MŒURS, HABITUDES, RÉGIME. — LES FOURMIS MOISSONNEUSES
plantes sur la terrasse, et occupées à trier les matériaux, tandis que d'autres étaient retenues par les soins domestiques au fond du Nid. «... Gela prouve avec évidence que l'approvisionnement se l'ait sur une grande échelle et méthodiquement ; cela prouve en même temps la grande importance que ces créatures attachent à la récolte des graines.
« Mais ce qui est vraiment étonnant, c'est de voir les Fourmis s'emparer, non seulement des grains déjà mûrs, mais aussi rechercher les capsules encore vertes, dont les pédoncules déchirés annoncent qu'elles ontété récemment détachées de la plinte mère. Voici comment elles s'y prennent: une Fourmi monte sur la tige d'une plante chargée de fruits, de la Course à pasteur (Ca/isel/a bursa pastoris), par exemple, et choisit une silique encore verte, mais bien pleine, placée au milieu de la lige, tandis que celles des côtés sont prêtes, au moindre attouchement, à laisser tomber leurs graines. Alors, la saisissant entre ses fortes mandibules, et se servant de ses pattes postérieures comme de point d'appui solide ou de pivot, elle se met à tourner autour du pédicule jusqu'à ce qu'elle l'ait rompu. Après quoi, chargée de son fardeau lourd et disproportionné, elle descend à grand'peine en tournant jusqu'au pied de la tige, et rejoint ses compagnes sur la route du Nid. C'est'ainsi que sont recueillis les capsules de VA Isine me/lia, des calices entiers de Calamintha. Quelquefois deux Fourmis réunissent leurs efforts, et tandis que l'une ronge le pédicule, l'autre l'arrache en le tordant. Je n'ai jamais vu une capsule détachée de sa tige par une coupure, probablement les mandibules de ces Fourmis ne sont pas conformées pour exécuter une telle opération. J'ai observé quelquefois qu'après avoir détaché des capsules, les Fourmis les laissaient tomber à terre, où leurs compagnes s'en emparaient et les emportaient, ce qui est complètement d'accord avec le récit que nous donne /Elien de la façon dont les épillets de Froment sont coupés et jetés à terre pour le peuple qui se trouve en bas, t« 8/)u.âi t£J xârio.
« Ce ne sont pas seulement les graines , mais encore quantité d'objets, tels que des Insectes morts, des fragments de coquilles, des corolles, des morceaux de bois ou des fragments de feuilles, qui sont charriés ainsi dans les Nids. Mais je n'ai jamais vu, soit de VAtla barbara, soit de VAtla structor, porter de Pucerons dans les Nids.
« Il arrive parfois à une Fourmi de faire un mauvais choix, et d'apprendre, à son retour, que ce qu'elle avait apporté avec tant de peine ne peut servir à aucun usage. La chose lui ayant été démontrée dans le Nid, on l'oblige à jeter dehors son tribut.
« Pour essayer si ces créatures n'étaient pas faillibles comme tous les Mortels, j'ai pris une fois un petit paquet de perles en porcelaine grises et blanches et je les ai disséminées sur le passage d'une file de moissonneuses. Une minute après, une des plus grandes Ouvrières saisit dans ses mandibules avec quelque difficulté une de ces perles et retourna à grands pas vers le Nid; je portais alors mon attention sur les Fourmis qui tâchaient en vain de mouvoir les perles et sur l'entrée du Nid, par où avait disparu l'ouvrière et j'abandonnais la place. A mon retour une heure après, j'ai trouvé les Fourmis passant avec indifférence par dessus et à côté des perles qui gisaient au même endroit où je les avais placées et dont le nombre ne me parutpas avoir diminué; j'ai conclu alors que les Fourmis avaient reconnu leur faute et se sont sagement remises à leurs occupations habituelles.
« Trompés également par les apparences les Fourmis emportent dans l'intérieur de leur Nid les petites Galles d'une espèce de Cynips; ces noix ont l'apparence d'OEul's, et ressemblent beaucoup aux semences de Fumana caprvolala (une espèce de Fumeterre) ; elles les joignent à leur provision, bien convaincues que ce sont de véritables graines.
« Je me suis souvent amusé à répandre, dans le voisinage du Nid, du Chènevis, des grains de Millet ou d'Avoine, qui sont de lourdes charges pour des Fourmis; il est curieux d'observer l'acharnement et la détermination avec lesquels elles veulent les emporter. Il n'est pas moins intéressant de voir, les jours suivants, les enveloppes de ces semences accumulées en tas au dehors du Nid. Quelquefois, après des averses, on y trouve quelques semences dont les germes ont été rongés (fig. 967 à 975).
« Souvent on reconnaît les Nids de VAtta barbara à la quantité de plantes qui croissent autour de ces déchets, car ce sont des plantes cultivées, étrangères aux garrigues couvertes de Cistes et de Lavandes. Elles proviennent des semences apportées par les Fourmis, et tombées là par hasard. De sorte que si l'on voit une portion de terrain de un à trois pieds de dimension, couverte des plantes suivantes,
LES FORMICIDES.
