ÉDUCATION DU VER A SOIE EN CHINE
(Fac-similé d'une gravure japonaise.)
LE BOMBYX DU MURIER
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préférer, n'est pas le Mûrier noir, mais une variété du Mûrier blanc; il serait aussi fort estimé par les Chinois.
M. Robinet a fait des expériences comparatives qui démontrent la balance à la main la supériorité de l'alimentation faite avec des Mûriers non greffés.
On a cherché bien des succédanées au Mûrier : la Ronce sauvage, le Rosier, l'Orme, l'Ortie, l'Epine-vinette, le Pissenlit, la Pariétaire, la Laitue, l'Érable de Tartarie, la Scorsonère et enfin la Cameline, ont été tour à tour essayés; d'après Bonafous, la plupart de ces végétaux peuvent certainement nourrir temporairement les' Vers à soie, mais ils ne peuvent alimenter cet Insecte depuis sa naissance jusqu'à sa métamorphose; seul le Maclura aura?itiaca, arbre de la famille des Mêrées originaire de l'Amérique du Nord, peut remplacer le Mûrier.
Les OEufs pondus par les Femelles du Bombyx du Mûrier constituent ce que les magnaniers appellent la graine de Vers à soie; un usage séculaire consiste à prendre pour unité servant de bases à toutes les évaluations l'once de graine (23 à 30 grammes) ; ainsi on dit qu'un magnanier élève tant d'onces de Vers à soie, qu'une éducation a rendu tant de kilogrammes de cocons à l'once, etc., l'once est donc l'unité de mesure séricicole. Une once de graines contient environ 30,000 œufs (31,168). Tous les chiffres que nous mentionnerons se rapportent donc à l'once.
Écioaion. — Lorsqu'arrive le printemps, lorsqu'au mois de mai les Mûriers commencent à entr'ouvrir leurs bourgeons, le magnanier sort sa graine de la cave où il l'avait conservée pendant l'hiver et la soumet pendant une douzaine de jours à une température croissante de 14, to, 16, 17, 18, 19, 20 et même 21 et 22 degrés Réaumur, soit en l'enfermant dans une étuve, soit en la laissant à l'air libre et en chauffant l'atelier tout entier ; il paraîtrait plus logique de laisser l'éclosion se faire naturellement; mais il y aurait à cela de graves inconvénients, les jeunes Vers à soie naîtraient successivement, se développeraient ensuite les uns hâtivement, les autres tardivement, et le plus grand désarroi régnerait dans toute l'éducation; la nécessité d'une éclosion régulière s'impose même à tel point qu'il est recommandé par les plus habiles Sériciculteurs de jeter les Vers qui éclosent prématurément.
La graine de bonne qualité est d'un beau
gris d'ardoise; du huitième au dixième jour de l'incubation, elle prend une teinte plus claire et l'éclosion approche; elle s'échelonne pendant plusieurs jours; il convient alors de classer les éclosions jour par jour afin d'assurer l'égalité des Vers et par là, la régularité de l'éducation. Les Vers naissant d'une once doivent occuper un espace d'environ 50 centimètres carrés. Pour recueillir les jeunes Vers, on recouvre la graine d'un papier percé de trous ou papier-filet sur lequel on dispose quelques branches de Mûrier; les Japonais, dont la patience est proverbiale, recueillent les jeunes Vers avec de petites plumes ou de fins bâtonnets, mais ils préfèrent les faire tomber doucement en secouant à petits coups les carions chargés de graine. Une fois les rameaux chargés de Vers on les enlève délicatement avec de petits crochets et on les dispose sur les emplacements qu'ils doivent occuper; puis on les alimente régulièrement : six à huit repas de cinq heures du malin à minuit pour éviter la dessiccation, soit avec de jeunes feuilles tendres, soit avec des feuilles hachées menu, soit avec des chatons lorsque les feuilles de Mûrier ne sont pas encore développées ; on distribue les feuilles le plus équitablement possible de manière à ce que chaque sujet puisse atteindre sans effort sa provende et consommer autant que son voisin.
Il importe, règle générale, de ne pas alimenter les Vers à soie pendant toute la durée de l'éducation avec des feuilles mouillées par la pluie ou trempées de rosée ; les Japonais cueillent leurs feuilles le matin ou le soir, mais jamais pendant la grosse chaleur du jour, et pour qu'elles sèchent naturellement et facilement, ils suspendent les rameaux à de petites cordes (fig. 1416) sous les auvents de leur maison; d'ailleurs, en gens soigneux, lorsque les feuilles sont couvertes de poussière, ils prennent soin de les laver ; sage précaution que feraient bien d'imiter les éleveurs de France et d'Italie qui ne craignent pas d'offrir en pâture à leurs Vers des feuilles poudreuses, cueillies au bord des routes. Souvent aussi les éducateurs européens ne produisant pas eux-mêmes toute la nourriture nécessaire à leurs éducations achètent sur les marchés des feuilles de Mûrier entassées sans précaution et qu'on donne froissées, fripées, fanées, souvent même avariées aux malheureux Vers ; cependant, on devrait se souvenir que de la bonne qualité des feuilles dépend le succès de l'élevage.
LE BOMBYX DU MURIEB
Le jeune Ver, qui mesurait à sa naissance environ 1 ligne (2mm,256), atteint au bout de 6 jours une taille de 4 lignes et son poids est devenu 14 fois plus considérable; c'est du cinquième au sixième jour que s'effectue la première mue qui termine le premier âge ; on appelle âge chaque période du développement du Ver à soie que termine une mue. Pendant ce premier stade, les jeunes provenant d'une once de graine ont consommé en chiffres ronds 6 livres de feuilles soigneusement triées et débarrassées des tiges. Lorsque le corps devient luisant et que sa partie antérieure grossit, lorsque l'appétit diminue, on est certain que la période critique de la mue approche, on délite promptement, c'est-à-dire on change les Vers de tables en les faisant grimper à des rameaux couverts de feuilles tendres afin d'éviter que nombre de Vers ne soient enfoncés dans la litière; ils devront alors occuper un espace mesurant 2m,38 carrés environ.
La mue effectuée, commence le second âge. On attend que le plus grand nombre soit sorti de celte phase critique avant de commencer à donner de la nourriture ; un jeûne de quelques heures, qui n'est nullement préjudiciable, permet d'assurer la régularité du développement de la chambrée en empêchant les plus hâtifs de prendre une avance sur les retardataires. On se hâte alors de répandre de la feuille tendre ou de la feuille coupée sur des feuilles de papiers percés de trous ou papier-filet, à travers les mailles desquelles les jeunes Vers affamés passeront facilement; au Japon on préfère les filets; on les emploie également en Europe. On délitera au fur et à mesure que le besoin s'en fera sentir, par le même procédé, afin de répartir les Vers sur un plus grand espace. Les élèves provenant d'une once de graines doivent être répartis peu à peu sur un espace de 4m,76 carrés; le nombre des repas pourra vers la fin être réduit à quatre.
Le second âge s'étend du sixième au neuvième jour; chaque Ver mesure 6 lignes et son poids devient cinq fois plus considérable. Durant ce second stade, les Vers nés d'une once de graines ont dévoré en moyenne 18 livres de feuilles, distribuées en quatre repas par jour.
