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MŒURS, HABITUDES, RÉGIME. — LES FOURMIS MOISSONNEUSES

Fig. 970.

Fig. 9U7

Fig. 907.

Fig. 9G8.

Fig. 969.

Fig. 970.

Fig. 971.

Fig. 97 ! .

Fig. 972.

Fig. 973.

Fig. 972. — fl2, autre plus développé à radicule coupée, très grossi.

Fig. 973. — C, Grain d'Alpiste (Phnlacris canariensis) dont l'extrémité da la radicule (rad) a été enlevée, grand, nat.

Fig. 974. — Ci, le même, très grossi.

Fig. 975. — C2, Graine d'Alpiste dont la radicule est intacte.

grain de cliènevis dont l'extrémité de la radicule (rad) a été coupée, grand, nat. I, le même, très-grossi.

,, Grain do cliènevis dont la radicule est intacte, très grossi.

Petit pois sauvage dont l'extrémité de la radicule (rad) a été enlevée, grand, nat. \ le même, très grossi.

. 9G7 à 975. — Graines récoltées par les Fourmis (Aphœnogaster) et préparées par elles (fac-similé, d'après Moggridge).

Ces arguments du célèbre Naturaliste réduisirent pendant quelque temps toutes les contradictions, d'autant plus qu'on n'avait jamais vu les Fourmis des pays septentrionaux faire des provisions de grains tout en observant qu'elles ramassaient à l'occasion des grains isolés poulies utiliser, de même que tant d'autres objels trouvés à terre, à la construction de leurs Nids.

« Par suite d'une erreur transmise jusqu'à nous depuis la plus haute antiquité, dit Gratien de Semur (1), un auteur qui écrivait il y a une trentaine d'années, on est convenu de présenter les Fourmis à notre admiration, comme le symbole de la prévoyance et comme l'exemple le plus parfait des associations industrielles. Peu s'en faut qu'on affilie des Fourmis à la société des Phalanstériens. L'instinct industrieux des Fourmis n'est pas l'objet d'un doute: mais il faut regarder leur prévoyance tant vantée comme une grave erreur, quoique Boileau ait dit:

La Fourmi tous les ans traversant les guérets

Grossit ses magasins des trésors de Cérès ;

Mais lorsque l'aquilon, ramenant sa froidure,

A de ses noirs frimas attristé la nature,

Cet animal, tapi dans son obscurité,

Jouit l'hiver des biens conquis pendant l'été.

(I) Gratien de Semur, Traité des erreurs et des préjugés. Paris, 1845, p. C8.

BREIIM. — VIII.

A coup sûr, nous ne faisons point un reproche à Boileau d'avoir usé de son droit de poète en faisant jouir la Fourmi pendant l'hiver de ses conquêtes de l'été, mais la jouissance de la Fourmi est celle de la Marmotte : pendant la froide saison, les Fourmis dorment. Elles font un somme de six mois, et comme qui dort dîne, elles n'ont ni le besoin ni la possibilité de toucher à leurs provisions. Ce sommeil est d'ailleurs un privilège de nature que plus d'un frileux envie aux Fourmis. »

Quant à l'opinion sur l'état de torpeur des Fourmis en hiver, elle devait être déjà généralement répandue du temps de Shakespeare, puisque le grand poète fait dire par son fou, à Kent (1) : « Nous allons t'envoyer à l'école chez une Fourmi afin que tu apprennes qu'on ne travaille point en hiver. »

Mais quoique les données de Huber soient parfaitement justes, la conclusion qu'il en tire n'en est pas moins erronée. Il a échappé à Huber ainsi qu'aux autres observateurs, qui, avant lui encore, avaient élevé les mêmes objections, que la tradition vient de la Grèce et de l'Orient où certaines Fourmis peuvent avoir des mœurs différentes de celles des

(1) Shakespeare, Le roi Lear, acte II, scène i. Insectes. — 97

LES FORMICIDES.

Fourmis du Nord à cause du climat. D'ailleurs, en Europe, il ne manque pas de Fourmis moissonneuses, et si H nber eût mieux cherché, il eût trouvé la solution do l'énigme même aux environs de Genève ; car des deux principales espèces européennes de Fourmis moissonneuses [Apksenog aster [Al ta) structor et A. Barbara), la première se trouve en Suisse. Si ces deux espèces sont rares dans le Nord, elles sont, en revanche, très fréquentes dans l'Europe centrale, et surtout sur les rivages de la Méditerranée, où Lespès et Moggridge ont étudié leurs manœuvres. A cause de la chaleur du climat, elles ne sont point sujettes au sommeil hivernal (ce qui, du reste, est aussi le cas pour les Fourmis du Nord si on les tient en hiver dans des chambres closes) et ont par conséquent besoin de provisions d'hiver qu'elles conservent au fond du Nid dans des caves ou chambretles, véritables silos spécialement a ménagés.

