SI
Fig. 1372. — La Nonne (Liparis monacha). Mâle.
Fig. 1373,1374, 1375 et 1376.— Femelles dans différentes
attitude.-.
Fig. 1377. — Amas de jeunes Chenilles nouvellement
écloses, amas nommé le miroir par lès Forestiers allemands.
Fig. 1378, 1379 et 1380. — Chenilles de divers âges.
Fig. 1381. — Chrysalide entourée seulement de cjuclques fils.
Fig. 1372 à 1381. — Les Liparines (Liparis).
d'OEufs demeurent réunies, de un â six jours, comme nous les représentons, puis elles se transportent sur les aiguilles des Pins. Les forestiers allemands, prenant la partie pour le tout, désignent ces colonies sous le nom de «miroirs» (fig. 1377], et l'ensemble des opérations qui ont pour but de prévenir leurs ravages en les tuant, sous le nom de« miroitement ». Les Chenilles arrivées à maturité, en juin ou juillet (fig. 1378 à 1380), ont une teinte fondamentale gris-verdâtre, mélangée de blancgrisâtre et de noir, elles portent des verrucosités bleues et rouges ; elles présentent , en avant, une place blanche située derrière le miroir qui, lui, est d'un noir velouté, et elles offrent en arrière de leur milieu une selle également de couleur claire; elles ressemblent beaucoup aux Chenilles des Liparis dispar en raison des poils hérissés de leurs verrucosités et de la conformation de leur tète et de leur corps. Elles se transforment en belles Chrysalides bronzées, ornées de touffes de poils blancs, qu'on peut apercevoir derrière quelques fils de soie fixés aux troncs d'arbres (fig. 1381).
Les arbres , qui peuvent renouveler leurs
feuilles, souffrent moins de leur voracité que les Sapins et les Pins plus délicats. Jusqu'en 1828, la Nonne passait pour être l'ennemie des Sapins ; mais, en 1852, une invasion de Nonnes qui ravagea les forêts de la Prusse orientale, de la Lithuanie et de la Pologne, fit voir que les Pins en pâtissaient bien plus encore que les Sapins. En 1863, Willkomm fut chargé par le gouvernement saxon d'aller examiner les cantons forestiers dévastés par ces invasions, et il écrivit un rapport basé sur ses propres observations, sur les dossiers du district, et sur les rapports des agents de> forêts. » Ce fut le 27 juillet 1858, dit le rapport, que dans l'arrondissement de Schwalz, canton le plus méridional de la forêt de Rolhebuder, les Nonnes apparurent tout d'un coup sous la forme d'épaisses nuées de Papillons, poussées par le vent du Sud. Dans l'espace de quelques heures, elles se répandirentjusque dans les cantons avoisinants, en telle quantité que les bâtiments forestiers de Ragonnen, par exemple, semblaient en êfre incrustés, et que le lac de Pillwiing en était entièrement couvert comme d'une mousse blanche. Les témoins oculaires
LE LIPARIS NONNE
dignes de foi affirment que la forêt présentait le même aspect que pendant une tourmente de neige des plus violentes, et que les arbres paraissaient absolument couverts de neige, tant ces Papillons venaient s'y abattre en masses. Les recherches de Schimmelpfennig établirent que depuis plusieurs années les Nonnes avaient ravagé des forêts privées, situées au sud des landes de Bodschwingken, surtout dans les parties de forêts voisines des frontières polonaises, et que là où l'on n'avait rien fait pour les détruire, elles s'étaient multipliées on telle quantité, que quelques propriétaires désespérés firent brûler leurs bois tout entiers, en 1852, pour se débarrasser de cet Insecte. «
« On peut se rendre compte de la masse de Nonnes qui se montrèrent en 1833, en consultant les dossiers du canton de Hothebude, où l'on recueillit environ 3C0 livres de leurs Œufs, depuis le 8 août jusqu'au 8 mai de l'année suivante, ce qui fait à peu près 150,000,000 d'OEufs, une demi-once en représentant au moins 15,000! En outre, pendant l'époque du vol, qui dura jusque vers le 3 août, on recueillit environ 1,500,000 Papillons femelles, remplissant trois boisseaux et demi de Prusse. Malgré ces précautions, les amas de jeunes Chenilles ou miroirs se montrèrent encore si nombreux au printemps suivant, même dans les endroits qui avaient été fouillés jusqu'à trois et quatre fois, qu'on fut certain de n'avoir pas recueilli seulement la moitié des OEufs. Ce résultat n'avait pas lieu de surprendre, puisque la Nonne, en dépit des observations et des expériences antérieures, avait pondu jusque sur les racines, dans la mousse, sur la cime des Pins et jusque sur les branches les plus hautes, augmentant ainsi beaucoup les difficultés de la récolte. Néanmoins, dans toutes les forêts où les Papillons étaient apparus en masses, tous les arbres furent visités un à un, sur une superficie correspondant à 1-4,500 « matinées » (1); on les fouillait à l'aide des mains jusqu'à une hauteur de cinq pieds, et plus haut on employait des échelles. Nous ne manquerons pas de faire remarquer que dans les lieux où des Pins, même très vieux, se trouvaient mêlés à des Sapins, les OEufs étaient posés presque toujours sur les Pins, rarement sur les Sapins, contrairement à ce qu'on a observé jusqu'ici dans ces plantations mélangées. On trouve la
(I) La matinée est une mesure allemande qui équivaut à un quart d'hectare environ.
