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LES CNÉTHOCAMPES OU PROCESSIONNAIRES

partir du quatrième anneau, une tache latérale blanche, du sixième au dixième anneau deux raies dorsales rouges un peu sinueuses, et sur le milieu de chacun des neuvième et dixième anneaux une verrucosité rouge-brique. Dans la première quinzaine de juin, la Chenille devient une Chrysalide d'un noir brunâtre qu'on peut apercevoir entre les feuilles dans un cocon transparent et libre.

Ce sont ces Chenilles qui ravagent en première ligne nos arbres fruitiers, et dont les masses souvent énormes témoignent de la négligence inexcusable du propriétaire de ces arbres ; il est, en effet, très facile en hiver ou au début du printemps de reconnaître ces Nids de Chenilles, et de les détacher pour les brûler; on a là sous la main un moyen bien aisé de venir à bout de ces ennemis de nos fruitiers. Qui veut préserver ses arbres à l'aide de l'échenilloir ne doit jamais négliger les buissons et les haies vives, car ce sont là les vraies places d'incubation de ces Insectes, qui recherchent surtout l'Aubépine.

C'est pour favoriser la destruction de ce Liparis qu'a été principalement édictée la loi sur l'échenillage dont nous avons parlé dans les généralités sur les Lépidoptères.

LE LII'ARIS DORÉ OU LE CUL DORÉ. — Lll'AKIS OU PORTIIESIA AURIFLVA.

Sehwan. — Gartenbirnspinner.

Caractères. — Ce Pombycide ressemble énormément au précédent; mais les touffes anales sont plus claires, plus dorées, et ce papillon mériterait à plus juste titre sa dénomination gauloise. En outre, le bord interne de l'aile antérieure est entouré de franges d'une longueur peu commune. |

Distribution géographique. — Comme S011

congénère, il habite toute l'Europe.

Mœurs, habitudes, régime. — L'histoire

de ses mœurs et de son développement est à peu près la môme; les pontes appelées quelquefois les Éponges, d'un jaune doré, se rencontrent moins dans les forêts que dans les jardins et sur les haies, et même là elles se montrent plus isolées. Toutefois, ces deux Liparides diffèrent essentiellement sur un point : après leur première mue, les Chenilles du Liparis auri/lua se dispersent, avant le début de l'hiver; chacune cherche isolément un abri dans une cachette, et file néanmoins autour d'elle un cocon blanc. Une fois à ma-

turité (fig. 1387), elle est noire, et elle porte une double raie de couleur vermillon le long du dos, une raie unique sur les pattes, une ligne blanche et sinueuse sur les côtés, et une touffe de poils noirs parsemée de blanc sur les quatrième, cinquième et dernier anneaux. Comme elle recherche moins que l'espèce précédente la société de ses semblables, elle peut échapper plus aisément aux engins destructifs ; jamais d'ailleurs cette espèce, à elle seule, ne saurait produire des dégâts aussi considérables que les précédentes.

LES ORGYES — ORGYA

Caractères. — Ces Papillons se distinguent parleurs antennes courtes, plumeuses chez les Mâles, dentées chez les Femelles, par leur corps grêle aux ailes amples et propres au vol chez les Mules, par leur corps gros aux ailes réduites à des moignons chez les Femelles; la trompe est avortée dans les deux sexes.

L'ORGYA ANTIQUE. — OltGYA AN TIQUA.

Caractères. — Chez le Mâle (fig. 1388), les ailes inférieures, brun de cuir, sont traversées par des bandes sinueuses et agrémentées d'une lunule blanche située vers l'angle interne ; les ailes inférieures d'un brun roux ont la frange jaune.

La Femelle (fig. 1389) d'un gris jaunâtre ne possède que des ailes rudimentaircs réduites à des moignons.

Distribution géographique. — C'est une espèce fort commune dans toute l'Europe.

Mœurs, habitudes, régime. — LeMâleVOle

en plein jour jusque sur nos promenades publiques pendant tout l'été. La Chenille (fig. 1390), tout à fait polyphage, vit sur une foule d'arbres et d'arbustes ; elle n'est pas rare même sur les Rosiers.

