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ESCLAVAGE

Fig. 977. — Coque dans sa position naturelle Fig. 977 et 978

Fig. 978. — Coque brisée pour montrer sa communication avec le KiJ.

Coque de Scarabée transformée en magasin par M Alla barbura (fac-similé d'après Moggridge).

trouver souvent encore l'occasion de parler des Parasites qu'on rencontre dans les habitations de certains Hyménoptères, nous ne causerons aucune surprise en signalant la présence d'habitants étrangers dans les habitations des Fourmis ; ceux-ci ont avec les Fourmis des relations très diverses, mais elles diffèrent complètement de celles des Parasites précédents.

Il est à peine nécessaire de dire que, en général, chaque espèce vit à part. Il y a cependant quelques curieuses exceptions à cette règle.

D'abord, dans un même Nid peuvent exister des Fourmis d'espèces différentes, qu'on désigne sous le nom de Colonies mixtes. Il faut distinguer là deux cas essentiellement différents.

En effet, tantôt une espèce, sous ses trois états, habite dans le Nid d'une autre espèce dont elle est Y hôte; tantôt des Ouvrières, seulement, d'une espèce différente ont été volées à l'état de Larves ou de Nymphes par les Ouvrières du Nid, qu'on appelle, à cause de ne fait, les Fourmis voleuses.

Parmi les Fourmis hébergées, il faut ranger une espèce de Ponérines qu'on trouve chez les Formica rufa et congerens ; c'est la petite Slenamma Westwoodi, d'un rouge jaunâtre brillant, qu'on n'a jamais rencontrée seule ; on admet, à cause de cela, que son existence est sous la dépendance des espèces précitées.

« Nous ne savons pas quelles sont les relations qui existent entre ces deux espèces, dit Lubbock (I). Cependant les Stenamma suivent» les Formica quand elles changent de Nid, cou-

; I) Lubbock, p. 58.

Breiim. — VIII,

rant autour d'elles et entre leurs jambes, les frappant curieusement avec leurs antennes et même quelquefois leur grimpant sur le dos, comme pour faire une promenade, tandis que les grandes Fourmis ont à peine l'air de s'en apercevoir. Elles semblent être, pour ainsi dire, les Chiens, ou plutôt les Chats des Fourmis. »

Une autre petite espèce, le Solenopsis fugax, qui construit sa demeure dans les murs des Nids des grandes espèces, est l'ennemie la plus acharnée de ses hôtes. Ces dernières, étant trop grosses, ne peuvent pénétrer dans les galeries des petits Solenopsis qui vivent ainsi dans la plus grande sécurité, et font des incursions dans les nourriceries des grandes Fourmis pour y prendre des Larves dont elles fontleur pâture. Imaginons ce que serait pour nous de voir vivre dans les murs de nos maisons de petits nains hauts de 45 à 60 centimètres qui, de temps en temps, emporteraient quelquesuns de nos enfants dans leurs affreux repaires.

On considère une seconde espèce, YAsemorhoptrum lippulum, comme une hôte des Lasius fuliginosus et brunneus, et de la Formica sanguinea; cependant de Hagen les a rencontrées en Etats indépendants.

Parmi les Fourmis-voleuses, se rangent les Formica sanguinea, que nous étudierons plus loin ; elles travaillent d'ailleurs comme leurs esclaves, dénomination sous laquelle on désigne les Ouvrières volées ; aussi ne peut-on connaître le mobile qui les a poussées au vol.

Les F. sanguinea font des expéditions périodiques, attaquent les Nids les plus voisins des F. fusca, et emportent les Nymphes. Lors- Lnsectes. — 98

so

LES FORMICIDES.

que ces dernières arrivent à maturité, elles se trouvent dans des Nids où vivent ensemble les F. sanguinea et les F. fusca provenant des expéditions précédentes. Elles se plient aux circonstances, assistent les Fourmis dans les travaux ordinaires de l'intérieur, etn'ayant pas de petits à elles, soignent et élèvent ceux des F. sanguinea. Mais, quoique les F. sanguinea soient ainsi aidées par les F. fusca, elles n'ont pas perdu leurs instincts laborieux. Il doit sans doute y avoir une certaine division du travail entre ces deux espèces, mais nous n'avons encore aucun renseignement précis sur ce point, et, en tout cas, les F. sanguinea peuvent tout faire par elles-mêmes, et entretenir un Nid, s'il est nécessaire, sans le secours d'Esclaves.

11 en est tout autrement des Fourmis Amazones (Potyergus rufescens) , espèce entièrement rouge brunâtre de l'Europe méridionale, qu'on a souvent observée en Suisse, en Allemagne, en France. Elles dérobent les Larves des Formica fusca et cwucularia, et déploient pour cela une audace et une ténacité extraordinaire. Une fois leur excursion finie, elles se reposent, tandis que les Ouvrières, provenant des captures faites dans les expéditions précédentes, soignent les petits et vont chereber la nourriture dont elles leur apportent une partie, car elles ont une telle répugnance pour le travail, qu'elles mourraient de faim si elles n'étaient pas nourries par leurs Esclaves.