plupart des OEufs sur les Pins forts et âgés (jusqu'à une once par tronc !), ainsi que dans la mousse et le long des racines. Parmi les Pins, les OEufs ne se trouvaient que sur ceux dont l'écorce était rugueuse, jamais sur les troncs lisses ou mesurant moins de 12 pouces de diamètre à leur base. On recueillit aussi des OEufs sur les Bouleaux et les Charmes. Sur les Sapins, les OEufs ne s'élevaient guère à plus de vingt pieds de hauteur, sur les Bouleaux à plus de 6 pieds, sur les Charmes à plus de -10 pieds, au-dessus du sol; sur les Pins, au contraire, ils s'étendaient depuis les racines jusqu'à la cime.
« Les Pics et les Pinsons concouraient efficacement à détruire les OEufs ; on remarqua aussi des Larves de Clerus auprès des amas d'OEufs. Malgré tout, les tas d'OEufs subs's'èrenten masses énormes, car Schimmelpfennig calcula que l'année suivante il fallut, en moyenne, cent travailleurs et vingt surveillants pour détruire à fond et rapidement les « miroirs » sur un seul lot d'une « matinée ». Dans cet état de choses, Schimmelpfennig prédit avec tristesse dans son rapport du 15 lévrier 1854 la disparition de ces forêts, et il y établit que l'opération du miroitement est impraticable, que l'intervention de l'Homme est insuffisante et que l'argent employé à poursuivre contre ces Insectes les mesures d'extermination se trouve dépensé en pure perte.
« L'administration entreprit néanmoins le miroitement et l'exécuta jusqu'au 18 mai dans le canton de Rothebude ; mais ses effets furent insuffisants. On remarqua, à cette époque, que les Chenilles, qui venaient de prendre leur essor, dévoraient de préférence les Charmes partout disséminés, et ne se portaient sur les Pins qu'après le développement de leurs pousses de mai qu'elles rongeaient si bien qu'elles les desséchaient complètement. Comme on pouvait le prévoir, le « miroitement » n'avait été d'aucun secours ; car les Chenilles s'étendirent sur toute la région, et leur voracité, qui jusqu'au 12 juillet dénuda entièrement les Pins, les anéantit sur une étendue correspondant à 800 « matinées ». Déjà à partir de ce moment, du reste, on remarqua beaucoup de Chenilles malades, et le menu bois fut couvert des Chrysalides en barilleU de nombreux Ichneumonides [Microgaster). Pourtant la plupart des Chenilles avaient dû effectuer leur Nymphose, car les Papillons qui en éclorent couvrirent la cou-
LE LIPARIS NONNE
Irée en nombre plus considérable encore que l'année précédenlc.
« On observa que la Chenille, à l'époque ot elle dévore, détruit entièrement les aiguilles de Pins, qu'elle ronge celles des Sapins en leur milieu, et qu'elle mord les feuilles des Bouleaux vers leurs pétioles, en sorte que sous les Sapins et sous les Bouleaux le sol est jon- <!: ! île débris d'aiguilles et de feuilles. En outre, on a constaté que dans les endroits où les Pins, les Sapins et les arbres feuillus se trouvenl mélangés, ce n'est qu'après avoir dénudé entièrement les Pins qu'elles .s'attaquent aux Sapins; elles continuent pendant ce temps a dévorer les Charmes qu'elles ont commencé à ronger en même temps que les Pins ; elles épargnent les Saules, les Trembles, les Frênes, les Erables, etc., qui se trouvent disséminés parmi les Conifères dénudés ; en revanche, elles dévastent les Fougères et les Ronces.
« Une gelée tardive, survenue Ie6etle7juin, lit peu de mal à nos Chenilles. On n'a jamais vu de convoi de ces Chenilles passant des localités entièrement dénudées sur des endroits restés sains; on a vu partout, au contraire, les Chenilles tomber, épuisées, des branches dévastées et se rassembler à l'abri de ces arbres. Beaucoup d'entre elles ne parviennent pas alors à leur N3'mphose, et beaucoup sont mangées des Grenouilles (!). Des arbres, sous lesquels se trouvaient des Fourmilières de Formica rufa, ont été respectés par ces Chenilles.