LES CNÉTHOCAMPES OU PROCESSION- NAIRES — CNETHOCAMPA

Caractères. — Les antennes sont pectinées jusqu'à la pointe dans les deux sexes, mais davantage chez le Mâle que chez la Femelle ; on ne voit pas de trace détrompe. Le thorax est extrêmement velu; les jambes postérieures n'ont que des éperons terminaux ; l'abdomen du Mâle est court eteonique, celui delà Femelle est long, cylindrique et se termine par des

LES PROCESSIONNAIRES DU CHÊNE

Fig. 1388.

Fig. 1389.

Fig. 1388. — L'Orgye antique, Màlo.

Fig. 13811. — La Femelle aptère.

Fig. 1390.

Fig. 1390. — La Chenil

Fig. 1388 il 1390. — Les Liparines (Orgye).

poils qui cachent lebourreletsoyeux entourant l'extrémité anale.

Les Chenilles pourvues de longs poils se détachant facilement et causant dans la peau une terrible urticalion, vivent en société dans des Nids et vont en procession chercher leur nourriture ; d'où leur nom de Processionnaires, donné par de Réaumur, appellation que le temps a consacrée.

LES PROCESSIONNAIRES DU CHENE OU CNÉTIIO- C IJII'ES PROCESSIONNAIRES. — CNETJIOC IU1' t PROCESSIONEA.

Eichen processionsspinner.

Caractères. — Le vêtement simple de ce Papillon est d'un gris brunâtre; les ailes antérieures se distinguent parquelques raies transversales plus foncées, qui sont plus accentuées et plus nettes chez le Mâle (fig. 1391) que chez la Femelle, moins sombre. L'aile postérieure, d'un blanc jaunâtre, se distingue par une raie transversale assez effacée, par les sept côtés qui la soutiennent, et par un crin qui la relie à l'aile antérieure soutenue par douze nervures.

Diatribution géographique. — Celte espèce

est répandue dans le sud et dans le nord-ouest de l'Allemagne ; elle est plus fréquente dans la plaine que dans la montagne, et d'aprèsSpeyer, elle ne s'étend pas au delà d'Ilaselberg. Elle se rencontre dans toute la France, de préférence dans les localités les plus sèches ; elle n'est pas rare aux environs de Paris et s'était même multipliée, il y a quelques années, au bois de Boulogne au point de devenir un danger.

llœurs, habitudes, régime. — Le Chêne ,

qui nourrit, comme on lésait, plus de Chenilles qu'aucune autre plante, reçoit par endroits la visite d'une Chenille intéressante et singulière ; si quelqu'une méritait à bon droit d'être appelée venimeuse, ce serait celle-là. Ses longs poils à pointe blanche, qui sous le microscope paraissent pourvus de ramuscules vers le haut, contiennent tellement d'acide formique qu'ils déterminent une brûlure et une démangeaison furieuses, même sur la peau la moins sensible. Il ne manque pasd'exemplesoù,pénétrantdans l'intérieur du corps d'un Homme ou d'un Animal, ces poils produisirent une inflammation grave des muqueuses, qui a pu déterminer la

LES PROCESSIONNAIRES DU CHENE

mort lorsqu'elle a été négligée; des Taureaux sont devenus complètement furieux à la suite de ces urtications.

La Chenille qui porte ces poils incendiaires se rencontre en mai et en juin; elle a la singulière habitude de se mettre en marche avec ses semblables, pour aller quérir la pâture, dans un ordre déterminé, qu'elle reprend pour retourner au Nid ; delà son nom de Chenille processionnaire. Elle éclôtau mois de mai, des OEufs que la Femelle a agglutinés, l'été précédent, en tas qui en renferment de 150 à 300, sur l'écorce des troncs de Chênes, au milieu de poils brungrisâtre qu'elle retire de son extrémité anale feutrée, ainsi que font les Femelles des diverses espèces du genre Porthesia. Du nombre des OEufs agglomérés dépend l'importance de la colonie, qui reste unie dans la communauté la plus intime, non seulement pendant les six semaines environ que dure l'existence des Chenilles, mais encore pendant la Nymphose.

