LA PSYCHE DES GRAMINEES
Fig. - 1355.
Fig. - 1350.
Fig. 1350.
Fig. 1351 et 1352.
Fig. 1350. — La Psyché dos Graminées, Mâle. Fig. 1351 et 1352. — Femelle, de profil et de face. Fig. 1353. — Chenille de Mâle traînant son fourreau.
Fig. 1354. — Fourreau de Femelle fixé.
Fig. 1355. — Fourreau de Mâle détaché.
Fig. 1356. — Chrysalide.
Fig. 1350 à 1356. — Les Psychines (Psyché).
mités blanches, et présente des touffes de poils blancs isolés sur le ventre; aux jambes postérieures, il n'a que des éperons terminaux.
La Femelle (fig. 1351 et 1352), de triste apparence, a la forme d'un Ver et se cache aux regards; elle n'a point de tarière, point d'yeux développés, point d'antennes articulées, point de pattes régulières; c'est en quelque sorte une Chenille ayant acquis des organes de reproduction.
Mœurs, habitudes, régime. — Les deux
sexes confectionnent des fourreaux différents. Le plus grand, celui du Mâle (fig. 1353 et 1355), porte à la partie postérieure toutes sortes de débris végétaux; le moins long, celui de la Femelle (fig. 1354) a une structure bien plus régulière. Comme ces Chenilles passent l'hiver, c'est à partir de la fin de l'automne qu'on trouve les fourreaux dans les endroits abrités; on les voit le plus souvent fixés à un tronc d'arbre. Au printemps suivant, alors que partout la vie se réveille, la Chenille coupe les fils de soie qui la soutiennent, et recherche l'herbe pour sa nourriture, jusqu'au mois de mai environ ou jusqu'au commencement d'avril, époque à laquelle s'opère la Nymphose de la façon indiquée plus haut. Notre figure représente un sac de Femelle qui vient d'être fixé (fig. 1353),
et un sac de Mâle cherchant encore la meilleure place sur le tronc d'arbre (fig. 1354). L'adulte apparaîtra quatre semaines après au plus tard. Dès qu'elle est éclose de sa Chrysalide (fig. 1355), la Femelle se tient près de l'extrémité postérieure ouverte du fourreau, et attend avec
une humilité résignée qu'un Mâle vienne la
courtiser. L'abdomen du Mâle, très extensible, peut pénétrer profondément, pour les besoins de l'accouplement, à l'intérieur du fourreau dans lequel l'abdomen de la Femelle s'avance à sa rencontre.
Nous avons signalé plus haut les observations de Parthénogenèse constatées chez cette espèce. Sans vouloir les nier, Taschenberg fait remarquer qu'il existe deux causes d'erreur qui exigent une très grande prudence de la part des observateurs. La Femelle se retire, après l'accouplement, dans le fourreau qu'elle avait quittée, pour y pondre ses OEufs. Il arrive aisément qu'un collectionneur les recueille alors et les prenne pour des Nymphes après les avoir examinées; puis, voyant apparaître plus tard de jeunes Chenilles de Psychides, il se trouve porté à admettre là un cas de Parthénogenèse. Pourtant la Chrysalide n'est pas seule gonflée d'OEufs, mais le fourreau tout entier en est rempli, et donne à la
L'ORGYE PUDIBONDE.
1357. — La Dasychire pudibonde. Fig. 1359. — Son Cocon et sa Chrysalide. Fig. 1358.
Fig. 1357 à 1359. — Les Liparines (Dasychira).
vue comme au loucher la sensation d'un corps distendu ; il paraît habité, et l'on se figure avoir perçu ainsi la présence de la Nymphe, ce qui constitue une nouvelle cause d'erreur.
Les organes sexuels de la Femelle qui sont complètement développés, portent à penser que si des OEufs ont été pondus sans fécondation préalable, ce n'est qu'à titre d'exception isolée.
