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INDUSTRIE DE LA SOIE (DÉVIDAGE ET TISSAGE

(Fac-similé de gravures japonaises.)

LE BOMBYX DU MURIER

Fig. UîC. — Examen microscopique d'un mélange de fibres textiles, animales et végétales ('). C) a, laine neuve ; b, laine qui a été portée; c, soie; d, lin ; e, coton.

Usages industriels. — La Soie par sa finesse, son élasticité, sa ténacité ou résistance à la rupture, sa facilité de prendre à la teinture les plus belles, les plus brillantes couleurs, occupe le premier rang parmi les matières textiles.

Sa finesse est telle que le fil d'un Cocon composé comme nous l'avons dit précédemment de deux brins primitifs accolés n'excède guère 1 S millièmes de millimètre de diamètre; d'après cela, examiné au microscope ce fil a naturellement la forme d'un cylindre aplati coupé longitudinalement par une rainure médiane (fig. 1-428, a), et sa section offre la forme d'un 8, la cannelure et l'étranglement correspondant à la soudure des deux brins primitifs. Le fil tiré directement du Cocon jouit d'une grande élasticité et peut supporter un allongement considérable de 10 à 14 centimètres par mètre avant de se rompre, il est cinq fois plus élastique que le chanvre. Sa ténacité est aussi des plus remarquables ; un fil provenant également du Cocon et ayant 50 centimètres de longueur peut supporter des poids variant de 4 à 12 grammes; on conçoit d'ailleurs que l'élasticité et la ténacité sont infiniment variables et dépendent des races, comme des éducations ainsi que d'une foule d'autres conditions.

Pour rendre la Soie propre à l'industrie en lui conservant toutes ses propriétés naturelles, on la soumet à divers traitements mécaniques et chimiques.

Le dévidage des Cocons (PI. XXIII) donne la soie grège, c'est-à-dire la Soie qui n'a été sou-

mise qu'à l'action de l'eau chaude ; chaque fil de soie grège estla réunion de 3 à 15 fils tirés directement de 3 à 15 Cocons; suivant l'expression technique, il peut être composé par 3 à 15 brins.

Fig. 1427. — Fils de soie vus au microscope 1/300 (Roth et Lex).

a, fil montrant les deux brins primitifs constituants.

Ledévidagedes Coconsaccompagné de torsion, ou moulinage, donne la soie moulinée, chaque fil se composant comme précédemment d'un nombre variable de brins. Le dêcreusagè est l'opération qu'on fait subir à la Soie naturelle pour la débarrasser de l'excès de matière gommeuse avant de la soumettre à la teinture; pour cela on la fait bouillir dans une dissolution de savon.

Nous ne pourrions traiter ici plus longuement de toutes les manutentions, tissage, teinture, etc., que subit la Soie pour entrer dans la

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composition des mille tissus qui concourent à la décoration de nos appartements et à la confection de nos vêtements (PI. XXIII).

Mais il est un emploi de la soie que nous ne saurions passer sous silence. Dans les éducations, souvent des Vers à soie s'arrêtent épuisés devant les bruyères, et sont incapables de filer leurs Cocons; on les recueille, on les ouvre et on extrait de leurs glandes séricigènes des fils grossiers et résistants que l'on façonne pour en faire des crins, ou mors à pêche, sur lesquels on attache des hameçons.

Les qualités de la Soie lui donnant une valeur commerciale considérable, il importe de distinguer dans quelle proportion elle entre dans les tissus mélangés. Le microscope fournit d'excellents renseignements qui permettent de la distinguer entre toutes les matières textiles (fîg. 1426). Les réactifs chimiques donnent eux aussi d'excellentes indications, mais nous ne pouvons ici aborder ce sujet.

