‹ Merveilles de la natureChapitre 181 sur 412 · TRAC HE A · texte numérisé non relu

TRAC HE A

Caractères. — Les antennes chez les Mâles sont dentées et garnies de poils fascicules; chez les Femelles elles sont filiformes : les ailes épaisses sont ornées de taches grandes et distinctes.

LA NOCTUELLE DES SAPINS. — TIt.iCIIE t

ri Mi'i.nii i.

Kieferneulc.

Caractères. — En général, les ailes antérieures, ainsi que le thorax, touffu, mais sans houppes, sont d'un rouge de cannelle mélangé de gris-jaunâtre; l'ombre interne de la ligne ondulée est brun-rouge ; chacune des taches antérieures est blanche; la figure ci-jointe nous dispense de signaler plus à fond la répartition de ces diverses teintes. L'abdomen et les ailes postérieures sont d'un brun grisâtre uniforme. Nous ajouterons seulement que les yeux sont recouverts de poils, que les antennes courtes et minces sont un peu en forme de chapelet et ciliées chez le Mâle, et que les palpes courts se cachent entièrement sous les poils (fig. 1152).

Distribution géographique. — Cette espèce, unique dans le genre, se trouve dans toute l'Europe centrale et septentrionale (France, Allemagne, Angleterre, etc.).

Mœurs, habitudes, régime. — Etl mai, la

Femelle pond ses OEufs, par rangées de six à

huit, sur les aiguilles des Pins et des Sapins.

La Chenille (fig. 1453) fort élégante est d'un

beau vert, son dos est parcouru par plusieurs lignes blanches et ses côtés par des stries orangées.

Vers l'an 1780, une invasion de Chenilles exerça de tels ravages dans les forêts de Sapins franconiennes et saxonnes, que les autorités de ces régions ordonnèrent une enquête à ce sujet, afin de mettre un terme à leurs déprédations partout où on pourrait le faire. En consultant les dossiers, on constata que ces mêmes Chenilles avaient dévasté déjà les Pins sauvages en 1725, et qu'elles avaient ravagé, au mois de juillet, une étendue de plusieurs centaines de « matinées » dans l'espace de quatorze jours. Elles se tenaient sur les cimes des Conifères les plus hauts, et rongeaient les aiguilles à partir de la pointe, en sorte qu'au bout de peu de temps les arbres parurent entièrement dénudés, comme brûlés, et que quelques années plus tard ils périrent. En août, les Chenilles cessèrent de ronger, elles devinrent languissantes et tombèrent en telle masse que le sol en devint noir. A l'époque citée plus haut, les Forestiers eurent affaire également aux dégâts causés principalement par cette Noctuelle, et aux ravages produits par le Lasiocampe des Sapins, déjà décrit à la fois dans le Kurmark, dans une partie du Neumark et de la Poméranie, ainsi que dans la région de GiJrlitz. Depuis lors cette Noctuelle s'est montrée de nouveau de temps à autre : en 1808 et en 1815 dans la Franconie, dans cette même année sur la Prusse orientale, vers 1830 dans la Poméranie, le Mecklenbourg, l'Ukermark, et les environs de Berlin, vers 1850 dans la Prusse et le duché de Posen, principalement dans le Brandebourg, et elle y a laissé des traces durables des ravages de ses Chenilles. Sans attirer l'attention, elle se trouve dans toutes les Forêts de Sapins, depuis la fin de mai jusqu'au milieu de juin, et de préférence sur les Arbres de 30 à 40 ans.

Les jeunes Chenilles filent entre les aiguilles qu'elles réunissent; pour se mouvoir plus vite ou pour fuir un danger elles se laissent choir le long d'un fil; dans leur marche, [elles procèdent par empans ; en rongeant elles pénètrent en partie dans les pousses de mai dont la teinte brune dénote alors le dépérissement. Toutes ces observations ne peuvent guère être recueillies à l'air libre, car ces Insectes exercent leurs méfaits tout en haut des arbres; mais on a pu étudier leurs mœurs en captivité. A maturité, elles atteignent environ 35 millimè-

LES GOSMIES.

Fig. 1 153.

Fig. 14!>?. — Noctuelle des Sapins Fig. 1453. - Sa Chenille.

Fig. 1454. — La Noctuelle de l'Orme.