La structure de leur corps elle-même a subi un changement. Leurs mandibules ont perdu leurs dents et sont devenues de simples pinces qui peuvent, il est vrai, porter encore des coups mortels, mais ne sont utiles qu'à la guerre, car elles sont incapables de pétrir la terre, de construire des loges, des chambres. Ne pouvant non plus nourrir leurs Larves, les Polyergues ont reçu de la nature l'instinct d'obliger les Ouvrières d'une autre espèce à exécuter tous les travaux qu'elles ne peuvent exécuter elles-mêmes.

N'offrent-elles pas un exemple frappant de l'abaissement des facultés produit par l'esclavage, puisqu'elles sont devenues entièrement dépendantes de leurs Esclaves?

Elles ontpeidula plus grande partie de leurs instincts: leur art, c'est-à-dire la faculté innée chez elles de se bâtir d*s demeures ; leurs habitudes domestiques, car elles ne prennent aucun soin de leurs propres larves, et dans tout ceci elles sont remplacées par les Esclaves ; leur activité, — elles ne s';occupent nullement de

l'approvisionnement journalier ; — la colonie change la place du Nid, les maîtres sont tous portés par les Esclaves dans leur nouvelle demeure ; et, ce qui est plus curieux encore, elles ont même perdu l'habitude de se nourrir.

Le but des Fourmis Amazones n'est pas de détruire des Fourmis, mais de s'emparer des Nymphes et des Larves des autres Fourmis, pour en faire des serviteurs ; elles n'emportent jamais que des Larves et des Nymphes d'Ouvrières, parce que les autres ne leur seraient bonnes à rien.

Elles se gardent bien de chercher à s'emparer d'Ouvrières adultes, jamais celles-ci ne se soumettraient à l'esclavage; jamais elles ne consentiraient à rester dans une demeure étrangère. Aussi que font les Amazones ? Elles s'en prennent uniquement aux Nymphes. Les Ouvrières qui viennent à éclore ne connaissent pas d'autre logis que l'endroit où elles sont nées, n'ont aucune envie de périr ; obéissant à leurs instincts, elle se mettent à construire, elles soignent les Larves des Amazones, comme elles eussent soigné les Larves de leur propre espèce, sans s'apercevoir de la différence.

Lorsque les Fourmis Amazones se mettent en campagne pour enlever des Esclaves, elles procèdent toujours avec beaucoup d'ordre. Nous reviendrons sur ces expéditions à propos des combats que se livrent entre elles les Fourmis, mais nous exposerons ici les faits et gestes qui se rapportent spécialement à l'esclavage (Formica fusca et cunicularia).

Lespèsdécritdansles termes suivants unecampagne d'Amazones dont il a suivi les péripéties : « Ces expéditions n'ont lieu qu'à la fin de l'été et en automne. Vers cette époque, les individus ailés des espèces esclaves ont déjà quitté les Nids, les Amazones se gardent bien de se charger des bouches inutiles. Les brigands quittent leur camp vers les trois o(l quatre heures de l'après-midi par un temps pur et serein. D'abord il n'y a point d'ordre dans leurs mouvements, mais du moment où toutes les forces sont rassemblées, une colonne régulière se forme. Cette colonne avance avec rapidité et, chaque jour prend une direction. Les rangs sont étroitement serrés, et les Amazones, qui marchent en tête semblent chercher quelque chose à terre. D'ailleurs, celte tête de colonne change continuellement dans sa composition, les chefs de file, arrêtés à tout moment, étaient remplacés par d'autres. » C'est ce qu'Huber avait d'ailleurs remarqué-

MŒURS, HABITUDES, RÉGIME- - ESCLAVAGE

« Elles mettent, dit-il, dans leurs marches, une particularité qui n'est pas sans intérêt. La tête de la colonne ralentit le pas, de manière à se laisser dépasser par les rangs qui suivent. Insensiblement les individus qui se trouvaient à la tête retombent par conséquent a la queue, tandis que de la queue ils remontent à la tête et ainsi de suite successivement. »

Mais reprenons le récit de Lespès :

« Ce qu'elles cherchent à terre avec tant d'attention c'est la piste de l'espèce qu'elles se préparent à attaquer, et l'odorat leur sert de guide sûr. Elles flairent le sol comme des Chiens de chasse cherchant la piste du gibier, et quand elles l'ont trouvée elles s'avancent avec impétuosité entraînant toute la colonne sur leurs pas. Les plus petits corps d'armée que j'aie observés se composaient pour le moins de quelques centaines d'individus ; mais j'en ai vu aussi d'autres quatre fois plus nombreux. Les Fourmis formaient alors des colonnes de cinq mètres de long et de quinze centimètres de large.

