LA SATURNIE OU BOMBYX DU RICIN
— SATUIINIJ JRIHXDU.
Ailanthus spinner.
Caractères. — Ce beau Papillon (fig. 1432,
p. 377) est d'une couleur fondamentale brunchevreuil, vive et veloutée, relevée par des bandes blanches, par une fenêtre transparente, en forme de lune, dont les bords postérieurs sont jaunâtres, et par des yeux noirs en avant de leur côté externe. Les petites huppes de poils blancs de l'abdomen lui donnent beaucoup d'élégance.
Distribution géographique. — C'est Ull Insecte originaire du Japon.
Mu'urs, habitudes, régime, — Ce n'est que
vers le milieu du dix-huitième siècle, il y a environ 120 ans, qu'il a été question de ce Ver à soie dans les travaux des missionnaires, et c'est le père d'Incarville qui semble l'avoir signalé le premier, dans un Mémoire sur les Vers à soie sauvages, écrit vers l'année 1740 pou?1 répondre, sur ce sujet, aux questions que le ministre et plusieurs savants lui avaient adressées.
En 17C0 ou 1765, d'Aubenton (1) donnait une figure assez reconnaissable de ce Bombyx, et l'appelait le Croissant, à cause des lunules transparentes arquées en forme de croissant qui se voient au milieu de ses ailes.
Mais ce n'est qu'en 1773 qu'il a été désigné par le nom scientifique de Bombyx Cynthia, qui doit lui rester et que lui a, le premier, imposé l'Entomologiste anglais Drury (2).
(1) D'Aubenton, Planches d'histoire naturelle enluminées. Insectes, t. X, pi. 42.
(2) Drury, Illustrations of naturel history,yo\. H, p. 10, pi. VI, fig. 2.
LA SATUHNIE DE LAILANTE.
Bombycincs. — La Saturnie Isabelle (p. 368).
A partir de cette époque, Cramer en 1779, Olivier en 1790, et d'autres auteurs, l'ont encore figuré ou décrit sous ce môme nom, mais aucun ne s'est douté qu'il parlait du fameux Ver à soie sauvage chinois, si bien indiqué par le père d'Incarville, et personne n'a connu ni son Cocon, ni sa Chenille, ni le végétal dont elle se nourrit.
L'Europe doit cette espèce au Père Fantoni, missionnaire piémontais dans la province de Han-Tung, qui envoyait quelques Cocons vivants à deux de ses amis de Turin, MM. Comba et Griseri, le 4 novembre 1856, immédiatement après la seconde récolte. Ces Cocons ont commencé à donner des Papillons vers le milieu de mai 1857, mais il n'y avait que des Mâles, qui sont morts avant l'apparition des premières Femelles, lesquelles n'ont éclos qu'à la fin de mai et au commencement de juin. Enfin MM. Comba et Griseri obtinrent quelques couples et quelques Œufs fécondés vers la mi-juin, et ils avaient déjeunes Chenilles quelques jours après.
Comme le père Fantoni leur avait écrit que les Chinois nourrissent ces Vers avec les feuilles d'un certain arbre appelé ckuen-xu, et que cet arbre avait des feuilles semblables à celles de l'Acacia, mais plus longues ; comme les portions de feuilles qui recouvraient encore quelques-uns des Cocons avaient la plus grande ressemblance avec les folioles de l'Ailante, MM. Comba et Griseri ont présenté des feuilles d'Ailante aux Vers naissants, ce qui a parfaitement réussi. De plus, M. Griseri leur a donné Brehm. — VIII.
des feuilles de Ricin, qu'ils ont également bien mangées.
Étant à Turin à cette époque, le 19 juin 1857, à la veille de quitter le Piémont, Guérin-Méneville voyait ces jeunes Chenilles commencer leur éducation, et recevait de ces messieurs trois de leurs derniers Cocons, qu'il emportait à Sainte- Tulle (Basses-Alpes) avec les plus grandes précautions. Là, il a obtenu d'abord l'éclosion de deux Mâles, et, lorsqu'ils ont été morts, le troisième Cocon lui a donné une Femelle.
L'éducation des Vers qu'il avait vus naissants à Turin ayant marché parfaitement, et ses amis ayant obtenu un certain nombre de Cocons, à partir de ce moment, l'espèce était acquise. Des Cocons de la seconde éducation de 1857 ont été conservés jusqu'au printemps de 1858; ils ont alors commencé à donner des Papillons, et le 5 juillet, à deux heures, ayant reçu par le chemin de fer quelques tuyaux de plume remplis d'OEufs, et trois Papillons femelles pondant encore, Guérin-Méneville les présentait à l'Académie des sciences à trois heures.