Fumeterre, Avoine, Ortie (Urtica membranacea), Véroniques (4 espèces), Mouron des oiseaux (Alsine média), Ensérine Çhenopodiurn), Oseille [Rumex bucephalopkorus), Souci {Calendula arvensis), Gueule de Loup (Anthirrinum orontium), Linaire {Linaria simplex) Cardamine (Cardamine hirsula) on peut être sur de trouver dans le voisinage une colonie de ces Fourmis.
« Ces plantes se trouvent quelquefois le long des bords des ravins minuscules et des crevasses de roche où ils étaient entraînés parles petits ruisseaux formés pendant la saison des grandes pluies, c'est ainsi que ces plantes interlopes se sont dispersées par hasard et sont amenées à entrer en compétition avec les véritables propriétaires du sol.
« L'AttaslructorelYAlta barbara n'emploient aucune matière pour la construction de leurs Nids, ils les creusent simplement dans la terre ou dans une roche sableuse et les grands amas formés principalement de substances végétales qu'on trouve souvent à l'entrée de leur Nid, ne sont autre chose que les déchets et les débris alimentaires de chaque établissement (fig. 966, p. 33). Ces amas, que l'on trouve toujours dans le voisinage de leurs Nids, consistent en partie en grainsde sable et en parcelles de terre jetées horsdu Nid, maisprincipalement en débris végétaux, c'est-à-dire en menue paille, en gousses, en capsules vides et autres choses semblables, dont la présence aurait trop encombré l'intérieur du Nid. Pendant qu'une légion d'Ouvrières est occupée à se procurer et à apporter les objets nécessaires, d'autres sont employées à classer et à trier ces matériaux, à débarrasser les graines de leurs enveloppes, et une fois cellesci épluchées, à les charrier hors du Nid. Aussi ces amas de débris atteignent-ils parfois, dans les endroits écartés, des proportions considérables.»
« En octobre 1873, j'ai trouvé, auprès de lentrée d'un Nid de ï'Atta structor, de ces amas de déchets, de forme arrondie, ayant vingt-sept pouces de diamètre et deux pouces d'épaisseur, et dont la composition laissait supposer qu'une grande quantité de graines devait se trouver dans le Nid. Dans le fait, en ouvrant quelques Nids et en les examinant de plus près, Moggridge trouva des amas de semences soigneusement cachées dans des pièces écartées dont le contenu albuminoïde était extrait à travers des trous percés dans l'enveloppe.
" Le sol des caves à grain était bien cimenté et se distinguait par son aspect du terrain environnant. Les pièces elles-mêmes étaient de différentes formes et de différentes grandeurs, la plupart de la grosseur d'une montre d'Homme or. Dans chacune se trouvaient environ 5 grammes de semences, et la quantité entière contenue dans un Nid, qui souvent se composait de quatre-vingts à cent pièces, pouvait être évaluée à une livre et plus. Ces semences proviennent parfois de plantes très différentes, et j'ai trouvé, par exemple, dans un des Nids que j'ai ouverts, des graines de douze espèces différentes de plantes, appartenant pour le moins à sept familles distinctes ; mais ce sont les graines des céréales cultivées, contenant le plus de matière alimentaire, qui sont de préférence recherchées par les Fourmis. »
« Dans un Nid à'Atla barbara, j'ai trouvé une cavité recouverte d'un dôme sphérique, d'un pouce environ de diamètre, dont les parois étaient construites en terre durcie d'environ deux lignes d'épaisseur et ayant une large ouverture circulaire au sommet et une très petite en bas (fig. 976 et 977, p. 49). Ce dôme était scellé à la hase dans la terre, mais il était facile de le détacher du sol; ses parois internes étaient polies avec une grande netteté. » Moggridge a présumé que cette chambre sphérique était originairement l'ouvrage d'un Scarabée, chambre que les Fourmis auraient intelligemment appropriée après l'éclosion de l'Insecte à leurs usages personnels. »
Quelles que soient ses origines, l'intérieur du dôme était employé comme grenier et était rempli, aussi bien que les passages adjacents, des graines d'une d'aminée (Tragus racemosus) encore enfermées dans leurs balles, parmi lesquelles se trouvaient quelques Fourmis à l'ouvrage.
Mais ce qui surprit le plus Moggrigde comme Lespès, c'est le procédé encore imparfaitement connu, employé parles Fourmis pourempêcher le grain de germer et de croître. Les semences ne sauraient rester longtemps sous terre, dans l'intérieur humide et chaud du Nid, sans commencer à germer, à s'épanouir en herbes et en plantes, ce qui ferait manquer le but auquel tendent les Fourmis. Et pourtant, c'est à peine si, dans vingt et un Nids fouillés par lui, Moggrigde trouva parmi des milliers de grains quelques échantillons qui eussent germé ; encore près de la moitié de ceux-ci étaient-ils