Dès que les Chenilles ont abandonné leurs OEufs, elles se mettent à filer chacune leur demeure ; celle-ci est d'abord formée uniquement de fils de soie, sans revêtement extérieur; c'est ce que nous pouvons voir sur l'extrémité du fourreau mâle représenté sur la figure ; ce n'est qu'avec l'accroissement nécessité par le développement de la Chenille, que des matériaux étrangers se trouvent englobés dans ce tissu. « J'ai d'ailleurs toutes raisons de croire, dit ïaschenberg, que le fourreau ne grossit pas par la simple adjonction de ces matières, mais qu'il est dévoré et remplacé ensuite par un sac nouveau et plus grand. Les Chenilles utilisent pendant longtemps les fourreaux où elles sont nées, à la fois pour s'abriter et pour se nourrir; puis elles s'isolent peu à peu, et bientôt chacune suit sa route particulière.
Dans les deux genres Fumea et E/jicknopterix, les Femelles sont un peu plus développées que celle des Psyclie.
LES LIPARINES — LIPARJNjE
Streckfusze.
Caractères. — La tribu des Liparines se distingue par des ailes postérieures larges, à franges courtes, sans crin pour la retenir à l'aile supérieure mais elles présentent deux nervures marginales internes, et, en outre, six ou sept nervures : les nervures 4 et S naissent tout près l'une de l'autre ; la nervure 8 émane de la base, devient bientôt tangente à la nervure médiane
supérieure ou se trouve seulement reliée avec elle. Les antennes fortement pectinées chez les Mâles sont simplement dentées chez les Femelles. 11 est juste de dire que les Mâles seuls ont les ailes bien développées et qu'ils les ont au repos à demi inclinées, tandis que les Femelles les ont rudimentaires ou avortées. Il n'y a pas d'yeux accessoires.
Mo-urs, habitudes, régime. — Plusieurs
espèces de cette tribu ont attiré l'attention plutôt par la voracité de leurs Chenilles que par leur revêtement, qui est fort simple.
LES DASYCHIRES — DASYCHIRA
Caractères. — Les antennes courts; l'absence de la trompe; les ailes triangulaires propres au vol chez la Femelle comme chez le Mâle; l'abdomen terminé par une brosse de poils; les Chenilles garnies de brosses de poils n'ayant pas de faisceaux de poils antenniformes sur le premier anneau : tels sont les caractères du genre.
LA DASYCUinE PUDIBONDE.
PVD1BOXDA.
DJSICHIIU
Rothtchwanz. — Buchenspinner. — Eopfhânger.
Caractères. — Ce Papillon (fig. 1357) est orné de marques claires et sombres, brungrisâtre et blan'ches ; sa Femelle a des couleurs plus mates et plus effacées encore que le Mâle représenté ici.
Mœurs, habitudes, régime. — Il Vole à partir du commencement de juin, et ne présente rien de remarquable.
Sa Chenille (fig. 1358) surprend non seulement par sa beauté, mais aussi par les dégâts qu'elle cause parfois sur les jeunes Hêtres. On la trouve aussi sur les Chênes, dans l'Allemagne septentrionale surtout, les Ormes, les Peupliers, Noyers, etc. Elle compte parmi les « Chenilles
LA DASYCillKE PUDIBONDE.
Fig. 1362.
Fig. 13G0. - Le Liparis ilispar, mâle. Fi-. [361. — Femelle pondant.
Fig, 1362. — Ponte.
Fig. 1363 et 1364. — Jeunes Chenilles
Fig. 13G5.
Fig. 13GG. Fig I3G3 et 1364.
Fig. 1 305 et 13GG. — Chenilles plus âgées. Fig. 1367. — Chenille ayant atteint toute sa taille. Fig. 1368. — Cocon à tissu lâche h travers lequel on aperçoit la ( lin, salide.
Fig. 1300 à I3GS. — Les Liparines (Liparis).
en brosses » ; elle est généralement d'un jaune soufré ; seul, son pinceau de poils postérieur (sa queue) est rouge; les autres poils ont parfois une belle leinte rouge-rosée.