«De toutes les républiques de Chenilles que je connais, dit Réaumur(l) qui a su admirablement observer ces Insectes au point de ne rien laisser glaner après lui, les plus considérables sont celles d'une espèce de Chenille qui vit sur le Chêne. Chacune de ces républiques, comme les autres dont nous avons parlé, n'est pourtant qu'une même famille, elle est de même formée de Chenilles nées d'un seul Papillon, mais c'est une famille bien nombreuse, il y en a telle qui est peut-être composée de plus de 600 et même de 700 à 800 Chenilles.

« Tant que ces Chenilles sont Chenilles, elles ne se quittent point, elles mangent ensemble, elles filent ensemble, elles se reposent ensemble; non seulement elles demeurent ensemble tant que dure leur vie de Chenille, elles restent encore toutes ensemble sous la forme de Chrysalide. Mais les Papillons venus de ces Chenilles se dispersent chacun de leur côté pour produire de nouvelles familles pareilles à celles dont ils ont fait partie.

» Pendant que les Chenilles de chacune de ces petites Républiques sont jeunes, elles n'ont point d'établissement fixe ; elles campent successivement en différents endroits du Chêne sur lequel elles sont nées ; elles s'y font des toiles sous lesquelles elles se tiennent peu de temps, et qu'elles abandonnent quand elles

(1) Réauinur, Mémoires pour servir à l'Histoire des Insectes. Paris, 1736, t. II, 4e mémoire : Des Chenilles qui vivent en société pendant toute leur vie, p. 179.

ont changé pour en aller filer d'autres ailleurs.

« Mais quand elles sont parvenues à avoir environ les deux tiers de la grandeur à laquelle elles doivent arriver, c'est-à-dire vers le commencement de juin, elles se font une habitation fixe, qui n'est abandonnée par ces Insectes qu'après qu'ils ont pris des ailes. Toutes les Chenilles se rendent un certain temps dans cette habitation ou dans ce Nid, le plus souvent elles s'y tiennent tout le jour; ce n'est guère que quand le soleil est près de se cou cher, qu'elles en sortent. Un Nid capable de contenir tant d'Insectes assez gros, et dans lequel ils doivent faire leurs opérations les plus difficiles, comme changer de peau, se transformer en Chrysalides et en Papillons, doit avoir de la capacité , aussi a-t-il une grosseur considérable.

« Ces Nids sont souvent appliqués contre des troncs de Chêne, quelquefois proche de la terre, quelquefois à sept à huit pieds de haut, assez souvent il y en a d'attachés contre une des principales branches qui partent de la tige.

« Leur figure n'a rien de singulier ni de bien constant ; ils forment sur l'endroit du Chêne où ils sont apptiqués une bosse pareille aux nœuds qu'on voit à ces arbres. Cette bosse est quelquefois semblable à un segment de boule ; quelquefois elle est trois à quatre fois plus longue qu'elle n'est large ; il y a de ces Nids qui ont plus de 18 à 20 pouces de longueur, 5 à 6 pouces de largeur et qui vers le milieu de leur convexité s'élèvent de 11 pouces et plus au-dessus de l'arbre. Plusieurs couches de toiles appliquées les unes sur les autres forment les parois de ce Nid.

» Entre le tronc de l'arbre et ces parois, est la cavité où les Chenilles vont se renfermer de temps en temps, qui n'est partagée paraucune cloison, de sorte que le Nid n'est qu'une espèce de poche.

« Au haut de la toile, près du tronc de l'arbre, elles ont un trou par où elles entrent et par où elles sortent quand il leur plaît.

« Malgré le grand volume de ces Nids, quoiqu'ils soient si peu rares qu'il y en a quelquefois trois ou quatre sur le même Chêne, quoiqu'altachés contre une tige nue et à hauteur des yeux, on ne les aperçoit que quand on cherche à les voir, autrement on les confond avec ces tubérosités, ces bosses de l'arbre auxquelles nous les avons comparés. La bosse

LES PROCESSIONNAIRES DU CHÊNE

Fie. 1394.

