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MŒURS, HABITUDES, RÉGIME. — LES FOURMIS AGRICOLES

relativement, une petite portion de semences pénétrait dans celui d'en bas. Encore n'y arrivait-elle qu'accidentellement. Souvent, en regagnant leur Nid inférieur, alors qu'elles avaient surmonté la plupart des difficultés de la route, les Fourmis se voyaient attaquées par quelque escouade de voleurs, qui, embusqués sur leur passage, les dépouillaient encore une fois de leur bien et l'emportaient de nouveau dans le Nid supérieur. Après le ■i mars, Moggridge vit cesser les hostilités, pourtant le Nid pillé n'était pas abandonné ; mais en repassant en octobre de la môme année par le même endroit, il le trouva complètement vide et morne, tandis que le Nid des voleurs était débordant de vie et ses greniers d'abondance pleins jusqu'aux bords.

Dans un autre cas, après trente et un jours de lutte, le Nid pillé fut finalement abandonné, et en l'ouvrant Moggridge trouva les greniers complètement vides.

Si la réhabilitation de nos Fourmis indigènes s'est longtemps fait attendre, il est juste de reconnaître que dès 1829 le colonel Sykes et après lui Jerdon (1831) constatait qu'une Fourmi de l'Inde {Pheidole providens) taisait des provisions de graines.

Les Fourmis agricoles. — Il est encore des Fourmis moissonneuses qui paraissent avoir des mœurs plus remarquables encore ; ce sont les espèces américaines du genre Poganomyrmex, qui, non contentes de recueillir des grains, cultiveraient le sol et se livreraient a la culture de certaines plantes qu'elles affectionnent. C'est au docteur Lincecum et à sa fille, qui ont étudié pendant dix ans l'une d'entre elles [Pogonomyrmex barbatus), que nous sommes redevables des premières observations sur les mœurs de ces Hyménoptères agriculteurs, observations dont nous devons la connaissance à Darwin (1).

« L'espèce que j'appelle « agricole », raconte le docteur Lincecum, est une grosse Fourmi brune. Elle habite des cités pour ainsi dire pavées et, en véritable agriculteur actif, prévoyant et habile, sait prendre a temps les dispositions adaptées aux diverses époques de l'année. En un mot, elle est douée d'une habileté, d'un jugement, d'une patience infatigables, de façon à pouvoir lutter avantageusement contre les mécomptes accidentels, qui peuvent surgir dans la lutte pour l'existence.

(1) Darwin, Vroceedings of the Linnean Society. LonJ., 18CI.

« Quand elle a choisi l'emplacement de son domicile, si le terrain est un sol ordinaire, sec, elle creuse un trou, autour duquel elle entasse de la terre a la hauteur de trois à six pouces, et construit un remblai circulaire, bas, qui monte en pente douce du centre jusqu'au bord extérieur, éloigné parfois de l'entrée de près de 3 à 4 pieds. Si la localité choisie est un sol bas, humide et mou, sujet à l'inondation, quand même il serait tout à fait sec au moment où la Fourmi se met à l'œuvre, elle exhausse le remblai en forme de cône assez pointu, de quinze à vingt pouces et davantage, et place l'entrée près du sommet.

« Dans les deux cas, la Fourmi sarcle le terrain autour du remblai, en enlève tout ce qui pourrait l'encombrer, en aplanit et nivelle la surface à la dislance de 3 ou 4 pieds de la porte de la cité, et cela lui donne l'apparence d'une belle place pavée, ce qu'il est en réalité. Aucune végétation, à l'exception d'une seule espèce de d'aminée {Aristida stricto), n'est tolérée dans l'intérieur de celte cour pavée. Après avoir semé cette plante tout autour, à la distance de deux ou trois pieds du milieu du remblai, l'Insecte la cultive et la soigne avec la plus grande sollicitude, en rongeant toutes les plantes et herbes qui poussent par hasard dans l'enceinte, ou qui croissent à la distance d'un à deux pieds en dehors de ce rayon cultivé. La Graminée ensemencée s'épanouit toute luxuriante et donne une riche moisson de petites semences blanches, dures comme le caillou, qui au microscope ressemblent beaucoup au Riz ordinaire. On la récolte soigneusement, quand elle est mûre, et les Ouvrières l'emportent en bottes dans les greniers, où on la sépare de la balle et où on l'emmagasine. Quant à la balle, elle est rejetée au delà des limites de la cour pavée.