La seconde mue effectuée, les Vers à soie entrent dans leur troisième âge qui s'étend du dixième au quinzième jour, et leur accrois-
sement de volume nécessite une répartition sur un espace de plus en plus considérable. Lorsqu'on opérera les déhtements dont le nombre sera proportionné à l'état plus ou moins aqueux de la litière, un espace de 1 1 m , 30 carrés sera nécessaire pour assurer le développement des Vers qui, éclos d'une once de graines, ont dévoré 60 livres de feuilles de Mûrier, chaque Ver ayant atteint environ 12 lignes, et son poids ayant quadruplé.
La troisième mue accomplie commence le quatrième âge qui dure du seizième au vingtdeuxième jour; l'accroissement devenant de plus en plus rapide, la consommation de feuilles augmente journellement, 180 livres en six jours, les déjections deviennent plus volumineuses, et les débris de feuilles s'accumulent de plus en plus, d'où nécessité de déliter à des intervalles rapprochés, afin d'éviter que les litières épaissies n'entrent en fermentation; c'est à ce moment que les règles de l'hygiène doivent être le plus scrupuleusement observées ; la ventilation doit être fort active; la température ne devra jamais s'élever au delà de 17 à 18 degrés Réaumur; l'espacement des Vers doit être assez grand pour éviter qu'ils ne soient contraints à dévorer des feuilles souillées par les déjections de leurs voisins; 26m,80 carrés sont nécessaires, et ce chiffre est un minimum pour assurer une bonne répartition des Animaux; en effet, la taille atteint déjà un demi-pouce, et le poids a quadruplé.
La quatrième mue survenue, qui est la phase la plus critique de l'évolution des Vers à soie, le cinquième âge, le plus long et le plus important, débute et dure du vingttroisième jour au trente et unième jour. C'est le moment de la grande consommation, de la frèze selon l'expression consacrée : 1098 livres de feuilles en 9 jours. Peu à peu les Vers deviennent jaunes, à dos luisant, à museau rouge clair; ils deviennent 40 fois plus grands qu'à la sortie de l'Œuf, et acquièrent bientôt un poids 9000 fois plus considérable qu'à la naissance. Il n'est pas d'exemple parmi tous nos Animaux domestiques d'un accroissement aussi rapide, d'une précocité plus grande ; que deviendrait un Veau s'il était capable en 30 jours de devenir 90Û0 fois plus pesant que le jour où il est venu au monde ; les monstres de la fable seraient de chétifs pygmées.
Vers le trente-deuxième jour, ou dixième
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Fig. 1416. — Manière de faire tomber au Japon la rosée des branches de Mûrier, avant de les donner aux Vers à soie.
jour du cinquième âge, le corps devient transparent et ces Animaux manifestent une grande inquiétude; ils courent sur les feuilles sans les manger, errent sur le bord des tables, en agitant la partie antérieure de leur corps ; ils sont alors prêts à filer leur Cocon, et il faut se hâter de leur donner les moyens de construire leur retraite.
La préparation des coconnières est une chose importante. Tantôt on se contente de mettre à leur portée des fagots, des bruyères, en pratiquant au-dessus des tables ce qu'on appelle Yencabanage, c'est à dire l'arrangement des fagots ou bruyères en haies recourbées ou cabanes; tantôt, on emploie des coconnières artificielles ou casiers cellulaires qui offrent des Brehm. — VIIT.
avantages considérables. Chaque cellule en effet ne donne au Ver que l'espace rigoureusement nécessaire pour confectionner son Cocon ; de la sorte il ne gaspille pas une grande quantité de soie pour construire le réseau, sorte de hamac, au centre duquel il suspend son Cocon, et n'est pas tenté de s'associer à son voisin pour confectionner un Cocon double; ainsi se trouve augmenté, lors du dévidage, le rendement en soie.
Les Cocons doubles sont loin d'être exceptionnels; suivant les pays et suivant les années leur proportion varie de 4 à 10 p. 100; ils se présentent parfois avec l'apparence d'un Cocon unique et fournissent néanmoins deux Papillons. Il est des cas où les Vers se réunissent à Insectes. — 136
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trois et même quatre pour se confectionner une demeure commune. Ces Cocons doubles ou multiples, ne pouvant se dévider, causent une perle très sensible dans certaines éducations.
La matière textile s'écoule de la filière, éminence conique située au milieu de la lèvre inférieure par deux orifices microscopiques; elle pourrait s'étirer en deux fils isolés et libres, s'ils n'étaient accolés l'un à l'autre par une matière agglutinante, nommée le grès, qui est sécrétée par une paire de très petites glandes situées dans la tête.
La longueur de fil utilisable donnée par chaque Chenille peut être comprise entre 300 et 500 mètres, pesant de 1/10 à 2/10 de gramme; mais la longueur réelle du fil qui s'échappe de la filière mesure de 8U0 à 1200 mitres. Il faudrait donc, pour obtenir 1 kilogramme de soie, 1000/0,0015 == 6,666 vers en moyenne, si tous venaient à bien et remplissaient leur carrière, et c'est à peine si la moitié réussit, même dans les années normales. 11 faut donc compter sur plus de 12,000 Chenilles pour 1 kilogramme de substance soyeuse, et comme toute celle-ci ne peut être transformée en fil continu, qu'on ne peut faire moins de 30 à 33 p. 0/0 de déchet du poids des Cocons à dévider, il n'est pas exagéré d'admettre que, pour chaque kilogramme de fil grége, il faut mettre au moins 15,000 OEufs à éclore.
Or, on a avancé, d'après des calculs approximatifs plus ou moins ingénieux et précis, que le monde entier produisait annuellement ,'!(), 000, 000 de kilogrammes de soie, auxquels concourent certaines petites races comme celle des Indes Orientales, qui ne donnent pas un tiers du poids de nos Vers ordinaires : qu'on juge d'après cela du nombre des Insectes à élever.
Si les chiffres précédents ne peuvent être facilement contrôlés, l'exactitude des suivants est généralement reconnue. L'industrie française consomme actuellement (1874) 4 millions de kilogrammes de soie grége nécessitant par conséquent l'élève d'une masse d'Insectes représentée par 4, 00U,OuO X 15,000 = 60,000,000,000.
A mesure que les glandes sérigicènes se vident, letissu du Cocon s'épaissitgraduellement, enferme le corps du Ver à soie toujours de plus en plus étroitement et finit par le dérober entièrement aux regards. Pendant quelque temps encore on perçoit à l'oreille l'activité du tisserand, jusqu'à ce qu'enfin le silence indique
son repos absolu; la dernière mue qui accompagne la transformation de la Chenille en Chrysalide est accomplie.
Les Vers à soie terminent leur Cocon dans l'espace de trois jours et demi au plus.
C'est après cette période qu'on peut procéder au décoconnage, c'est-à-dire à l'enlèvement des Cocons des bruyères et des coconnières. Généralement on pratique cette opération sept ou huit jours après la montée, afin d'être sûr que tous les Vers ont sécrété toute leur soie et même accompli leur transformation en Nymphe. On débarrasse avec soin les Cocons de la bourre qui les entoure et on les soumet à une chaleur modérée d'un four ou de la vapeur d'eau pour étouffer les Chrysalides lorsqu'on veut les livrer au filateur ; sans cela, le Papillon éclorait et, en sortant de sa coque, la mettrait hors de service, les Cocons dits percés n'étant guère utilisables que par le cardage.