« Ces Œufs n'ont pas tardé à éclore, dit-il, et j'ai prodigué mes soins aux jeunes Chenilles, qui se sont développées rapidement. Ne pouvant faire, dans mon appartement, qu'une éducation de quelques centaines de ces élèves, à cause des difficultés que j'éprouvais pour y entretenir une chaleur constante de 20 à 25 degrés centigrades, et pour me procurer des feuilles d'Ailante, qu'il me fallait chercher au loin et à grands frais, j'en ai fait élever encore Insectes. — 138
LA SATURNIE DE L'AILANTE-
quelques centaines au Muséum d'Histoire naturelle, dans la ménagerie des Reptiles, où la Société impériale d'acclimatation m'a chargé de faire provisoirement ses expériences séricicoles, et c'est le résultat de ces éducations qui m'a permis de faire d'abord hommage de mon espèce à cette illustre Société. De plus, j'ai eu le bonheur d'obtenir de M. Drouyn de Lhuys, vice-président de la Société, l'autorisation d'user des feuilles des Allantes qui ornent son parc, à Amblainvilliers, près Paris, et madame Drouyn de Lhuys, qui partage le dévouement de son mari pour les progrès de l'œuvre poursuivie par la Société, a bien voulu se charger de l'éducation des Vers que je lui avais confiés à cet effet. »
« Si je n'avais pu m'appuyer que sur des expériences en petit, faites en lieux clos ou même en plein air, sur des Allantes isolés et non disposés en plantations spéciales, je n'aurais pas osé recommander des essais de culture et des plantations d'Ailantes sur une échelle un peu sérieuse, les deux années d'expériences vraiment agricoles faites chez M. de Lamote-Baracé nous ont tranquillisés et nous donnent les plus grandes espérances. Je crois donc que cette nouvelle branche d'agriculture est appelée à devenir un objet de réelle utilité pour le pays, et si des difficultés imprévues et insurmontables ne viennent pas contrarier les justes espérances que d'heureux essais agricoles ont fait concevoir, mon acclimatation de cet Insecte domestique sera bien réellement une source de richesse pour la France et l'Algérie. »
Enthousiasmé, grisé de généreuses illusions, Guérin-Méneville (1) s'efforçait de propager partout la culture de l'Ailanteet ne ménageait pas les promesses de succès. « Les étoffes, disait-il, faites avec les produits du Ver à soie de l'Ailanle, par leur bon marché et leur solidité, deviendront certainement le principal vêtement du peuple. »
Mais les hommes pratiques reconnurent bientôt que ce nouveau Ver à soie n'avait pas toutes les vertus : son Cocon non seulement était difficile à dévider, mais était pauvre en soie ; on renonça à son éducation et l'on tenta l'élève d'autres espèces de Saturnie meilleurs séricigènes. Mais un fait reste acquis, c'est la
(1) Guérin-Méneville, Rapport sur les travaux entrepris pour introduire le Ver ù soie de l'Ailante en Fra?ice et en Algérie. Paris, 18G8. — Rapport sur les progrès de la culture de l'Ailante et de l'éducation du Ver à soie. Paris, 1802.
naturalisation en France de la Saturnie de l'Ailante, qui aujourd'hui se propage en liberté sur tous les Vernis du Japon qui ornent les boulevards et les jardins de Paris ; partout on aperçoit les Cocons suspendus aux branches flottant au gré du vent.
Au commencement du dix-neuvième siècle, en 1804, le botaniste anglais Roxburg (I) signalait une autre espèce très voisine de la précédente, que l'on élève dans l'Hindostan, où elle est à l'état domestique, avec les feuilles du Ricin.
Comme ce Papillon ressemble beaucoup, pour l'ensemble de ses formes et de sa coloration, aux figures et descriptions que Drury et Cramer ont publiées de l'espèce chinoise ci-dessus, Roxburg a confondu les deux, croyant que les Bombyx chinois et indiens appartenaient à la même espèce. Il a donné des détails très intéressants sur ce Bombyx du Ricin, sur sa Chenille, son Cocon et la soie qu'il produit, en le considérant comme le vrai Bombyx Cynthia de Chine, et tous les entomologistes ont adopté cette opinion, qui n'était appuyée que par des descriptions et des figures imparfaites du Papillon indien.
Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans le détail scientifique des nombreux caractères qui distinguent le vrai Bumbyx Cynthia de Chine, du faux Cynthia de l'Hindostan ou Arrindy Arria des Hindous, auquel les Entomologistes classificateurs et collecteurs n'ont pas manqué de donner déjà trois ou quatre noms différents, sans en donner de description précise et comparative. Comme c'est à la loi de l'antériorité que l'on doit obéir pour l'adoption du nom qui restera à ce Ver à soie du Ricin, il en résulte, ainsi que l'a établi Guérin-Méneville (2), qu'il doit être appelé désormais Bombyx (Attacus) Arrindia, Edw., parce que ce nom lui a été imposé pour la première fois par M. Milne Edwards (3).
Elles sont d'ailleurs tellement voisines et analogues entre elles, que Guérin Méneville a pu les croiser et obtenir des Métis.
Ces Papillons Métis ont été féconds et, mariés entre eux, ils ont donné des générations successives dont les produits ont plus ou moins
(1) Roxburg, Transactions of t/ie Linnean Society of London, t. VI, p. 42, pi. III.
(2) Guérin-Méneville, Annales de la Société entomologique, 1858, pi. CLXVII.
(3) Bulletins de la Société centrale d'agriculture, séance du 15 novembre 1854.