« Après une marche, qui dure quelquefois une heure entière, voici la colonne arrivée au Nid de l'espèce esclave. La F. cunicularia, la plus forte de toutes, oppose en vain une résistance sérieuse. Les Amazones forcent facilement l'entrée du Nid. »

« Elles reparaissent au bout d'un moment tandis qu'en même temps les assiégées surgissent en masse. Ce sont les Larves et les Nymphes qui sont l'objet principal du conflit. Les Amazones cherchent à les enlever et les autres essaient de les dérober à leurs poursuites ou du moins d'en sauver le plus grand nombre possible. Pour cela, sachant parfaitement que les Amazones ne grimpent point; elles gagnent avant tout, avec leur précieuse charge, les plantes et les buissons du voisinage, où elles sont à l'abri de leurs atteintes. Puis elles se mettent à poursuivre les ravisseurs s'efforçant à leur tour de leur enlever le plus de butin possible. Ces derniers ne se souciant guère de rendre gorge détalent au plus vite. » Pour leur retour, les Amazones ne prennent pas la voie la plus directe, mais invariablement celle qu'elles ont suivie en arrivant, et vers laquelle elles sont guidées par l'odorat. Rentrées dans leurs foyers, elles abandonnent leurs captures aux soins des Esclaves et ne s'en préoccupent plus.

Voici un autre récit d'expédition non moins intéressant.

« La particularité la plus intéressante des mœurs des Fourmis, dit G. Vogt (1), c'est l'existence irrécusable de l'esclavage, d'un esclavage obligatoire d'abord, puis plus tard volontaire à ce qu'il semble sur lequel est fondée l'économie de quelques espèces.

« Dans le vignoble de mon jardin à Genève existait une Fourmilière de l'espèce nommée parHuber Amazones (Polyergus rufescens).ia les observais pendant les mois chauds de juin et de juillet. Le soir, entre trois et quatre heures, on voyait de petites Fourmis grisâtres sortir par les trous delà Fourmilière établie en terre. Puis venaient quelques Fourmis plus grosses d'un rouge jaunâtre qui se laissaient caresser et flatter par les grisâtres, allaient çà et là, rentraient et sortaient. Ces dernières augmentaient bientôt et un puissant essaim se précipitait des trous avec une hâte sauvage dans une direction donnée généralement vers les couches et les châssis du jardin; à droite et à gauche du corps d'armée galopaient quelques Fourmis en guise de patrouille et de flanqueurs.

«Les rougeâtres couraient alors avec un empressement tumultueux vers les murs où se trouvaient les Nids des petites Fourmis grisâtres, et se précipitaient comme un torrent dans tous les trous, toutes les fissures du mur. Çà et là paraissaient de petites Fourmis grisâtres, toutes pareilles à celles que j'avais vues près du Nid des Amazones, fuyant avec terreur, quelquefois portant dans leurs mandibules une Chrysalide (autrement dit un Œuf de Fourmi). Si une Fourmi rouge survenait, la grise laissait tomber la Chrysalide et se sauvait. Jamais je n'ai vu un combat sérieux. Quelque temps après, les rougeâtres ressortaient des trous et des fentes, portant presque toutes une Chrysalide dans leurs mandibules. Celles qui n'avaient rien attrapé, se hâtaient devant en éclaireurs. Celles qui étaient pesamment chargées, se traînaient par derrière.

« Près de la Fourmilière se tenaient des myriades d'Esclaves grisâtres qui venaient alors au-devant des rouges, leur prenaient les OEufs pour s'en charger, ou portaient leur maîtresse même pour les rentrer à la maison. J'ai souvent vu une des Esclaves grisâtres saisir une Fourmi rouge de moitié plus grosse; la maîtresse s'enroulait autour de son cou et tenant la Chrysalide dans ses mandibules se fanait porter dans l'intérieur de la Fourmilière. De (1) Vogt, Leçons sur les Animaux utiles et nuisibles. Paris. 1867. p. 250-

LES FOR.MICIDES.

cette façon la petite Ouvrière avait certainement porté le triple de son poids.

« De ces Chrysalides volées naissent des travailleuses grisâtres qui,éclosent dans la Fourmilière des Amazones, y font tous les travaux, portent leurs maîtresses avec un attachement remarquable, les nourrissent, les caressent, les nettoyent. 11 ne reste plus aux Amazones d'autres travaux que la guerre, car la nature leur a défendu l'amour.