Le premier soin consiste à dévider de dehors endedanslepeloton creux, sous la formeduquel se présente ce tissu. Dans ce but, on agite les Cocons dans de l'eau presque bouillante à l'aide de vergettes jusqu'à ce que la matière gluante, ou grès, qui agglutine les fils se ramollisse, et permette de saisir les bouts. Les Cocons ainsi préparés sont mis dans un autre vase, rempli d'eau seulement tiède, et qui se relie avec un dévidoir dont la disposition varie.
Comme le fil provenant d'un Cocon unique serait trop fin, on dévide à la fois ceux de trois à huit Cocons ou même davantage suivant les besoins ; ces fils passent sur les « guides du dévidoir » à travers des anneaux de verre et la matière gluante qu'ils retiennent encore les accolle en un fil unique. Dans ce travail, effectué généralement par des femmes, on doit veiller à la régularité du fil qui s'amincit à mesure qu'il provient des parties les plus internes du Cocon; il faut donc, quand on arrive à la fin de chaque Cocon, lui adjoindre un nouveau fil.
L'enveloppe immédiate de la Chrysalide ne peut être dévidée, et reste sous la forme d'une membrane parcheminée.
Dix à seize kilogrammes de Cocons frais, c'est-à-dire « verts », ou bien sept à neuf kilogrammes de Cocons cuits fournissent, une fois dévidés, un kilogramme de soie brute, dont la manipulation ultérieure implique des traitements particuliers.
Pour choisir les reproducteurs on elfectue
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un triage méthodique. Il n'y a point de signes certains pour distinguer les Cocons qui doivent donner les Papillons Mâles de ceux qui contiennent les Papillons Femelles ; cependant, règle générale, le Cocon le plus petit, pointu d'un ou des deux côtés et serré dans son milieu, contient ordinairement un Mâle; celui qui est très rond aux extrémités, gros et peu serré ou pas du tout dans son milieu, contient ordinairement une Femelle.
Le choix des Cocons que l'on doit conserver pour produire la graine est une opération des plus délicates ; autrefois, alors que les magnaneries n'avaient pas été envahies par les terribles maladies dont nous parleronsplus loin, on pouvait choisir ses Cocons dans les éducations ordinaires; aujourd'hui, pour être certain d'avoir des graines saines, on est obligé de procéder à des éducations spéciales conduites avec un soin extrême. On choisit les Cocons un à un pour s'assurer s'ils sont durs, résistants aux doigts, d'une forme régulière ; on les assemble en chapelets et on les suspend dans une chambre où la température se maintient entre 15 et 18° degrés en conservant une légère humidité.
A une température de 15° Réaumur, les Papillons éclosent le quinzièmejour;à la et 18° ils sortent le onzième et le douzième jour. L'éclosion a lieu le matin ordinairement entre six et neuf heures ; on est averti que le Papillon est prêt à sortir lorsqu'on aperçoit une extrémité du Cocon mouillée. Souvent en moins d'une heure le Papillon a percé le Cocon. On dit toujours que le Papillon perce son Cocon, bien que l'on ait constaté depuis très longtemps qu'il était incapable de perforer le tissu résistant de sa demeure; rejetant un ilquide capable de ramollir la soie, il se borne à écarter les fils sans les rompre. La constatation de ce fait a permis de les dévider, grâce à un artifice ingénieux. C'est la pénétration de l'eau à leur intérieur qui, amenant une surcharge considérable qui s'oppose au dévidage en déterminant la rupture du fil. M. le docteur H. Forgemol, M. Le Doux ont su inventer des procédés spéciaux de dévidage ; ce dernier notamment a imaginé d'introduire dans ces Cocons des Chrysalides artificielles en caoutchouc vulcanisé qui en occupent la capacité et s'opposent à l'entrée de l'eau.
Les Femelles se distinguent aisément au volume de leur abdomen qui est le double de celui des Mâles ; à la faible pectination de leurs
antennes, à la tranquillité de leur caractère ; les Mâles plus sveltes, pesant moitié moins que les Femelles, aux antennes fortement pectinées, sont dans une perpétuelle agitation et quoique incapables de soutenir leur vol, battent continuellement des ailes lorsque la lumière les frappe; aussi pour les calmer a-t-on l'habitude de laisser l'accouplement se faire dans une chambre obscure.
A peine sortis des Cocons, nos Bombyx rejettent un méconium roussâtre, et les Mâles recherchent leurs compagnes; lorsque le rapprochement a eu lieu, on transporte délicatement chaque couple sur les papiers ou les toiles sur lesquels doit s'effectuer la ponte, en rejetant tous les individus mal conformés. Il semblerait logique de laisser la séparation des sexes se faire naturellement, cependant on a coutume de ne laisser durer l'accouplement que six à sept heures et on jette les Mâles pour laisser les Femelles en repos.
La ponte commence presque aussitôt, et en trente-six ou quarante heures elle est presque achevée ; souvent on ne recueille que les OEufs pondus pendant les premières vingt-quatre heures.
Au bout de huit ou dix jours les Œufs, toujours de forme lenticulaire, perdent leur couleur jonquille, deviennent gris roussâtre et enfin couleur d'ardoise, ce qui indique qu'ils ont été bien fécondés.
Ce septième âge passé, l'évolution complète du Ver à soie est terminée : les Sériciculteurs n'ont plus qu'un souci, celui de conserver en bon état la graine qu'ils ont récoltée euxmêmes; malheureusement ils suivent pour la plupart une coutume invétérée, qui dans ces dernières années de crise, s'est généralisée : ils achètent au printemps la graine nécessaire à leurs éducations.
De tout temps, certainement, il s'est fait en France, comme en Italie et en Espagne, un commerce de graines, et il n'existait pas un seul centre séricicole où l'on ne citât quelque graineur en réputation ; mais ce commerce s'exerçait sur une si petite échelle, qu'il méritait à peine ce nom. C'étaient des magnaniers qui soignaient tout particuliôrementune petite chambrée et dont ils consacraient les Cocons à la reproduction. D'autres se bornaient, en faisant la graine dont ils avaient besoin pour eux, à faire en même temps la provision de leurs parents et amis. Il n'y avait pas des graineurs de profession, des spéculateurs en OEufs
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de Vers à soie, mais des marchands de graines de circonstance. La masse des éleveurs produisait alors sa graine tant bien que mal, et la somme d'OEufs provenant des achats et des ventes ne formait qu'un imperceptible appoint à la consommation générale. Enfin l'once de graine se payait, en moyenne, chez les gens qui passaient pour avoir la main heureuse, trois francs environ.
Ainsi constituée, l'industrie séricicole se trouvait dans ses conditions normales. L'épidémie d'abord vint y apporterun trouble profond en rendant très difficile, très incertain, le grainage domestique. Il ne suffisait plus, comme avant la maladie, pour obtenir des graines saines, de prendre à peu près les premiers Cocons venus ; il fallait trouver une chambrée bien réussie, apporter dans le choix des Papillons une sévérité extrême, ne pas se décourager au premier échec, et surtout ne
pas croire à la dégénérescence ; mais, dans
les pays de grande production, on a d'autant plus vite désespéré des races locales que le commerce des graines, par ses annonces, ses réclames, ses agents qui parcouraient les campagnes, faisait miroiter aux yeux des magnaniers les plus belles récoltes.
Ce commerce prit en quelques années un développement considérable, la spéculation s'en mêla : il se fonda en France et à l'étranger des maisons importantes, et l'on vit arriver en consignation à Marseille des milliers de kilogrammes de graines qu'on arrimait dans les magasins sans plus de précaution que des caisses de Cochenille ou d'Indigo.