« Quelques espèces de Fourmis, raconte Lespès, s'occupent à ramasser des graines avec une activité merveilleuse, elles vont quelquefois très loin les chercher, mais elles se partagent la besogne. Y a-t-il sur leur chemin une plante à grandes feuilles ou une pierre qui laisse un espace libre sous elle, ou toute autre toiture, elles y établissent un dépôt. Celles qui ramassent les graines les portent ou plutôt les traînent jusque-là ; d'autres les prennent en ce point et les portent jusqu'à l'entrée de la maison ; une troisième escouade enfin les met dedans et quelquefois, quand le trajet est long, il y a deux ou trois dépôts successifs sur la route. C'est cette curieuse coutume de ramasser des graines qui leur a donné depuis longtemps la réputation de faire des piovisions

Ce sont des Myrmicines noires et à grosses têtes qui, dans le Midi, font des provisions de graines, de Blé surtout; je les ai suivies bien souvent dans leur travail et j'ai trouvé, quelques jours après, un petit tas de son à leur porte, toujours au moins le germe avait été mangé, c'est la partie la plus tendre et la plus sucrée de la graine. Il est vrai que ce n'est qu'une faible fraction des provisions qui a été ainsi consommée et qu'une grande partie reste sans être touchée. Nous savons que les graines en germant produisent du sucre, c'est alors que les Fourmis les brisent et les lèchent. Ce sont donc de vraies provisions. »

Ainsi, selon Lespès, nous voyons appliqué à la récolte des grains ce principe puissant de

l'économie des forces qui joue un rôle si considérable dans la vie industrielle et économique de l'Homme, et que nous avons constaté dans tous les travaux des Fourmis (travaux des mines, maçonnage, transport des feuilles et des parcelles déterre; éducation de la progéniture, etc.). La division du travail est un des traits essentiels de leur activité.

Mais laissons la parole à Traherne Moggridge. au patient observateur qui a su consacrer les dernières années d'une vie languissante à l'étude des Mœurs des Insectes et des Arachnides (1) ; nous ne saurions rendre à sa mémoire un hommage plus mérité. Miné par une maladie de poitrine, il était obligé chaque hiver de fuir les brouillards de l'Angleterre et de venir chercher sur notre littoral un climat plus hospitalier. C'est à Menton, en attendant la mort qui vint l'enlever à l'âge de trentedeux ans, que Moggridge consacra ses derniers loisirs à l'étude des Fourmis moissonneuses.

« J'avais à peine mis le pied sur la garrigue, nom sous lequel on désigne (à Menton et dans toute la Provence) les terrains incultes, que je rencontrai une longue colonne de Fourmis formée de deux files, dont chacune suivait une direction contraire, les unes avec la bouche pleine, les autres avec la bouche vide.

« 11 n'était pas difficile de trouver le Nid auquel appartenaient ces Fourmis, pour cela il fallait simplement suivre la file de celles qui étaient chargées de graines ou de capsules entières, et alors à peu près à 10 yards de distance à l'ombre d'un buisson de Cistus se trouvait le Nid à l'entrée duquel on voyait le courant incessant des entrants et des sortants.

« Les travailleurs séchaient leur récolte à une certaine distance du Nid et allaient la chercher dans un champ où les herbes étaient plus abondantes et plus variées. Dans quelques cas, quand les terrasses étaient trop éloignées, elles se contentaient de ravager les Graminées, les Heurs de Pois, lesMélinets, et autres habitants de la garrigue. Une fois je pouvais suivre la colonne des travailleurs à partir du Nid jusqu'à la terrasse où se trouvaient les végétaux dont elles recueillaient les graines, et je trouvais que la longueur de cette double file était à peu près de 2 yards ; cela ne donne qu'une idée approximative du nombre de Fourmis qui sont au service de la colonie, car des centaines d'entre elles étaient déjà disséminées parmi les

(I) J. Traherne Moggridge, Harvesting Anta and Trapdoor Spirters. London, 1873.

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