« Je me suis bien souvent étonné que cet esclavage établi par la nature chez quelques Fourmis, ne se retrouve pas parmi les arguments que les esclavagistes des États-Unis sont dans l'habitude de présenter pour leur défense. En leur qualité de pieux chrétiens et de bons croyants, ils ont épuisé la Bible jusqu'à la dernière goutte pour présenter l'esclavage comme une institution divine, approuvée par le Sauveur, prêchée par les Apôtres. Ils ont l'ait venir d'Europe des Naturalistes spéciaux assez dénués de probité pour chercher à établir sur des raisons et des distinctions zoologiques, le droit delà race humaine la plus élevée, la race caucasique, à tenir en esclavage la race la plus basse, les Nègres. Pourquoi ne pas appeler la nature en tiers dans cette alliance, quand la religion et la science viennent déjà à leur aide. Les Fourmis donneraient avec la fidélité d'un miroir l'image la plus exacte de tout cela. Une race blond-roux qui ne fait que jouir fait la guerre par hasard, comme par passe-temps, et se livre à la rapine, et une race gris-noir plus faible, esclave qui travaille pour ses maîtres, les nourrit, les transporte, soigne et élève leur postérité comme si c'étaient ses semblables. Imiter le Créateur, que voulez- vous de plus? »

En effet, aussitôt que les jeunes Fourmis arrachées à leurs foyers arrivent à la demeure des ravisseurs, les Esclaves qui s'y trouvent déjà leur prodiguent les soins les plus empressés. Elles leur donnent à manger, les approprient et réchauffent leur corps glacé.

Quelques jours après, les Nymphes ou Chrysalides dépouillent leur enveloppe sans garder aucun souvenir de leur enfance et se mettent incontinent à participer à tous les travaux sans y être amenées par la contrainte. »

Les Amazones terrassent simplement les Ouvrières qui s'opposent à leurs rapines, mais elles ne s'en emparent pas, parce qu'elles se prêteraient difficilement à leur joug : il ne leur faut que de jeunes individus qu'on puisse y façon-

ner. Malgré les efforts des assiégés, elles pénètrent jusqu'au cœur de la place et en fouillent tous les compartiments pour choisir leurs victimes, Larves et Nymphes. Lorsque le sac de la place est complet, chaque conquérant tient délicatement une Nymphe ou une Larve entre ses mandibules et songe au retour; ceux qui n'en peuvent trouver, emportent les cadavres inutiles des ennemis pour servir de pâture ; et toute l'armée, chargée de butin, se met en marche pour regagner triomphalement sa cité, dans le même ordre qu'elle avait à son départ.

Dans les républiques esclavagistes, conquérants et esclaves finissent par changer de rôle n'ayant rien de cette vieille féodalité dont l'armure pesait sans discontinuer sur les serfs, les premiers ne développent du courage qu'au moment delà conquête. Aussitôt après avoir déposé leur butin dans la Fourmilière, les Amazones se délassent de leurs combats par les délices de l'oisiveté. Mais bientôt énervés par celle-ci, les ravisseurs passent sous le joug de leur conquête. Leur dépendance est telle que désormais, si on leur enlève leurs Esclaves, les privations et l'inaction détruisent bientôt toute la tribu.

Ces spoliateurs si ardents à la curée se révoltent contre tout travail manuel ; ils ne s'entendent qu'à batailler; incapables de faire le moindre effort, si la tribu est forcée d'abandonner une Fourmilière, trop ancienne ou trop exiguë, ce sont les Esclaves qui seules décident et opèrent l'émigration. A ce moment les Amazones semblent même éprouver une défaillance.

Chaque Esclave saisit avec ses mandibules un de ses maîtres dégénérés, et le transporte à la nouvelle habitation, comme une Chatte porte à sa gueule le petit qu'on a ravi à son berceau (1).

Huber, toujours si ingénieux, voulut déterminer expérimentalement jusqu'à quel point allait la dépendance des deux catégories sociales. Il reconnut bientôt que les chefs, abandonnés à eux-mêmes, étaient absolument dans l'impossibilité de subvenir à leur besoin. Quelque étroite que soit leur prison, quelque grande que soit la quantité de nourriture mise à leur portée, ces stupides créatures se laissent mourir de faim au sein de l'abondance plutôt que de se nourrir elles-mêmes.

Huber en enferma trente avec des Nymphes et des Larves de leur espèce et une vingtaine

(l) Voir § DD Langage.

MŒURS, HABITUDES, RÉGIME. — ESCLAVAGE

de Nymphes de laFourmi noir-cendrée (Formica fusca), dans une boîte vitrée dont le fond était couvert d'une épaisse couche de terre, et il versa un peu de miel dans un coin de leur prison. « D'abord, dit-il, leur attention se porta sur les Larves, elles les traînèrent çà et là, mais Unirent par les remettre en place. Seules, sans serviteurs, la plupart moururent de faim en moins de deux jours, sans même avoir cherché à se construire une loge dans la terre; les autres étaient languissantes et sans force. Huber donna à celle-ci une Fourmi noir-cendrée, .qui seule rétablit l'ordre, fit une case dans la terre, y rassembla les Larves, développa plusieurs jeunes Fourmis des deux espèces, et conserva la vie aux Amazones qui subsistaient encore (I)».

