LA SATUHNIE DU CHENE DE LA CHINE
son rapport à la Société d'acclimatation de Paris, l'abbé Paul Perny a pu, grâce aux relations d'affaires établies entre les maisons de soieries de France et la Chine, importer cet Insecte en Europe. Aussi connaissons-nous fort bien ses mœurs. Aussitôt éclos, les Papillons s'accouplent à la manière de tous les Bombyx ; ils restent unis pendant un temps exceptionnellement long (de 40 à 50 heures). Trois jours après l'accouplement, la Femelle dépose ses grands OEufs bruns en petits tas le long des parois de sa résidence. Huit à dix jours plus tard, éclosent les Chenilles noires (pi. XXV, fig. 1), qui après la seconde mue prennent une teinte vert-jaunâtre qu'elles conservent pendant les deux mues ultérieures (pi. XXV, fig. 2). Al'àge de cinquante-deux jours, en moyenne, elles commencent à filer. La Chenille, à maturité (pi. XXV, fig. 3), se distingue par sa tête brune, à taches sombres, de la Chenille très analogue du Bombyx du Chêne du Japon (Saturnin Yama mai}, dont nous parlerons tout à l'heure ; on peut opposer la première sous le nom de « Chenille-du-Chêne à tête brune » à la seconde dont la tête est verte. Au-dessus des stigmates aériens, petits et bruns, s'étend à partir du quatrième anneau une ligne longitudinale jaunâtre finement bordée de brun dans sa moitié supérieure ; elle s'élargit à la fin, sous forme de triangle, et embrasse avec une bordure étroite d'un vert brunâtre les deux valves anales. Au-dessous des stigmates aériens, se trouve une rangée de verrucosités bleuâtres ; sur le dos s'étend, du second anneau au troisième avant-dernier, une double rangée de cornes pointues dirigées en avant, et terminée également par un bouton bleuâtre ; sur les antérieures elles paraissent plus fortes en raison de l'attitude du corps, plutôt qu'en raison de leurs dimensions réelles, et là elles portent de petites taches latérales à reflets d'argent ; toutes sont munies de touffes de poils isolées, plus ou moins longues, un peu en forme de massues ; le corps entier est pourvu de petites verrucosités punctiformes de couleur jaune. Cette Chenille est extrêmement indolente; elle se fixe solidement, et, au repos, elle rentre un peu sa tête et retire un peu en arrière les anneaux antérieurs de son corps ; elle dévore jour et nuit, sauf de courtes interruptions, pendant lesquelles elle se débarrasse des résidus de la digestion sous la forme d'un petit tampon régulier et cerclé de sillons pro-
fonds; après chaque mue, elle commence par dévorer la peau enlevée.
Le Cocon (pi. XXV, fig. 2) qu'elle file est gros, grisâtre ou brunâtre, entouré d'un réseau de fils lâches qui maintient quelques feuilles autour de lui et est suspendue par un pédicule aplati à une tige ou au pétiole d'une feuille.
Le Papillon , chez nous comme dans son pays natal, présente deux générations par an; mais les Chrysalides de la première n'éclosent pas toutes; c'est là un phénomène qu'on peut observer encore chez d'autresBombycines, qui se distinguent de tous les autres Papillons par certaines irrégularités de développement.
D'après les rapports que Perny a adressés de la province de Kuy-Tscheu à la Société d'Acclimatation de Paris, les Cocons de la seconde génération sont maintenus, pour passer l'hiver, dans une chambre dont la température est surveillée de façon à ce que les Papillons n'éclosent ni trop tôt, ni trop lard. Cette éclosion se fait en avril. On place les Femelles fécondées dans des corbeilles d'osier, où elles déposent leurs OEufs; on fournit aux Chenilles, écloses en huit ou dix jours, des branches de Chêne ; sitôt qu'elles ont grimpé après, on porte les corbeilles dans la forêt de Chênes, qui ne doit être formée que de broussailles, et dont on entretient le sol très proprement pour pouvoir recueillir aisément les Chenilles qui tombent hors du panier. Dans ce but, et pour effaroucher les Oiseaux qui dévorent volontiers ces Chenilles, à chaque plantalion est attaché un surveillant, chargé en outre de transporter les Chenilles sur un arbuste garni de feuilles, quand elles ont dévoré le précédent. Au bout de quarante à cinquante jours, les Chenilles ont terminé complètement leur évolution, et l'on s'occupe de la' récolte des Cocons. On choisit les meilleures pour continuer l'élevage ; les autres sont placées sur des claies de Bambous audessus du feu, afin de tuer les Chrysalides. Ensuite on les laisse pendant huit à dix minutes dans l'eau bouillante. On dissout alors deux pleines poignées de cendres de Sarrasin dans une jatte d'eau, et l'on verse le mélange dans un chaudron. Voici comment on prépare les cendres de Sarrasin : après avoir récolté les grains, les Chinois font sécher les tiges au soleil, et les allument en tas ; cette cendre, d'après l'avis du rapporteur, a les mêmes effets que la potasse. On agite alors les Cocons à l'aide d'une spatule jusqu'à ce
Brbhu, Inseï tes
T Mil. PI. XXV, p. 372.
Pans, J. B. Bjilhere el Fils, edll.