Elle aime assez la position dans laquelle nous la représentons, « la tête fixée », et laisse voir parfaitement, entre ses brosses de poils antérieures, ses superbes miroirs d'un noir velouté. Dans sa jeunesse, elle descend le long d'un fil. lorsqu'on secoue le Hêtre ou tout autre arbre qu'elle dévore ; quand elle a grandi, elle ne descend plus ainsi, mais se laisse tomber librement et se recourbe en dedans en forme de cercle, l'extrémité de l'abdomen recouvrant la tête; elle demeure tranquille sur le sol, jusqu'à ce qu'elle juge le péril passé. Elle se ramasse alors et grimpe de nouveau jusqu'au siège de sa résidence.
En octobre, elle recherche pour sa Nymphose les feuilles sèches sur le sol ; façonne un tissu lâche entremêlé de poils, dans lequel elle file Brbhm. — VIII.
un second cocon plus ferme, mais assez lâche encore pour laisser voir par transparence la Chrysalide d'un brun foncé.
En septembre 1848, ces Chenilles se montrèrent en tel nombre dans le département de la Meurthe, notamment dans le canton de Phalsbourg, qu'elles devinrent une calamité; d'après un témoin oculaire, la population de villages entiers, terrifiée, craignant la mort des arbres et redoutant plus encore que l'air ne fût empesté parleurs cadavres, se rendait en pèlerinage à Bonne-Fontaine pour demander d'être délivrée de ce fléau.
Les ravages que ces Chenilles occasionnèrent furent immenses; ce n'était pas par mille qu'on les comptait, mais bien par millions. Plusieurs forêts, notamment celles des communes de Gasbourg, Mildehouse, Trois-Maisons, Saint- Louis, furent dévastées; on évalua la superficie forestière dévastée à 1500 hectares au moins.
LE LIPAIUS D1SPAR.
C'était réellement un curieux spectacle que de voir les forêts ravagées par les Chenilles : les arbres dénudés, principalement les Hêtres, ne possédaient plus une seule feuille; des versants tout entiers de montagnes présentaient l'aspect désolé qu'elles ont au cœur de l'hiver.
Une fois arrivées à l'extrémité des branches, ne trouvant plus de nourriture, les Chenilles se laissaient tomber et l'herbe était jonchée de cadavres. Lorsqu'on pénétrait dans les forêts envahies, on était surpris d'entendre un bruit imitant à s'y méprendre celui d'une pluie fine tombant sur les feuilles; il était causé par la chute de leurs excréments et de leurs cadavres.
A cause de leur livrée aux trois couleurs et peut-être aussi à cause de l'avènement d'un régime nouveau, les paysans les ont appelées : les Chenilles de la République.
D'après un rapport de l'inspecteur des forêts Fickert, à Rugen, où cette Chenille a été observée depuis 200 ans, sa voracité a été plus grande que jamais pendant les chaleurs de l'été de 1868 ; car Ions les Hêtres de la Slubbenitz se trouvaient entièrement dénudés dès la fin d'août, sur une étendue de plus de 200 hectares. Après les Hêtres, ce fut le tour des Érables, des Chênes, des Noisetiers, de tous les petits buissons, enfin des Trembles, des Aulnes, des Mélèzes, des Bouleaux ; même les bords des aiguilles des Pins furent rongés, tandis que les Frênes furent épargnés complètement. Une autre année, au contraire, les Frênes avaient été attaqués avant les Aulnes et les Bouleaux. On a du reste souvent constaté que quand des Insectes envahissent une contrée, en foule innombrable, ils ne suivent aucune règle relativement à l'ordre dans lequel ils s'attaquent aux différentes plantes. Les Dasychires étaient répandus sur tout le groupe de forêts de la région de Slubbenitz; leur ravage commença seulement dans les endroits où se trouvaient de grands massifs de bois ; il s'étendit peu à peu, en cercle, et se répandit rapidement aux alentours; carhuit jours après que le feuillage eut commencé à s'éclaircir, cent à deux cents hectares de forêt se trouvaient déjà dénudés complètement. Les troncs étaient couverts de Chenilles pressées qui grimpaient, et redescendaient en même temps, cherchant en vain leur nourriture, puis tombaient finalement sur le sol, et mouraient. Sitôt, en effet, que trois ou quatre Chenilles se rencontraient, il en résultait une lutte qui ar-
rêtait toute progression. Dans les endroits où deux zones de ravages se heurtaient, l'agglomération des Chenilles était telle qu'on en pouvait recueillir deux boisseaux sous un seul Hêtre. Sur deux points fort restreints, la nourriture fut suffisante jusqu'au moment de la Nymphose, qui s'accomplit comme d'habitude à la surface du sol, sous les feuilles sèches et dans la mousse des troncs.