Jusqu'en 1857, ce furentles graines d'Italie et d'Espagne que le trafic répandit en France : leur échec en 1857 les fit abandonner, et le commerce tourna les yeux vers l'Orient, où déjà, dès 1855, quelques graineurs étaient allé s'approvisionner.
Toutes les contrées de l'Asie sans compter la Grèce et les provinces Danubiennes, sont successivement mises à contribution. Enfin en 1864, apparaissent les graines de Chine qui ne donnent que des déceptions, puis, en 1866, les cartons du Japon arrivent à leur tour en abondance et constituent la masse des récoltes (1).
D'après ce qui précède on peut voir quelle est l'importance du choix des reproducteurs pour obtenir de la bonne graine ; mais cela ne suffit pas ; ilfaut encore conserverla graine dans
(1) De la Sériciculture. Rapport publié par lo Ministère de l'Agriculture, 1870.
les meilleures conditions jusqu'au moment de l'éclosion. Malheureusement les usages commerciaux ont introduit des pratiques désastreuses : au lieu de laisser par exemple les ÛEufs attachés au linge ou au papier sur lesquels ils ont été pondus, on a l'habitude en Europe de les détacher avec des couteaux de bois et de les empiler dans des boîtes jusqu'au moment de la mise en vente, comme si l'on avait affaire à des corps inertes et non pas à des corps vivants. On ne songe pas que les OEufs ont besoin d'air pour respirer et accomplir leur évolution.
Pour rendre la chose tangible, M. Duclaux, aujourd'hui professeur à l'Institut national agronomique, a institué des expériences sur la respiration et l'asphyxie de la graine de Vers à soie, d'où il résulte que la respiration ne se fait pas avec la même intensité à toutes les époques. Très active au moment de la ponte, elle s'affaiblit peu à peu jusqu'en décembre ou janvier, où elle présente un minimum ; puis a lieu une espèce de réveil de la graine engourdie, et la respiration va en s'accélérant jusqu'à l'éclosion ; mais la puissance de cette fonction n'est pas proportionnelle, soit à la quantité d'oxygène consommé, soit à la quantité d'acide carbonique produitàcausedel'asphyxie qui commence dès les premiers moments et suspend d'autant plus la respiration que l'air est plus vicié. D'autre part, l'activité respiratoire de la graine, quoique subissant l'influence de la température, n'est pas uniquement commandée par elle; sept mois après la ponte, c'est-à-dire au mois de mars, sous l'action d'une température de sept degrés, la respiration a été plus active qu'en janvier, où la température était de onze degrés ; tandis que dans les deux premiers mois, malgré l'action d'une température à peu près constante de vingt degrés, la respiration a graduellement diminué d'intensité. La respiration de la graine présente donc deux périodes d'activité, séparées entre elles par une période d'hibernationnormale et physiologique.
M. Duclaux a constaté également que la graine qui, au moment de la ponte et à la veille de l'éclosion, ne peut guère résister à plus de deux ou trois jours d'asphyxie, la supporte pendant dix jours en août, pendant vingt jours en janvier; il a établi ensuite que la quantité de Vers éclos et de Cocons obtenus est d'autant plus faible que l'asphyxie a été plus longue ; mais la décroissance est lente,
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régulière et ne commence ;\ être très sensible que lorsque l'asphyxie a duré très longtemps. Dans ce cas l'effet de l'asphyxie paraît être a peu près uniquement de tuer les Œufs ; des graines peuvent être très belles d'aspect, changer de couleur comme des graines normales au voisinage de l'éclosion etn'éclorequ'à moitié, au quart ou même pas du tout. « Ce sont là malheureusement, dit-il, les conditions dans lesquelles se trouvent tous les ans quelques-uns des lots de graines achetés par les éducateurs, surtout parmi celles qui provenant d'un pays éloigné comme le Japon, ont été mal emballées, conservées dans un endroit chaud comme la cale d'un navire, et soumises, au débarquement à un refroidissement rapide
destiné à empêcher leur éclosion Tout
emballage défectueux, plus généralement tout moyen de conservation exposant la graine à l'asphyxie est mauvais en lui-même, ainsi que nous venons de nous en convaincre, même au mois de janvier, à plus forte raison aux approches de l'éclosion. Mais entre ces deux époques, il est d'autant plus nuisible que la graine est plus vieille ; il faut donc prendre d'autant plus de précautions pour la conservation des Œufs que l'époque de leur éclosion est voisine. Les effets funestes de l'asphyxie dépendent également de la température; ils sont d'autant plus redoutables que la température est plus élevée; 1,000 graines essayées comme témoin ayant donné 875 Vers et 800 Cocons; 1,000 graines asphyxiées à 3°. 5 ont donné 222 Vers, 185 Cocons ; 1,000 graines asphyxiées à 16° n'ont donné que 2 Vers.
M. Duclaux conclut avec raison que la conservation de la graine au froid et à l'air est une pratique des plus utiles, et pour montrer combien le froid est peu nuisible, il rappelle la fameuse expérience de Bonafous où des OEufs ont été soumis, au mont Cenis pendant un temps prolongé, à — 25° sans perdre leur propriété germinative.
Si l'on considère seulement l'action de la chaleur on arrive à des conclusions non moins intéressantes. Ainsi la graine soumise toute l'année à une température à peu près constante, n'éclot pas et périt ; ce n'est que lorsqu'elle a traversé son sommeil hibernal que l'éclosion peut avoir lieu ; chez la première qui n'a pas eu d'hiver le travail de formation de l'embryon ne commence même pas, chez la seconde il se fait très rapidement; ces observations ont conduit M. Duclaux à constater
qu'en soumettant des Œufs à un froid artificiel, c'est-à-dire à une hibernation factice, on déterminait révolution embryonnaire, ce qui permettait de produire artificiellement des Vers précoces et obtenir des éducations automnales.
maladies îles Ver» à soie. — Lorsque nous avons comparé nos Vers à soie à nos Animaux domestiques et exposé qu'ils réclamaient comme eux l'observation scrupuleuse des règles de l'hygiène, c'était faire prévoir que l'inobservance de ces règles pouvait déterminer chez eux l'apparition de maladies ; certainement les Vers à soie, animaux à sang froid, organisés sur un tout autre plan que nos quadrupèdes ou nos volatiles domestiques, n'ont pas d'afrections pathologiques absolument comparables, et les préceptes de l'art vétérinaire ne sauraient leur être appliqués; cependant on sait que les mêmes causes entraînent des effets morbides, qui se manifestent différemment ; l'encombrement et la malpropreté, la mauvaise alimentation, sont aussi funestes à nos moutons, à nos volailles qu'à nos Vers à soie, mais il est impossible d'établir un parallélisme. Toutefois ces causes essentielles ont sans aucun doute favorisé le développement de trois redoutables maladies que l'on a parfaitement étudiées : la Muscardine, \à Gatiïne ou Pébrine, la Flacherie.
I. Muscardine. — Aucun signe, aucun symptôme ne permet de reconnaître l'existence de la Muscardine; tout à coup un Ver qui a mangé régulièrement devient d'un blanc plus mat, se meut lentement, et les battements de son vaisseau dorsal ou cœur se ralentissent au point de n'être plus perceptibles; en quelques heures il devient mou, flasque et meurt; au bout de sept à huit heures il commence à durcir, et au bout de douze à quinze heures il atteint une rigidité complète et devient rougeàtre; vingt-quatre heures après il se recouvre d'une efflorescence blanche farineuse des plus abondantes lorsque l'air est humide, et prend l'aspect d'une drayée ou d'un muscardin, espèce de bonbon provençal, d'où dérive le nom de Muscardine.
