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L'ACHERONTIE ATROPOS OU SPHINX TETE-DE-MORT

un cri. On cite au siècle dernier, en 1753, une invasion de ces Lépidoptères en Bretagne, invasion qui causa une véritable terreur. Nous avons parlé précédemment (1) des dégâts qu'ils font dans les Ruches.

D'après les observations de Réaumur, on admettait généralement que ce bruitprovenait du frottement de certaines parties de la région antérieure du corps; on attribuait ces sons plaintifs au frottement de la trompe contre la base des palpes pourvues de petites crêtes sur le côté interne. Depuis lors les Entomologistes les plus autorisés, Passerini, Duponchel, Goureau, etc., ont déployé toute leur sagacité à cbercber la cause de la production de ce cri, mais ils ont émis les opinions les plus contradictoires.

Les recherches anatomiques de P. Wagner ont indiqué une vésicule, gonflée par l'air aspiré, qui se trouve située immédiatement en avant de ce qu'on nomme l'estomac, et qui s'abouche dans l'extrémité du tube œsophagien; elle remplit toute la partie antérieure de l'abdomen, et, lorsqu'on ouvre celui-ci, elle fait saillie à la face dorsale. On a trouvé toujours aussi l'œsophage rempli d'air. Wagner considère comme probable et presque certain que le son est produit par l'aspiration, et surtout par la sortie de l'air de la vésicule aspirante à travers l'étroit conduit œsophagien et de préférence à travers la trompe; plus on raccourcit celte dernière par des coupes successives, plus le son devient faible Toutefois,

il se peut qu'une partie de l'air passe à travers une petite fissure qui paraît demeurerlibre, vers le milieu de la face antérieure, entre les deux moitiés de la trompe incomplètementaccolées.

Aussi Landois pense-t-il venir à l'appui de l'opinion de Wagner par ses observations les plus récentes, qui donnent un démenti à sa manière de voir antérieure; il conclut de ses expériences que la Tête-de-Mort, en sifflant, expulse l'air de sa vésicule aspirative à travers cette fissure de la trompe; on peut, effectivement, en lui insufflant de l'air par la trompe, voir l'abdomen enfler notablement, et on le rend muet en coupant la trompe ou en supprimant cette fissure soit par l'agglutination de ses bords, soit par l'écarlement des deux moitiés delà trompe.

Nous ferons une simple observation : cette vésicule gonflée n'est autre que le jabot, or le jabot ayant un rôle bien déterminé et servant

(1) Voy. t. VII, p. iC5 et suiv.

à emmagasiner le miel et le nectar, c'est-à-dire jouant le rôle de panse, ne se remplit d'air qu'accidentellement et il est probable qu'il ne joue aucun rôle comme producteur du son.

A ce propos, nous ferons remarquer que quelques autres Papillons émettent aussi des sons. Darwin a perçu un bruit produit par VA geronia feronia; il le compare au bruit d'une roue dentée tournant au-dessus d'un crochet d'enrayure à ressort; ce bruit était produit par deux de ces Papillons brésiliens qui se poursuivaient, dans une course très irrégulière, et Darwin y voit une manifestation des sollicitations sexuelles. Doubleday a découvert, à la base de l'aile antérieure, un sac membraneux auquel on pourrait attribuer aussi un rôle dans la production de ce bruit; il en est de même d'une excavation vésiculaire située ;\ l'aile postérieure des Mâles du Tecopltora [Noctua ferea), d'après les observations de Berthold, qui lui attribue la production d'un son strident pendant le vol. Les Chelonia pudica, les Setina ont également la faculté de produire des sons. Nous reviendrons plus loin sur cette question en parlant de ces Insectes.

La Chenille imposante de l'Atropos (fig. 1314) paraît généralement en juillet et en août; elle se rencontre sur la feuille de Pommes de terre, sur le Lyciet (Lycium barbarum), sur la Pomme épineuse ou Slramoine; on la trouve pourtant aussi sur le Jasmin (Jasminum officinale), sur la Carotte, et sur la Garance. Elle mesure 13 centimètres, et porte sur l'avantdernier une corne incurvée, rétrécie à sa base, et suspendue comme une petite queue. On peut distinguer plusieurs variétés au point de vue do la coloration; habituellement cette Chenille est d'un jaune verdâtre, et constellée de nombreux points noir-bleuâtres sauf sur les trois premiers anneaux et sur le dernier; elle porte, à la face dorsale, sur chaque article à partir du quatrième, une empreinte anguleuse d'un beau bleu, ouverte en avant, et estompée de noir, en bas. Tantôt ces Chenilles ne sont pas rares, tantôt on n'en rencontre qu'isolément ou pas du tout. L'an 1783, un collectionneur en recueillit 38 à Weimar. Dans la boîte où on les élevait, lorsqu'elles s'approchaient de trop près, elles cherchaient à se saisir au cou à l'aide de leurs mandibules, qui peuvent produire un bruit analogue à un grincement de dents; en dépit de leur indolence habituelle, les Chenilles attaquées s'entendaient fort bien à parer le coup avec souplesse.

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