LES L1PAR1S OU LES OCiXLRIES — Ll PARIS OU OC NE RI A
Schwanirnspinner. — Dikkopf,
Caractères. — Les antennes très pectitées chez les Mâles sont simplement dentées en scie chez les Femelles; la trompe est avortée ; le corps du Mâle est beaucoup plus petit que celui de la Femelle dont l'extrémité est garnie, en général, d'une masse de poils, sorte de bourre, qui sert à envelopper les Œufs au fur et à mesure de la ponte. La façon dont les Femelles effectuent leur ponte varie essentiellement avec les espèces. Les Chenilles sont revêtues de poils raides et rayonnants implantés sur des tubercules ; les Chrysalides, enveloppées seulement de quelques fils, sont garnies de poils.
LE LIPAIUS DISPAIÏ. — LWAJUS DISPAlt.
Caractères. — Ce Papillon se distingue des deux espèces suivantes par le trajet de ses nervures alaires ; ce qui a permis de créer le genre Ocneria. Sur l'aile antérieure, la nervure 10 émane de la nervure 7, et sur l'aile postérieure les nervures 6 et 7 émanent d'un même point et non d'un pétiole commun; les jambes postérieures ont quatre éperons. Il mérite à bon droit sa dénomination technique, car les deux sexes ont un aspect si différent que le vulgaire croit y voir deux espèces distinctes. Le Mâle (fig. 1360, page 313) plus petit, d'un gris brunâtre, présente sur l'aile antérieure des bandes en zigzags, plus ou moins nettes, et de couleur noire ; et sur les antennes de longs poils pectines dont la silhouette rappelle des oreilles de Lièvre. La Femelle, extraordinairement lourde et paresseuse, a des ailes d'un blanc sale, dont l'antérieure porte aussi des bandes noires en zigzags; son abdomen horrible se termine par un coussinet velu en forme de mamelon.
LE LIPAR1S DISPAR.
^Al :<
Fie. 1369.
Fie;. 1370.
Fig. 1369.
Fie. 1310.
Le Liparis dispar, variété.
Femelle défraîchie après la ponte.
Fig. 1369 à 1311. — Les Lipai'ines (Lipares)
Fie;. 1371. — Hermaphrodite
sauclie.
droite, femelle à
Nous représentons ici (fig. 1371) un jeu singulier de la nature; le Papillon, Mâle du côté droit, Femelle du côté gauche, constituait un seul être vivant, qu'on a obtenu le 28 juillet 1864 à Berlin. On rencontre assez souvent des hermaphrodites dans le monde des Insectes, bien que moins régulièrement conformés que celui-ci. Hagen a fait en 1801 le relevé des Papillons hermaphrodites observés, en tenant compte des relations écrites les plus anciennes, et il en a rassemblé 09 exemples; ce chiffre s'est accru déjà depuis lors, ainsi que le prouve le spécimen représenté ici.