Cette maladie peut se montrer à tous les âges du Ver à soie, mais principalement au cinquième; la plus grande mortalité a lieu au moment de la montée; les uns meurent aux pieds des bruyères, d'autres surpris dans leur ascension, restent suspendus par les pattes de derrière, le corps renversé, ce sont les pendus des Provençaux ; d'autres périssent lorsqu'ils
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Fig. 1417.
Fig. 1417. — Partie antérieure du corps d'un ver malade dont les taches commencent à paraître (Grossissement de 2/1).
Fig. 1418. — Partie antérieure du corps d'un ver malade
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Fig. 1419. Fig. 1418.
dont les taches sont complètement développées. Môme grossissement.
Fig. 1419. — Anneau d'un ver malade, montrant les taches entourées d'une auréole (grossi 6 fois).
Fig. 1417 à 1419. — Vers à soie atteints de la Plébine.
confectionnent leurs Cocons et se changent en dragées au lieu de se chrysalider.
C'est Bassi qui, en 1835, a découvert que la Muscardine était produite par un minuscule champignon, une moisissure, du groupe des Mucédinées, qui se développait dans le corps du Ver à soie et déterminait sa mort.
Balsamo Crivelli reconnut que ce Cryptogame était un Botrylis auquel il donne le nom de Botrylis Uassiana; notre mycologue Camille Montagne constata le bien fondé des observations des Naturalistes italiens; et de concert avec Montagne et le comte Barbo, Audouin entreprit des recherches sur la contagion de la maladie. Ce dernier démontra que l'efflorescence blanche développée sur le corps d'un Ver à soie muscardine, efflorescence qui n'est autre qu'un amas de spores, peut être inoculée à un individu sain, fût-il Chenille, Chrysalide ou Papillon, et déterminer l'apparition de la maladie. Les spores sphériques, qui n'ont guère que 5 millièmes de millimètre, en tombant sur l'Insecte germent et c'est leur mycélium enchevêtré qui détruit les tissus avec une extrême rapidité; l'apparition de l'eftlorescence blanchecoïncide avec la fructification. C'est la facile dissémination de cette efflorescence qui favorise l'éparpillement de spores et de là la contagion de la maladie; c'est aussi que quelques Vers malades peuvent infester une chambrée entière; que le vent peut porter au loin les éléments reproducteurs et contaminer même les espèces sauvages. On conçoit d'après cela avec quelle précaution on devra procéder au décoconnage pour éviter de répandre la redoutable pulvérulence qui couvre
les Muscardins ; avec quel soin on devra nettoyer, non pas simplement balayer les magnaneries et épousseter les tablettes, mais lessiver avec des agents désinfectantsle sol, les tablettes et tout le matériel.
II. Gattine ou Pébrine — La seconde affection qui frappe les Vers à soie est certainement la plus terrible et l'on ne saurait imaginer les pertes incalculables qu'elle a causées, les ruines qu'elle a consommées. Suivant qu'elle a été observée soit dans une localité, soit dans une autre, elle a reçu différents noms : c'est la Gattine des Italiens, la maladie des petits de nos Sériciculteurs méridionaux, la Pébrine de nos savants, etc. ; les Vers malades eux aussi ont été désignés par cent appellations ; la diversité des noms étant l'expression delà diversité des symptômes.
M. de Quatrefages, chargé par l'Académie des sciences d'étudier la maladie, eut le mérite de reconnaître que tous les Vers présentaient une particularité caractéristique : « Leur peau, dit-il (1), était marquée de taches noires d'une nature spéciale... (fig. 1417, 1418 et 1419); chez les mieux portants en apparence, principalement chez tous ceux qui avaient franchi la première moitié du cinquième âge et allaient faire leur Cocon, je retrouvai ces mêmes stigmates; il m'arriva de passer des heures entières dans les chambrées dont tous les Vers étaient magnifiques et promettaient la plus belle récolte, sans en trouver un seul complètement exempt
(1) De Quatrefages, Etudes sur les maladies actuelles du Ver à soie. Paris, 1859, in-4°. — Nouvelles recherches faites en 1859 sur les maladies actuelles du Ver à soie. Paris,
LE BOMBYX DU MURIER
de ce signe étrange et néfaste Plus tard des
autopsies cent fois répétées me montrèrent cette môme tache dans tous les organes, dans lous les tissus. Je la poursuivis dans la Chrysalide et dans le Papillon, et partout, toujours elle se présenta avec des caractères identiques Le symptôme caractéristique de l'affection étant la tache que je viens de décrire, voilà pourquoi, ayant à désigner la maladie par un nom nouveau, je l'ai baptisée de celui de Pébrine qui, en langage du Midi, signifie maladie du poivre. »
Quand les taches (fig. 1417) commencent seulement à paraître, l'œil doit s'aider de la loupe pour bien les voir; lorsqu'elles sont plus anciennes et plus développées (fig. 1418), elles deviennent visibles à l'œil nu, si peu qu'on examine le Ver avec quelque attention. Les Vers offrent deux sortes de taches, les unes à bords tranchés et nets, les autres ayant une auréole (fig. 1419). Les premières sont des taches de blessures, les autres sont les vraies taches, celles qui sont propres à la maladie et qui peuvent servir à en constater l'existence. Les auréoles dont il s'agit sont en général de teinte jaunâtre; il faut recourir à la loupe pour les bien voir (1).
Si M. de Qualrefages découvrait les signes extérieurs de la maladie, il n'en connaissait pas la nature ; l'examen microscopique devait à ce sujet fournir de précieux renseignements.
En 1849, M. Guérin-Méneville avait découvert dans certains Vers à soie la présence de petits corps qu'il baptisa du nom d'hémalozoïdes; mais, le nom l'indique, l'auteur les crut dérivés du sang, et les considéra comme ayant une relation avec la muscardine. De Filippi, en critiquant avec raison les opinions deGuérin-Méneville, reconnut que les prétendus hématozoïdes ne se rencontraient pas exclusivement dans le sang, mais qu'il y en avait beaucoup plus dans les tissus delà Larve et du Papillon : « seulement, dit-il (2), c'est un produit morbide chez la Larve et un produit normal et constant chez le Papillon. »
De Filippi avait raison sur le premier point,
(1) Pasteur, Etudes siir la maladie des Vers à soie. Paris, 1870, t. I, p. 15. — Nous devons à l'obligeance de M. Pasteur d'avoir pu reproduire les trois figures HI7 à 1 i 10 empruntées à son livre : nous lui en adressons tous nos remerciements.
(2) De Filippi, Quelques observutums anatomico-physiologiques sur les Insectes en général et en particulier sur le Ver à soie. Ann. accad. d'Ag. Torino, 1852.
mais il se trompait sur le second ; on se demande môme comment l'auteur a pu admettre qu'un produit morbide devenait normal. Mais c'est Cornalia (1) qui fut le premier à constater la relation qui existait entre la maladie et la présence des Corpuscules vibrants; son opinion fut soutenue ensuite par Lebert et Frey (1850 et 1838), et démontrée exacte. En 1857, le Dr Osimo constata la présence des corpuscules dans 1 OEuf ; cette découverte allait rendre de grands services à la sériciculture en permettant à Vitladini d'imaginer une méthode pourdistinguerla bonne de la mauvaise graine.