Lubbock, à son tour, vérifia les observations de Huber. « J'ai longtemps observé, dit-il, en les variant à l'infini (2), un Nid de Polyergue sans jamais voir une des maîtresses se donner la peine de prendre sa nourriture. J'ai conservé des individus isolés pendant plusieurs semaines, en leur donnant une esclave une heure ou deux chaque jour pour les nettoyer et les nourrir, et de cette façon elles sont restées en parfaite santé, tandis que, sans Esclave, elles eussent péri en deux ou trois jours. Je ne connais dans la nature aucun autre exemple d'espèces ayant perdu l'instinct de se nourrir.

« Dans une espèce à esclaves, le Strongylognathus testaceus, les Ouvrières sont peu nombreuses, et si faibles qu'il est bien difficile de comprendre comment elles parviennent à se faire des Esclaves; aussi leurs relations avec les Tetramorium cssspitum qui exécutent tous les travaux et s'occupent de tous les soins du ménage ne sont-elles pas encore suffisamment éclaircies. Comme les Fourmis amazones, les Strongylognathes diffèrent de toutes les autres Fourmis de nos climats, par leurs mâchoires cylindriques et édentées; leurs mâchoires ne présentent donc pas la disposition qui, chez toutes les autres espèces, en fait un instrument de travail.

« Enfin chez Y Anergates atratulus, il n'existe pas d'Ouvrières : les Mâles et les Femelles partagent leurs Nids avec des Ouvrières appartenant à une autre espèce, les Tetramorium cœspilum. Dans ce cas les Tetramorium n'ayant pas de Reine , et en conséquence ne possédant pas de petits à elles, élèvent ceux des Anergates. C'est donc un cas analogue à

(t) Huber, Op. cit., p. 240.

(2) Lubbock, p. â9.

celui des Pohjergus, mais dans lequel l'esclavage a presque dégénéré en parasitisme. Ce n'est pas cependant un exemple du parasitisme véritable, caries Tetramorium prennent grand soin des Anergates, et si quelque danger les menace, elles les emportent et les mettent en sûreté. »

Nous reproduisons ici pour conclure quelques observations de Darwin, qui tout en confirmant nos récits précédents viennent y ajouter quelques considérations philosophiques du plus haut intérêt:

« Peut-on concevoir, dit Darwin (1), quelque chose de plus extraordinaire que ces faits bien constatés? Si nous ne connaissions aucune autre espèce de Fourmis douées d'instincts esclavagistes, il serait inutile de spéculer sur l'origine et le perfectionnement d'un instinct aussi merveilleux.

« Pierre Huber fut encore le premier à observer qu'une autre espèce, la Formica sanguineu, se procure aussi des Esclaves. Cette espèce, qui se rencontre dans les parties méridionales de l'Angleterre, a fait l'objet des études de fil. F. Smith, du British Muséum, auquel je dois de nombreux renseignements.

« Plein de confiance dans les affirmations de Huber et de M. Smith, je n'abordai toutefois l'étude de cette question qu'avec des dispositions sceptiques bien excusables, puisqu'il s'agissait de vérifier la réalité d'un instinct, aussi extraordinaire. J'entrerai donc dans quelques détails sur les observations que j'ai pu faire à cet égard. J'ai ouvert quatorze Fourmilières de Formica sanguinea, dans lesquelles j'ai toujours trouvé quelques Esclaves appartenant à l'espèce Formica fusca.

« Les Mâles et les Femelles fécondes de cette dernière espèce ne se trouvent que dans l.eurs propres Fourmilières, mais jamais dans celles de la Formica sanguinea. Les Esclaves sont noires et moitié plus petites que leurs maîtres qui sont rouges ; le contraste est donc frappant. Lorsqu'on dérange légèrement le Nid, les Esclaves sortent ordinairement et témoignent, ainsi que leurs maîtres, d'une vive agitation pour défendre la cité, si la perturbation est très grande, et que les Larves et les Nymphes soient exposées, les Esclaves se mettent énergiquement à l'œuvre, et aident leurs maîlres à les emporter et à les mettre en sûreté; il est donc évident que les Fourmis es-

(I) Darwin, De l'origine des espèces, trad. par Ed, Barbier. Paris, 187G, p. 291.

LES F0RMIC1DES.

claves se sentent tout à fait chez elles. Pendant trois années successives, en juin et en juillet, j'ai observé, pendant des heures entières, plusieurs Fourmilières dans les comtés deSurrey et de Sussex, et n'ai jamais vu une seule Fourmi esclave y entrer ou en sortir. Gomme à cette époque les Esclaves sont très peu nombreuses, je pensai qu'il pouvait en être autrement lorsqu'elles sont plus abondantes; mais M. Smith, qui a observé ces Fourmilières à différentes heures, pendant les mois de mai, juin et août, dans les comtés de Surrey et de Hampshire, m'affirme que, même en août, alors que le nombre des Esclaves est très considérable, il n'en a jamais vu une seule entrer ou sortir du Nid.