Fig. 1393.

Fig. 1393,

Fig. 1391. — Le Papillon.

Fig. 1392. — Sa Chenille.

Fig. 1393. — Région dorsale d'un anneau.

Fig. 1395.

, Fig. 1394. — Nid des Processionnaires

Fig. 1395. -- Cocon isolé.

I Fig. 1396. — Chrysalide.

Fig. 1391 à. 1396. — Les Liparines (Les Processionnaires du Cliêne).

Fig. 139Q.

qui les couvre devient d'un blanc grisâtre qui n'imite pas mal la couleur des Lichens dont les tiges des Chênes sont ordinairement recouvertes. Au reste, ce n'est guère que sur les grands Chênes qu'on les rencontre, ils sont ordinairement sur ceux qui sont proches des lisières, on n'en trouve guère sur ceux qui sont au milieu d'un grand bois. C'est au moins ce que j'ai observé dans les bois de Vincennes et de Boulogne où j'en ai trouvé un grand nombre.

« Je crois qu'il y a une très parfaite égalité entre les habitants de cette république ; ils

marchent pourtant ayant un chef à leur tête et ils suivent ses mouvements avec autant d'exactitude qu'ils pourraient faire, s'ils l'eussent choisi pour conducteur après avoir reconnu sa capacité. L'heure de sortir du Nid étant venue, il y a une Chenille qui se met la première en marche, une autre la suit et toutes suivent à la file. Ce n'est pas seulement en sortant de leur Nid qu'elles suivent la première qui s'est mise en marche, elles la suivent de même tant qu'elle est en mouvement; elles s'arrêtent toutes quand elle s'arrête, elles attendent pour marcher qu'elle recommence à.

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se mettre en route. Elles vont toujours en espèce de procession, aussi les ai-je nommées des Processionnaires ou des Évolutionnaires. J'en ai gardé pendant du temps chez moi à la campagne ; j'apportai une branche de Chêne qui en était couverte dans mon cabinet, et c'est là où j'ai mieux suivi l'ordre et la régularité de leur marche, que je n'aurais pu faire dans les bois. Je me suis amusé avec plaisir à la voir pendant plusieurs jours. J'attachai la branche sur laquelle je les avais apportées contre un des volets d'une de mes fenêtres. Quand les Feuilles se furent trop desséchées, quand elles furent devenues trop coriaces pour les dents des Chenilles elles tentèrent d'aller chercher ailleurs de meilleure nourriture.

« Il y en eut une qui se mit en mouvement, une seconde la suivit en queue, une troisième suivit celle-ci et ainsi de suite ; elles commencèrent à défiler et à monter le long du volet, mais étant si proches les unes des autres que la tête de la seconde touchait le derrière de la première.

« La file était partout continue, elle formait un véritable cordon de Chenilles sur unelongueur d'environ deux pieds; après quoi la file se doublait, les deux Chenilles marchaient de front, mais aussi près de celle qui les précédait que l'étaient les unes des autres celles qui marchaient une à une. Après, quelques rangs de nos Processionnaires qui étaient de front. Enfin il y en avait des rangs de cinq, d'autres desix, d'autres de sept, d'autres dehuit Chenilles, etc.

«Celles d'un rang étaient toujours si proches les unes des autres qu'elles paraissaient appliquées les unes contre les autres parallèlement à leur longueur; il n'y avait ni intervalle entre les différents rangs ni entre celles de chaque rang.

«Cette troupe si bien ordonnée était conduite parla première ; s'arrêtait-elle, tout s'arrêtait; recommençait-elle à marcher, tout se mettait en mouvement et la suivait exactement, soit qu'elle allât le long d'une ligne droite, soit qu'elle allât par une ligne tortueuse à un terme où elle aurait pu arriver par une ligne plus courte. Dans la marche que je décris, dans la première queje leur vis faire, la Chenille de la tête monta jusqu'au volet et ensuite elle descendit, toutes montèrent jusqu'où elle avait monté et la suivirent pendant qu'elle descendait comme elles l'avaient suivie pendant qu'elle montait.