Fig. li.v.> à 1454. — Les Noctuelles [Trachea et Cosmia).

très de long, et descendent pour se ménager sous la mousse une excavation dans laquelle elles se transforment en Chrysalides et passent l'hiver.

Celles-ci d'abord vertes, plus tard brun-foncées, portent sur la face dorsale du quatrième segment abdominal une petite fossette limitée en arrière par un bourrelet.

Les observations consignées dans la conclusion de ces rapports officiels ont, été répétées, depuis, bien des fois. On a trouvé souvent ces Chenilles desséchées et suspendues aux aiguilles, ou disséminées en grand nombre sur le sol où elles pourrissaient; et l'on a voulu attribuer ce fait, en partie au temps humide et froid que ces Insectes supportent fort mal, en partie aussi à une épidémie sévissant sur eux. La nature s'entend fort bien à rétablir l'équilibre partout où il vient à être troublé. On conçoit aisément qu'en pareil cas, elle ne tienne pas toutes ses troupes de réserve absolument cachées; des milliers et des milliers d'Ichneumons petits et grands voltigent effectivement autour des Arbres ravagés, apportant à ces Chenilles une mort certaine. On connaît une trentaine de Parasites qui atteignent presque tous leur développement complet dans les Chrysalides.

Lorsqu'à la fin de mars le soleil s'est montré plusieurs jours de suite assez chaud, on peut voir apparaître alors le Papillon ; mais ce Lépidoptère éclôt plus sûrement dans le cours du mois suivant. 11 appartient aux plus bariolées des Noctuelles ; il repose, les ailes disposées en toit, sur les troncs des Sapins ou parmi les aiguilles, et étend aussi son domaine, pendant le jour, sur les chatons des Saules en fleurs. On trouve à peine deux spécimens tout à fait pareils tellement leurs couleurs et leurs marques varient.

LES COSMIES

COSMIA

Caractères. — Les antennes simples sont à peine pubescentes ; les ailes supérieures sont denticulées à lignes distinctes.

Distribution géographique. — Ces Papillons sont habitants de l'Europe et de l'Amérique du Nord.

Mœurs, habitudes, régime. — Le genre Cosmia contient de nombreuses espèces dont les Larves sont toutes des « Chenilles meurtrières » . Chacun connaît la voracité de ces Chenilles devenue presque proverbiale; mais on se représente alors peut-être les ravages des plantes d'ornement de son jardin, l'avortement des fruits de son verger, les dégâts que nous avons décrits dans les Forêts. Seul, le collectionneur qui élève ces Chenilles sait que l'une d'elle en dévore une autre ; encore ne prend-il connaissance de cette louable habitude que chez certaines d'entre elles. Ce sont ces espèces qu'il redoute, car s'il vient à renfermer dans sa boîte au milieu d'autres une seule de ces Chenillesmeurtrières, pour les porter chez lui, il peut être sûr qu'en route une partie de son butin, si péniblement capturé, aura péri. Il est douteux qu'en liberté dans la nature, où les Insectes sontpourtant coutumiers de l'assassinat et du vol, ces Chenilles viennent s'attaquer à d'autres, car celles-ci auraient alors la possibilité de s'enfuir ; mais, en captivité, cette coutume règne généralement, surtout quand une même boîte renferme beaucoup de captives, alors même qu'aucune d'elles ne manquerait de pâture fraîche. Delessert a fait part d'une observation qui met en pleine lumière tout ce que cette voracité a d'horrible. Une Chenille meurtrière (Scapelosoma satellilia), après s'être nourrie grassement aux dépens d'une autre Chenille, fut

LES AGROTIS.

enfermée avec une seconde Chenille meurtrière (Cosmia trapezina) qui la mordit au flanc, de telle sorte que ses intestins pendirent au dehors, et qui la rongea ensuite à partir de l'extrémité. Afin de constater la ténacité de la vie chez cette victime, on plaça au-devant d'elle ses propres intestins. Cette Chenille se mit à les dévorer pendant qu'elle fondait ellemême, par derrière, sous les morsures de son ennemie ; quand il ne resta plus d'elle que la tête et le premier anneau, ses mâchoires cessèrent alors seulement de se mouvoir. Ce double festin avait duré deux heures.