Usages alimentaires. — En Chine, on se

délecte en mangeant un plat de Chrysalides ; Aldrovande rapporte que de son temps les soldats allemands mangeaient les Vers à soie en friture; ce manger, ajoute l'auteur Bolonnais, n'a ni mauvaise odeur, ni saveur désagréable (I). On feuilleterait en vain Brillât, Savarin ou même la Cuisinière bourgeoise pour trouver la recette de leur préparation. Qui sait si nous. ne nous délecterions pas d'une fricassée de Vers à soie; avis aux palais blasés.

Usages en médecine. — L'ancienne médecine employait une foule de substances, dont elle faisait des arcanes, et la Soie ne pouvait être oubliée dans cet arsenal de receltes, plus chimériques les unes que les autres, dont fourmillent les pharmacopées des dix-septième et dix-huitième siècles. Les préparations de la Soie sont tombées en désuétude, et comme elles devaient leurs propriétés à l'ammoniaque que dégagent les substances organiques, il a été facile de les remplacer par des matières plus efficaces ou plus sûres dans leur mode d'action. Toutefois nous mentionnerons pour l'édification du lecteur quelques-uns de ces médicaments bizarres.

Les chirurgiens se servent de fils de soie pour lier la base des excroissances ou les pédicules des tumeurs, et préfèrent souvent aux fils de lin ou de chanvre ces mêmes fils de soie pour la ligalure des artères. Ils se fondent sur

(I) Jules Cloquet, Faune des médecins, t. III, p. 51.

la force qui e>t propre à la soie, et surtout, dans le dernier cas, sur sa résistance à la putréfaction.

Le docteurSiemierling, de Stralsund, a conseillé les vêtements de soie pour guérirou prévenir certaines affections. Il leur attribue la propriété de retenir le fluide électrique propre au corps de l'Homme. Il dit que les femmes sujettes à certains maux de gorge ont retiré les effets les plus salutaires de cravates de soie portées jour et nuit. Il conseille les bas et les chemises de soie aux femmes faibles, de constitution nerveuse ou atteintes d'arthritis, de névralgies, d'hystérie ou de phthisie (1).

Le sericum (seu folliculi bombycis) des anciennes officines était fourni par les Cocons ou bourre de soie avec lesquels on obtenait les gouttes anglaises céphaliques (2), recommandées dans l'hystérie, l'hypochondrie et autres affections du système nerveux. Les propriétés anti-spasmodiques, cordiales, céphaliques, attribuées à ces gouttes, étaient dues à l'esprit volatil de soie rectifiée, ou au sous-carbonate d'ammoniaque huileux liquide, obtenu par distillation à feu nu. C'est l'alcoolat de lavande ammoniacal du nouveau Codex, composé de quatre parties d'huile volatile de lavande, de seize d'alcool et de cent vingt-huit d'esprit ammoniacal de soie.

Les gouttes anglaises s'administrent à la dose de dix à trente gouttes dans un véhicule approprié, tel que julep, potion, etc., dansquelques cas d'hystérie. Cloquet dit en avoir tiré de bons effets. Goddart reçut de Charles II, roi d'Angleterre, une forte récompense pour avoir employé ce remède avec succès contre les migraines. Lord Portland en donna la formule à Tournefort qui la publia (3).

La Soie entrait dans la confection d'hyacinthe ; dans l'électuaire Diamoschus (i) ; la confection de l'alkermès (Schrceder, Eischlad); le sirop de Pomme, celui d'écorce de Citrons (Aldrovandi); les espèces cordiales et autres préparations surannées.

Le crédule Aldrovande croyait qu'un cordon de soie pourrait guérir l'angine après avoir servi de collier à une vipère ; le peuple admet que de la soie rouge, avalée dans du vin, arrête les pertes de sang; mais ces erreurs grossières ne peuvent mériter que le mépris.

(1) Siemerling, Journ. der pract., juillet 1830.

(2) Codex de 1818, p. Cl.

(3) Tournefort, Mem. Acad. se, année 1700. (i) Myrepsus, Artis mcd. principes. Il, 407.

Bhehm, Insectes.

T. VIII, PI. XXIV, p. 367.

Pans, J.-B. Baillière el Bis, cdll.

Corbeil, Crélé, nnp.

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