Mais c'est à M. Balbiani que nous sommes redevables d'une étude méthodique des Corpuscules qui l'a conduit à reconnaître leurs véritables affinités, à établir leur mode de propagation et de transmission. S'attachant à démontrer que la Pébrine avait une origine parasitaire, il fit ressortir l'analogie que présentent les Corpuscules avec les organismes microscopiques connus depuis Jean Miiller sous le nom de psorospermies (fig. 1420 à 1424), organismes qui doivent être considérés comme appartenant au règne végétal. M. Balbiani découvrit en outre une particularité fort intéressante de l'organisation des Bombyx du Ver à soie : l'indépendance du conduit génital et de la poche copulatrice par rapport au réservoir séminal et à l'oviducte est telle que les Spermatozoïdes sont forcés de se rendre par un étroit canal dans ce dernier en abandonnant les Corpuscules dans la poche copulatrice; peu importe donc que le Mâle soit contaminé ou non, on est toujours sur que les Corpuscules émanant de lui ne pénétreront pas dans les OEufs ; pourvu que la Femelle soit saine, les œufs sont sains.
Si M. Balbiani a eu le grand mérite de reconnaître la nature de la Pébrine et de la définir scientifiquement, à M. Pasteur revient l'honneur d'avoir su tirer une application pratique des observations de ses devanciers pour combattre la Pébrine.
La cause de la Pébrine est dans le mauvais état des graines, et il faut, pour y remédier, n'utiliser que les éducations les plus satisfaisantes. Des Vers qui ont souffert, qui ont éprouvé une mortalité, par une cause inconnue, ne sauraient donner de bons reproducteurs alors même que ces derniers seraient exempts de la maladie des Corpuscules.
Pour obtenir ce résultat, il y a deux procé-
fl) Cornalia, Monographie anatomiqrte du Ver à suie. Milan, [854.
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Fig. 1421
Fig. 1422.
Fig. 1420. — Psorospermies du Ver à soie, dites Corpuscules vibrants, grossies 1700 fois. — «, formes habituelles ; b, autres formes; c, formes anormales provenant de la soudure de deux ou plusieurs corpuscules en voie de développement.
Fig. 1421. — Psorospermies aux différentes phases de leur évolution. — x, tache claire, probablement le nuclens.
Fig. 1422. — Portion de l'intestin delà Chenille de Bombyx neustria rendue artificiellement corpusculeuse. —
lia:! .
l-'ig. 1420. Fig.
P, masses de matières psorospermiqu.es dans lesquelles les Psorospermies commencent îi se former; P', amas de Psorospermies à l'état parfait ; S, enveloppe séreuse de l'intestin; M et M', couches de fibies musculaires.
Fig. 1423. — Psorospermies P dans l'intérieur de cellules vitellincs.
Fig. 1424. — Psorospermies d'un Papillon de la Pyrale (Toririx viriilnna) grossies 1500 fois. — A, vue de face , 15, vue de profil ; C, après traitement par l'eau salée.
Fig. 1420 à 1424. — Les Psorospermies ou Corpuscules des Vers à soie (d'après Balbiani.
dés : 1° le grainage au microscope; 2° le grainage cellulaire.
1° Grainage an microscope. — Ou commence par s'enquérir, dit M. Pasteur (1), s'il est possible du jour de la montée à la bruyère; puis dès que les Cocons sont bien formés, on prélève un demi-kilogramme de Cocons, que l'on met en chapelets ou fîlanes ; on les place dans une chambre chauffée nuit et jour, de façon à porter la température de 25 à 30 degrés Réaumur; on y entretient une certaine humidité, en plaçant par exemple sur le poêle un large vase plein d'eau en évaporation. Dans ces conditions, les Cocons peuvent donner leurs Papillons, quatre et cinq jours au moins plus tôt que ceux du lot principal laissé dans la magnanerie ou ailleurs, à une température de 14, 15 ou 16 degrés Réaumur au plus.
Après avoir pris ces dispositions, on examine au microscope une vingtaine de Chrysalides du lot de la chambre chaude, afin d'y rechercher la présence des Corpuscules. A cet effet on broie séparément chaque Chrysalide dans quelquesgouttes d'eau, eton dépose une parcelle de la bouillie sur le porte-objet du microscope.
(1) Pasteur, Etudes sur les maladies des Vers à soie. Paris, 1870, t. I, p. 181.
Tous les deux jours on répète cet examen.
Si on trouve seulement deux ou trois Chrysalides corpusculeuses sur vingt, dans l'une ou l'autre de ces observations, et à plus forte raison si l'on en trouve un plus grand nombre, il faut s'empresser, à moins de circonstances toutes particulières et exceptionnelles, de livrer à la filature tous les Cocons de la chambrée. L'expérience démontre que dans les circonstances dont je parle, on voit s'accroître pour ainsi dire chaque jour le nombre des sujets corpusculeux; dans les OEufs produits par les Papillons de telles Chrysalides, montrant des corpuscules dans les dix àdouze premiersjours deleurformalion, on trouve l'année suivante au moment de l'éclosion 40, 60, 80 par 100 et même davantage de Vers corpusculeux : c'est que la multiplication du Parasite se fait alors parallèlement à la formation des OEufs dans les Chrysalides femelles, de façon que ces OEufs se trouvent infectés en plus ou moins grand nombre, et quelquefois en totalité. Pour obtenir une graine pouvant donner plus tard des vers exempts de Corpuscules, il est donc indispensable que les Chrysalides au moins pendant longtemps n'offrent aucune trace de ces petits corps.
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Fig. li'25. — Le triage des Papillons destinés ÏI la production de la graine au Japon.
La proportion des Œufs corpusculeux dans une graine est beaucoup moindre que dans le premier cas, lorsque les Chrysalides de la chambre chaude ne montrent des Corpuscules que vers le quatorzième ou seizième jour après le commencement de la montée ; encore est-ce à la condition qu'il existera un petit nombre de ces mauvaises Chrysalides. Il faut toujours se défier de la qualité des Cocons sous le rapport de la reproduction, toutes les fois que les Chrysalides, même avancées en âge, présentent un certain nombre de sujets corpusculeux ; on doit craindre que si dans les premières recherches on n'a pas aperçu de Corpuscules, c'était par erreur d'observation. Il se passe ici quelque chose d'analogue à ce qui arrive pour une graine malade dont la proportion des Œufs corpusculeux paraît augmenter beaucoup à mesure que l'embryon se développe, tandis que cette proportion, en réalité, est toujours la même; seulement bon nombre des observations faites avant l'incubation sont faussées par Brejim. — VIII.
la difficulté de constater la présence des. corpuscules,quand il n'en existe encore qu'untrès petit nombre assez bien formés pour être reconnaissables.
L'examen des Papillons se fait au contraire avec la plus grande facilité, et on n'a jamais à craindre, comme dans le cas des Œufs et des Chrysalides jeunes, que le trop faible nombre des corpuscules empêche de bien déterminer la véritable proportion de ceux qui sont corpusculeux ; le plus ordinairement, le Papillon corpusculeux montre beaucoup de corpuscules par champ, et toujours avec la forme brillante et nette qui distingue ces petits corps lorsqu'ils sont arrivés à leur complet développement.