« Il les considère donc comme des esclaves rigoureusement domestiques. D'autre part, on voit les maîtres apporter constamment à la Fourmilière des matériaux de construction et des provisions de toute espèce. En 1860, au mois de juillet, je découvris cependant une communauté possédant un nombre inusité d'Esclaves, et en remarquai quelques-unes qui quittaient le Nid en compagnie de leurs maîtres, pour se diriger avec eux vers un grand Pin écossais, éloigné de 25 mètres environ, dont ils firent tous l'ascension, probablement en quête de Pucerons ou de Goccus. D'après Huber, qui a eu de nombreuses occasions de les observer en Suisse, les Esclaves travaillent habituellement avec les maîtres à la construction de la Fourmilière, mais ce sont elles qui, le matin, ouvrent les portes et qui les ferment le soir; il affirme que leur principale fonction est de chercher des Pucerons.

« Cette différence dans les habitudes ordinaires des maîtres et des Esclaves dans les deux pays, provient probablement de ce qu'en Suisse, les Esclaves sont capturées en plus grand nombre qu'en Angleterre.

« J'eus un jour la bonne fortune d'assister à une migration de la Formica sanguinea d'un Nid dans un aulre; c'était un spectacle des plus intéressants, que de voir les Fourmis maîtresses porter avec le plus grand soin leurs Esclaves entre leurs mandibules, au lieu de se faire porter par elles, comme dans le cas du Polyergus rufescêns. Un autre jour, la présence dans le même endroit d'une vingtaine de Fourmis esclavagistes qui n'étaient évidemment pas en quête d'aliments, attira mon attention. Elles s'approchèrentd'une colonie indépendante, de l'espèce qui fournit les Es-

claves, Formica fusca, et furent vigoureusement repoussées par ces dernières, qui se cramponnaient quelquefois jusqu'à trois aux pattes des assaillants. Les Formica sanguinea tuaient sans pitié leurs petits adversaires et emportaient leurs cadavres dans leur Nid, qui se trouvait à une trentaine de mètres de distance; mais elles ne purent pas s'emparer de Nymphes pour en faire des Esclaves.

« Je déterrai alors, dans une autre Fourmilière, quelques Nymphes de la Formica fusca, que je plaçai sur le sol, près du lieu du combat; elles furent aussitôt saisies et enlevées parles assaillants, qui se figurèrent probablement avoir remporté la victoire dans le dernier engagement.

« Je plaçai en même temps, sur le même point, quelques Nymphes d'une autre espèce, la Formica flava, avec quelques parcelles de leur Nid, auxquelles étaient restées attachées quelques-unes de ces petites Fourmis jaunes, qui sont quelquefois, bien que rarement, d'après M. Smith, réduites en esclavage. Quoique fort petite, celte espèce est très courageuse, et je l'ai vue attaquer d'autres Fourmis avec une grande bravoure.

« Ayant une fois, à ma grande surprise, trouvé une colonie indépendante de Formica flava à l'abri d'une pierre placée sous une Fourmilière de Formica sanguinea, espèce esclavagiste, je dérangeai accidentellement les deux Nids : les deux espèces se trouvèrent en présence, et je vis les petites Fourmis se précipiter avec un courage étonnant sur leurs grosses voisines. Or, j'étais curieux de savoir si les Formica sanguinea distingueraient les Nymphes de la Formica fusca, qui est l'espèce dont elles font habituellement leurs esclaves, de celles de la petite et féroce Formica ava (Lasius flavus), qu'elles ne prennent que rarement ; je pus constater qu'elles les reconnurent immédiatement.

« Nous avons vu, en effet, qu'elles s'étaient précipitées sur les Nymphes de la Formica fusca pour les enlever aussitôt, tandis qu'elles parurent terrifiées en rencontrant les Nymphes et même la terre provenant du Nid de la Formica flava, et s'empressèrent de se sauver. Cependant, au bout d'un quart d'heure, quand les petites Fourmis jaunes eurent toutes disparu, les autres reprirent courage et revinrent chercher les Nymphes.

« Un soir que j'examinais une autre colonie de Formica sanguinea, je vis un grand nombre d'individus de cette espèce qui regagnaient

MOEURS, HABITUDES, REGIME. — ESCLAVAGE

leur Nid, portant des cadavres de Formica fusca (preuve que ce n'était pas une migration) et une quantité de Nymphes. J'observai une longue file de Fourmis chargées du butin, aboutissant à quarante mètres en arrière à une grosse toulfe de Bruyères d'où je vis sortir une dernière Formica sanguinea portant une Nymphe. Je ne pus pas retrouver, sous l'épaisse Bruyère, le Nid dévasté; il devait cependant être tout près, car je vis deux ou trois Formica fusca extrêmement agitées, une surtout qui, perchée immobile sur un brin de Bruyère, tenant entre ses mandibules une Nymphe de son espèce, semblait l'image du désespoir gémissant sur son domicile ravagé.