Mœurs, habitudes, i-ôsimc — Mâles et Femelles éclosent de leurs Chrysalides d'un noir mat garnies de poils, à la fin de juillet ou en août. Nés pendant, la soirée, ils ne paraissent prêts que la nuit à suivre les instincts qui animent les Insectes parfaits : l'entretien et la production de la vie.
A peine le Mâle a-t-il les ailes développées, qu'il passe, dans un vol sauvage, comme une ombre devant nos yeux et disparaît brusquement, car l'obscurité nous empêche de suivre du regard son vol de Chauve-souris. A d'autres moments, nous le trouvons, lui ou ses frères, en train de se reposer, sur un mur ou dans l'encognure d'une fenêtre, de ses orgies nocturnes. Mais il n'y adhère pas fortement, car il suffit de nous approcher jusqu'à ce qu'il remarque notre présence pour le voir s'envoler ; cl comme il peut être troublé dans son repos par des causes de toutes sortes, on le voii voltiger, pendant les journées de chaleur et d'orage, dans une agitation continuelle.
Tout autres sont les allures de laFemelle; elle, i ej ose, indolente, sur les murs ou sur les troues
d'arbres, recouvrant avec ses vilaines ailes, disposées en façon de toit son affreux abdomen. Si d'un coup de pied on peut ébranler l'arbre auquel elle s'est lixée, on l'en fait tomber, l'extrémité abdominale courbée en avant sans prendre seulement la peine de remuer ses ailes pour amortir sa chute. Ce n'est qu'à la nuit tombante qu'elle relève péniblement ses ailes pour tournoyer autour des arbres, offrant une bouchée bien grasse à la Chauve-souris qui la guette. Cette Femelle passe ainsi sa courte existence, le jour dans l'oisiveté, la nuit dans une agitation stérile, jusqu'à ce qu'un Mâle vienne la calmer. Comme lui, elle doit se nourrir de l'air du temps, car ils sont dans l'impossibilité de prendre le moindre aliment.
On la trouve enfin posée (fig. 1362) sur une sorte de grande éponge, ou de feutre ressemblant assez à un bolet. Elle commence, ainsi que les Liparis chrywrrhœa clauri/lua, par étendre une couche de mucus à laquelle se fixe la couche inférieure du feutre qu'elle arrache à son coussinet anal d'un brun foncé. Elle dépose par-dessus une couche d'UEufs, puis une nouvelle couche de poils, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'elle ait formé une petite masse assez considérable, sans forme déterminée, fixée à un tronc d'arbre, accidentellement à un mur ou à quelque objet analogue, mais toujours bien abrité.
A mesure que les pontes se multiplient, les Femelles deviennent plus rares; quant aux Mâles, ils ont disparu de la scène plus tôt encore.
L'agriculteur ou le jardinier doivent avoir soin de les exterminer à temps, ce qui exige Certaines précautions ; il est mauvais de chercher à les écraser sur place, parce qu'ils sont
LE LIPARIS NONNE
durs, et qu'on les enfonce dans le feutrage élastique au lieu de les écraser. 11 faut les enlever soigneusement par le raclage, les recueillir sur un papier ou sur une planchette, et les brûler par petites masses seulement, car ils éclatent avec fracas.
C'est seulement au printemps suivant que la vie s'éveille dans ces OEufs. Sur leur couche molle, les Chenilles noires nouvellement nées se tortillent activement au soleil; elle se séparent bientôt, mais on les retrouve rassemblées à l'aisselle des branches, ou à la face inférieure des rameaux où elles s'abritent de la pluie, et chacune va de son côté pour se mettre en quête de ses repas; elles sont peu exigeantes sur le choix de leur nourriture, car elles dévorent sans distinction les feuilles des Rosiers de nos jardins, les feuilles des Chênes des forêts, celles des Saules le long des cours d'eaux; des Peupliers aux bords des routes, et des arbres fruitiers de nos vergers.