Dès que les Papillons commencent à sortir, on les broie un à un dans un mortier avec quelques gouttes d'eau ; on examine une goutte de la bouillie, et on note l'absence ou la présence des corpuscules, en indiquant dans ce dernier cas le nombre approximatif des corpuscules par champ. La quantité d'eau qu'on Insectes. — 137
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ajoute pour broyer chaque Papillon est toujours sensiblement égale, si on a la précaution de laver et d'égoutler constamment de la même manière le mortier, après chacune des observations, sans ajouter d'autre eau que celle qui reste noire réellement sur les parois du mortier après qu'il a été lavé. Il faut examiner au moins cinquante Papillons, et de préférence un plus grand nombre, surtout s'il y en a de corpusculeux ; on est ainsi plus sûr de la moyenne cherchée.
Si la proportion des Papillons corpusculeux ne dépasse pas 10 p. 100 dans les races indigènes, on peut livrer toute la chambrée au grainage, en ayant seulement le soin, au moment où on met les cocons en filanes, d'éloigner ceux qui sont faibles et de rejeter, quan 1 les Papillons sortent, ceux qui présentent des imperfections notoires, suivant la pratique de tous les temps et de tous les pays séricicoles. Il faut éloigner surtout avec une grande sévérité tous les Papillons dont le duvet du corps est, même par places restreintes, noir et velouté, ce qui est, sans exception, l'indice de la présence des corpuscules. »
2" Grainage cellulaire. — Ce mode de grainage s'est beaucoup répandu en raison de sa simplicité ; il est devenu d'une pratique aussi commode et presque aussi rapide que le grainage ordinaire ancien.
Voici comment le décrit M. Pasteur :
« Dans un cabinet ou une chambre peu éclairée, assez fraîche, ne recevant pas directement le soleil, tendez d'un mur à l'autre des ficelles passées dans des rangées de petits morceaux de toile ; dans une pièce voisine, également un peu obscure et fraîche, disposez verticalement les filanes des Cocons que vous destinez au grainage. Voilà tout le travail préliminaire, il n'y a nul besoin de numéroter les toiles. Quant au nombre de celles-ci, il dépendra de la quantité de graine que vous désirez faire. Pour une once, il faudra préparer cent environ de ces petits carrés ; pour deux onces, deux cents, et ainsi de suite. D'ailleurs, il n'y a pas lieu de disposer dès l'origine toutes les licelles avec leurs toiles ; car les rangées du premier jour pourront être détachées et suspendues en paquets le troisième jour d'après, puisque les Femelles du premier jour auront alors achevé leur travail. Il suffit donc, à la rigueur, d'avoir assez de place pour la sortie des Papillons pendant trois jours consécutifs seulement.
« On laisse l'accouplement se faire comme dans un grainage ordinaire. Les couples sont réunis pêle-mêle sur des tables quelconques. De 4 à 6 heures du soir, on porte séparément tous les couples sur les petits linges, puis aussitôt après on les désaccouple en jetant les Mâles, sans s'inquiéter de leur état plus ou moins corpusculeux. Après que les Femelles ont pondu, on les enferme chacune respectivement dans un coin de leur linge à l'aide d'une épingle, en passant celle-ci de préférence au travers des ailes pour que le Papillon ne puisse voyager. On réunit ensuite les extrémités de chaque ficelle, en s'arrangeant de façon qu'il y ait de l'air entre les linges, et à temps perdu, pendant l'automne ou l'hiver, on examine au microscope chacune des Femelles en rejetant, au fur et à mesure, les pontes de toutes celles qui offrent des corpuscules.
«Enfin on réunit, en les délachantpar lavage, toutes les pontes ; puis après dessiccation rapide à l'air, on conserve la graine dans une chambre située au nord, sèche et aérée. Il est bon de la renfermer dans des sacs de mousseline claire, jusqu'au moment de l'incubation, et, toujours sous une faible épaisseur, d'un demi-centimètre par exemple. On sait aujourd'hui, par les expériences de M. Duclaux, que le froid de l'hiver est nécessaire aux graines. 11 ne faut donc pas le craindre, mais se défendre bien plutôt contre une température trop douce.
« Il ne faut jamais livrer au grainage cellulaire que des Cocons d'une éducation irréprochable, particulièrement sous le rapport de la vigueur des Vers et de l'absence de mortalité de la quatrième mue à la montée à la bruyère. Il est bon également de choisir des Cocons aussi exempts que possible de corpuscules : cela diminuera le travail d'examen au microscope pour une quantité de graine déterminée.
« Dans la description qui précède, je n'ai pas tenu compte de l'examen des Mâles, car les Mâles ont très peu, ou même pas du tout d'influence sur l'infection des Œufs. Néanmoins il faut craindre un affaiblissement communiqué à la graine par les Mâles malades, indépendamment de toute présence effective des corpuscules dans les OEufs.
« Dans le cas où l'opérateur voudra procéder au grainage cellulaire dans les conditions d'une rigueur absolue, et examiner séparément ou tout au moins ensemble le Mâle et la Femelle de chaque couple, voici comment il devra procéder. Les couples seront placés dès le matin
LE BOMBYX DU MURIE»
dans des casiers formés d'une multitude de petites cellules en bois ou en carton. Le casier une fois rempli, on abaisse le couvercle, formé d'un treillis métallique, qui permet la circulation'de l'air, tout en empochant le déplacement des Papillons d'une cellule à l'autre. Le soir, on met séparément chacun des couples sur les différentes petites toiles. Aussitôt après, on désaccouple, en déposant au fur et à mesure chacun des Mâles dans un des coins de la toile, et en le retenant par une épingle. Après la ponte, la femelle sera placée de la même manière à l'autre coin.
« Il est très souhaitable que des personnes soigneuses et intelligentes se livrent à la confection de la graine cellulaire, c'est-à-dire formée de la réunion des pontes pures. Ce commerce pourrait devenir très lucratif, parce qu'il n'y aurait aucun inconvénient à élever beaucoup le prix de pareilles graines, et cela pour deux motifs: le premier serait justifié par les soins tout particuliers qu'exigerait ce genre d'industrie ; le second par la faible quantité de cette graine de choix dont chaque éducateur isolément aurait besoin, puisque o grammes par exemple d'une telle graine pourraient donner 8 à 10 kilogrammes de Cocons, et ceux-ci, 23 à 30 onces de graines, nombre d'onces bien supérieur à celui que chaque propriétaire élève annuellement en moyenne. »
C'est du reste ce que l'on fait au Japon où le triage des Papillons pour la production de la graine (fig. 1426) est une des plus importantes fonctions de l'éducation.