« Je lui présentais une branche de Chêne fraîche, elle se rendit dessus, les autres s'y rendirent aussi, alors les rangs se formèrent autrement, ils se fortifièrent : les Chenilles se distribuèrent sur les feuilles, mais elles s'y tinrent contiguês les unes aux autres, leurs corps se touchant dans toute leur longueur; elles restèrent toujours placées ainsi pendant qu'elles rongèrent les nouvelles feuilles qui leur avaient été offertes.

«Lelendemain, les feuilles delabranche commençant à se dessécher, elles les quittèrent; une d'elles se rendit encore sur le volet, elles la suivirent.

« Celle qui conduit la troupe ne m'a jamais paru différente en rien des autres qui prennent apparemment pour conductrice celle qui veut se donner pour telle. L'ordre de la seconde marche ne fut pas le même que celui de la marche du jour précédent ; toutes se mirent en file une à une, mais toujours si proches les unes des autres que le derrière de celle qui devançait était touché par la tête de celle qui suivait. Celle qui était à la tête fit tout le tour du bord du volet, ainsi le volet se trouva avoir une bordure de Chenilles. Ce contour ne suffisaitpas pour les contenir toutes, la conductrice prit ensuite sa route vers le milieu du volet, elle suivit des chemins contournés qui se trouvèrent tous marqués par un cordon de Chenilles. Je lui présentai une nouvelle branche sur laquelle elle se rendit, et où elle fut suhie par toutes les autres.

«J'ai vu durer ce manège pendant plusieurs jours : il donnait un amusant spectacle à tous ceux que j'avais chez moi à la campagne; mais enfin mon troupeau de Chenilles eut enfin une plus habile conductrice que celle des jours précédents. Lorsque je voulus les voirie matin, je ne les trouvai plus sur la branche du Chêne ; cela m'était déjà arrivé quelquefois, mais alors je les rencontrais arrangées quelque part, soit sur le plafond soit sur la tapisserie de mon cabinet : pour cette fois, je les cherchai inutilement, leur guide avait apparemment trouvé un chemin par lequel elle les mena dans des endroits qui leur étaient plus convenables que mon cabinet.

« Au reste je n'ai décrit que les ordres de leurs marches les plus simples ; elles les varient extrêmement. Quelquefois je différais à dessein de plusieurs heures à leur présenter une non velle branche de Chêne, et alors ce petit corps d'armée faisait une infinité d'évolutions tout à

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fait singulières, il se formait sous une infinité de formes différentes. Mais il était toujours conduit par une seule Chenille, la tôle du corps était toujours angulaire, le reste était tantôt plus tantôt moins développé.

«Quelquefois, comme je l'ai dit, les Chenilles étaient a la file une à une, quelquefois i) y avait des rangs de quinze à vingt Chenilles.

« Ce qui se passait dans mon cabinet se passe tous les jour5 dans les bois où sont nos Chenilles, c'est un vrai spectacle pour qui aime l'Histoire naturelle, que de se trouver dans les jours chauds d'été vers le coucher du soleil dans un bois où il y a plusieurs lits de nos Processionnaires sur des arbres peu éloignés les uns des autres. Quand le soleil est près de se coucher, on en voit sortir une de quelque Nid par l'ouverture qui est à la partie supérieure et qui suffirait à peine à en laisser sortir deux de front.

« Dès qu'elle est sortie, elle est suivie à la file par plusieurs autres ; arrivée environ à deux pieds du Nid, tantôt plus près pourtant et tantôt plus loin, elle fait une pose pendant laquelle celles qui sont dans le Nid continuent d'en sortir ; elles prennent leur rang, le bataillon se forme ; enfin la conductrice marche et tout la suit. Ce qui se passe dans ce Nid se passe dans tous les Nids des environs; on les voit tous se vider à la fois, l'heure est venue où les Chenilles doivent aller chercher de la nourriture, où elles doivent aller ronger les feuilles du Chêne. Ainsi c'est pendant la nuit qu'elles se promènent, qu'elles mangent ; pendant le jour, et surtout pendant les jours chauds elles se tiennent en repos dans leur Nid.