« Tels sont les faits qui, du reste, n'exigeaient aucune confirmation de ma part, sur ce remarquable instinct qu'ont les Fourmis de réduire leurs congénères en esclavage. Le contraste entre les habitudes instinctives de la Formica sanguitiea et celles du Polyergus rufescens du continent est à remarquer. Cette dernière ne bâtit pas son Nid, ne décide même pas ses migrations, ne cherche ses aliments ni pour elle, ni pour ses petits, et ne peut pas même se nourrir; elle est absolument sous la dépendance de ses nombreux Esclaves. La Formica sanguinea, d'autre part, a beaucoup moins d'esclaves, et, au commencement de l'été, elle en a fort peu; ce sont les maîtres qui décident du moment et du lieu où un nouveau Nid devra être construit, et, lorsqu'ils émigrent, ce sont eux qui portent les Esclaves. Tant en Suisse qu'en Angleterre, les Esclaves paraissent exclusivement chargés de l'entretien des Larves, les Maîtres seuls entreprennent les expéditions pour se procurer des Esclaves. En Suisse, Esclaves et Maîtres travaillent ensemble, tant pour se procurer les matériaux du Nid que pour l'édifier; les uns et les autres, mais surtout les Esclaves, vont à la recherche des Pucerons pour les traire, si l'on peut employer cette expression, et tous recueillent ainsi les aliments nécessaires à la communauté. En Angleterre, les Maîtres seules quittent le Nid pour se procurer les matériaux de construction et les aliments indispensables à eux, à leurs Esclaves et à leurs Larves; les services que leur rendent leurs Esclaves sont donc moins importants dans ce pays qu'ils ne le sont en Suisse.

« Je ne prétends point faire de conjectures sur l'origine de cet instinct de la Formica sanyuinea. Mais, ainsi que je l'ai observé, les Four-

mis non esclavagistes emportent quelquefois dans leur Nid, des Nymphes d'autres espèces disséminées dans le voisinage, et il est possible que ces Nymphes, emmagasinées dans lu principe pour servir d'aliments, aient pu se développer; il est possible aussi que ces Fourmis étrangères élevées sans intention, obéissant à leurs instincts, aient rempli les fonctions dont elles étaient capables.

« Si leur présence s'est trouvée être utile à l'espèce qui les avait capturées — s'il est devenu plus avantageux pour celle-ci de se procurer des Ouvrières au dehors, plutôt que de les procréer — la sélection naturelle a pu développer l'habitude de recueillir des Nymphes primilivementdestinées à servir de nourriture, et l'avoir rendue permanente, dans le but bien différent d'en faire des Esclaves.

«Un tel instinct, une fois acquis, fut-ce même à un degré bien moins prononcé qu'il ne l'est chez la Formica sanguinea, en Angleterre, à laquelle, comme nous l'avons vu, les Esclaves rendent beaucoup moins de services qu'ils n'en rendent à la même espèce en Suisse, la sélection naturelle a pu accroître et modifier cet instinct, à condition toutefois que chaque modification ait été avantageuse à l'espèce et produire enfin une Fourmi aussi complètement placée sous la dépendance de ses esclaves que l'est le Polyergus rufescens. »

Toutes les espèces de Fourmis ne se soumettent pas aussi facilement à l'esclavage. Il y en a de toutes pelites, et telle est la Fourmi jaune qui résiste aux Amazones, et, quoique beaucoup plus faibles qu'elles, les terrifient parleur aspect; le courage supplée à la force. Ainsi la Fourmi sanguine, qui est une des plus esclavagistes que l'on connaisse, ne s'avise jamais d'aller piller la demeure de la Fourmi jaune, qui combat avec fureur pour défendre ses foyers et sa famille. Cela est si vrai qu'à sa grande surprise M. Smith rencontra une petite tribu de cette vaillante espèce qui habitait sous une pierre, tout près d'une Fourmilière d'esclavagistes et savait s'en faire respecter et même épouvantait l'autre par sa belliqueuse attitude.