Elles se sont montrées, certaines années, en masses si considérables qu'elles soulevaient les plaintes les plus vives sur des étendues énormes de territoire. Ainsi, on lit dans les journaux français, à la date du 11 juillet 1817 : « Les beaux Chênes-lièges, qui s'étendent de Barbaste jusqu'à la ville de Podenas, dans le midi de la France, sont détruits d'une façon désespérante par la chenille du Liparis dispar. Après avoir dévoré non seulement les feuilles des Chênes-lièges, mais encore les Glands de cette année et ceux de l'an prochain (ces fruits mettent plus d'un an à mûrir), la Chenille a fait sa proie de nos champs de Maïs et de Millet, de nos herbages, ei de tous nos arbres fruitiers en général. Les habitations voisines des arbres sont remplies de ces Insectes et ne peuvent plus servir de résidence aux malheureux propriétaires.. Les vignes elles-mêmes, qui poussent disséminées çà et là sur notre sol sablonneux, n'ont pas été épargnées. » Taschenberg a lui-même observé, dans une autre occasion, ces Animaux se tordant sur le sol et mourant de faim après avoir entièrement dépouillé de leurs feuilles un groupe de Pruniers qui croissaient isolés dans une fente de rocher; ces Chenilles ne pouvaient plus se procurer d'aliments, car elles ne sont pas aples à entreprendre une excursion lointaine comme certaines autres espèces. En 1752, elles se montrèrent dans la Saxe en troupes si considérables, que dans les environs d'Altembourg, de Zeilz, de Naumbourg, Saugerhausen, elles dénudèrent
entièrement non seulement tous les arbres fruitiers, mais encore des forêts entières.
Les figures 1360 à 1368nous dispensent d'une description minutieuse. La tête, d'un brun grisâtre, porte des rangées de verrucosités velues, bleues et rouges ; c'est seulement quand la Chenille est mûre, qu'elle se distingue des autres par une tête très épaisse, couverte également de poils serrés. Pour se métamorphoser, elle tend quelques fils entre les restes de feuille ou entre les fentes de l'écorce le long du tronc. La Chrysalide est extrêmement sensible au moindre dérangement; quand on la saisit, elle se crispe et tortille ses segments abdominaux pendant longtemps. Elle ne repose que quelques semaines.
LE LIPARIS NtHXNE. — LIl'AHIS OV OCNERIA MO- ISAC 11 t.
Nonne.
Caractères. — Ce Papillon, qui paraît en même temps que le précédent, est d'un blanc pur dans les deux sexes ; il porte sur les ailes antérieures d'étroites bandes noires en zigzags, ses ailespostérieuresd'ungriscendré pâle sont coupées transversalement par une bande obscure, les quatre ailes ont des franges tachetées de noir. La Femelle peut allonger considérablement l'extrémité rouge-rosée de son abdomen, grâce à sa tarière très extensible, lorsqu'elle veut agglutiner ses OEufs dans les fissures de l'écorce. Quand ces Papillons sont très nombreux, on observe assez fréquemment des variétés presque entièrement noires (Liparis eremita).
Mœurs, habitudes, régime. — Le Papillon
(lig. 1372 à 1376) doit être rangé à côté du précédent, aussi bien au point de vue de ses mœurs que des ravages qu'il cause, spécialement sur les Conifères. Le Mâle repose paresseusement sur le tronc des arbres forestiers et sur d'autres arbres au voisinage des forêts, ses allures sont toutefois un peu plus libres que celles de sa lourde Femelle, car on le voit aisément s'enfuir effarouché lorsqu'on l'approche, pendant les jours de chaleur, en traversant les cantons qu'il habite. On surprend l'accouplement des deux sexes pendant le jour, aussi rarement que dans l'espèce précédente.
L'année suivante, les Chenilles éclosent à la fin d'avril ou dans les premiers jours de mai; toutes celles qui proviennent d'un même amas
LE LIPAR1S NONNE.
Fig. 1378. Fie. [379.
Fig. 1376. Fig. 1380. Fig. 1377.