«On en trouve pourtant quelquefois en plein midi sur des troncs ou sur des branches de Chêne, mais alors elles y sont ordinairement plaquées les unes contre les autres sans se donner aucun mouvement, d'où il arrive qu'il est difficile de les y apercevoir quoiqu'elles y occupent une assez grande surface, qu'elles y forment une assez grande plaque. Quelquefois, au lieu d'être simplement couchées les unes à côté des autres, elles sont les unes sur les autres, elles y sont comme lacées, les supérieures se contournent sur les inférieures; elles forment ainsi diverses masses assez singulières.

« Quand elles sont dans le Nid, elles y sont aussi arrangées de quelques-unes de ces manières.

« Elles s'y vident d'une partie de leurs excré-

ments qui tombent, au fond, elles n'évitent pourtant pas d'en faire tomber sur la toile des parois, peut-être même le cherchent-elles; ils s'y embarrassent et servent à épaissir et à fortifier l'enveloppe du Nid.

« Il se peut bien qu'il arrive quelquefois des partages dans les familles de nos Processionnaires, j'en ai chez moi qui se sont séparées au bout de quelques jours en deux bandes qui ne se sont jamais réunies. D'ailleurs, j'ai quelquefois trouvé des Nids qui n'avaient pas plus de cent Chenilles, ce pouvait bien être des démembrements de familles plus nombreuses.

« Il semble qu'elles ne songent à faire un Nid solide que lorsqu'elles sentent que le temps de leur Métamorphose approche.

« En commençant ce Nid elle lui donne toutes les dimensions, au moins en largeur et en épaisseur, qu'il doit avoir ; mais il leur arrive quelquefois del'allongerquand ellesne trouvent pas assez de ce que j'appelle l'épaisseur du Nid, c'est la distance de la toile à l'écorce de l'arbre. Celte épaisseur du Nid, cette distance de la toile à l'arbre ne laisse pas de supposer une force d'industrie ; car comment une toile mince peut-elle prendre une certaine courbure et se soutenir dans un certain éloignement du tronc qu'elle ne touche que par les bords.

« Si tous les Nids étaient posés horizontalement au-dessous des branches, il n'y aurait en cela rien de difficile à concevoir; il n'en est pas de même dès que le Nid est posé verticalement contre une tige d'arbre et que son épaisseur en certains endroits est beaucoup plus considérable que ne l'est la longueur du corps d'une Chenille ; car il suit de là que la Chenille ne saurait être posée sur l'arbre quand elle construit la partie du cintre qui s'en éloigne le plus, il faut qu'elle soit sur le Nid commencé, et que la portion, la dernière faite et sur laquelle la Chenille est posée, serve d'appui à la portion qu'elle veut faire cintrée, qu'elle veut tenir plus éloignée de l'arbre. Il est rare qu'on voie quelques-unes de ces Chenilles occupées pendant le jour à travailler après ce Nid. La nuit, qui est le temps pendant lequel elles mangent, est aussi apparemment celui du fort de leur travail.

« Elles ont encore une fois à changer de peau après avoir commencé à se faire un Nid. Lorsque ce temps est arrivé, elles cramponnent leurs pieds contre la toile qui le renferme et ordinairement contre la surface intérieure de cette toile ; la dépouille y reste accrochée

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plusieurs centaines de dépouilles pareilles, qui se trouvent successivement attachées à la toile, épaississent et fortifient l'enveloppe d'autant plus que par la suite les Chenilles les lient encore avec de nouveaux fils.

« Elles fortifient aussi journellement la toile de leur Nid en y étendant de nouvelles couches de fils. Le tissu que j'avais trouvé très peu serré un jour me paraissait moins transparent le jour suivant, et au bout de sept ou huit jours il était entièrement opaque.

« Pour se préparer à un changement de peau qui précède le dernier ou celui qui se fait dans le Nid, elles se lacent de la façon singulière que nous avons fait représenter. J'en emportai chez moi d'ainsi lacées dans un temps où je n'avais point encore vu de Nid sur les arbres, elles se laissent transporter sans se donner aucun mouvement.