« Si, par hasard, la saison des pluies arrive plus tôt que d'ordinaire, les provisions mouillées courent le risque de germer et d'être gâtées. Dans ce cas, aux premiers beaux jours, les Fourmis transportent le grain humide et avarié et le font sécher au soleil ; après quoi, elles emportent les grains intacts, les emmagasinent de nouveau et abandonnent les avariés.

« Non loin de ma maison, sur une éminence d'une certaine hauteur, se trouve au milieu d'un verger une couche rocheuse. Dans le sable, qui la recouvre en partie, fleurit une belle cité de Fourmis agricoles, selon toute

LES FORMICIDES.

Fig. 976. — Nid d'une OEcodome avec ses magasins remplis de fragments de feuilles (fac-similé, d'après Th. Belt).

apparence depuis une haute antiquité. Mes observations sur leurs us et coutumes se bornent aux dernières douze années, pendant lesquelles des haies séparaient les Fourmis agricoles du bétail. Les cités en dehors de la clôture, aussi bien que celles de l'intérieur, étaient, dans une certaine saison, plantées de Riz de Fourmi (The Ant-rice ou Aristida stricto). La Graminée s'y épanouissait vers les premiers jours de novembre de chaque année. Dans la dernière année pourtant, le nombre des fermes etdu bétail ayantconsidérablementaugmenté, et celui-ci consommant une bien plus grande quantité d'herbage que par le passé (ce qui empêchait les semailles de mûrir), je remarquai que les Fourmis agricoles se mirent à bâtir leurs cités le long des sentiers ruraux, des allées des jardins et enfin dans le voisinage de la grande porte là où elles espéraient n'ôlre point molestées par le bétail.

« On ne saurait révoquer en doute que cette espèce particulière de Graminée, dont il vient d'être question, ne soit plantée à dessein. Pendant le temps de sa croissance on extirpe soigneusement, comme le ferait un bon laboureur, toutes les autres plantes et herbes. Quand le grain est mûr, on s'applique à couper le brin sec et à l'emporter. La cour pavée est délaissée jusqu'à l'automne suivant, où le même « Riz de Fourmi » apparaît, planté de la même manière circulaire, et provoque de la part des agriculteurs la même sollicitude, qu'ils avaient déployée à l'occasion des semailles précédentes, et ainsi d'année en année. Je sais qu'il en est ainsi, chaque fois que le ménage agricole des Fourmis est à l'abri des ravages des Animaux herbivores. »

Mac Cook ne croit pas que cette Fourmi puisse semer elle-même des graines d'Aristida, mais il affirme qu'elle ne laisse croître que cette Graminée aux environs de son Nid; sachant sarcler avec discernement comme les

cultivateurs expérimentés, elle a toujours la précaution de couper au collet toutes les autres plantes sur un rayon de 5 à 6 pieds autour de sa demeure.

Les mœurs d'autres Pogonomyrmex (F. crudelis et occidentalis) agriculteurs qui ont des habitudes semblables, ont été étudiées avec le plus grand soin par miss Treat et par Mac Cook.

11 est encore des Fourmis célèbres dont il conviendrait de parler ici, je veux parler des Fourmis coupeuses de feuilles, des Fourmis à parasol (Atta ou OEcodoma cephalotes) qui accumulent des approvisionnements considérables de fragments de feuilles (fig. 976) qu'elles vont découper sur les arbres, mais comme nous nous proposons de faire leur histoire complète clans un chapitre suivant, nous nous bornerons à les mentionner ici, d'ailleurs on a émis les opinions les plus diverses sur l'usage que les Fourmis font de ces provisions. Les uns pensent qu'elles en confectionnent des espèces de litières qui permettraient le développement de certains Champignons fort petits dont les Fourmis se nourrissent; d'autres prétendent qu'elles les disposent en couches dont la fermentation détermine une production de chaleur favorable à l'éclosion des Œufs et au rapide développement des Larves; ceux-ci affirment, d'après leurs propres remarques, que les OEcodomes transforment les fragments de feuilles en une sorte de papier végétal avec lequel elles construisent, chose digne de remarque, de grossiers rayons où demeurent les Larves et les Ouvrières faisant fonction de nourrices; ceux-là présument, avec quelque apparence de raison, que les fragments de feuilles sont réellement des provisions de bouche.

Relations des fourmis entre elles. — esclavage. — Ayant eu souvent jusqu'ici, et devant

MOEURS, HABITUDES, liÉGLME.

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