LA NOCTUELLE DE L'OHME. — COSMIA VIFFINIS.

Feldulmeneule.

Caractères. — Ce Papillon élégant est d'un brun-marron, lisse et brillant, teinté de gris rougeâtre surtout vers le bord interne. Il (lig. 1454) se reconnaît aux deux grandes taches blanches, situées sur le bord antérieur d'un jaune grisâtre, et qui marquent l'origine des lignes transversales dont la postérieure est fortement brisée. Le front est couvert d'écailles contiguës ; le thorax, dépourvu de huppes, est revêtu de poils fins et lisses; et les palpes, recouverts d'écaillés lisses également, se redressent fortement en haut.

Mœurs, habitudes, régime. — La Chenille vit au mois de mai sur les Ormes et en particulier sur ceux qui bordent les routes ; sa tête est d'un brun noir, avec une marque frontale bifurquée ; sa nuque est d'un brun luisant; sa teinte fondamentale d'un vert jaunâtre est relevée par cinq lignes blanches longitudinales et recouverte de taches blanches mouchetées de verrucosités brunes et velues : les stigmates sont brunâtres.

Le Papillon aime à se reposer en juillet sur les troncs des ormes, les clôtures en planches.

Deux autres espèces, moins rares, mais aussi beaucoup moins jolies, habitent encore les Ormes, et paraissent également en juillet: le Cosmia affinis porte sur le bord antérieur de l'aile antérieure des taches blanches très faibles; le Cosmia pyralina n'en porte aucune.

LES INOCTUINES OU AGROTINES NOCTUIN.E OU AGROT1N.E

Ackcreule.

Caractères. — Dans cette tribu on a récemment réuni un grand nombre de Noctuelles;

beaucoup ont un aspect sale et peu apparent, une teinte grisâtre, comme le sol sur lequel elles se dissimulent volontiers parmi les Feuilles ; d'autres jouissent d'un privilège très rare chez les Noctuelles ; leurs ailes postérieures, bariolées, sont de couleur jaune et présentent une lisière noire. Si le revêtement, qui est loin de constituer une donnée scientifique pour former un groupe naturel, ne paraît pas permettre de les réunir, en revanche, d'autres caractères qui leur sont communs, à quelques exceptions près néanmoins, autorisent cette association. Parmi ces caractères, les plus essentiels consistent dans la longueur des pattes, la présence d'épines sur les tibias antérieurs, l'existence de forts éperons ou ergots aux pattes médianes et postérieures, la forme et l'aspect des ailes superposées. Ces ailes sont sub-rectangulaires, étroites, en partie croisées, de telle sorte que l'inclinaison du toit qu'elles forment est très faible ; elles sont lisses et luisantes.

LES AGROTIS — AGROTIS

Caractères. — Les principaux caractères sont les suivants: une structure puissante; une tête et un thorax revêtus de poils contigus ; point de marque longitudinale en forme de peigne, sur le thorax ; des yeux nus et sans cils ; des palpes redressés en haut et terminés par un dernier article infléchi ; un abdomen dépourvu de huppes, fréquemment large et aplati ; des cuisses velues à la partie inférieure; des jambes moyennes et postérieures armées d'éperons; enfin, comme chez tant d'autres, des ailes postérieures dont la septième nervure émane de l'angle antérieur de la cellule médiane. Ajoutons à cela : leur façon, déjà indiquée, de se cacher pendant la journée; la position des ailes placées l'une au-dessus de l'autre et horizontalement sur le dos pendant le repos ; le mouvement de trémulation qu'ils impriment à leurs ailes, quand on les dérange pendant le jour, avant de s'envoler pour faire ainsi un bout de chemin et se remettre ensuite à ramper sur terre ; enfin l'existence très dissimulée de leurs Chenilles, grasses et nues, qui ne mangent que les Graminées et les plantes herbacées et qui, sans exception, à ma connaissance passent l'hiver avant de subir leur Nymphose dans la terre. Voilà bien des faits qui mettent hors de doute la légitimité de leur réunion. Nous ne pour-

LA NOCTUELLE DES MOISSONS

rons guère approfondir ici que l'étude de deux des espèces les plus communes.

Distribution géographique. — Ce genre, qui a des représentants dans le monde entier, est essentiellement européen et américain.

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