« Rendues chez moi, elles ne s'en donnèrent pas davantage, elles ne tentèrent point d'aller sur les feuilles, elles restèrent pendant vingtquatre heures comme mourantes, après quoi quelques-unes commencèrent à quitter leur peau ; en six heures de temps elles se défirent toutes des leurs, aussi n'y a-t-il point de Chenilles sur lesquelles il m'ait été plus aisé d'observer comment elles se tirent de leur enveloppe.

« Quand elles viennent d'en sortir, leurs poils sont extrêmement blancs comme nous l'avons déjà dit, elles sont encore plus de vingt-quatre heures après la dépouille quittée sans prendre de nourriture. C'est dans leur Nid queces Chenilles doivent perdre leur forme et devenir Chrysalides.

« Pour se préparer à ce changement, elles se filent chacune en particulier une coque, elles joignent à la fois tous leurs poils, qu'elles emploient pour la former ; aussi si on ouvre une coque avant que la Chenille se soit métamorphosée, la Chenille est méconnaissable parce qu'elle est toute rasée. Pendant qu'elles ont vécu en Chenilles, elles ont toujours été ensemble et pour ainsi dire appliquées les unes contre les autres. Pendant qu'elles sont Chrysalides, elles sont pareillement appliquées les unes contre les autres autant qu'il est possible, les coques sont posées les unes contre les autres et toutes parallèles les unes aux autres.

« L'assemblage de ces coques forme un gâteau dont l'épaisseur est égale à la longueur d'une coque etdont les autres dimensions sont aussi grandes que le permet l'étendue inté-

rieure du Nid ; mais ordinairement l'étendue du Nid ne permet pas que toutes les Chenilles disposent leurs coques dans un seul gâteau, elles en font un second et quelquefois un troisième, ils sont à peu près parallèles les uns aux autres, et se touchent par quelques endroits. Entre ces gâteaux et les parois du Nid, il y a ordinairement une couche d'excréments assez épaisse qui ont été jetés parles Chenilles avant qu'elles travaillassent à leurs coques.

« Souvent même il arrive que plusieurs colonies, qui se rencontrent dans leurs expéditions, se réunissent en une seule. Dès le premier soir de leur naissance, elles sortent en petit nombre, l'une derrière l'autre, à la manière des Oies en marche, ou bien en nombre plus grand s'avançant en forme de coin, l'une en avant, les rangs suivants marchant par couples, puis par rangées de trois, de quatre, et ainsi de suite ; elles se dirigent ainsi vers la couronne des arbres, pour chercher leur pâture sur les feuilles dont elles ne peuvent attaquer tout d'abord que la face inférieure, ainsi que toutes les Chenilles très jeunes. Reprenant l'ordre dans lequel elles sont venues banqueter, elles s'en vont, après le repas, regagner quelque endroit abrité sur le tronc de l'arbre; elles choisissent de préférence les aisselles des branches, ou bien elles descendent assez bas. Là, elles installent leur domicile, et elles reposent serrées étroitement l'une contre l'autre; quand elles sont plus grandes, elles se placent, non seulement l'une a côté de l'autre, mais encore l'une sur l'autre, et elles filent autour d'elles un tissu lâche. Au début, elles changent fréquemment leur installation de place; plus tard, au contraire, elles demeurent à poste fixe, et la coque s'épaissit par le dépôt des mues et par les déjections qui y restent fixées : elle prend alors l'aspect que nous avons représenté (fig. 1394, page 325), et de loin on peut la prendre pour une excroissance bosselée du tronc d'arbre. Le vent dissémine les poils caustiques empaquetés dans cette poche, et les sème dans l'herbe que vient paître le bétail; ou bien, en voltigeant dans l'air, ces poils peuvent arriver dans la bouche des bûcherons en train de déjeuner auprès d'arbres habités par ces Chenilles.

« A la nuit tombante, ces Chenilles quittent leur Nid, à la partie inférieure duquel on peut remarquer un orifice d'entrée et de sortie, pour grimper le long de leur route habituelle; ces expéditions se répètent fous les soirs, sauf pen- I dant les deux jours de souffrance qui accompa-

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