III. Flw.-herie. — La troisième maladie qui peut atteindre le Ver à soie est la maladie des morts flats ou flacherie.
« Lorsque les Vers, dit Pasteur (1), sont atteints de celte maladie d'une manière apparente, qu'ils ne mangent plus ou très peu, qu'ils se montrent étendus sur les bords des claies, ou lorsqu'ils viennent de succomber, les matières qui remplissent leur canal intestinal renferment des productions organisées diverses. Ces organismes sont: 1° des Vibrions souvent très agiles avec ou sans noyaux brillants dans leur intérieur; 2° une Monade à mouvements rapides ; 3° le Bactérium termo ou un Vibrion très ténu qui leur ressemble ; 4° un ferment en chapelets de petits grains pareils d'aspect à certains ferments organisés que j'ai rencontrés maintes fois dans mes
(1) Pasteur, Etudes sw la maladie des vers à soie. Paris, 1870, t. I, p. 226.
recherches sur les fermentations. Ces productions sont réunies dans le même Ver, d'autre* fois plus ou moins séparées. Celle qui offre le plus d'intérêt est ce ferment en chapelet* flexibles de 2, 3, 4, 5 grains sphériques ou un tant soit peu plus longs que larges, et quelquefois légèrement étranglés, â la manière du Mycoderma aceti naissant. Les Vers sains ne m'ont jamais montré d'organismes soit pareils au précédent, soit d'une autre nature. On ne peut douter que la présence de ces ferments animaux et végétaux n'altère profondément les fonctions digestives, et que la mort ne soit habituellement la conséquence du développement de ces êtres microscopiques. Si les fonctions de nutrilion ont une importance de premier ordre chez tous les Animaux, leur parfaite régularité doit être surtout nécessaire dan* un animal dont le poids, dans l'intervalle de trente à trente-cinq jours d'existence, devient huit à dix mille fois plus grand qu'il n'était a sa naissance.
« Lorsqu'on pénètre dans une magnanerie dont les Vers périssent de la flacherie, on perçoit une odeur aigre, désagréable, due aux acides gras volatils qui se dégagent des vers malades, acides formés par la fermentation des matières contenues dans le canal intestinal. Une éducation d'une centaine de Vers seulement, atteints de flacherie, suffit pour répandre une odeur très prononcée, surtout si l'on flaire de près la litière, et alors même qu'on éloigne sans cesse tous les Vers au moment de leur mort, circonstance qui démontre que. l'odeur est propre aux vers encore bien vivants. « Pour se convaincre que, dans les cas de flacherie, la mort est due essentiellement à une altération des fonctions digestives survenant à la suite d'une fermentation, il est utile de comparer l'état des matières contenues dans le canal intestinal des Vers malades avec celui que présente la feuille de mûrier triturée et abandonnée à elle-même dans un vase plus ou moins bien clos, à la température des mois de mai et de juin. On reconnaît alors facilement que, dans les Vers flats, le canal intestinal se comporte à la manière d'un tube de verre où on aurait introduit de la feuille de Mûrier broyée. De part et d'autre, ce sont les mêmes organismes ; de part et d'autre également, on trouve tantôt une seule des productions dont nous avons parlé, tantôt plusieurs associées, avec dégagement de gaz en plus ou moins grande abondance. Parfois lorsqu'on
LE BOMBYX DU MUHIKK
ouvre un Ver atteint de flacherie, sans endommager les tuniques du tube digestif, on voit sons l'enveloppe distendue et translucide de ce tube se rassembler continuellement de petites bulles de gaz, qui s'élèvent comme elles feraient du fond d'un vase où fermenterait de la feuille de Mûrier.
«Les Vibrions sontraresdans lesChrysalides et les Papillons vivants. Leur présence est au contraire extrêmement fréquente dans les Vers atteints de flacherie. On peut même dire qu'elle n'y fait jamais défaut quand c'est sous la forme de Chenille qu'ils meurent de cette maladie. Lorsque les Vibrions abondent dans les matières du canal intestinal, les fonctions digestives se trouvent suspendues et les parois du canal ne tardent pas à s'altérer. Perdant promptement leur élasticité et leur résistance, ces parois se comportent bientôt comme de la matière organique morte : elles pourrissent et se perforent sous l'action des Vibrions qui se répandent alors dans toutlecorps de l'insecte, lequel noircit progressivement.
« J'ai dit que les Vibrions pouvaient exister dans les Chrysalides et même dans les Papillons. Cette circonstance s'explique aisément : que les Vibrions commencent à se montrer dans le canal intestinal des vers seulement au moment où ceux-ci sont prêts à filer leur soie, la transformation en Chrysalide pourra avoir lieu, c'est-à-dire que la multiplication et les ravages des Vibrions n'auront pas le temps de se produire au degré nécessaire pour faire périr le Ver avant qu'il devienne Chrysalide. Par la même raison, on conçoit que dans ces conditions la mort de la Chrysalide puisse être retardée plus ou moins, et que le Papillon luimême puisse se former; ce cas se présentera lorsque la multiplication des Vibrions aura été suffisamment lente, et telle est l'explication de la présence possible des Vibrions jusque dans le Papillon.
«Les choses se passent tout autrement et comme à l'inverse de ce qui précède lorsqu'on a affaire au ferment en chapelet de grains. Alors il est rare que la fermentation des matières contenues dans le canal intestinal entraîne la mort du Ver, surtout si le petit ferment dont il s'agit ne s'en développe que dans les derniers jours de la vie de la Larve avant la montée à la bruyère. La maladie des Vers se traduit dans ce cas par un état languissant, par une grande lenteur de mouvements, lorsqu'ils montent sur la bruyère ou qu'ils com-
mencent à filer leur soie. Néanmoins ils peuvent faire leurs Cocons, se transformer en Chrysalides, celles-ci en Papillons, et ces Papillons avoir même le plus bel aspect.
«.Dans ces conditions, la récolte en soie peut s'élever à 40, 50à 55 kil. par once de 25 grammes, puisqu'il n'y a pas de mortalité sensible chez les Vers ; mais l'état des Chrysalides et des Papillons laisse beaucoup à désirer, sous le rapport d'une bonne reproduction. Bien que les Vers soient atteints de flacherie à un degré assez faible pour qu'ils ne périssent ni à l'état de Vers ni à l'étal de Chrysalides, ils sont affaiblis. Or il arrive fréquemment que cet affaiblissement se traduit dans leur génération prochaine par une prédisposition plus ou moins prononcée à la flacherie, et plus ou moins difficile à guérir par des soins hygiéniques.
«Plusieurs circonstances peuvent servir à reconnaître l'affaiblissement dont nous parions, et par suite le danger que l'on court en livrant au grainage une chambrée placée dans les conditions précédentes.
« Un des meilleurs critériums consiste dans une observation attentive des Vers lorsqu'ils montent à la bruyère. Tout éducateur un peu exercé, qui a le sentiment de la vigueur propre aux bons Vers à l'époque de la montée, n'aura pas besoin de recourir au microscope pour s'assurer de l'état maladif de sa chambrée. La montée est lente, elle dure plusieurs jours, les Vers restent des heures entières immobiles sur les brindilles dont ils garnissent quelquefois le pied comme s'ils hésitaient à aller plus avant. Ce serait une grande imprudence que de faire de la graine avec les Papillons d'une éducation qui a présenté ces symptômes à un degré plus ou moins marqué, quelle que fût d'ailleurs sa réussite comme produit en Cocons.
« Quand ces observations pratiques sur l'état des Vers destinés à la reproduction n'ont pu avoir lieu, comment se renseigner sur la qualité des Cocons pour graine, sous le rapport de la prédisposition possible à la flacherie par hérédité? Dans ce cas il importe de ne livrer au grainage que des Cocons dont les Chrysalides auront été étudiées au microscope, et qui ne présenteront pas le ferment en chapelets de grains dont j'ai parlé précédemment(ou des Vibrions), car il est facile de reconnaître que l'état languissant des Vers au moment de la montée est précisément dû à ce que les dernières portions de la feuille ingérée fermentent dans le canal intestinal sous l'influence de ce ferment. »
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T. Mil. PL WIII, p. 365.
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