« Pour détruire ces Papillons, comme il était trop long de les recueillir, en 1853 et 1834, on alluma de grands feux dès la première apparition (du 2!) juilletjusqu'au 3 août), sans obtenir tout le succès attendu; cette mesure eut néanmoins pour résultat de confiner les Papillons dans les lieux déjà dévastés, les seuls où l'on entretenait ces feux; les Papillons y déposèrent leurs OEufs et ne s'envolèrent pas au delà de ces limites, en sorte qu'on put anéantir les Œufs en brûlant les écorces après les avoir détachées.
« Malgré cela, et bien qu'une masse considérable de Papillons ait péri dans les flammes, les OEufs apparurent en telle quantité, après l'époque du vol, en 1854, qu'on dut renoncer à les recueillir encore. Les troncs de Pins, en effet, au lieu d'être garnis d'OEufs dans les fissures des écorces, étaient véritablement incrustés, sur toute leur surface, d'OEufs pressés les uns à côté des autres en plusieurs couches, à tel point que les ouvriers pouvaient les arra-
cher avec les mains, au moins sur les arbres dont on avait gratté l'écorco à moitié pendant l'hiver en prévision d'une récolte de ces OEufs ; car les Nonnes avaient même pondu sur ces arbres. Néanmoins, les cimes furent épargnées cette fois. En revanche, on trouva de nombreux amas d'OEufs sur les plantes herbacées, même sur les Tabacs (Mcotiana rua/ira) que les employés inférieurs de l'administration forestière cultivent beaucoup, surtout dans leurs jardinets ; on en trouva même sur les faîtes des maisons et sur les échaliers, — ce qui ne s'était jamais vu jusqu'alors! Ce qui prouve encore l'incroyable quantité d'OEufs pondus alors parles Nonnes, c'est la foule énorme de gens qui s'offraient à recueillir ces OEufs à raison de 4 liards par demi-once, tandis qu'en 1853, lorsqu'on commença cette récolte, on avait dû payer la demionce 5 silbergros (G3 centimes).
« Les ravages que causèrent les Chenilles en mai 1835 prirent un développement tel qu'on n'en vit jamais de semblables, de mémoire d'Homme. Jusqu'au 27 juillet, elles dénudèrent dans le district de Rothebude une étendue de Conifères correspondant à plus de 10.000 «matinées » ; elles attaquèrent, en outre, si vivement une autre étendue de ces mêmes bois, correspondant à 5,000 matinées, que ceux-ci semblèrent aussi entièrement dénudés. Les dégâts dépassèrent de beaucoup les craintes des plus pessimistes! A la fin de juillet, en effet, la plupart des Pins se trouvaient entièrement dévorés dans tout le canton ; sur une étendue correspondant à 16,353 « matinées », ces arbres avaient péri ; sur une autre, correspondant à 3,841 « matinées », ils étaient tellement abîmés, qu'on devaitsongerà en arracher la plus grande partie ; une étendue correspondant à 4,942 « matinées » seulement a été suffisamment respectée. Schimmelpfennig estime à 204,240 « cordes » la masse de bois desséchée, jusqu'en septembre, ce qui équivaut à 16 « cordes » pour chaque étendue de ces surfaces dévastées correspondant à une « matinée ». Les Chenilles ne firent plus aucune distinction entre les Conifères et les feuillards, non plus qu'enlre les arbres de différents âges. Car même les Pins, épargnés jusque-là, qui provenaient des plants de l'année même ou de l'année précédente, furent attaqués et rongés h nu ; il paraît d'ailleurs établi que ce sont ces plantations qui ont le plus souffert. Les cimes des jeunes Pins et des jeunes Sapins
LE LIPARIS CHRYSORRHÉE.
se courbaient en arcs sous le poids des Chenilles entrelacées, et toutes les branches d'arbres se penchaient vers la terre. Les déjections des Chenilles, qu recouvraient le sol entier de la forêt sur une épaisseur de 3 pouces, et de 6 pouces en certains endroits, tombaient continuellement du haut des arbres comme une pluie sériée, el bientôt c'est à peine si l'on put apercevoir une feuille verte ou un brin d'herbe , aussi loin que s'étendît le regard. »
Le rapporteur signale ensuite une invasion de Coléoptères vivant sous les écorces, les Scoly tes, qui s'y rattachait, et termine en citant les chiffres fournis par Schimmelpfenning, dans son rapport à partir du 1er octobre ls.62. Il en ressort que le district de Rothebude a perdu 290,000 « cordes » de bois, dont 285,000 du fait des Nonnes, et 5,000 du fait des Coléoptères. Il restait alors sur pied 153,000 « cordes » au moins. La surface dévastée représentait une étendue correspondant à 32,931 « matinées », et couvrait ainsi a peu près la totalité du dis ti'ict.