Mœurs pastorales des fourmis. — La conquête des ilotes n'occupe pas seule les tribus esclavagistes ; fréquemment aussi elles se répandent sur les plantes pour y enlever des Pucerons. Nous avons déjà signalé la prédilection de tous les Hyménoptères pour ces Insectes, mais rien n'égale la passion avec laquelle les Fourmis recherchent leurs déjections, en

dépit de tous les obstacles; celles-ci sont, en effet, extrêmement friandes de cette liqueur sucrée que jusqu'à ces derniers temps l'on croyait distillée par deux petits mamelons ou cornicules que ces Hémiptères portent à l'extrémité de leur ventre, et que Forel a démontré être rejetée simplement par l'ouverture anale. Souvent on les surprend sur les végétaux, suçant tour à tour ce fluide sur chaque individu qu'elles rencontrent. Elles touchent les Pucerons avec leurs antennes, les pourléchent, et savent à force de caresses faire jaillir leur liqueur sucrée, de les « traire », en un mot. Pour y parvenir plus aisément, en compagnie de leurs esclaves, elles enlèvent ces Hémiptères; elles en traînent dans leur Nid ces faibles animalcules sans défense, et les traitant avec un soin beaucoup moins maternel que véritablement égoïste les emprisonnent dans leur habitation pour les traire plus à leur aise ; et là ils sont nourris comme de véritables bestiaux à l'étable, comme de précieuses Vaches à lait. Les relations des Fourmis et des Pucerons sont d'ailleurs connues depuis assez longtemps; Linné a déjà appelé ces derniers les Vaches des Fourmis {Apkis Formicarum vacca) quoiqu'il ignorât que cellesci transportassent les Pucerons dans l'intérieur de leurs habitations (fig. 979, p. 57J.

a Une colonie de Fourmis, dit Huber dans son enthousiasme, est d'autant plus riche qu'elle possède plus de Pucerons. C'est là son bétail de Bœufs, de Vaches, de Chèvres. Qui aurait pu supposer que les Fourmis fussent un peuple pasteur? »

Huber a découvert aussi que les Fourmis sont tellement avides de cette liqueur sucrée, que pour s'en procurer plus commodément, elles pratiquent des chemins couverts qui, de la demeure de la tribu, s'étendent jusqu'aux plantes qu'habitent ces Vaches en miniature. Parfois on les voit pousser la prévoyance jusqu'à un point encore plus incroyable. Afin d'obtenir plus de produits des Pucerons, elles les laissent sur les végétaux qu'ils sucent habi» luellement et avec de la terre finement gâchée, leur bâtissent là des espèces de petites étables dans lesquelles elles les emprisonnent. Le savant que nous venons de citer a découvert plusieurs de ces étonnantes constructions : c'est donc un fait irrécusable.

Citons, à propos des rapports des Fourmis avec les Pucerons, les observations et les expériences de Darwin (1):

(1) Darwin, Origine des espèces, p. 279.

« Parmi les exemples que je connais d'un Animal exécutant un acte dans le seul but apparent que cet acte profite à un autre Animal, un des plus singuliers est celui des Pucerons qui cède volontairement aux Fourmis la liqueur sucrée qu'ils excrètent. C'est Huber qui a observé le premier cette particularité, et les faits suivants prouvent que cet abandon est volontaire. Après avoir enlevé toutes les Fourmis qui entouraient une douzaine de Pucerons placés sur un plan de Rumex, j'empêchai pendant plusieurs heures l'accès de nouvelles Fourmis. Au bout de ce temps, convaincu que les Pucerons devaient avoir besoin d'excréter, je les examinai à la loupe, puis je cherchai avec un cheveu à les caresser et à les irriter comme le font les Fourmis avec leurs antennes, sans qu'aucun d'eux excrétât quoi que ce soit. Je laissai arriver une Fourmi qui, à la précipitation de ses mouvements, semblait consciente d'avoir fait une précieuse trouvaille; elle se mit aussitôt à palper successivement avec ses antennes l'abdomen des différents Pucerons, chacun de ceux-ci, à ce contact, soulevait immédiatement son abdomen et excrétait une goutte limpide de liqueur sucrée que la Fourmi absorbait avec avidité. Les Pucerons les plus jeunes se comportaient de la même manière, l'acte était donc instinctif, et non le résultat de l'expérience. Les Pucerons, d'après les observations d'Huber, ne manifestent certainement aucune antipathie pour les Fourmis, et, si celles-ci font défaut, ils finissent par émettre leur sécrétion sans leur concours. Mais ce liquide étant très visqueux il est probable qu'il est avantageux pour les Pucerons d'en être débarrassés, et que, par conséquent, ils n'excrètent pas pour le seul avantage des Fourmis. Bien que nous n'ayons aucune preuve qu'un Animal exécute un acte quel qu'il soit pour le bien particulier d'un autre Animal, chacun cependant s'efforce de profiter des instincts d'autrui de même que chacun essaye de profiter de la plus faible conformation physique des aulres espèces. »

A force de caresse et de câlinerie, les Fourmis parviennent à obtenir des Pucerons une sécrétion de liquide sucré plus abondante qu'ils n'en donnent habituellement. C'est pour cette raison que les plantes et les arbres recherchés par les Fourmis sont souvent détériorés. Les Fourmis ne sont pas, comme on le croit généralement, la cause directe du

MOEURS. HABITUDES, REGIME

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