour arriver à destination. Tout le long deleurs exercices, à distances inégales, ces Fourmis possèdent des dépôts ou stations auxquels elles font de fréquentes visites, quand elles passent aux environs, ayant l'air de considérer ce devoir comme une affaire sérieuse. Cependant il pourrait bien se faire que ce que je nomme station ou dépôt se trouve, après

(1) Lincecum, Un combat de Fourmis aux États-Unis La Nature, 1875, p. 282).

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